Pourquoi la presse aime-t-elle parler de gifle ou d’humiliation des politiciens?

C’est une expression à la mode et totalement horripilante : de tel politicien dont une proposition n’a pas été votée la presse dit souvent qu’il a reçu une « gifle » ou qu’il subit une « humiliation ». C’est ce que l’on a pu lire et entendre récemment à propos de l’échec du premier ministre britannique.

Toute personne qui a compris quelque chose à la politique sait que les votes sont soit négatifs soit positifs (quelquefois blancs mais ce n’est pas le problème ici) et que, par conséquent, une proposition, une loi, soumise au vote – que ce soit du peuple ou d’un parlement – sera acceptée ou refusée.

Il peut arriver qu’un votant ou un autre utilise son droit de vote dans l’idée de « punir » un homme politique ou de se venger, mais il s’agit là d’un réflexe intime et primaire dont on souhaite que ce ne soit pas la motivation de tous les votants car cela n’a rien à voir avec l’intérêt général. En principe, on fait une proposition politique, on prend une décision parce qu’on pense que c’est la meilleure solution – ou la moins mauvaise ! – pour son pays ou sa communauté.

Affirmer, dans l’affaire du Brexit par exemple, alors que l’imbroglio est total, que le vote du Parlement anglais est une « humiliation » pour M. Johnson, c’est se moquer a priori et des parlementaires et du premier ministre. Si les premiers n’ont d’autre but que d’humilier leur premier ministre, ils sont franchement stupides et ne se préoccupent pas de l’intérêt de leur pays, et si le premier ministre était « humilié » par un échec politique, il ferait mieux d’aller se reposer sur une île déserte. Qu’il soit déçu, c’est autre chose : un échec est rarement réjouissant pour celui qui le subit.

La liberté d’opinion et d’expression assurée par la démocratie – et dont la presse se prévaut à juste titre – postule une réflexion et une information et non pas un jeu de fléchettes. Elle ne confond pas le mépris de la personne avec l’humour.

 

 

Un exemple de fake news dans un titre!

Surprise ! Surprise ! Le Temps deviendrait-il le champion des fake news ?

En page 7, un très gros titre : « La taxe CO2 financera un fonds pour le climat ».

Le lecteur (La Lectrice !!!) pressé(e) qui jette un coup d’œil sur les titres est enchanté(e) car c’est exactement le but d’une taxe CO2.

Le lecteur (bis) un peu moins pressé et préoccupé par la question climatique lit le sous-titre en rouge, en majuscules « ENVIRONNEMENT », et, en gris et en minuscules, le développement suivant : « Le Conseil des Etats est invité à repêcher la loi sur le CO2. Les taxes prévues seront en partie utilisées pour lutter contre les dégâts climatiques et assainir les bâtiments ».

Conclusion : il n’y a pas « une taxe CO » mais plusieurs dont une partie seulement sera utilisée pour « lutter etc… », donc probablement pour financer un fonds pour le climat ?

Et la lecture du texte de l’article, à laquelle se consacre le lecteur (ter) le moins pressé ou le plus attentif aux questions climatiques, permet de découvrir que « les deux tiers environ des recettes » de la « taxe CO2 sur les huiles de chauffage…sont redistribuées à la population et aux entreprises… ». Quant au fonds pour le climat dont la création n’est au stade actuel qu’une proposition de la Commission compétente du Conseil des Etats, il serait « financé par le tiers de la taxe sur les combustibles, 49 % de la ponction prélevée sur les billets d’avion, le produit des sanctions imposées aux voitures dépassant les normes d’émission et celui de la mise aux enchères de droits d’émission ».

Le prélèvement de taxes sur le CO2 est parfaitement fondé, à la condition que ces taxes servent à lutter contre les émissions de gaz et la pollution. Mais plutôt que de balancer des titres trompeurs, ou alléchants, du journalisme sérieux devrait renseigner les lecteurs :

  • Sur l’usage complet des taxes prévues
  • Sur le motif de la redistribution à la population et aux entreprises
  • Sur le mode de calcul des montants de cette redistribution
  • Sur le coût de cette redistribution, car des mouvements d’argent ont toujours un coût

Puissent les parlementaires, eux au moins, se charger de cette enquête légitime avant de décider de nouvelles taxes ou d’augmenter celles qui existent.

