Racolage bancaire

J’étais l’autre jour dans une banque cantonale pour y effectuer un paiement international. Après la transaction, le responsable me dit : « vous avez un compte postal ». N’ayant pas perçu le ton interrogatif, je réponds : « comment le savez-vous ? Sans doute parce qu’il m’arrive d’alimenter mon compte bancaire à partir de mon compte postal ». « Non, non » me répond mon interlocuteur, je vous demande si vous avez un compte postal parce que si c’est le cas, vous savez sans doute que vos frais vont augmenter. La Poste vous en a avertie. Si vous ouvrez plutôt un compte chez nous, cela ne vous coûtera rien. Vous n’aurez pas de frais. »

Je me suis insurgée contre ce racolage de clients. Comme je faisais part de ma désapprobation de la méthode à l’employé présent, il me dit : « Nous devons augmenter le nombre de clients, et toutes les banques font cela ». Je n’ai pu me retenir de dire que c’était, toutes proportions gardées, le même genre de démarche que celle à laquelle l’UBS s’était livrée jadis avec les clients étrangers. « Non » me répond l’employé, « car notre banque est propriété de l’Etat ».

On déduit de cela que le niveau éthique de l’Etat n’est en aucun point différent de celui de la société civile et que la concurrence entre entreprises de droit public obéit aussi aux règles de la jungle. En outre, on éprouve le sentiment extrêmement désagréable d’être sous tutelle ! Je ne suis pas certaine de réapprovisionner mon compte dans cette banque d’Etat!

 

Qui veut noyer son chien…

Quoi qu’en disent certains politologues ou spécialistes de l’éthique politique, la « transparence » s’apparente un peu à une chasse aux sorcières. Les « affaires » genevoises ont évidemment un tour très particulier car il est bien exact que si les notes de frais ne peuvent pas être justifiées, il y a une gestion déloyale de fonds publics tombant sous le coup du droit pénal. Mais dans cette espèce de condamnation médiatique immédiate de tous les élus de l’exécutif de la ville de Genève sans leur laisser la moindre chance d’apporter la preuve éventuelle que les montants dépensés pendant les dix dernières années étaient justifiés, on perçoit une sorte de jubilation malsaine, une délectation dans la curée.

Cette jubilation malsaine atteint son apogée dans la condamnation de Mme Savary. Il importe en effet de ne pas la mettre « dans le paquet genevois » mentionné ci-dessus car elle n’a utilisé que de l’argent privé. Ses relations avec son parti politique ne nous regardent pas et, en tant que parlementaire et non pas membre d’un exécutif, ses liens amicaux avec un millionnaire ne tirent pas vraiment à conséquence. Qui peut bien avoir intérêt à la détruire ? Une jalousie déguisée en justicière virginale serait-elle en train de mener le bal ?

 

Un referendum à soutenir

Le Parlement vient de voter une modification de la loi sur les armes. J’avoue avoir lu le texte et me sentir très incompétente quand il s’agit d’en apprécier la portée réelle. Je n’aurais donc pas spécialement soutenu le référendum si ce dernier ne portait pas sur autre chose que cette loi qui n’en constitue qu’une annexe.

En réalité, le référendum concerne « l’Arrêté fédéral portant approbation et mise en œuvre de l’échange de notes entre la Suisse et l’UE concernant la reprise de la directive (UE) 2017/853 modifiant la directive de l’UE sur les armes. (Développement de l’acquis de Schengen) ». En effet, le texte de l’arrêté se termine par « Le présent arrêté est soumis au référendum » et il comporte à la fois l’approbation de l’échange notes et celle de la loi sur les armes en annexe.

Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais eu à approuver à la suite d’un référendum un « échange de notes » entre la Suisse et un autre sujet du droit international public et l’affaire est vraiment intéressante. Compte tenu du renvoi du texte de l’arrêté à l’art. 141 al. 1er let d ch. 3 de la Constitution, il s’agit de l’approbation “d’un traité international dont la mise en œuvre exige l’adoption de lois fédérales”.

Il est donc très important que les citoyens puissent être renseignés exactement sur la portée et le contenu de cet échange de notes et la seule manière d’obtenir les informations complètes c’est de signer le référendum et d’espérer que celui-ci aboutira.  Ce sera alors en connaissance de cause que l’on pourra apprécier l’importance de l’engagement pris par le Conseil fédéral et le Parlement.

Il nous paraît que le comité référendaire se trompe de cible en se concentrant exclusivement sur la loi sur les armes qui n’est qu’une annexe de l’échange de notes. C’est cet échange qui est intéressant et dont on ne sait rien.

