La jeune génération asservie par la gratuité ?

Heidi.news, l’excellent journal sur internet (payant parce que sans publicité) lancé cette année, nous informe que, selon un communiqué fribourgeois, « la jeune génération n’est pas prête à payer pour de l’information ».

La nouvelle est des plus inquiétantes bien que peu surprenante. En effet, toute la réduction en esclavage des générations présentes est fondée sur la gratuité. Il faut créer le besoin par une offre non payante et ensuite, on peut enfiler aux gogos absolument tout ce que l’on veut. Les algorithmes informent les esclavagistes des goûts et des vices des consommateurs et … c’est parti pour harponner ces derniers puis les asservir.

Que la jeune génération – qui a bien l’intention de gagner confortablement sa vie, ce qui est en soi légitime – considère que l’information doit être gratuite trahit une carence éducative grave. Elle témoigne aussi de l’efficacité du lavage de cerveau opérée par les innombrables offres gratuites de toutes sortes de biens autant par les journaux (gratuits) que par internet.

La bonne information se paie et doit se payer. Tout travail honnête mérite salaire. Le salaire du bénévolat, c’est la joie du don. Les personnes qui contribuent à la création de l’information gratuite sont-elles des bénévoles ? Personne ne parle cependant de leur bénévolat et pour cause. Elles sont, en principe, payées pour leur travail mais sans que les bénéficiaires (non payants) de ce travail se soucient un seul instant de la source de leurs revenus. D’ailleurs certaines publications gratuites connaissent même des difficultés financières notamment parce que les esclavagistes qui les nourrissent de publicité se détournent d’elles pour envahir le marché d’esclaves beaucoup plus vaste que représente la toile.

Que faut-il donc enseigner dans les familles et dans les écoles pour que les jeunes générations ne soient plus asservies par ce qui est gratuit ? Peut-être simplement que la liberté – après laquelle chacun soupire – n’est accessible qu’à celui qui a la volonté et la capacité de choisir puis d’assumer le prix de son choix.

Rire pour ne pas pleurer

« Un étranger pose des affiches de l’UDC ». Voilà un titre du Temps de ce 15 octobre qui va « booster » la campagne électorale en fin de course. Enfin du rififi et … à l’extrême droite ! On va voir ce qu’on va voir !… D’autant que la photo envoyée à la presse par un courageux défenseur (mâle ou femelle) de la liberté d’opinion montre que le colleur d’affiches est « un homme de couleur » … Bon ! l’honnêteté intellectuelle oblige à relever aussi l’intertitre en rouge qui précise : « Le poseur d’affiches est bien français, mais il vit depuis longtemps à Lausanne ». Le soufflé retombe un peu vu que l’ouverture des frontières et la mondialisation sont des valeurs sûres. Si par hasard on lit le brûlot jusqu’au bout, on relève encore que « d’autres politiciens » recourent aux mêmes aides payantes et que la rédaction du Temps a même reçu, « pendant la rédaction de son article », « la photographie d’une affiche …PLR… en train visiblement d’être posée dans les mêmes conditions, par un poseur d’affiches noir ».   Ouf ! Heureusement, c’est encore la droite riche qui se paie cela !

Rire et tirer trois conclusions

En toute franchise, la chose est du plus haut comique et j’aurais rêvé d’avoir un dessin de Chapatte ou de Burki pour l’illustrer. Mais au-delà du rire, on peut en tirer au moins trois conclusions :

  • La société actuelle est fortement gangrenée par le goût de la délation, de la médisance, de l’attaque personnelle dirigée contre le monde politique (de droite ou de gauche), du sous-entendu nauséabond, le tout facilité par les moyens technologiques de transmission. La démocratie directe est mise en danger lorsqu’une société descend à ce niveau.
  • Les candidats aux élections ne trouvent plus assez de soutien bénévole dans leur parti respectif pour accomplir les nombreux gestes de propagande illustrant un certain enthousiasme (je vois encore ma mère, à plus de soixante ans, partir au volant de sa petite voiture pour aller coller ou punaiser des affiches pour les candidats libéraux de Lavaux). Aujourd’hui, il faut pouvoir payer une entreprise pour cela. On a le sentiment attristant que les sièges « s’achètent » et dans tous les partis.
  • Rien ne servirait – contrairement à ce que demandent certaines voix – d’augmenter le nombre de signatures pour les référendums et les initiatives, car cela favoriserait simplement les formations ou groupements dorés sur tranches capables de payer des collecteurs de signatures employés par les mêmes entreprises que les colleurs d’affiches et affaiblirait la garantie des droits démocratiques des vraies minorités sociales ou politiques.

