Le français massacré par la pub

Indépendamment du goût immodéré pour un anglais « de cuisine » – il faut « faire branché » – la publicité participe allégrement au massacre du français. On ne parlera ni de l’orthographe, ni des joyeusetés de la langue inclusive, ni même des pléonasmes vicieux, mais il est une faute qui me fait particulièrement mal, sans doute parce qu’elle révèle la dévalorisation de l’être humain, c’est la formule : « vous serez livré ».

Vous faites une commande de quoi que ce soit, on vous informe aimablement que « vous serez livré demain, dans deux jours, dans une semaine etc… » Même le très sérieux journal « le Temps » m’a assurée que « je serai livrée par porteur ». Pauvre porteur ! Ce sera lourd !

Mille sabords ! Ce sont les marchandises et les choses qui sont livrées, pas les personnes, sauf lorsqu’un délateur livre son voisin à la vindicte populaire, ou lorsqu’un malfrat est livré à la police.

Je souhaite qu’on me livre ma commande, mon journal, donc que les deux me soient livrés. Mais pitié, laissez-moi libre et « ne me livrez pas avec eux ».

Il arrive certes qu’on se livre à des activités peu recommandables, on peut toutefois aussi se livrer à la lecture ou à son sport favori, en tout bien tout honneur !

Peut-être qu’à l’âge des robots et de l’intelligence artificielle, on ne sait plus trop où s’arrête l’humain et où commence la machine. Serions-nous à la veille d’être livrés pieds et poings liés aux géants du numérique qui nous mènent déjà par le bout du nez ? Il vaut la peine de surveiller son langage.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

30 réponses à “Le français massacré par la pub

  1. Merci Madame !
    Puissions-nous être dé-livrés de ces approximations.

    Mon pire ennemi est l’omniprésent
    “SALE”
    auquel j’ai toujours envie de rajouter
    “et dégueulasse” (ou puant si vous jugez cela trop violent Madame Sandoz)

  2. Merci de nous avoir livré aussi les différentes nuances de l’usage.
    Et j’espère que nous ferons moins de raccourcis –
    “la livraison de votre commande”,
    ou “on livrera votre commande”, n’est pourtant pas beaucoup plus long –
    pour sortir de la crise actuelle qui nous empêche d’aller chercher nous-même notre marchandise

  3. En anglais, “vous êtes livré” se dit “your are delivered”, qui se traduit par “vous êtes accouché” et ne veut rien dire – un peu comme “how do you do?”, dont Voltaire relève qu’il se traduit par “comment faites-vous pour faire?”, qui ne veut rien dire dans aucune autre langue du monde.

    “Vous êtes livré à domicile” se dirait-il donc d’une personne qui a accouché à domicile? Crise sanitaire aidant, avec la croissance exponentielle des livraisons “pro domo”, ne risque-t-on pas d’avoir un taux de natalité imprévu après confinement?

  4. Le français est assez riche pour permettre de s’exprimer correctement dans toutes les situations alors pourquoi se livrer à la traduction approximative de termes anglophones ?
    Je n’inclus pas les mots qui n’existaient pas récemment, tel le transistor inventé aux USA et qu’il est très bien d’utiliser tel quel.

  5. Je me raccroche au commentaire de Flying Teapot. Effectivement “vous êtes livrée” est une double mauvaise traduction de l’anglais, une langue où, à la différence du français, les verbes intransitifs connaissent la voie passive. La Ligne Claire s’était exprimée à ce propos il y a près de deux ans.sur le blog du temps de dominique-de-la-barre, “soyez-actif”.