 

 

Une expérience scientifique utile ou malsaine?

Le Temps des 13/14 octobre nous apprend que des savants chinois ont réussi à faire naître des souris de « deux mères » donc sans fécondation par des gamètes mâles, que ces souris se portent bien et ont même pu procréer. On ne nous dit pas si elles ne procréent que des femelles, ni d’ailleurs si leur progéniture est « normale ». L’expérience chinoise est le résultat d’interventions délicates et compliquées sur des cellules. Le même genre d’intervention sur des cellules provenant de mâles s’est, à ce jour, révélé un échec. Dont acte.

Faisant abstraction de toute réflexion éthique, pour l’instant, on se pose une question : à quoi cette recherche peut-elle bien servir ? Certes, l’être humain est toujours à la recherche de l’origine du monde et de sa propre origine et cette curiosité est souvent un moteur de progrès. Mais dans le cas d’espèce, quel est le progrès recherché ou espéré ? On a vraiment de la peine à saisir l’intérêt qu’il y aurait à développer une reproduction hermaphrodite chez les mammifères. Ne serait-ce pas avant tout un moyen de pouvoir, l’expression du désir de façonner le monde à son image ? Est-on devant une expérience utile ou malsaine ? La recherche n’est pas bonne en soi. Encore faut-il que le chercheur soit animé du sens de sa responsabilité et ne joue pas simplement à l’apprenti sorcier.

Questions à quatre personnes “généreuses”

Le Temps du 8 octobre nous informe que quatre personnalités suisses – qu’il nomme – ont signé une lettre au Conseil fédéral lui demandant d’accorder le pavillon suisse à l’Aquarius.

On ne nous dit pas si ces quatre personnes se sont également engagées, chacune, à assurer l’accueil (hébergement et tous les frais) d’une personne au moins, jusqu’à droit connu sur les conditions possibles de maintien en Suisse.  On ne peut en effet être généreux aux seuls frais d’autrui. C’est l’énorme problème que ne veulent pas voir tous ceux qui répètent « accueil, accueil, accueil de tous les migrants » sans jamais se soucier de la question réaliste qui y est liée : où va-t-on les loger ? Comment va-t-on couvrir tous les frais de santé, d’entretien, de scolarisation éventuelle, d’insertion dans la population, etc… ? Comment faire face à l’éventuelle augmentation de population (par exemple 20’000 hab. de plus à Lausanne chaque année, paraît-il) alors que, de tous côtés, on déplore une croissance démographique et s’en inquiète ?

L’horrible exploitation de la souffrance ou de l’espoir des migrants de la mer par des passeurs avides dénués de tout sentiment humain ne peut pas être effacée par une mesure irréfléchie ; l’incapacité de l’Union Européenne elle-même (27 Etats !) à résoudre ce problème est hélas ! l’indication que ledit problème dépasse la compréhension et la compétence des quatre signataires ; ceux-ci contribuent peut-être – involontairement sans doute – à conforter les passeurs dans l’idée qu’ils tiennent leur source de profits bien en main tant que fonctionnera leur chantage affectif aux Européens.

 

 

 

Lier la révision du code civil relative au changement de sexe au débat sur le mariage pour tous

Le Conseil fédéral propose de permettre, dans le code civil, une simple déclaration de changement de sexe à l’état civil, de la personne « qui a la conviction intime et constante de ne pas appartenir au sexe inscrit dans le registre de l’état civil ». L’officier de l’état civil devra certes vérifier le sérieux de la problématique et éviter les abus et les plaisanteries – joyeux travail ! – mais s’il est convaincu du bienfondé de la demande, il inscrira le nouveau sexe dans le registre de l’état civil. Il ne modifiera pas, en revanche, les liens matrimoniaux ou parentaux (c’est prévu dans la loi révisée). Du point de vue des registres de l’état civil, le nouveau M. X ou la nouvelle Mme X restera respectivement, Mme X mariée à M. Z ou M.X marié à Mme Z, mais dans la vie de tous les jours, il est clair que les époux X-Z seront deux hommes ou deux femmes, y compris à l’état civil. Même remarque, à l’inverse, pour les partenaires enregistrés qui ne seront plus du même sexe à l’état civil ; quant aux enfants, ils continueront bien à avoir à leur état civil un père et une mère, mais un père femme ou une mère homme à l’état civil également.

