On nous prend manifestement pour des crétins

« Diesel : 38’000 décès imputables au dépassement des normes » titrait en page 11 Le Temps du17 mai. Il reprenait un article du Monde. L’article annonçait « 174.000 morts par an en 2040 si les gouvernements n‘adoptent pas des mesures de contrôle plus strictes ». Et puis naturellement qu’il y avait aussi une précision concernant l’Europe. On y recense  11.500 décès en 2015, dont « 6.900 sont imputables aux voitures et 4’600 aux camions et bus », à cause du diesel.

M.Trump n’a pas le monopole des fake news.

Inutile de préciser que tous ces morts passés ou futurs sont en réalité morts d’autre chose, comme le dit l’article, soit d’accidents cérébraux, de cancer du poumon, d’infarctus, mais tous – c’est prouvé mon bon Monsieur ! – aggravés ou avancés par les émanations ambiantes d’oxyde d’azote. Merci à St Pierre de nous avoir fourni la liste du moment des décès divinement programmé non seulement pour le passé mais aussi pour le futur, dans l’hypothèse où il n’y aurait pas eu autant de ce gaz ! Cela a permis la comparaison.

La fin ne justifie pas les moyens

Tricher sur les normes légales antipollution est inadmissible et ceux qui le font doivent être sanctionnés. Mais, à quelques jours du vote sur la loi énergie 2050 , pour conditionner le OUI, faire croire que l’on peut calculer le nombre de morts accélérées par le gaz produit dans la vie courante parce que cela s’ajouterait à on ne sait combien d’autres facteurs d’accélération, et le calculer même pour dans 23 ans, cela s’appelle de la propagande malhonnête. La défense de l’environnement n’exige pas que l’on nous prenne pour des crétins.

Enfin du sang!

La campagne électorale vaudoise était insipide – en comparaison notamment de celle de nos voisins de l’Hexagone où coups et blessures pleuvaient – et la presse se morfondait. Comment intéresser des lecteurs que l’on présume friands de scandales, d’injures et de venin quand « tout baigne » ?

Le choix d’une nouvelle candidature à droite pour faire pièce à la candidate socialiste – mal aimée d’un certain nombre des membres de son parti – censée remplacer Mme Lyon, emplit la presse de bonheur : les deux femmes s’étripent, la gauche vomit la droite qui le lui rend bien. Enfin du sport !

Je n’ai personnellement qu’un seul désir, qu’aucune de ces deux candidates soit élue, mais vraiment aucune des deux. Qu’elles restent croiser le fer à Berne, au Parlement. Elles sont d’ailleurs l’une et l’autre de bonnes parlementaires, parce qu’elles ont du punch, ce qui ne nuit jamais à un Parlement. Dans un exécutif collégial, on n’a pas besoin de vedettes qui se croiraient obligées de se faire remarquer pour survivre. Comment assurer d’ailleurs un exécutif serein après que certains de ses membres se seraient étripés pendant la campagne ?

La démocratie exige de la réflexion, et non pas du sang ! Est-ce un régime compatible avec la médiatisation de la société ?

Le français, langue de culture!

 

Alors bon, ça recommence, la guerre du français ! Parce que le Parlement Thurgovien décide de mettre l’enseignement du français en secondaire et non pas en primaire, quelques irréductibles de l’harmonisation cantonale à tous crins crient au scandale, au mépris de la paix confédérale et s’apprêtent à remettre en marche la broyeuse fédérale.

De quel droit pourrait-on imposer aux cantons le rythme pédagogique pour leurs élèves ?

On ne saurait nier que, pour des germanophones, l’anglais est plus facile à bredouiller que le français. Plus une langue est difficile plus il est souhaitable de l’apprendre une fois que l’on maîtrise la sienne, parce qu’on pourra ainsi « construire » l’apprentissage par comparaison avec  sa propre langue et cela devient alors vivant et passionnant (certes, le charisme du maître joue aussi un rôle mais c’est le cas pour toute matière !).

L’anglais a perdu tout aspect culturel

L’anglais est devenu une langue purement utilitaire, à prétention scientifique exclusive,  baragouinée à tous les niveaux. Il a perdu hélas ses racines culturelles.

Le français a cessé d’être crédible dans les milieux scientifiques mais conserve une valeur culturelle importante. En réserver l’apprentissage à des élèves à un âge où ils peuvent éventuellement mieux faire la différence entre l’utilitaire et le culturel, c’est, en fin de compte reconnaître au français ses lettres de noblesse.  Qu’on se le dise !

Trahison ecclésiastique

Quand les Eglises veulent attirer des membres, elles croient qu’elles doivent se jeter à corps perdu dans la politique. Elles pensent que « rallier la vie chrétienne à des objectifs écologiques est aujourd’hui mobilisateur », comme l’écrit Gilles Bourquin dans le mensuel protestant « Réformés » de mai.