    1. Chère Ligne Claire,

      Merci pour votre réponse. En effet, les verbes intransitifs français ne peuvent être mis au passif. Toutefois, obéir, désobéir et pardonner font exception. Le “petit Bon usage de la langue française” (2018) cite ces exemples:

      “Vous êtes obéi” (Racine, Britannicus)
      “Aussitôt son despotisme est obéi par toute la maison” (Marcel Proust, Du côté de Germantes)
      “Oh, il n’y a pas de quoi, vous êtes pardonnée, interrompit le forgeron.” (Emile Zola, L’assommoir)

      Certains verbes intransitifs peuvent avoir un passif impersonnel:

      “Il en sera discuté par l’Assemblée.” (Annales de l’Assemblée Nationale, Tome 29, 1874)
      “Le nom de la femme de Pluton, Proserpine, dont il a été dit un mot et dont il sera parlé en temps et lieu…” (Stéphane Mallarmé, Les dieux antiques)
      “Les organisateurs, seront reçus, il sera discuté de l’itinéraire, des conditions d’organisation de cette manifestation, avait expliqué […] Bernard Cazeneuve (Faïza Zerouala, Le Monde, 25 juillet 2014)

      Référence: “Grevisse, Le petit Bon usage de la langue française”: Grammaire, verbes intransitifs au passif – Cédrick Fairon, Anne-Catherine Simon, d’après l’oeuvre de Maurice Grevisse

  6. Alors que le monde souffre, de perte de revenu, total ou partiel, de faim (même en Suisse), d’isolement, de maladie, etc,

    on félicitera la prof émérite de distraire les lecteurs, non avec des oiseaux et autres flûtes maritimes, mais avec des classes d’orthographe du siècle passé…

    Et après, on s’étonnera du scandale du troisième pouvoir!

    1. P.S. je propose une petite chanson…
      “Parmelin, c’est mon copain,
      La paresse, c’est ma maîtresse,
      L’oreiller est mon sommier…”
      Moi
      Tututut, llalère 🤣,,🎼

    2. Oh Olivier, je voudrais tellement trouver des lieux où le dialogue devient possible, de réfléchir comment participer à une économie au service de l’humain, de sa dignité et de ses véritables besoins et desseins, sans avoir l’impression d’être en face de savants tombés dans la marmite de l’omniscience et de la condescendances.

      1. Je me suis fixé de ne point répondre aux commentaires anonymes, à moins que le Temps fasse acte de contrition:

        – envoi du commentaire à son e-haille;
        – publication automatique du commentaire, sans interférence ou avis du blogueur;
        – enregistrement des commentateur.e.s, puissent-ils.elles être sous pseudo, peu importe, mais ne pas balancer du Face de bouc anonyme.

        Mais le Temps prend la mauvaise voie et va en crever.
        Enfin, ce n’est que mon modeste avis!

        A leur décharge, il est difficile de se prendre pour le Temps d’Hubert Beuve-Mery, quand l’on n’est que suisse et encore moins romand.

        A leur décharge, c’est un trop petit marché, dans le monde actuel, et encore moins en sollicitant des frouzes à bas prix.
        lo siento mucho 🙂

        1. Merci de publier mon comment, chère Suzette, après vous avoir un peu égratigné avec votre dithyrambe sur le CO2.

          Vous êtes une chic fille et regardez le magnifique doc sur Ella Maillard, et aussi celui de Sylvain Tesson, deux docs qui donnent le vertige anti-confinement 🙂

        2. Olivier, je n’ai rien contre le fait que madame Sandoz vous transmette mon adresse courriel. Comme je ne m’appelle pas Jean Dupond, j’ai de la peine à mettre mon nom à disposition de tous les robots digitaux. Il y a, à ce sujet une inégalité digitale supplémentaire. Je pourrais évidemment choisir un pseudo plus plausible, cela changerait-il quelque chose. On pourrait aussi imposer un swissid à chacun et chacune, Nous avons ouvert la boîte à pandore digitale informatique et comme on sait qu’il n’est pas possible d’y remettre ce qu’elle laisse échapper et que nous profitons de ses avantages, il nous faudra apprendre à vivre avec ses inconvénients. Une discussion à découvert à la face de 7 milliards d’habitants est-elle possible? A nous d’en trouver les règles et les conditions.