On relèvera, à partir de l’exemple ci-dessus, que la particularité de la simple déclaration de changement de sexe à l’état civil, proposée par la révision, parce que, selon la loi, elle n’influencerait pas le mariage, ni d’ailleurs le partenariat enregistré, aurait pour conséquence, en pratique, que le mariage unirait alors deux personnes de même sexe, ou le partenariat enregistré deux personnes de sexe différent, ce qui est exactement le but recherché par les partisans du « mariage pour tous ». On introduirait donc, sans aucun débat de fond, le résultat qu’ils recherchent. Il suffirait alors d’une simple adaptation ultérieure, sans tambour ni trompette, du code civil à cette réalité, par l’introduction du mariage pour tous. Certes, il s’agirait bien d’un modification législative sujette à référendum, mais pourquoi lancer un référendum contre l’adaptation à un pratique déjà consacrée par le code et dans les faits ?

Espérons que les parlementaires verront la problématique et qu’ils exigeront que le débat relatif à la déclaration de changement de sexe soit lié à celui concernant le mariage pour tous, autrement dit qu’ils refusent le « saucissonnage » de la modification du code civil, car il s’agit là d’un problème fondamental de société qui ne doit pas pouvoir être soustrait à un large débat, quelle qu’en soit l’issue.

Le 8 octobre 2018

 

Et les enfants dans tout cela?

Les techniques modernes de procréation médicalement assistées permettent la congélation d’ovocytes, voire d’embryons dont on réclamera le développement sous forme d’une grossesse quand la mère (ou les parents) en aura le temps, l’envie ou les moyens financiers. En théorie, cela peut paraître raisonnable. Mais ce qui frappe c’est qu’on ne lit jamais une ligne au sujet de l’enfant né d’une telle procédure médicale. Quel est l’âge réel d’un embryon implanté après avoir été congelé pendant plusieurs années ? Quelle est la véritable fraîcheur d’un ovocyte utilisé après des années de congélation ? L’enfant né après de tels traitements en subit-il des conséquences ? Si oui, lesquelles ? Pour répondre à ces questions, il faudrait évidemment pouvoir étudier de nombreux cas, donc éventuellement réduire de nombreux enfants à des conditions de cobayes.

On ne peut qu’être frappé par le fait que ce problème là n’est jamais évoqué. On peut concevoir que l’on y apporte éventuellement des réponses ou des solutions différentes, mais on doit reconnaître que, du point de vue éthique, la question est fondamentale. Il semblerait toutefois, selon le Temps du 3 octobre, que le Comité national d’éthique (suisse), se montre « circonspect » à propos de la congélation qu’il considère comme « controversée » et « comportant des risques pour la santé de la femme et de l’enfant ». Tiens ! Tiens ! On évoque l’enfant ! Miracle !

Nouvelle négligence du bien de l’enfant !

Le mépris du bien de l’enfant est constaté une fois de plus dans un projet de modification du code civil suisse concernant les personnes transgenres. Ce projet prévoit que « Toute personne qui a la conviction intime et constante de ne pas appartenir au sexe inscrit dans le registre de l’état civil peut déclarer à l’officier de l’état civil vouloir une modification de cette inscription ». Cette déclaration sera sans effet sur le mariage et la filiation. La modification à l’état civil consacrera donc le maintien du mariage entre deux personnes alors devenues de même sexe et permettra de désigner à l’état civil que le père d’un enfant est une femme ou sa mère un homme. On doit se demander très sérieusement si le respect de l’enfant ne devrait pas conduire à préciser au moins, dans la loi, que la déclaration de changement de sexe ne peut être faite tant que la personne a un ou des enfants mineurs. Il arrive en effet que le changement de sexe soit demandé par un homme ou une femme qui a procréé. Personne ne parle jamais du traumatisme que peut vivre un enfant dont un parent change de sexe. Les cas sont à vrai dire actuellement encore beaucoup moins fréquents que les changements de sexe en général mais ce n’est pas une raison pour ne jamais penser aux enfants.

Loi suisse contre l’homophobie: aura-t-on encore la liberté de s’opposer au mariage pour tous?

Selon le Temps du 26 septembre, « Le Conseil national a approuvé la criminalisation des discriminations envers les homosexuels ». La Chambre du peuple a accepté ainsi l’initiative parlementaire de M. Mathias Reynard.  L’art. 8 de la constitution fédérale qui dispose que « nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de… son mode de vie », va donc être concrétisé par une norme pénale. Le problème dès lors est double : 1) Que faut-il entendre par homophobie ? 2) Que faut-il entendre par discrimination ?