Appliquant ce principe, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), sur les pas du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud (EERV), annonce qu’elle soutient la nouvelle loi sur l’énergie soumise au vote le 21 mai.

Comme d’habitude, cette prise de position n’est précédée d’aucun débat démocratique, accompagnée d’aucun argument scientifique ou financier crédible – ce n’est pas le domaine de l’Eglise ! Dans la mesure où presque tous les partis politiques semblent avoir pris position pour le OUI (sauf l’UDC), on ne prend aucun risque et on espère racoler des adeptes.

A l’évidence, les responsables ecclésiastiques oublient de « chercher d’abord le Royaume de Dieu » comme ils le chantent dans « Alléluia », et préfèrent se fondre dans la « société liquide » ; puisque le message qu’ils véhiculent n’est pas différent de celui du monde laïc, il n’est pas étonnant que les fidèles se détournent des églises. Qui trahit la mission ?

L’élu du peuple ou des patriotes? Non! Le “moindre mal”!

Décidément, l’élection au suffrage universel du président d’un Etat est la plus mauvaise forme de démocratie possible quand ce président a, en outre, des pouvoirs considérables !

On a pu entendre, après dimanche, M. Macron se déclarer le représentant des patriotes et Mme Le Pen, celui du peuple !

Catastrophe dans les deux cas ! A moins que l’élu ne soit capable d’une humilité angélique ou qu’il ne se rende compte que sa désignation, au 2e tour, ne sera due qu’au ralliement de tous ceux qui le considéreront comme le « moindre mal ». C’est d’une tristesse infinie et ne présage guère de succès politiques futurs.

Le problème serait d’ailleurs le même quels que puissent être les deux candidats sortis de l’urne après le premier tour. La moitié de l’élu final ne sera jamais que le représentant de tous ceux qui veulent seulement « éviter le pire ». Beau projet d’avenir !

Une pincée d’émotion

« L’électorat vaudois décrit la campagne comme <<fade, ennuyeuse et pas très sexy>> ».

C’est vrai qu’en comparaison de l’étripage français et des clowneries américaines, la campagne électorale actuelle dans le canton de Vaud est une mer étale. En Valais, récemment, on s’étripait au moins un peu : un loup PDC voulait faire rendre gorge à un lynx UDC et y est parvenu. La presse faisait miroiter un peu de sang et l’électeur moyen se pourléchait les babines ! Parce que les mises à mort, les hurlements, les combines et les mensonges, ça au moins, c’est de la démocratie sexy. Elle offre cette « pincée d’émotion » dont parle, selon Le Temps, Barry Lopez, porte-parole de Easyvote, cette « pincée d’émotion » qu’il faudrait mettre dans une campagne pour inciter les jeunes à voter.

Quand on a vingt ans, les partis politiques, c’est ringard

Je me rappelle parfaitement ce sentiment. Mais j’exerçais mon droit de vote parce que, au-delà de la politique immédiate, le débat d’idées était passionnant. Il faut dire qu’on était en pleine guerre froide.

Et on savait bien ce que signifiait, dans les Etats totalitaires, le pseudo exercice du droit de vote.

Avec une pincée d’émotion, on était anarchiste, mais avec une pincée de raisonnement, on allait voter, en rigolant. Les partis politiques ne nous faisaient pas la cour. C’était un truc communiste – et ça avait été un truc national socialiste – que d’encenser les jeunes et de prétendre leur donner la parole. On savait bien ce que cela voulait dire.

Alors on allait voter parce qu’on était libre de le faire et que la liberté, c’est la pincée d’émotion sans le patronage d’Easyvote.

 

 

 

La manie du tutoiement

Ce matin, à la poste de Pully, la réclame « achète un ….. » (il s’agit naturellement d’un Téléphone portable supersophistiqué) me saute aux yeux.

D’où vient donc cette manie du tutoiement ? Nous prend-on systématiquement pour des gamins ? Je n’ai pas gardé les vaches dans ma jeunesse avec les fabricants de téléphones portables.

Cette manie m’horripile. Mais je viens peut-être de vivre une petite victoire.

Changement de ton à l’université de Berne

Le Département de Mme Sommaruga organise en juin une journée spéciale consacrée à une réflexion sur un éventuel nouveau PACS. La journée est publique et l‘inscription obligatoire.

Je me rends donc sur le site universitaire, emplis les différentes rubriques, mais, arrivant à celle qui doit confirmer que je ne suis pas un robot, je constate non seulement qu’il faut se livrer à un petit jeu stupide qui prend du temps, mais qu’on m’y tutoie. La coupe est pleine et j’avoue avoir immédiatement communiqué mon indignation au Département.