          1. Mais comment pouvez-vous imaginer que Madame Suzette Sandoz puisse m’avoir transmis votre adresse (courriel/e-mail)?

            On peut lui reprocher parfois, une approche un peu sécuritaire ou réactionnaire (à choix), mais jamais sur l’éthique et même si parfois, elle favorise un peu ses copains, mais après tout, c’est bien humain.

            Alors, je puis vous assurer que je ne sais pas qui vous êtes et peu m’importe.
            Mon commentaire ne s’adressait pas directement à vous, quand bien même votre comment me semblât élogieux, désolé.

            Mais je trouve que le Temps essaie d’imiter Face de bouc pour gagner de l’audience.
            Ce que l’on peut comprendre avec la crise des médias.

            Je profite, avec ce commentaire, d’essayer de sensibiliser autant le média, les blogueurs et les commentateurs à qui, on ne demande jamais leur avis.

            Et pourtant Dieu sait si ces blogs sont une mine d’information!

            J’en profite pour vous remercier de votre commentaire et vous rassurer, je n’ai aucune idée de qui vous êtes et je puis admettre des commentaires sous pseudo, ceci pour autant que les auteurs soient enregistrés.

            Alors bien sûr, la sécurité de la toile sera de pire en pire et peut-être vaudrait-il mieux s’abstenir de tout commentaire????

            Il est trop facile de balancer des propos machistes ou autre, sous pseudo, alors que certains blogueurs ont le courage de publier automatiquement tout commentaire

  7. Le français n’est pas une nostalgie du siècle passé mais une grande langue internationale qui pourrait drainer des milliards d’euros vers les pays francophones s’il reprenait la place qui lui est due de langue véhiculaire des institutions européennes (car l’anglais parti, le français est la langue de l’UE qui a de loin le poids géopolitique international le plus fort). Je rappelle également que l’hégémonie actuelle de l’anglais en Europe rapporte dix milliards d’euros par an au Royaume-Uni. Voir l’entretien du professeur Grin : letemps.ch/societe/2005/06/22/anglais-mauvaise-solution (Sandoz: Je supprime toujours le lien actif).

    1. Quand l’anglais ne sera plus causé en Europe, je ne suis pas tant sûr que le français veut automatiquement le remplacer. En tant que welsches on veut assez lui aider, ça serait bien la moindre. Mais à mon avisse, l’allemand est joliment mieux parti pour y faire. C’est juste mon avisse, je dis bien. Et je ne voudrais personne vexer.

  8. Magnifique. Merci. Comme toujours Suzette Sandoz est extraordinaire et lucide. Il devrait y en avoir 10 000 000 sur cette terre comme elle!

    1. C’est ce que je me dis chaque matin quand je me regarde dans la glace : “Si le monde entier était comme moi, ce serait merveilleux !” Et j’oublie chaque fois de demander à mon voisin, au concierge, à mes amis, à mon médecin, au boulanger, quel est leur avis. Par contre mon chien saute de joie dans ma direction quand je reviens à la maison et lui demande : “Tu voudrais quelqu’un d’autre que moi ?”

  9. Votre défense de la langue française vous honore, mais en Suisse romande on a l’habitude des tournures fautives.

    On va lui aider. Ca veut aller. On a meilleur temps. On ne peut pas ça faire.

    Contrarement à La ligne claire, je pense qu’en Suisse ce sont plutôt des germanismes que des anglicismes. A mon avis “vous serez livré” est une traduction de “Sie werden beliefert” et non de “you will be delivered”, mais il est vrai que la syntaxe anglaise est aussi germanique.

    On a eu un magnifique et savoureux exemple de vaudoisisme / germanisme hier soir dans la bouche de son excellence Guy Parmelin. Enjoint par le journaliste du téléjournal de s’excuser pour avoir parlé d'”oreiller de paresse”, il s’est justifié en disant”: “je n’ai personne voulu blesser, je n’ai personne voulu traiter de paresseux”.