Cette double question se pose particulièrement en relation avec la conclusion de l’article du Temps : « Fort de son succès d’étape, Mathias Reynard a indiqué vouloir désormais se concentrer sur le combat pour le mariage pour tous ». Veut-il dire ainsi que, une fois la norme pénale admise, on pourra combattre et punir grâce à elle les personnes qui s’opposeraient au mariage pour tous ?

On sait que l’argument massue pour justifier l’amalgame entre mariage et partenariat enregistré, c’est l’égalité des sentiments entre les deux protagonistes de chaque forme d’union. Cette égalité – impossible à prouver entre deux unions, quels qu’en soient les protagonistes – a incité le législateur à élever le partenariat au rang d’institution, comme le mariage. Mais cette égalité de rang social ne signifie pas encore identité.

Pour illustrer la différence qu’il y a entre elles, comparons un instant chacune des unions respectivement au vin rouge et au vin blanc. Les deux breuvages sont délicieux, les deux sont alcoolisés, les deux sont le produit du jus de raisin, mais il ne viendrait à personne l’idée de mélanger systématiquement les deux dans son verre sous prétexte que les deux sont bons. Les produits finis sont chacun différents. Reconnaître leur différence, et les nommer différemment, ce n’est pas pratiquer une discrimination.

Mais peut-être que comparer le mariage et le partenariat enregistré à deux vins c’est une forme de discrimination du genre humain. A quand cette norme pénale ?

 

Inégalité salariale: toujours la même confusion nuisible

Des femmes vont se mobiliser dans la rue pour lutter contre l’inégalité salariale. Bon ! Mais que faut-il entendre par « Inégalité salariale » ?

La constitution fédérale dit expressément que « l’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale ». Cela, et cela seulement, est la formulation du principe de l ‘égalité salariale. Ce n’est pas forcément facile à vérifier car un « travail de valeur égale » n ‘est pas une notion purement arithmétique. Il est clair cependant que la différence salariale qui n’a d’autre raison d’être que le fait que la personne qui fournit le travail requis est une femme et non pas un homme est inadmissible.

Différente de l’inégalité salariale est l’inégalité « dans la famille, dans la formation et dans le travail », trois manifestations possibles de l’inégalité expressément mentionnées par la même constitution. Cette inégalité-là peut se concrétiser par le fait que femmes et hommes ne recherchent pas forcément les mêmes formations, accèdent ou n’accèdent pas à des postes à responsabilité, pratiquent des activités à temps partiel ou à temps complet, etc… Ces inégalités tiennent à des causes multiples, parfois simplement à une liberté de choix des intéressés – ce qui est totalement respectable – parfois à des questions socio-culturelles dont on peut souhaiter qu’elles se modifient ou que l’on peut aider à se modifier.

Le plus mauvais service que l’on puisse rendre aux femmes et aux hommes, c’est de mettre constamment sous le chapeau de « inégalité salariale », toutes les formes de différences, voire d’inégalités dans l’organisation familiale, éducative et professionnelle qui peuvent influencer le revenu professionnel. D’une part, cela rend les statistiques  trompeuses, voire malhonnêtes, donc non crédibles, d’autre part, cela compromet la recherche de solutions. Prétendre en effet résoudre de la même manière des problèmes de nature très différente est une sottise nuisible. Mais plus que tout encore, cela atrophie la liberté individuelle et décourage l’effort de tous ceux pour qui l’égalité représente une valeur motivant une démarche personnelle et constante plutôt qu’une arme électoraliste ou syndicale.

 

L’autoportrait par la langue

Pourquoi la langue parlée – et souvent écrite – devient-elle si laide, obscure, brouillonne et vulgaire ? Combien de personnes interviewées remplacent la seconde moitié de leur phrase par « voilà », ce qui ne signifie évidemment rien du tout et n’éclaire nullement l’auditeur ? Pourquoi les phrases sont-elles constamment truffées de mots vulgaires ? La pensée n’en est pas enrichie et le moins que l’on puisse dire c’est que le vocabulaire en est appauvri.

Cette langue dévoyée et infantile réveille en moi des phrases lourde de sens telles que : « la caque sent toujours le hareng » (proverbe), ” le style est l’homme même” (Pascal) « le vers se sent toujours des bassesses du cœur » (Boileau). Qu’une langue vive et évolue, c’est naturel et souhaitable. Mais elle n’en continue pas moins à refléter le portrait de celui qui l’utilise. C’est une préoccupation à garder à l’esprit quand on s’exprime, oralement ou par écrit.