Le mariage pour tous cache le droit à l’enfant

La preuve éclatante de l’affirmation ci-dessus figure en p. 3 du Temps des 31 août dans l’article intitulé « Oui au mariage pour tous, mais sans don de sperme ». Pourquoi la Commission des affaires juridiques du Conseil national qui vient d’approuver le concept du mariage pour tous se serait-elle penchée simultanément sur le don de sperme si ce n’était précisément parce que l’institution du mariage est le symbole de la filiation ?

Ce refus de la Commission d’autoriser le don de sperme pour un couple de même sexe a entraîné une réaction immédiate des associations LGBT. Toujours selon le Temps, la directrice de Pink Cross aurait déclaré au sujet de la décision de la Commission : « ce n’est pas l’équivalent d’un mariage complet ». La même personne déclare avoir recouru, avec sa compagne, à un don de sperme en Espagne – la loi suisse sur la procréation médicalement assistée l’interdisant aux personnes non mariées (à mon avis, elle aurait dû l’interdire purement et simplement par respect pour l’enfant, mais on sait que celui-ci ne compte jamais tant qu’on ne le voit pas !). La directrice de Pink Cross ajoute d’ailleurs, « soit nous obtenons un vrai mariage pour tous, égal à celui dont bénéficient les hétérosexuels, soit ce n’est pas la peine ». Conclusion, le « vrai » mariage, c’est celui qui confère un droit à l’enfant par tous les moyens imaginables.

Il serait éminemment souhaitable que le Parlement complète la loi sur le partenariat enregistré dans la mesure où cette loi n’accorde pas encore aujourd’hui aux couples de même sexe « pacsés » les mêmes droits qu’aux couples mariés et ce du point de vue financier, fiscal, successoral, voire de naturalisation, bref, tous les droits qui ne concerne que les relations « pratiques »; il est légitime que deux personnes qui veulent unir leur vie, qu’elles soient pacsées ou mariées, jouissent exactement du même traitement dans leurs relations à deux. En revanche, il n’y a pas de droit à l’enfant, à aucun moment, pour aucun couple, et le mariage ne consacre pas non plus un tel droit, même si le droit suisse admet le don de sperme à un couple marié.

L’article du Temps révèle clairement que le « mariage pour tous » est utilisé en réalité pour légitimer le « droit à l’enfant » : aujourd’hui grâce à un don de sperme, demain grâce à un don d’ovule et à une mère porteuse, après demain, sur le catalogue de jouets d’Amazon.

De l’influence et du financement des partis politiques

Dans les Etats démocratiques où la liberté d’opinion permet d’avoir une variété de partis politiques participant librement à la formation de l’opinion et aux élections, l’influence de ces partis peut être considérable.

Une influence électorale et médiatique, donc un pouvoir

Dans la mesure où ils soutiennent un ou des candidats lors des élections, les partis se procurent un accès au pouvoir.

En outre, à notre époque où la publicité et la visibilité médiatiques en général sont des moyens considérables d’influencer l’opinion, donc d’exercer un pouvoir sur les avis des personnes à travers les sentiments plus que par les idées, les partis politiques cherchent à s’assurer la meilleure couverture médiatique possible.

 

Campagnes électorales et couverture médiatique coûtent de plus en plus cher

Pour financer leur accès au pouvoir, les partis vont devoir récolter des fonds. Les candidats eux-mêmes sont d’ailleurs censés également faire ce genre de recherche – ce qui, entre nous, développe entre eux une atmosphère de concurrence commerciale extrêmement antipathique et peu favorable à l’esprit de service public. Chacun, parti et candidat, court « pour soi » afin de récolter le maximum de moyens financiers.