    Moi ça ne me choque pas trop. En tous cas moins que le langage épicène.

    1. …sans oublier son non moins savoureux (et bien saxon) “I can English understand”. Mais voici un autre exemple de tournures anglo-saxonnes, entendues hier sur “Forum” (Forum des idées) de la bouche d’un jeune physicien de l’EPFL invité à promouvoir un jeu vidéo qui vise à tracer la diffusion du coronavirus dans la population (on trouvera sa version complète, dont je cite ici des extraits en transcription vocale aussi fidèle que possible, sur le site de l’émission):

      “Eeeeh… d’abord on a visé… eeeh… de sensibili… sensibiliderlacier le… lé gens à… euh par rapport à à à à la euh… social distance social distancing en fait parce qu’on a bien réalisé que euh le problème maintenant est un grand problème euh c’est… c’est pas mmm… un maladie qui est visible donc les gens se rend pas compte que que eux en fait en y peuvent jouer un rôle dans cette dans cette crise donc on a visé de construire un jeu euh un jeu interactif pour sensibi… sensiliber les gens pour qu’y puissent réaliser que eux y zont une contribution à faire…

      En fait il y a deux components en fait deux composants l’autre ça c’était l’idée d’abord l’autre composant est que on a bien réalisé que avec notre modèle très très simple et très très idéalisé il y a que des solutions simples et on doit bien introduire qu… quel sose et ça c’est un réseau euh un réseau d’interaction donc un réseau social et en fait là on a bien réalisé que il y a euh des grandes questions à répondre pour nous. Des intéressantes questions qu’on sait bien répondre à comme physicien des systèmes complexes… parce que nous on reste des physiciens donc on sait bien désigner des graphes très simples et peut-être très clairs mais pas super intéressants donc on a besoin de programmeurs on a besoin de designers pour rendre cette game jouable et intéressant et… et voilà et en même temps nous on pose des questions feudementals pour par rapport à l’éval… l’évolution d’une maladie dans une réseau complexe réseau complexe avec a million de degrés de liberté du coup million des… des gens en fait et des options différents comme par exemple le traçage… En fait on voit que qu… euh hè en fait le traçage va jamais être précisse et efficace cent pour cent et là on sait sait pas c’est quoi les conséquences sur euh l’ovel… l’évoluation dé dé l’épidémie.”

      Les archontes de nos hautes écoles, avec leur admiration béate du modèle américain – pourtant en faillite -, auraient-ils oublié que le français a été la langue de la science et de la diplomatie jusqu’à la fin du XIXe siècle et qu’il reste la langue officielle de l’Union européenne?

  10. Mon cher Milliquet,

    Je me suis beaucoup amusé en lisant votre recension d’un discours radiophonique absolument typique du ridicule jargon américanisé post moderne qui se répand à l’EPFL et à l’UNIL. Ce sont les conséquences du système de Bologne, voulu par la gauche internationaliste de M. Kleiber, qui n’est qu’un asservissement des universités au stupide modèle américain avec ses bonnets carrés et ses diplômes de bachelor, master et Ph. D.

    La conséquence de cet impérialisme culturel se font sentir profondément dans le langage des nouvelles générations de diplômés qui ont intégré le logiciel Yankee jusque dans la syntaxe. J’ai imaginé une dissertation écrite par “un.e étudiante.e” de l’IDHEAP UNIL qui se verrait proposer comme sujet: analysez les relations entre la Suisse et le monde extérieur en considérant conséquences du réchauffement climatique et de la pandémie de Covid-19.

    Accrochez vous bien, je commence:

    On assume que l’initiative pour le renvoi des criminels étrangers qui a été acceptée dans un raz de marée, et surtout l’initiative de limitation qui la prolongé, va causer un nouveau conflit démocratie versus droit international. Le discours populiste est très fort versus le politiquement correct, mais d’après les défenseurs du droit international c’est pour les mauvaises raisons. Possiblement c’est le populisme qui va prévaloir à cause de sa rhétorique de la loi et de l’ordre.

