La valeur inestimable du travail domestique gratuit

Les tâches domestiques sont mises en évidence à l’occasion du 14 juin prochain. Serait-ce peut-être l’occasion de dire quelques vérités ?

Cela fait des années que je réagis systématiquement lorsque quelqu’un – tant homme que femme et beaucoup de jeunes personnes aussi – affirme sans sourciller que sa « mère » ou son « épouse » ou « telle femme » « ne travaille  pas » parce qu’elle est « femme au foyer ». J’ai, à chaque occasion, relevé qu’une femme au foyer n’arrêtait pas de travailler mais simplement qu’elle n’exerçait pas d’activité professionnelle lucrative. Nuance !…

Bien que munie d’une licence puis d’un doctorat en droit, je n’ai pas été élevée dans l’idée d’être une « femme de carrière » et je considérais que, si je me mariais et avais des enfants, ma première « carrière » serait d’être une bonne maîtresse de maison capable de rendre les siens heureux. Et comme chacun le sait, ce n’est pas facile tous les jours notamment lorsque les enfants sont petits. Mais exercer cette activité pour ceux que l’on aime comporte aussi maintes satisfactions. Et puis, lorsque le ménage et les tâches éducatives étaient trop « embêtantes », je me suis souvent dit que les hommes devaient « se taper » le service militaire qui leur « fichait en l’air » pas mal de semaines, et, pendant leurs études, pas mal de vacances, même s’il y avait aussi, apparemment, de bons moments, et que mon « activité domestique » était un peu mon « service à la communauté » puisqu’il évitait à la société de devoir prendre en charge notre ou nos enfants (en dehors naturellement de l’école obligatoire !). Bref, il y avait une sorte d’égalité des « corvées » entre tâches domestiques et service militaire obligatoire.

Mais lorsque j’ai dû, du jour au lendemain, prendre une activité professionnelle lucrative – et c’était pourtant dans des conditions privilégiées – je me suis soudain aperçue que je n’étais plus mon propre maître, chef d’une petite entreprise domestique, que j’avais perdu la liberté d’organiser mon travail comme je le voulais, que je dépendais d’un « employeur », que j’étais donc subordonnée à quelqu’un. Cette découverte-là m’a permis de mesurer ce qui fait peut-être, en tous les cas dans certaines familles, le privilège de la maîtresse de maison et mère de famille : elle est un chef d’entreprise indépendant. O certes ! Ses horaires sont dictés par ceux de sa famille, ses journées ne sont pas de 8 heures seulement ni ses semaines de cinq jours seulement, mais elle n’a pas de supérieur hiérarchique (dans les ménages heureux !).

Toutes les situations ne sont assurément pas les mêmes, toutes les responsabilités familiales ne sont pas égales, il y a des proches aidants, hommes et femmes, absolument admirables d’abnégation.  Que la journée du 14 juin soit l’occasion de rendre hommage à toutes celles et ceux qui dans l’ombre accomplissent leur tâche gratuite, de mesurer la valeur sociale et économique de leur immense travail, c’est magnifique. Mais que l’on réduise ce travail à une simple exclusion du marché pour inactivité, comme semble le dire, en rouge, en p. 13 du Temps du 11 juin, Mme Sepulveda, membre de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises qui aurait affirmé que « à l’échelle mondiale, on estime que 606 millions de femmes, soit 41 % des inactives, sont exclues du marché du travail en raison de leurs responsabilités familiales » c’est d’une petitesse d’esprit indigne de l’égalité.

“Les politiques migratoires sont des politiques nationales”

Tels sont les propos que le Temps du 1er juin (p. 3) impute à Mme Louise Arbour, de nationalité canadienne, qui vient d’achever son mandat de représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les migrations.

On ne saurait affirmer idée plus exacte que celle du titre ci-dessus.  C’est malheureusement ce que l’Union européenne et bien des responsables politiques s’acharnent à nier en s’obstinant à traiter de nationalistes populistes – terme peu flatteur s’il en est – les formations politiques qui voudraient que leur pays puisse légiférer librement en matière de migration.