Exiger la « transparence » des financements des partis politiques n’est qu’une conséquence de la financiarisation de la politique. Cela ne contribuera pas à restituer sa vigueur à la démocratie directe. Celle-ci dépend d’abord de la conviction qu’une société a un avenir et de la passion amoureuse que l’on éprouve pour son pays (canton, commune).

 

 

 

L’enfant est-il vraiment équivalent au service militaire?

Il arrive fréquemment que, lorsqu’on parle de congé parental – qu’il s’agisse de congé maternité ou de congé paternité – on fasse une comparaison avec le service militaire. Nous vivons tragiquement l’époque des confusions.

Le service militaire est un service obligatoire, remplacé certes parfois par un service civil, mais également obligatoire

Veut-on vraiment considérer que faire un enfant est un service obligatoire à la patrie ou à la communauté ? Évidemment que, dans cette hypothèse, on peut tolérer n’importe quelle sorte de procréation, le seul résultat qui compte est la fabrication d’un enfant. C’est un grand pas vers la chosification de l’enfant mais aussi vers les mères porteuses obligatoires.

Le service militaire implique du temps consacré à la communauté donc il est juste que celle-ci compense financièrement cette perte professionnelle

Le temps consacré à la famille et à son ou ses enfants est-il offert à la communauté ou correspond-il à l’expression d’un choix de vie libre ? S’il est offert à la communauté, l’enfant est donc un bien commun dont la société a le droit de disposer et dont elle est responsable en premier lieu, sauf à déléguer, dans certains cas, pendant un certain temps, cette responsabilité aux parents ou à l’un d’eux. Une telle délégation implique une indemnisation. C’est la récupération de la personne au profit de la collectivité, essence même de toute société totalitaire. C’est exactement l’inverse de la construction de notre culture qui pose le principe de la responsabilité primaire des parents pour le bien de l’enfant. Peut-être que, pour faciliter ou encourager cette responsabilité, il serait bon d’instituer un congé parental, mais cela n’a assurément rien à voir avec un service militaire ou civil.

Alors, pitié, que l’on cesse de recourir à n’importe quel argument pour faire triompher un but étranger au bien de l’enfant. On pourra commencer à envisager sérieusement un congé parental quand il sera conçu d’abord et sans conteste dans l’intérêt de l’enfant. Peut-être que cela responsabiliserait même certains adultes !

Un congé parental pour “casser les rôles traditionnels”

Selon la co-présidente de la faîtière des associations féminines Alliance F, citée en p. 9 du Temps de jeudi 3 octobre, le congé paternité de dix jours que vient d’accepter le Parlement « ne suffira pas pour casser les rôles traditionnels du père et de la mère au sein de la famille ». Voilà sans doute ce qui correspond à la recherche du bien de l’enfant !

Donc le congé parental doit « casser les rôles traditionnels du père et de la mère au sein de la famille » afin d’accélérer l’égalité entre des adultes qui se soucient du bien de l’enfant comme d’une guigne. L’enfant devient l’otage de l’égalité entre hommes et femmes, puis l’otage entre couples hétéro- et homosexuels, qui tous ont le même droit à l’enfant par quelque moyen que ce soit, et, ultérieurement, on le sait bien, entre couples de lesbiennes et couples de gays – pourquoi les unes auraient-elles droit à la PMA et par les autres, même s’il faut une mère porteuse en plus ; et par-dessus le marché évidemment, pincée d’égalité sociale, l’enfant devient otage pour assurer une égalité devant le coût de la PMA : pour que celle-ci ne puisse pas être réservée aux seuls riches à l’étranger, il faut admettre tous les dons d’ovocytes et les mères porteuses en Suisse, etc… On a déjà tout entendu et lu d’ailleurs sur le sujet ! Nous ne présentons que le résumé du futur immédiat.

Essayons de poser clairement les problèmes : Il est parfaitement légitime de chercher quelle est la meilleure manière d’accueillir un enfant une fois qu’il est né, comment lui assurer – et pas seulement pour quelques jours ou semaines d’ailleurs, mais au moins déjà pour un petit moment – la présence parentale dont il a besoin et à laquelle il a droit car il n’a jamais demandé de naître. Mais si la seule raison du congé parental, c’est de « casser les rôles traditionnels », et de monnayer l’égalité sur le dos de l’enfant, alors il est difficile de ne pas éprouver une nausée. Pauvres gosses monnayés pour satisfaire l’égo des adultes !