    Actuellement, en Suisse personne ne peut faire une décision car c’est le peuple qui décide éventuellement. C’était déjà la même chose avec les minarets. D’un côté ça faisait du sens de prendre en compte les attentes du public en termes de refus du multiculturalisme. Mais l’interdiction des minarets était-elle une victoire du sécularisme ou un retour de la bigoterie, si ce n’est une discrimination raciste ?

    On va aussi entrer une nouvelle époque de nos relations avec l’Union Européenne où il faudra mettre l’emphase soit sur la souveraineté soit sur la compliance avec les directives européennes. Le leadership à Berne est conscient des enjeux et donc il réfléchit en termes de gouvernance et de multilatéralisme, mais au niveau des pâquerettes (grass roots) les locaux ont des déplorables habitudes d’auto gouvernement, ce qui crée une dissonance cognitive contre-productive. Le pire c’est que la gauche progressive a tourné eurosceptique à cause des salaires des classes laborieuses (working classes) qui seront impactés négativement par la suppression des mesures d’accompagnement. Cela crée un momentum défavorable pour l’adoption de l’accord cadre par référendum. On ne sait pas comment sortir de cette pat situation.

    De l’autre côté tout le monde est concerné par la fonte des glaciers et le réchauffement climatique qui heureusement jouent dans les mains des globalistes, mais comment adresser le problème ? Les dernières élections ont montré l’effectivité du travail des spin docteurs de Opération Libero et Foraus, aidés par l’activisme de Greta Thunberg et l’argent de George Soros. Grâce à tout ça, la cause globaliste a marqué des scores en Suisse, en empêchant Oscar Freysinger en Valais et en freinant la vague des populistes UDC qui menaçait la société ouverte libérale. Ces succès ont été scellés par la progression du parti environnementaliste aux élections fédérales. Mais si on étudie le résultat avec un réglage fin (fine tuning) on observe qu’il n’y a pas de percée décisive même si l’hégémonie UDC PLR est cassée. Là encore c’est une pat situation.

    En tant que globalistes on aurait pu espérer que la pandémie de Covid-19 permettrait aux spin docteurs d’avoir des arguments irrésistibles pour la gouvernance globale car les virus ne connaissent pas de frontières. Mais là encore ça risque de faire long feu (backfire). Car on s’aperçoit que l’opinion publique accepte le confinement pour le moment, mais elle craint le chômage et la dépression économique comme conséquences du lock-out. Ca risque dans un effet retard de nourrir la bête populiste qui pourrait définitivement gagner des majorités dans de nombreux pays et même en Suisse à cause du réflexe : mon pays d’abord, prenant modèle sur le slogan America First ! de Donald Trump.

    En Suisse on avait perdu l’habitude du marasme économique donc l’opinion est très sensible au risque d’appauvrissement. En plus, depuis que la Suisse a du se rendre à l’ultimatum américain et violer son secret bancaire, les banques qui fournissaient beaucoup de jobs bien payés ne font plus d’argent. Bref il y a des raisons d’être concernés à cause des effets collatéraux non voulus de la pandémie, qui iraient dans un sens de repli national.

    De tous les côtés on ne va nulle part.

  11. Chère Madame Sandoz,

    Si vous êtes livrée, c’est bien, mais que pensez-vous des pizzas à L’emporter, l’état DE neuf, et p(u)is tant d’autres horreurs que nous prononçons tous les jours ici en Suisse.

    Doit on maintenir ces helvétismes relevant franchement de la fainéantise plus que de toute logique sous le prétexte de nous rendre si originaux dans la francophonie ?

    Tout de bon !

    1. Tout cela n’est pas grave : Au journaliste la bonne écriture, et au concierge illettré la bonne panosse, pour que le journal et le corridor restent propres.