 

Si l’argent permet aux partis et aux candidats d’accéder au pouvoir puis de l’exercer, il peut être nécessaire de savoir d’où il vient

Il est légitime que des citoyens veuillent savoir d’où proviennent les fonds qui ont permis à leurs élus d’exercer le pouvoir. La nature humaine étant ce qu’elle est, il y a toujours un risque que celui qui paie souhaite tirer quelques avantages de son financement. En politique, ce risque est d’autant plus grand que le pouvoir acquis est plus considérable. Et pour cela, il importe de savoir qui exerce le pouvoir et quel pouvoir.

 

En Suisse, le pouvoir est extrêmement morcelé grâce au fédéralisme et au système collégial.

Quand on parle de pouvoir, il ne s’agit évidemment que du pouvoir de l’exécutif. Le législatif n’a pas de grands pouvoirs, en Suisse en tous les cas, à cause du droit de référendum qui représente incontestablement un frein au pouvoir parlementaire.

Mais l’exécutif lui-même n’a qu’un pouvoir restreint. D’abord, sur le plan fédéral, l’élection des conseillers fédéraux par le Parlement et non par le peuple est une première cause (bienvenue) d’affaiblissement du pouvoir en particulier d’ailleurs parce que cela supprime considérablement l’influence médiatique. En outre, la nature collégiale et le panachage politiques du Conseil fédéral freinent considérablement le pouvoir personnel.

L’existence ensuite des cantons et de leur propre exécutif, même si, malheureusement, l’indépendance des cantons s’amenuise, représente une fragmentation géographique et politique du pouvoir des exécutifs. Si l’on peut toujours déplorer – c’est mon cas – l’élection de l’exécutif cantonal ou communal par le peuple, car une telle élection confère beaucoup d’influence aux médias -la nature collégiale reste heureusement un excellent garde-fou.

 

En Suisse, le risque que le financement des partis ou des candidats limite leur liberté et les soumette à influence est donc bien moindre que lorsque l’élection concerne un président ou un chancelier très puissant, ayant besoin en outre d’une majorité pour gouverner.

Dans ces cas-là, il est indispensable de savoir qui a financé les élections car la personne élue et le ou les partis sur lesquels elle s’appuie ont un pouvoir très étendu. Cette différence d’avec le système suisse explique que nous n’ayons pas éprouvé et n’éprouvions pas forcément le besoin, en Suisse, d’enquêter sur le financement des partis. Nous ne sommes pas « meilleurs » au plan humain, nous sommes simplement différents.

 

Le cas particulier du financement du « sommet du climat »

D’aucuns se sont étonnés, voire fâchés que je puisse m’interroger sur l’origine du financement et de la planification du mouvement des 450 jeunes réunis à Lausanne la semaine dernière. Il faut se rendre compte que ce mouvement est constitué de personnes venues de 38 pays européens et cherche à exercer une influence médiatique avec des conséquences politiques. On a pu se rendre compte du poids de ce mouvement dans la presse, sur les écrans et aux réactions des responsables de partis et des candidats aux élections fédérales de cet automne. Il est donc parfaitement normal de se demander qui finance ou pilote un mouvement qui n’a aucun caractère « officiel » et qui prétend à une influence politique européenne, voire mondiale, depuis la plateforme helvétique.

Qui finance l’enthousiasme des 450 jeunes Européens réunis à Lausanne?

450 jeunes « de toute l’Europe » sont réunis à Lausanne depuis lundi dernier, donc pendant cinq jours. Ils sont tantôt appelés « grévistes du climat », tantôt désignés sous le vocable « sommet du climat ». Côté « grévistes », on ne sait pas très bien de quelle « grève » il peut s’agir puisque ce sont les vacances. Grève des vacances ? Pourquoi pas !

Côté « sommet », il me semble que c’est la base qui réagit mais une toute petite base : 450 personnes de toute l’Europe.

Cela dit, il est parfaitement compréhensible que des jeunes s’enthousiasment et se passionnent pour une cause et notamment celle du climat. Mais pour réunir, loger, nourrir 450 jeunes, il faut bien payer quelque chose. Qui finance une telle réunion et dans quel but ? Il est aussi légitime de se poser cette question que de se demander qui finance les partis politiques.

