Un congé parental pour “casser les rôles traditionnels”

Selon la co-présidente de la faîtière des associations féminines Alliance F, citée en p. 9 du Temps de jeudi 3 octobre, le congé paternité de dix jours que vient d’accepter le Parlement « ne suffira pas pour casser les rôles traditionnels du père et de la mère au sein de la famille ». Voilà sans doute ce qui correspond à la recherche du bien de l’enfant !

Donc le congé parental doit « casser les rôles traditionnels du père et de la mère au sein de la famille » afin d’accélérer l’égalité entre des adultes qui se soucient du bien de l’enfant comme d’une guigne. L’enfant devient l’otage de l’égalité entre hommes et femmes, puis l’otage entre couples hétéro- et homosexuels, qui tous ont le même droit à l’enfant par quelque moyen que ce soit, et, ultérieurement, on le sait bien, entre couples de lesbiennes et couples de gays – pourquoi les unes auraient-elles droit à la PMA et par les autres, même s’il faut une mère porteuse en plus ; et par-dessus le marché évidemment, pincée d’égalité sociale, l’enfant devient otage pour assurer une égalité devant le coût de la PMA : pour que celle-ci ne puisse pas être réservée aux seuls riches à l’étranger, il faut admettre tous les dons d’ovocytes et les mères porteuses en Suisse, etc… On a déjà tout entendu et lu d’ailleurs sur le sujet ! Nous ne présentons que le résumé du futur immédiat.

Essayons de poser clairement les problèmes : Il est parfaitement légitime de chercher quelle est la meilleure manière d’accueillir un enfant une fois qu’il est né, comment lui assurer – et pas seulement pour quelques jours ou semaines d’ailleurs, mais au moins déjà pour un petit moment – la présence parentale dont il a besoin et à laquelle il a droit car il n’a jamais demandé de naître. Mais si la seule raison du congé parental, c’est de « casser les rôles traditionnels », et de monnayer l’égalité sur le dos de l’enfant, alors il est difficile de ne pas éprouver une nausée. Pauvres gosses monnayés pour satisfaire l’égo des adultes !

“Un droit sur l’enfant”

Pourquoi, mais pourquoi faut-il dire commettre tant d’erreurs quand il s’agit des enfants ?

« Le Temps » de ce mercredi 2 octobre consacre un article à la PMA et au mariage pour tous puisque la première fait actuellement couler de l’encre en France et que le second en fera couler en Suisse dès décembre. Chose amusante, alors que le mariage pour tous (et la PMA) sera un des premiers objets débattus par notre nouveau parlement, aucun candidat – à ma connaissance – n’y fait allusion dans sa campagne. Et la presse ne pose aucune question à ce sujet. Terrain glissant à éviter ?

Bien de l’enfant et PMA

L’article du Temps susmentionné rappelle qu’en Suisse, même si le mariage pour tous était voté, il exclurait le droit au don de sperme pour des couples de lesbiennes. Un tel don n’est admis actuellement que pour un couple marié, donc hétérosexuel. Au moment de la naissance, le mari est présumé le père de l’enfant, conformément au droit suisse, et inscrit comme tel à l’état civil. C’est évidemment une situation boîteuse pour l’enfant puisqu’il devra apprendre qu’il n’est pas le fils biologique de son père, ce qui est toujours une cause de traumatisme, même si le législateur autorise – comme en Suisse – l’enfant à déclencher une procédure pour connaître l’identité de son père biologique qui ne peut pas être anonyme. Il n’est vraiment pas souhaitable que l’État favorise la multiplication de ces situations toujours délicates pour l’enfant.

Si le couple hétérosexuel n’est pas marié, le don de sperme n’est pas autorisé par la Suisse ; autrement dit, pour une femme non mariée ou mariée à une autre femme ou en partenariat avec une autre femme, le don de sperme est exclu puisqu’il ne peut pas y avoir de présomption de paternité . Dans ce cas, c’est le bien de l’enfant qui prévaut de manière absolue.

Droit sur l’enfant

L’article du Temps cite entre guillemets les propos de la présidente romande de Pink Cross et de l’Organisation suisse des lesbiennes (LOS), citation que nous reproduisons fidèlement : « Une chose importante pour nous, c’est que la PMA vient avec la double filiation automatique. Dans un couple hétérosexuel, cela signifie qu’il n’y a pas besoin de tests génétiques pour que le deuxième parent soit reconnu comme coparent. Mais actuellement, si deux femmes ont un enfant à l’étranger, l’une va revenir en Suisse enceinte et l’autre devra entamer une procédure d’adoption qui peut durer jusqu’à deux ans après la naissance. Si la première décède, l’autre mère n’a pas de droit sur l’enfant ».

