L’autoportrait par la langue

Pourquoi la langue parlée – et souvent écrite – devient-elle si laide, obscure, brouillonne et vulgaire ? Combien de personnes interviewées remplacent la seconde moitié de leur phrase par « voilà », ce qui ne signifie évidemment rien du tout et n’éclaire nullement l’auditeur ? Pourquoi les phrases sont-elles constamment truffées de mots vulgaires ? La pensée n’en est pas enrichie et le moins que l’on puisse dire c’est que le vocabulaire en est appauvri.

Cette langue dévoyée et infantile réveille en moi des phrases lourde de sens telles que : « la caque sent toujours le hareng » (proverbe), ” le style est l’homme même” (Pascal) « le vers se sent toujours des bassesses du cœur » (Boileau). Qu’une langue vive et évolue, c’est naturel et souhaitable. Mais elle n’en continue pas moins à refléter le portrait de celui qui l’utilise. C’est une préoccupation à garder à l’esprit quand on s’exprime, oralement ou par écrit.

Heure d’été ou heure d’hiver?

Après un sondage démocratique (moins d’1% de la population !), l’UE songerait à proposer aux États membres de garder la même heure toute l’année.

C’est incontestablement une bonne idée, mais…. Quelle heure ? Celle d’été ou celle d’hiver ? Il semblerait que ce serait celle d’été. La conséquence en serait que le jour se lèverait encore plus tard de novembre à fin mars que ce n’est le cas maintenant. Certes, les jours seraient un peu plus longs en fin d’après-midi pendant cette période, mais, en hiver, vaut-il mieux que le jour commence un peu plus tôt, sachant que le travail des adultes et l’école pour les enfants commencent assez tôt le matin. Vaut-il mieux avoir de la lumière naturelle rapidement le matin ou un peu plus longtemps le soir ?

Une réponse pourrait peut-être venir de cette start-up durable présentée hier, 4 septembre, dans les locaux du Temps et candidate, avec deux autres start-ups, au prix SUD. Cette start-up, baptisée Oculight Dynamics, veut développer l’usage maximal de la lumière naturelle dans les habitations, ayant fait le constat que cette lumière est particulièrement bonne pour la santé tant physique que morale.

Il est évident que la durée totale de jour et de nuit est la même que l’on adopte l’heure unique d’été ou d’hiver. En revanche, à partir du moment où l’on sait le rôle bénéfique de la lumière naturelle, il serait intéressant de déterminer si, pour la santé des gens, il vaut mieux que le jour se lève un peu plus tôt toute l’année (heure d’hiver) ou qu’il finisse un peu plus tard toute l’année (heure d’été). Le débat ne manque pas d’intérêt et le résultat pourrait même être qu’il n’est pas souhaitable d’imposer la même heure, quelle qu’elle soit, à tous les Européens !

Le climat est instrumentalisé

C’est sous ce titre que le Temps du 3 septembre rapporte les propos du professeur Erkman et je me réjouis que le problème soit abordé sous cet angle, non pas pour nier que le climat est un peu déréglé, mais pour reconstituer la hiérarchie des problèmes et des responsabilités.

Nul ne peut nier qu’il y a eu des dérèglements climatiques à plusieurs reprises sur notre terre, les uns gravissimes, les autres plus légers (petites glaciations, petits réchauffements), sans que nous y ayons pu mais, ni que les explosions solaires, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre peuvent avoir des effets énormes bien supérieurs à ceux de nos activités et dont nous n’avons aucune maîtrise. La moindre des humilités serait au moins de reconnaître que nous n’en connaissons pas vraiment les causes et que nous ne pouvons pas les éviter.

De vous à moi, on a de la peine, comme être humain ou même comme entreprise, voire comme Etat, à se sentir responsable du changement climatique. En revanche, il est évident que la pollution – dont chacun est responsable – peut jouer un rôle sur la santé, que nous pouvons influencer la biodiversité par notre manière d’exploiter les terres, voire de nous nourrir, bref que si l’on veut responsabiliser vraiment les personnes et éventuellement influencer les groupes sociaux dans leur manière de se conduire, il faut arrêter de brandir le changement climatique et se concentrer sur ce qui est à notre niveau.

En un sens, la démission de M. Hulot qui mettait – comme beaucoup d’autres personnes – sous le chapeau général de la lutte contre le réchauffement climatique, le glyfosate, le nucléaire, la défense de la cause animale, est l’illustration de l’échec programmé de tout vrai progrès en matière d’écologie tant qu’on l’intitule « lutte contre le réchauffement climatique ». Si l’on veut éveiller un petit sens de la responsabilité il faut se concentrer sur des effets manifestement liés à l’activité humaine. Ces effets variés (empoisonnements chimiques, surproduction, surexploitation, gaspillages en tout genre) appellent chacun des mesures de correction spécifiques, dont les conséquences seront également négatives et qui doivent donc être pesées et éventuellement adaptées ou modulées. Ce sont des enjeux politiques délicats menaçant toujours, au nom d’une bonne intention, de paver un enfer policier. Tout est manifestement à faire, mais pitié, lâchons d’abord la menace climatique.