Qui a assuré l’organisation de cette rencontre ? Les simples réseaux sociaux suffisent pour provoquer un rassemblement d’un jour ou de quelques heures dans une ville. Mais pour assurer l’accueil, plusieurs jours de suite, de 450 personnes, il faut une vraie organisation avec des relais. Quelle est-elle ? Est-ce le GIEC ? Est-ce la famille de Greta Thunberg ? Qui organisera la réunion prévue du 20 au 27 septembre prochain au moment où le GIEC étudiera le rôle des océans sur le climat ?

Sachant la difficulté que représente la conclusion d’un accord international sur les mesures à prendre pour lutter contre le dérangement climatique mais aussi la charge considérable lancée contre les méthodes agricoles et alimentaires par certains milieux et notamment le GIEC, on aimerait vraiment savoir qui pilote le mouvement. C’est juste une question de transparence !

 

Un juge n’est pas chargé de représenter les idées du parti dont il est membre

L’affaire de la transmission des 40’000 noms des clients UBS et le jugement du Tribunal fédéral posent une nouvelle fois la question de l’appartenance officielle des juges à un parti politique. Et la réaction punitive de certains membres de l’UDC à l’égard du juge UDC qui a fait pencher la balance (3 contre 2) en faveur de la livraison des noms met tristement en évidence l’incapacité de certaines personnes à respecter l’indépendance des juges et à comprendre l’intérêt éventuel pour le justiciable de leur présentation par les partis politiques.

Indépendance totale des juges par rapport à leurs électeurs et à leur parti

Le juge n’a strictement aucune obligation quelconque à l’égard du parti qui l’a présenté ou des électeurs qui l’ont élu autre que d’utiliser ses compétences et de rendre la justice au plus près de sa conscience. Menacer un juge de ne pas le réélire parce qu’il n’a pas représenté les options de son parti lors d’un jugement est un acte totalement incompatible avec les principes de la séparation des pouvoirs et de la démocratie. Le juge qui, lors d’une audience publique, ose « faire pencher la balance » est une personne courageuse surtout s’il sait que le résultat du vote va déplaire à ceux qui l’ont élu. C’est sans doute une personne capable d’une grande honnêteté intellectuelle, ce qui ne signifie pas que son avis soit forcément juste. L’honnêteté intellectuelle n’est pas une protection absolue contre les erreurs, mais c’est en revanche une garantie d’indépendance et de recherche de la solution la moins injuste. A l’issue d’un procès, s’il y a un gagnant et un perdant, il est clair que le second va détester les juges qui lui ont donné tort. C’est humain. Et si l’issue du procès est politique, comme dans l’affaire UBS et les 40.000 noms, le parti politique qui aurait souhaité l’issue inverse est déçu voire fâché. Mais à aucun moment le moindre de ses membres n’a le droit de s’en prendre publiquement aux juges qui ont tranché dans le sens qui lui déplaît et encore moins si ce sont des juges du même parti.

Justification de la présentation des juges par des partis politiques

Alors qu’aucun juge n’a le droit d’utiliser sa fonction pour faire triompher les idées de son parti dans ses jugements, il est en revanche souhaitable que les justiciables puissent savoir quelle est la philosophie de la vie des juges devant lesquels ils doivent comparaître. L’appartenance à un parti politique correspond toujours plus ou moins à une tendance philosophique, à une certaine philosophie de la vie. Elle peut influencer l’interprétation des lois en toute honnêteté et la justice implique beaucoup d’interprétation des lois de la part des juges. C’est d’ailleurs souvent la volonté du législateur qui laisse un peu de flou pour s’en remettre à l’interprétation des juges dans les cas d’espèce. Si ces juges étaient désignés exclusivement sur la base de leurs compétences – toujours essentielles, naturellement – mais en toute ignorance de leurs convictions profondes, le justiciable ne pourrait jamais essayer de se défendre ou de se protéger en entrant dans la conception philosophique de ses juges puisqu’il l’ignorerait. Il serait éventuellement privé d’un des pans de la justice qui reste l’humanité des juges. Le risque pourrait exister que des tribunaux ne soient constitués que de juges partageant une même philosophie, ce qui pourrait bien conduire à des résultats très partiaux.