« Un droit sur l’enfant ». Voilà l’expression la plus odieuse que l’on puisse utiliser. On a des droits sur un immeuble, sur un tableau, sur un animal, pas sur une personne. Apparemment il y a des personnes qui veulent un enfant pour avoir des droits sur lui. Certes, dira-t-on, les parents ont une autorité parentale, un droit de prise en charge de l’enfant mais ce ne sont pas des droits au sens habituel, car ce sont des droits devoirs qui représentent d’abord une responsabilité envers l’enfant. Ces droits devoirs sont liés à la paternité et à la maternité reconnues juridiquement et ne peuvent être acquis de manière artificielle que par l’adoption. Mais tant que dure la procédure d’adoption, le futur parent adoptif a déjà l’obligation de fournir des soins et de pourvoir à l’éducation de l’enfant et en cas de mort de la mère de l’enfant, sa partenaire qui est en voie de l’adopter pourra continuer la procédure d’adoption en qualité de personne seule, l’enfant ne lui sera pas enlevé. Elle continuera donc à devoir lui assurer soins et éducation et l’enfant sera protégé, ce qui est évidemment la seule chose importante. Le bien de l’enfant ne dépend pas des droits de son parents mais en fait de ses devoirs.

Dans la discussion qui va s’ouvrir en Suisse au sujet du mariage pour tous et de la procréation médicalement assistée, il faudra être extrêmement attentif à ne pas confondre les droits et les intérêts des adultes avec le bien de l’enfant.

Lettre ouverte à Mme Nathalie Fontanet, ministre des finances de l’Etat de Genève

Madame la Conseillère d’État, chère Madame,

« Le Temps » de vendredi a publié une interview de vous en p 8 et je tiens à vous féliciter et à vous exprimer mon admiration autant que ma reconnaissance. Vous avez répondu avec autant d’intelligence que de finesse aux questions – qui auraient voulu ou pu être piégeantes. Merci d’avoir été à la fois claire, ferme, collégiale et d’oser montrer l’indépendance qu’un membre de l’exécutif doit avoir par rapport à son propre parti, tout en étant fidèle à ses valeurs, ce qui n’est pas toujours facile, ni même compris de ses propres troupes.

Formant des vœux pour que le Conseil d’Etat de votre canton puisse, grâce à vous et sans doute à plusieurs de vos collègues, renvoyer une image sereine de l’exécutif genevois, je vous prie de croire, Madame la Conseillère d’Etat, chère Madame, à ma chaleureuse considération.

Une libérale vaudoise hors fusion : Suzette Sandoz

 

Ce qu’il faut savoir avant de voter une taxe CO2

Les parlementaires sont en train de voter la nouvelle loi sur le CO2. Avant toute décision sur le sujet, il est impératif qu’ils aillent lire les différentes fiches et explications relatives aux montants des taxes CO2 existantes actuellement prélevés et redistribués. Ces explications se trouvent sur le site suivant de l’administration fédérale :

http://www.bafu.admin.ch/taxe-co2-distribution

Cette référence m’a été fournie par la caisse cantonale vaudoise de compensation AVS lors de l’envoi de mon décompte de cotisations d’employeur pour ma femme de ménage, daté du 10 septembre 2019, afin de m’expliquer pourquoi je bénéficie d’une redistribution de la taxe CO2 sous forme d’une déduction de frs 7, 35.

Celui qui se rend sur le site mentionné ci-dessus se rendra compte de la véritable usine à gaz que représente la taxe dite « d’incitation » prélevée aujourd’hui sur les combustibles fossiles.

Comme le dit fort bien la lettre d’accompagnement de mon décompte de cotisations d’employeur, « une taxe sur le CO2 est prélevée depuis le 1er janvier 2008 sur les combustibles fossiles tels que l’huile de chauffage ou le gaz naturel. Le but de ce prélèvement est d’inciter les consommateurs à une utilisation parcimonieuse de ces combustibles et à un recours accru aux technologies émettant peu ou pas de CO2. La taxe sur le CO2 ne reste pas dans les caisses de l’Etat. : elle est redistribuée à la population et aux entreprises ».