  12. Je ne parviens pas à être entièrement d’accord avec la critique que vous exposez, parce que « vous serez livré » est une expression employée par des personnes de haute réputation possédant un fort bagage d’instruction, et qui savent ce qu’elles disent… Je ne dirai pas qui j’ai entendu chuchoter à visage complètement découvert ce que tout le monde avait compris déjà depuis longtemps :
    « Oui, oui, je n’ai pas songé à commander à temps, et maintenant les délais de livraison sont sensiblement plus longs, sans compter le prix qui est quatre fois plus cher ! Mais ce n’est pas une raison pour déclarer que la Suisse sera livrée à elle-même, je ne supporte pas ce langage ! »
    — Je pense quand même que tu as fait l’erreur de ne pas te livrer assez tôt pour exprimer le fond de ta pensée.
    — Je ne veux pas donner l’occasion aux journalistes de faire un livre chaque fois que je me livre !
    — Ma foi, tu n’échappes pas au vieil adage : « Pour ne pas recevoir d’ordres de ceux qui ont les mains vides, il faut les faire obéir à temps »

  13. L’amour de la langue française passe par les préliminaires de la syntaxe. Revenir aux rudiments – n’y voyez pas l’allusion biologique d’un début d’organe en voie de développement! – c’est, en particulier, connaître tout en nuances le sens premier ou propre des mots et comprendre leur sens figuré ou s’il s’applique à une chose ou à une personne.
    L’emploi du verbe transitif direct «livrer», dans sa forme passive est certes un emploi abusif ou négligé, malgré certaines cautions.
    Qui ne «médite pas une muse», sous la douche? On éclaire (à) quelqu’un quand il s’agit de lui donner de la lumière. On fixe une personne en fixant le regard sur quelqu’un. Un peintre réussit un tableau (puisqu’il l’a peint), mais un étudiant réussit (à) un examen, puisque c’est le professeur qui examine…
    On voit tous les jours des personnes – et même des concierges! – qui chantent agréablement, sans connaître les notes, les clés, ni les règles de la musique; elles ont chanté pendant bien des années des «sol» et des «la», sans le savoir. Faut-il qu’elles rejettent les secours qu’elles peuvent tirer de la musique, pour perfectionner leur talent?
    On lit ou on écoute des journalistes – certainement pas moins incultes que le concierge – pratiquant cet art ingénieux de peindre la parole et de parler aux yeux et, par les traits divers des figures tracées, censé(e)s donner de la couleur et du corps aux pensées. Que lit-on? Qu’entend-on? Des questions posées sous une forme affirmative très personnelle introduite par «Est-ce que vous (ne) pensez pas que… que»? L’emploi abusif de néologismes tels qu’«impacter» affaiblissant le langage, «une haute altitude» comme une «haute hauteur», «réduire la crise au maximum» au lieu de «au minimum», «faire feu de tout bois» plutôt que «faire flèche de tout bois»… Passons!
    Les «éléments de langage» ne sont que métonymie, euphémismes et périphrases, si l’on y regarde de plus près: intégration pour assimilation volontaire, revenu modeste pour pauvre, croiser le fer pour être en conflit… L’expression «leader dans son domaine» sous-entend-elle que son interlocuteur est un imbécile?
    On cherche l’ornement, le masque assouplisseur de la vérité; on choisit des formules bien trop éloignées de la manière de penser de ceux qui ont l’esprit droit et juste et qui sentent les convenances.
    On doit juger de la richesse d’une langue par le nombre des pensées qu’elle peut exprimer, et non par le nombre des articulations de la voix. Une langue sera véritablement riche si elle a des termes pour distinguer, non seulement les idées principales, mais encore leurs différences, leurs délicatesses, le plus et le moins d’énergie, d’étendue, de précision, de simplicité et de composition.

  14. Le probleme c’est que quand on vient jouer les experts en francais, mais que dans l’article precedent on ecrit “Si la mobilisation a bien joue…!!!” on pert un peu en credibilite.

    PS: j’ecris sur un clavier anglais. Il manque les accents.

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