Il est souhaitable que les tribunaux soient composés de juges dont on sait qu’ils ont des philosophies de vie variées et la présentation par des partis politiques en est une sorte de garantie, mais à la condition que la situation soit parfaitement claire : Le juge ne doit absolument rien à son parti politique quand il exerce sa fonction.

Digne du guinness de la sottise!

Le Mur de la Réforme à Genève a été peinturluré pour la énième fois. Selon Le Temps du 24 juillet, « le Directeur du Musée de la Réforme ne se formalise pas des attaques récurrentes contre le mur des Réformateurs ». Il aurait déclaré : « Même s’il est évident qu’on ne peut tolérer sans autre de telles dégradations, un monument dans l’espace public est forcément exposé. Par ailleurs le protestantisme refuse la sacralisation ».

C’est un vrai tour de force que de parvenir à formuler deux aussi grosses sottises en aussi peu de mots.

D’abord dire qu’un monument dans l’espace public est forcément exposé, sous-entendu « aux déprédations », c’est entériner la déclaration de cette activiste antispéciste, à l’émission Temps présent du 7 juin, selon laquelle, si des vitrines avaient été caillassée par ses comparses, c’est parce que « les vitrines ont toujours couru ce risque : les vitrines cassées, ça fait partie du jeu ». En deux mots comme en cent : si vous voulez éviter des dégâts par des timbrés malotrus et fanatiques, ne mettez rien dans l’espace public ! Jolie perspective d’avenir. Elle a au moins l’avantage de supprimer toute question éventuelle d’éducation et de respect d’autrui.

Mais la seconde déclaration du Directeur du Musée de la Réforme, selon laquelle « le protestantisme refuse toute sacralisation », – affirmation parfaitement exacte ! – rayonne de sottise dans la mesure où elle a l’air de laisser entendre que seule une sacralisation d’un objet rendrait les déprédations inadmissibles. Poussé à l’extrême un tel raisonnement pourrait faire penser que le massacre de Charlie Hebdo serait admissible parce que la personne de Mahomet est sacralisée pour certains.

Toute déprédation volontaire d’un bien sis dans l’espace public est totalement inadmissible. Un  point c’est tout. Il y a simplement des cas, peut-être, où une fessée serait une peine suffisante, vu l’immaturité et l’infantilisme des auteurs.

Merci aux adultes de ne pas flatter cet infantilisme sous prétexte de tolérance !

La politique des villes ne doit surtout pas être fédérale

Il y a plusieurs années déjà, je ne sais plus quel parlementaire fédéral avait suggéré de consacrer un article de la Constitution fédérale aux grandes agglomérations. Par chance, l’idée n’avait pas eu de suite.

Mais à l’approche des élections fédérales, le PLR semble vouloir reprendre l’idée. Il me paraît nécessaire de la neutraliser dans l’œuf.

Les grandes villes connaissent toutes plus ou moins les mêmes problèmes

Surpopulation, densification, pauvreté de certaines classes sociales, parfois délinquance et scènes de drogue importantes, nécessité d’occuper la population oisive, développement culturel, circulation et transports publics, pour ne citer que quelques exemples, voilà des problèmes communs aux grandes agglomérations. Mais faudrait-il que la Confédération intervienne pour proposer, payer, puis peut-être imposer des solutions uniformes ?

Ma réponse est résolument NON.

Les villes sont des éléments constitutifs importants des cantons

Certains cantons sont plus urbains, d’autres plus ruraux, mais tous ceux qui ont des villes d’une certaine importance ont vu ou voient celles-ci jouer un rôle qui leur est propre et qui fait intimement partie de l’histoire locale. Il appartient à chaque canton de chercher l’équilibre nécessaire entre les autorités cantonales et les autorités de ses plus grands centres urbains. Il est essentiel à la vie et au développement de chaque canton que les difficultés et les particularités de ses centres urbains soient étudiées et réglées selon le « génie du lieu ». Une solution fédérale serait uniforme et risquerait d’être peu adaptée.