« Actuellement déjà, la taxe CO2 est affectée au programme Bâtiments de la Confédération et des cantons et au fonds de technologie pour le financement de cautionnements de prêts permettant aux entreprises suisses innovantes d’avoir accès à des fonds de tiers avantageux, le solde du produit de la taxe est redistribué à la population et à l’économie proportionnellement au montant prélevé » nous explique-t-on sur le site de l’administration fédérale ».

Un tel va-et-vient d’argent partiellement inutile est aberrant. Il n’entre pas en considération d’accepter une nouvelle taxe CO2 ou un accroissement de celles existantes si le produit de telles taxes n’est pas entièrement et exclusivement affecté à la lutte contre le réchauffement climatique. Aux parlementaires de déterminer les affectations précises.

Pourquoi la presse aime-t-elle parler de gifle ou d’humiliation des politiciens?

C’est une expression à la mode et totalement horripilante : de tel politicien dont une proposition n’a pas été votée la presse dit souvent qu’il a reçu une « gifle » ou qu’il subit une « humiliation ». C’est ce que l’on a pu lire et entendre récemment à propos de l’échec du premier ministre britannique.

Toute personne qui a compris quelque chose à la politique sait que les votes sont soit négatifs soit positifs (quelquefois blancs mais ce n’est pas le problème ici) et que, par conséquent, une proposition, une loi, soumise au vote – que ce soit du peuple ou d’un parlement – sera acceptée ou refusée.

Il peut arriver qu’un votant ou un autre utilise son droit de vote dans l’idée de « punir » un homme politique ou de se venger, mais il s’agit là d’un réflexe intime et primaire dont on souhaite que ce ne soit pas la motivation de tous les votants car cela n’a rien à voir avec l’intérêt général. En principe, on fait une proposition politique, on prend une décision parce qu’on pense que c’est la meilleure solution – ou la moins mauvaise ! – pour son pays ou sa communauté.

Affirmer, dans l’affaire du Brexit par exemple, alors que l’imbroglio est total, que le vote du Parlement anglais est une « humiliation » pour M. Johnson, c’est se moquer a priori et des parlementaires et du premier ministre. Si les premiers n’ont d’autre but que d’humilier leur premier ministre, ils sont franchement stupides et ne se préoccupent pas de l’intérêt de leur pays, et si le premier ministre était « humilié » par un échec politique, il ferait mieux d’aller se reposer sur une île déserte. Qu’il soit déçu, c’est autre chose : un échec est rarement réjouissant pour celui qui le subit.

La liberté d’opinion et d’expression assurée par la démocratie – et dont la presse se prévaut à juste titre – postule une réflexion et une information et non pas un jeu de fléchettes. Elle ne confond pas le mépris de la personne avec l’humour.

 

 

Un exemple de fake news dans un titre!

Surprise ! Surprise ! Le Temps deviendrait-il le champion des fake news ?

En page 7, un très gros titre : « La taxe CO2 financera un fonds pour le climat ».

Le lecteur (La Lectrice !!!) pressé(e) qui jette un coup d’œil sur les titres est enchanté(e) car c’est exactement le but d’une taxe CO2.

Le lecteur (bis) un peu moins pressé et préoccupé par la question climatique lit le sous-titre en rouge, en majuscules « ENVIRONNEMENT », et, en gris et en minuscules, le développement suivant : « Le Conseil des Etats est invité à repêcher la loi sur le CO2. Les taxes prévues seront en partie utilisées pour lutter contre les dégâts climatiques et assainir les bâtiments ».

Conclusion : il n’y a pas « une taxe CO » mais plusieurs dont une partie seulement sera utilisée pour « lutter etc… », donc probablement pour financer un fonds pour le climat ?

Et la lecture du texte de l’article, à laquelle se consacre le lecteur (ter) le moins pressé ou le plus attentif aux questions climatiques, permet de découvrir que « les deux tiers environ des recettes » de la « taxe CO2 sur les huiles de chauffage…sont redistribuées à la population et aux entreprises… ». Quant au fonds pour le climat dont la création n’est au stade actuel qu’une proposition de la Commission compétente du Conseil des Etats, il serait « financé par le tiers de la taxe sur les combustibles, 49 % de la ponction prélevée sur les billets d’avion, le produit des sanctions imposées aux voitures dépassant les normes d’émission et celui de la mise aux enchères de droits d’émission ».