“Un droit sur l’enfant”

Pourquoi, mais pourquoi faut-il dire commettre tant d’erreurs quand il s’agit des enfants ?

« Le Temps » de ce mercredi 2 octobre consacre un article à la PMA et au mariage pour tous puisque la première fait actuellement couler de l’encre en France et que le second en fera couler en Suisse dès décembre. Chose amusante, alors que le mariage pour tous (et la PMA) sera un des premiers objets débattus par notre nouveau parlement, aucun candidat – à ma connaissance – n’y fait allusion dans sa campagne. Et la presse ne pose aucune question à ce sujet. Terrain glissant à éviter ?

Bien de l’enfant et PMA

L’article du Temps susmentionné rappelle qu’en Suisse, même si le mariage pour tous était voté, il exclurait le droit au don de sperme pour des couples de lesbiennes. Un tel don n’est admis actuellement que pour un couple marié, donc hétérosexuel. Au moment de la naissance, le mari est présumé le père de l’enfant, conformément au droit suisse, et inscrit comme tel à l’état civil. C’est évidemment une situation boîteuse pour l’enfant puisqu’il devra apprendre qu’il n’est pas le fils biologique de son père, ce qui est toujours une cause de traumatisme, même si le législateur autorise – comme en Suisse – l’enfant à déclencher une procédure pour connaître l’identité de son père biologique qui ne peut pas être anonyme. Il n’est vraiment pas souhaitable que l’État favorise la multiplication de ces situations toujours délicates pour l’enfant.

Si le couple hétérosexuel n’est pas marié, le don de sperme n’est pas autorisé par la Suisse ; autrement dit, pour une femme non mariée ou mariée à une autre femme ou en partenariat avec une autre femme, le don de sperme est exclu puisqu’il ne peut pas y avoir de présomption de paternité . Dans ce cas, c’est le bien de l’enfant qui prévaut de manière absolue.

Droit sur l’enfant

L’article du Temps cite entre guillemets les propos de la présidente romande de Pink Cross et de l’Organisation suisse des lesbiennes (LOS), citation que nous reproduisons fidèlement : « Une chose importante pour nous, c’est que la PMA vient avec la double filiation automatique. Dans un couple hétérosexuel, cela signifie qu’il n’y a pas besoin de tests génétiques pour que le deuxième parent soit reconnu comme coparent. Mais actuellement, si deux femmes ont un enfant à l’étranger, l’une va revenir en Suisse enceinte et l’autre devra entamer une procédure d’adoption qui peut durer jusqu’à deux ans après la naissance. Si la première décède, l’autre mère n’a pas de droit sur l’enfant ».

« Un droit sur l’enfant ». Voilà l’expression la plus odieuse que l’on puisse utiliser. On a des droits sur un immeuble, sur un tableau, sur un animal, pas sur une personne. Apparemment il y a des personnes qui veulent un enfant pour avoir des droits sur lui. Certes, dira-t-on, les parents ont une autorité parentale, un droit de prise en charge de l’enfant mais ce ne sont pas des droits au sens habituel, car ce sont des droits devoirs qui représentent d’abord une responsabilité envers l’enfant. Ces droits devoirs sont liés à la paternité et à la maternité reconnues juridiquement et ne peuvent être acquis de manière artificielle que par l’adoption. Mais tant que dure la procédure d’adoption, le futur parent adoptif a déjà l’obligation de fournir des soins et de pourvoir à l’éducation de l’enfant et en cas de mort de la mère de l’enfant, sa partenaire qui est en voie de l’adopter pourra continuer la procédure d’adoption en qualité de personne seule, l’enfant ne lui sera pas enlevé. Elle continuera donc à devoir lui assurer soins et éducation et l’enfant sera protégé, ce qui est évidemment la seule chose importante. Le bien de l’enfant ne dépend pas des droits de son parents mais en fait de ses devoirs.

Dans la discussion qui va s’ouvrir en Suisse au sujet du mariage pour tous et de la procréation médicalement assistée, il faudra être extrêmement attentif à ne pas confondre les droits et les intérêts des adultes avec le bien de l’enfant.