Ce matin, après quatre semaines d’hésitation, je me rends à nouveau sur le site de l’inscription. Le petit « test » anti robot est très court et on y pratique le vouvoiement.

Un brin de politesse met de bonne humeur. Merci. Je me réjouis du 22 juin.

Dis-moi qui est ton déontologue et je te dirai qui tu es

Ssi l’on en croit Fathi Derder dans le Temps du 4 avril, il existerait, en France, « un déontologue parlementaire ». Défense de rire !… ou de pleurer.

Cet excellent article de M. Derder avait-il été livré en retard pour le 1er avril ou rapporte-t-il des faits exacts ?

Dans « l’îlot de cherté » qui, selon certains,  qualifie la Suisse, je parie qu’aucun parlementaire ne coûte aussi cher qu’un parlementaire français. Est-ce parce que nous n’avons pas de déontologue parlementaire ou parce que nos parlementaires ont assez de bon sens pour ne pas croire à la gratuité de certains cadeaux, en politique. La morale et le bon sens coïncident parfois quand ils sont simplement basiques.

 

A qui la prochaine gifle médiatique?

Les médias raffolent des gifles démocratiques ! Il faut et il suffit, pour cela, qu’un personnage politique, si possible un conseiller fédéral ou une autorité, éventuellement un parti, voire la personne qui le préside soient considérés comme perdants lors d’une votation. Un cas récent pour exemple : « l’UDC giflée sur l’identité nationale » titrait Le Temps du 14 février après l’acceptation par le peuple et les cantons de la naturalisation facilitée de la 3e génération.

Comment s’assurer d’avoir une éventuelle victime ?

Le truc est simple : attribuer par exemple une loi ou un texte constitutionnel à un conseiller fédéral. Si le texte est refusé, on pourra dire que son auteur a été « giflé ». Si le texte est accepté, ce sera alors l’occasion d’encenser la même personne, si elle est de gauche, d’affirmer que beaucoup d’argent a été mis dans une campagne « populiste » si elle est de droite.

Quelles sont les prochaines têtes de turc éventuelles ?

Vous l’avez déjà deviné : en mai, ce sera Mme Leuthard pour la loi sur l’énergie (et c’est l’UDC qui ramassera les coups si le texte est voté !). En septembre, ce sera M. Berset, en ce qui concerne la révision de l’AVS (d’où les hésitations de la gauche sur le sujet, car il faut un peu soutenir les copains). On pourra heureusement tomber à bras raccourcis sur des membres du PLR et de l’UDC si la révision ne passe pas ! Il y aura donc de bonnes têtes de Turc.

Et si on remplaçait la démocratie des gifles par une réflexion politique ?

Pourquoi cet acharnement à gifler ? Il suffirait de comprendre enfin que les votations fédérales ne portent jamais directement sur un texte du Conseil fédéral ni d’un conseiller fédéral comme tel, puisqu’il faut toujours une intervention du Parlement qui a parfois fortement modifié le texte original.

Il suffirait aussi de se rappeler que la majorité est une simple règle d’ordre démocratique. Elle ne garantit pas que le résultat est le meilleur ni qu’il concrétise forcément des fins punitives de la part des votants. Elle permet de clore momentanément un débat, sans grève ni émeute, et n’empêche pas de remettre, si nécessaire, l’ouvrage sur le métier. Les opinions exprimées pendant la campagne sont quelquefois éclairantes.

En s’obstinant à attribuer un texte ou le résultat d’un vote à une personne, ou à un parti, on substitue un combat de coqs à l’exercice d’un droit démocratique pacificateur.

Le 29 mars 2017

 

L’Europe engluée n’a pas d’avenir

L’Europe est engluée dans son passé. Elle n’arrive pas à tourner la page des erreurs, voire horreurs du siècle précédent. Non seulement elle se laisse sans cesse culpabiliser par le génocide national socialiste, quand bien même les auteurs sont plus que probablement tous morts aujourd’hui, mais elle éprouve le besoin d’effacer les traces sombres de son histoire. Elle annule rétroactivement des condamnations pénales de personnes, des jugements rendus en application de lois qu’elle réprouve maintenant. Sur cette lancée, l’Allemagne vient de décider d’annuler les jugements pénaux prononcés contre des hommes pour des pratiques homosexuelles à l’époque où la loi pénale les sanctionnait.

Oser assumer son histoire

Tout se passe comme si l’Europe n’avait pas le courage d’assumer son histoire (terriblement semblable à celle de tous les autres continents !). Elle ne veut pas la regarder en face mais l’effacer au nom d’un devoir de mémoire qui ressemble plus à une thérapie de groupe qu’à un aveu courageux et lucide.

Tant qu’elle cherchera à effacer son histoire au lieu de l’assumer, l’Europe n’aura pas d’avenir. Les jeunes générations ne méritent pas de rester engluées.