Le prélèvement de taxes sur le CO2 est parfaitement fondé, à la condition que ces taxes servent à lutter contre les émissions de gaz et la pollution. Mais plutôt que de balancer des titres trompeurs, ou alléchants, du journalisme sérieux devrait renseigner les lecteurs :

  • Sur l’usage complet des taxes prévues
  • Sur le motif de la redistribution à la population et aux entreprises
  • Sur le mode de calcul des montants de cette redistribution
  • Sur le coût de cette redistribution, car des mouvements d’argent ont toujours un coût

Puissent les parlementaires, eux au moins, se charger de cette enquête légitime avant de décider de nouvelles taxes ou d’augmenter celles qui existent.

Le mariage pour tous cache le droit à l’enfant

La preuve éclatante de l’affirmation ci-dessus figure en p. 3 du Temps des 31 août dans l’article intitulé « Oui au mariage pour tous, mais sans don de sperme ». Pourquoi la Commission des affaires juridiques du Conseil national qui vient d’approuver le concept du mariage pour tous se serait-elle penchée simultanément sur le don de sperme si ce n’était précisément parce que l’institution du mariage est le symbole de la filiation ?

Ce refus de la Commission d’autoriser le don de sperme pour un couple de même sexe a entraîné une réaction immédiate des associations LGBT. Toujours selon le Temps, la directrice de Pink Cross aurait déclaré au sujet de la décision de la Commission : « ce n’est pas l’équivalent d’un mariage complet ». La même personne déclare avoir recouru, avec sa compagne, à un don de sperme en Espagne – la loi suisse sur la procréation médicalement assistée l’interdisant aux personnes non mariées (à mon avis, elle aurait dû l’interdire purement et simplement par respect pour l’enfant, mais on sait que celui-ci ne compte jamais tant qu’on ne le voit pas !). La directrice de Pink Cross ajoute d’ailleurs, « soit nous obtenons un vrai mariage pour tous, égal à celui dont bénéficient les hétérosexuels, soit ce n’est pas la peine ». Conclusion, le « vrai » mariage, c’est celui qui confère un droit à l’enfant par tous les moyens imaginables.

Il serait éminemment souhaitable que le Parlement complète la loi sur le partenariat enregistré dans la mesure où cette loi n’accorde pas encore aujourd’hui aux couples de même sexe « pacsés » les mêmes droits qu’aux couples mariés et ce du point de vue financier, fiscal, successoral, voire de naturalisation, bref, tous les droits qui ne concerne que les relations « pratiques »; il est légitime que deux personnes qui veulent unir leur vie, qu’elles soient pacsées ou mariées, jouissent exactement du même traitement dans leurs relations à deux. En revanche, il n’y a pas de droit à l’enfant, à aucun moment, pour aucun couple, et le mariage ne consacre pas non plus un tel droit, même si le droit suisse admet le don de sperme à un couple marié.

L’article du Temps révèle clairement que le « mariage pour tous » est utilisé en réalité pour légitimer le « droit à l’enfant » : aujourd’hui grâce à un don de sperme, demain grâce à un don d’ovule et à une mère porteuse, après demain, sur le catalogue de jouets d’Amazon.

De l’influence et du financement des partis politiques

Dans les Etats démocratiques où la liberté d’opinion permet d’avoir une variété de partis politiques participant librement à la formation de l’opinion et aux élections, l’influence de ces partis peut être considérable.

Une influence électorale et médiatique, donc un pouvoir

Dans la mesure où ils soutiennent un ou des candidats lors des élections, les partis se procurent un accès au pouvoir.

En outre, à notre époque où la publicité et la visibilité médiatiques en général sont des moyens considérables d’influencer l’opinion, donc d’exercer un pouvoir sur les avis des personnes à travers les sentiments plus que par les idées, les partis politiques cherchent à s’assurer la meilleure couverture médiatique possible.

 

Campagnes électorales et couverture médiatique coûtent de plus en plus cher

Pour financer leur accès au pouvoir, les partis vont devoir récolter des fonds. Les candidats eux-mêmes sont d’ailleurs censés également faire ce genre de recherche – ce qui, entre nous, développe entre eux une atmosphère de concurrence commerciale extrêmement antipathique et peu favorable à l’esprit de service public. Chacun, parti et candidat, court « pour soi » afin de récolter le maximum de moyens financiers.