Elever les grandes villes au rang d’interlocuteurs directs de la Confédération constituerait une grave menace pour le fédéralisme

Cela équivaudrait à créer un nouvel échelon de décisions pardessus les frontières cantonales, ou à côté de celles-ci, complexifiant la vie économique culturelle et politique du Pays. Le fédéralisme est indispensable à la paix confédérale. Mais c’est une construction délicate qui ne saurait être « doublée » par un genre de « fédéralisme des villes » superposé à celui des cantons et immanquablement dans un rapport.de concurrence.

Si les cantons veulent conserver la maîtrise de leur existence politique, économique culturelle et sociale pour le plus grand bien de leur population, ils ont intérêt à prendre deux sortes de mesures : d’une part à être plus attentifs aux problèmes spécifiques de leurs grandes communes au lieu de voir déjà souvent en celles-ci des concurrentes, des menaces de leur pouvoir, d’autre part à se consulter les uns les autres pour chercher d’éventuelles solutions communes à leurs agglomérations.

Des partis fédéralistes feraient preuve de lucidité politique en travaillant à l’intérieur des cantons à l’élaboration de solutions locales aux problèmes urbains plutôt qu’en sollicitant Maman Confédération pour faire parler d’eux en période électorale fédérale.

Le partenariat enregistré pour tous

Que demandent les personnes qui s’aiment et qui désirent vivre ensemble ?

Elles veulent des garanties financières, successorales, en matière d’assurance sociale, de fiscalité et éventuellement de logement. Le partenariat enregistré peut parfaitement assurer toutes ces garanties – moyennant une adaptation du droit actuel, c’est-à-dire en particulier l’ouverture à tous, quelle que soit leur orientation sexuelle et peut-être encore quelques adaptations légales en matière fiscale et économique.

Le partenariat enregistré correspond parfaitement à ce que souhaitent aujourd’hui de nombreuses personnes qui désirent prendre réciproquement un engagement durable. C’est par excellence un engagement entre deux personnes qui souhaitent avoir l’une envers l’autre des droits précis et former une sorte de petite société simple reconnue comme telle par l’ensemble de la société. Cet engagement ne représente aucun pilier de la société. Il est conçu comme une affaire strictement privée et légitime.

Le mariage remplit une tout autre fonction.

Dès la plus haute antiquité, le mariage est envisagé comme une institution intéressant la société et la projection de celle-ci dans l’avenir. C’est la raison pour laquelle il a toujours été associé à la filiation. La filiation implique la naissance d’enfants et la transmission de patrimoines. Aucune naissance d’enfant n’est possible sans un homme et une femme à l’origine. Le mariage ne peut donc être qu’hétérosexuel. Certes, au fil des siècles, avec la démocratisation de la société, le mariage est aussi devenu une relation d’amour . Mais la société a continué de le considérer comme une sorte de garantie de survie. Elle se souhaite un avenir et veut savoir comment elle s’y projettera.

A la notion même de mariage est donc liée celle d’enfant.

Un enfant est une personne et a une identité propre. Cette identité, il la tient d’abord de son patrimoine génétique. Il a le droit absolu d’en connaître la provenance, aujourd’hui plus que jamais puisque la science facilite cette connaissance et que, de plus, sa santé peut en dépendre. D’ailleurs chaque être humain est toujours curieux de sa provenance, voire taraudé par la curiosité à ce sujet. Il sait très vite qu’il a un père et une mère génétiques. Lui faire croire le contraire est une tromperie. Un enfant peut parfaitement être élevé par une personne ou deux qui ne sont pas ses parents génétiques mais son état civil doit lui indiquer la vérité.

L’Etat n’a pas le droit d’établir sciemment un faux certificat d’état civil à un enfant pour faire plaisir aux adultes.

Le faux certificat officiel d’état civil le plus ancien est sans doute celui de l’enfant adopté au moyen d’une adoption dite plénière, c’est-à-dire ne mentionnant que le ou les parents adoptifs comme parents génétiques. Le mensonge pourrait parfaitement être évité par une adoption simple et ce, sans nuire le moins du monde à l’enfant. Dans ce cas, ce dernier resterait à l’état civil enfant de ses parents génétiques. Rien n’empêche le législateur d’organiser la prise en charge de l’enfant adoptif par ses parents adoptifs avec toutes les garanties accordées à un enfant de sang. Le certificat d’état civil n’a rien à voir avec l’amour parental.