 

Si l’argent permet aux partis et aux candidats d’accéder au pouvoir puis de l’exercer, il peut être nécessaire de savoir d’où il vient

Il est légitime que des citoyens veuillent savoir d’où proviennent les fonds qui ont permis à leurs élus d’exercer le pouvoir. La nature humaine étant ce qu’elle est, il y a toujours un risque que celui qui paie souhaite tirer quelques avantages de son financement. En politique, ce risque est d’autant plus grand que le pouvoir acquis est plus considérable. Et pour cela, il importe de savoir qui exerce le pouvoir et quel pouvoir.

 

En Suisse, le pouvoir est extrêmement morcelé grâce au fédéralisme et au système collégial.

Quand on parle de pouvoir, il ne s’agit évidemment que du pouvoir de l’exécutif. Le législatif n’a pas de grands pouvoirs, en Suisse en tous les cas, à cause du droit de référendum qui représente incontestablement un frein au pouvoir parlementaire.

Mais l’exécutif lui-même n’a qu’un pouvoir restreint. D’abord, sur le plan fédéral, l’élection des conseillers fédéraux par le Parlement et non par le peuple est une première cause (bienvenue) d’affaiblissement du pouvoir en particulier d’ailleurs parce que cela supprime considérablement l’influence médiatique. En outre, la nature collégiale et le panachage politiques du Conseil fédéral freinent considérablement le pouvoir personnel.

L’existence ensuite des cantons et de leur propre exécutif, même si, malheureusement, l’indépendance des cantons s’amenuise, représente une fragmentation géographique et politique du pouvoir des exécutifs. Si l’on peut toujours déplorer – c’est mon cas – l’élection de l’exécutif cantonal ou communal par le peuple, car une telle élection confère beaucoup d’influence aux médias -la nature collégiale reste heureusement un excellent garde-fou.

 

En Suisse, le risque que le financement des partis ou des candidats limite leur liberté et les soumette à influence est donc bien moindre que lorsque l’élection concerne un président ou un chancelier très puissant, ayant besoin en outre d’une majorité pour gouverner.

Dans ces cas-là, il est indispensable de savoir qui a financé les élections car la personne élue et le ou les partis sur lesquels elle s’appuie ont un pouvoir très étendu. Cette différence d’avec le système suisse explique que nous n’ayons pas éprouvé et n’éprouvions pas forcément le besoin, en Suisse, d’enquêter sur le financement des partis. Nous ne sommes pas « meilleurs » au plan humain, nous sommes simplement différents.

 

Le cas particulier du financement du « sommet du climat »

D’aucuns se sont étonnés, voire fâchés que je puisse m’interroger sur l’origine du financement et de la planification du mouvement des 450 jeunes réunis à Lausanne la semaine dernière. Il faut se rendre compte que ce mouvement est constitué de personnes venues de 38 pays européens et cherche à exercer une influence médiatique avec des conséquences politiques. On a pu se rendre compte du poids de ce mouvement dans la presse, sur les écrans et aux réactions des responsables de partis et des candidats aux élections fédérales de cet automne. Il est donc parfaitement normal de se demander qui finance ou pilote un mouvement qui n’a aucun caractère « officiel » et qui prétend à une influence politique européenne, voire mondiale, depuis la plateforme helvétique.

Qui finance l’enthousiasme des 450 jeunes Européens réunis à Lausanne?

450 jeunes « de toute l’Europe » sont réunis à Lausanne depuis lundi dernier, donc pendant cinq jours. Ils sont tantôt appelés « grévistes du climat », tantôt désignés sous le vocable « sommet du climat ». Côté « grévistes », on ne sait pas très bien de quelle « grève » il peut s’agir puisque ce sont les vacances. Grève des vacances ? Pourquoi pas !

Côté « sommet », il me semble que c’est la base qui réagit mais une toute petite base : 450 personnes de toute l’Europe.

Cela dit, il est parfaitement compréhensible que des jeunes s’enthousiasment et se passionnent pour une cause et notamment celle du climat. Mais pour réunir, loger, nourrir 450 jeunes, il faut bien payer quelque chose. Qui finance une telle réunion et dans quel but ? Il est aussi légitime de se poser cette question que de se demander qui finance les partis politiques.

Qui a assuré l’organisation de cette rencontre ? Les simples réseaux sociaux suffisent pour provoquer un rassemblement d’un jour ou de quelques heures dans une ville. Mais pour assurer l’accueil, plusieurs jours de suite, de 450 personnes, il faut une vraie organisation avec des relais. Quelle est-elle ? Est-ce le GIEC ? Est-ce la famille de Greta Thunberg ? Qui organisera la réunion prévue du 20 au 27 septembre prochain au moment où le GIEC étudiera le rôle des océans sur le climat ?

Sachant la difficulté que représente la conclusion d’un accord international sur les mesures à prendre pour lutter contre le dérangement climatique mais aussi la charge considérable lancée contre les méthodes agricoles et alimentaires par certains milieux et notamment le GIEC, on aimerait vraiment savoir qui pilote le mouvement. C’est juste une question de transparence !

 

Un juge n’est pas chargé de représenter les idées du parti dont il est membre

L’affaire de la transmission des 40’000 noms des clients UBS et le jugement du Tribunal fédéral posent une nouvelle fois la question de l’appartenance officielle des juges à un parti politique. Et la réaction punitive de certains membres de l’UDC à l’égard du juge UDC qui a fait pencher la balance (3 contre 2) en faveur de la livraison des noms met tristement en évidence l’incapacité de certaines personnes à respecter l’indépendance des juges et à comprendre l’intérêt éventuel pour le justiciable de leur présentation par les partis politiques.

Indépendance totale des juges par rapport à leurs électeurs et à leur parti

Le juge n’a strictement aucune obligation quelconque à l’égard du parti qui l’a présenté ou des électeurs qui l’ont élu autre que d’utiliser ses compétences et de rendre la justice au plus près de sa conscience. Menacer un juge de ne pas le réélire parce qu’il n’a pas représenté les options de son parti lors d’un jugement est un acte totalement incompatible avec les principes de la séparation des pouvoirs et de la démocratie. Le juge qui, lors d’une audience publique, ose « faire pencher la balance » est une personne courageuse surtout s’il sait que le résultat du vote va déplaire à ceux qui l’ont élu. C’est sans doute une personne capable d’une grande honnêteté intellectuelle, ce qui ne signifie pas que son avis soit forcément juste. L’honnêteté intellectuelle n’est pas une protection absolue contre les erreurs, mais c’est en revanche une garantie d’indépendance et de recherche de la solution la moins injuste. A l’issue d’un procès, s’il y a un gagnant et un perdant, il est clair que le second va détester les juges qui lui ont donné tort. C’est humain. Et si l’issue du procès est politique, comme dans l’affaire UBS et les 40.000 noms, le parti politique qui aurait souhaité l’issue inverse est déçu voire fâché. Mais à aucun moment le moindre de ses membres n’a le droit de s’en prendre publiquement aux juges qui ont tranché dans le sens qui lui déplaît et encore moins si ce sont des juges du même parti.

Justification de la présentation des juges par des partis politiques

Alors qu’aucun juge n’a le droit d’utiliser sa fonction pour faire triompher les idées de son parti dans ses jugements, il est en revanche souhaitable que les justiciables puissent savoir quelle est la philosophie de la vie des juges devant lesquels ils doivent comparaître. L’appartenance à un parti politique correspond toujours plus ou moins à une tendance philosophique, à une certaine philosophie de la vie. Elle peut influencer l’interprétation des lois en toute honnêteté et la justice implique beaucoup d’interprétation des lois de la part des juges. C’est d’ailleurs souvent la volonté du législateur qui laisse un peu de flou pour s’en remettre à l’interprétation des juges dans les cas d’espèce. Si ces juges étaient désignés exclusivement sur la base de leurs compétences – toujours essentielles, naturellement – mais en toute ignorance de leurs convictions profondes, le justiciable ne pourrait jamais essayer de se défendre ou de se protéger en entrant dans la conception philosophique de ses juges puisqu’il l’ignorerait. Il serait éventuellement privé d’un des pans de la justice qui reste l’humanité des juges. Le risque pourrait exister que des tribunaux ne soient constitués que de juges partageant une même philosophie, ce qui pourrait bien conduire à des résultats très partiaux.

Il est souhaitable que les tribunaux soient composés de juges dont on sait qu’ils ont des philosophies de vie variées et la présentation par des partis politiques en est une sorte de garantie, mais à la condition que la situation soit parfaitement claire : Le juge ne doit absolument rien à son parti politique quand il exerce sa fonction.