Mais les faux les plus graves en matière d’état civil d’un enfant sont ceux où l’enfant est issu d’un don de sperme, d’ovule ou/et d’une mère porteuse. Son certificat d’état civil fait croire qu’il est issu des œuvres de ses parents d’intention avec lesquels il vit. L’Etat officialise la propriété de l’enfant commandé et quelquefois acheté par des parents d’intention. Il fait le jeu de tous ceux pour qui il y a un droit à l’enfant.

Il est temps de poser les questions éthiques concernant la filiation donc la procréation

L’enfant en est le seul véritable intéressé par la procréation, puisque c’est à elle qu’il doit de naître Sans procréation pas d’enfant et sans enfant plus de société.

Dans la mesure où « le mariage pour tous » est une négation du symbole sociétal fort de filiation que constitue l’institution du mariage, la société qui l’institue accrédite l’idée que l’enfant n’est qu’un accident de parcours, un objet détaché de l’homme et de la femme dont il provient, donc une chose certes nécessaire à la survie de la société mais à la disposition de qui peut se l’offrir. Affirmer cela n’est faire preuve ni d’homophobie, ni de fanatisme religieux ; il s’agit de rappeler la notion fondamentale de l’identité de l’être humain et de mettre en garde la société car elle est une société de mort quand elle ne veut pas y réfléchir.

La politique européenne suisse aux ordres des syndicats européens ?

Même si, en soi, le résultat n’est pas complètement déplaisant, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi le parti socialiste suisse et plus spécialement l’Union syndicale suisse sont tellement à cheval sur les mesures d’accompagnement donc opposés au contrat-cadre, tout en affirmant leur sympathie pour l’Union européenne. La réponse à cette question vient d’être donnée dans le Temps de vendredi 28 juin.

Dans son article intitulé « le socialisme est-il soluble dans l’Union européenne », M. Rennwald écrit à propos du contrat-cadre et des mesures  d’accompagnement, cause de l’opposition socialiste à la ratification: «Lâcher du lest sur ces mesures reviendrait à  déclencher une spirale de démantèlement social, en Suisse et en Europe. C’est ce que la plupart des syndicats européens ont compris, en demandant à l’Union syndicale suisse (USS) de ne pas reculer sur ce terrain, une position inverse pouvant avoir des conséquences négative dans tous les autres pays ».

On apprend donc que la politique suisse à l’égard de l’Union européenne est dictée par les syndicats suisse et européens et ce, aux fins d’influencer la politique sociale de l’Union européenne. C’est une information lourde de conséquences qui induit quelques questions :

  • Est-il normal que la politique suisse soit dictée par des syndicats étrangers et bradée par l’union syndicale suisse ?
  • Est-il normal que la démocratie directe soit instrumentalisée à des fins syndicales par une coalition helvético-européenne ? Car c’est bien à cause de la démocratie directe que l’union syndicale suisse a de l’influence, vu que c’est la perspective d’un échec du contrat-cadre en votation populaire qui retient le Conseil fédéral de le signer. Et c’est à cause de la démocratie directe helvétique que les syndicats européens voient une utilité importante de leur compagnonnage avec l’union syndicale suisse.
  • Le Conseil fédéral – en particulier ses membres socialistes – ont-ils conscience, voire connaissance de cette usurpation de pouvoir par l’Union syndicale suisse et les syndicats étrangers ?
  • L’Union européenne elle-même sait-elle que, dans certains domaines – par exemple en matière de politique sociale – elle n’a d’autre pouvoir que celui que les syndicats européens veulent bien lui laisser ? Sait-elle que les syndicats de ses Etats membres sont prêts à jouer contre elle en utilisant les institutions d’un pays non-membre pour faire de la résistance ?

La découverte qu’une coalition des syndicats par-dessus les frontières abuse de la démocratie directe   de notre Pays pour confisquer une partie de la politique étrangère suisse et de la politique sociale européenne ne manque pas de causer de lourdes inquiétudes pour l’avenir. Aucune confiance n’est plus possible en qui que ce soit.