Les politiques migratoires sont des politiques nationales

Mais de qui parle-t-on quand on évoque une politique migratoire nationale ? L’article susmentionné semble imputer à Mme Arbour une double lecture de l’affirmation : politique nationale de certains pays d’immigration pour qui « la migration est une excellente chose ; elle permet de compenser des déficits démographiques et de construire des pays ». Mais aussi politique nationale des pays d’émigration où « l’exportation de main-d’œuvre est inévitable pour diverses raisons. De plus, les transferts d’argent effectués par les migrants chez eux représentent jusqu’à 20% du PIB de leur pays d’origine ». On voit bien les intérêts parfois divergents, parfois convergents des pays d’immigration et d’émigration et il est évident que les différents Etats européens n’ont pas du tout tous les mêmes intérêts à accueillir des migrants, voire les mêmes catégories de migrants, alors que les Etats d’émigration ont intérêt à exporter leur pauvreté, leurs jeunes gens à former– vont-ils rentrer dans leur pays une fois formés, c’est la grande question – ou quelquefois leurs cas sociaux, voire leur mafia.

 

Si les politiques migratoires sont des politiques nationales, il ne peut guère y avoir un Pacte mondial sur les migrations

Le Pacte en question consacre un certain nombre de droits des migrants, voire des pays d’émigration, mais il ne résout pas les spécificités des politiques nationales d’immigration, car c’est évidemment impossible. C’est la raison pour laquelle plusieurs pays, dont la Suisse, ne peuvent pas y adhérer.

Plutôt que de montrer du doigt les « nationalistes populistes » – ce que ne fait pas Mme Arbour si on lit soigneusement ses réponses dans le Temps – et d’exacerber ainsi d’éventuels sentiments xénophobes locaux, il serait certainement utile d’oser affirmer que les politiques migratoires sont des politiques strictement nationales, donc « limitées » par rapport à un Etat et de les distinguer soigneusement des politiques d’accueil des réfugiés qui, elles, nécessitent aujourd’hui des règles internationales, par exemple européennes.

 

 

 

Danger de la mauvaise foi

Ce qui pourrit les relations humaines et met en danger la démocratie, c’est la mauvaise foi, aussi appelée abus de droit.

On ne peut accuser de cela les Parlementaires fédéraux qui, en toute clarté, ont bricolé une loi sur la RFFA dont les éléments manquaient certes d’unité. En effet, rien n’était caché aux citoyens : les débats étaient publics, le référendum a pu être demandé et chacun savait exactement le contenu du « paquet » proposé au vote. Le mécanisme démocratique était parfaitement respecté, même si on n’apprécie pas les « paquets » législatifs. Les parlementaires avaient pris le « risque » de présenter un tel « paquet ».

En revanche, que certains citoyens – ou certains groupes politiques, ici le POP – puissent annoncer vers la fin de la campagne de vote qu’ils se prévaudront du manque d’unité de matière propre au « paquet » dans l’hypothèse où le résultat du vote leur déplairait correspond au cas d’école de ce que l’on enseigne en première année de droit au sujet de l’abus de droit, c’est-à-dire de la violation du principe de bonne foi.

Celui qui connaît le vice entachant à ses yeux une procédure doit s’en prévaloir dès que possible afin d’éviter le déroulement de cette procédure et d’en limiter les dégâts. En effet, pendant la campagne de vote, il s’agit de recourir contre le vice que l’on connaît afin d’éviter éventuellement d’en arriver au scrutin et de risquer de faire annuler la volonté populaire exprimée. On ne peut pas attendre de voir si le résultat du vote plaît ou déplaît. Ce serait se moquer de la volonté populaire.

Dans l’affaire neuchâteloise que le POP invoque actuellement à tort à l’appui de son recours contre le résultat du vote sur la RFFA, le défaut de clarté de la question soumise au vote des Neuchâtelois à l’époque était connu dès le début de la campagne et les recourants ont alors exercé leur droit de recours aussitôt et obtenu l’annulation de la procédure de vote avant que le scrutin ait lieu : il n’y a eu aucune atteinte à la volonté des citoyens puisqu’ils n’ont pas eu à se prononcer ; l’affaire était renvoyée au Parlement neuchâtelois qui dut revoir sa copie, laquelle pouvait à nouveau être soumise au référendum etc…

Dans l’affaire de la RFFA, le prétendu vice selon le POP, soit le contenu du « paquet », était connu de très longue date. Ceux qui voulaient s’en prévaloir devaient, dès la publication de la convocation des citoyens pour le 19 mai, recourir en demandant la suspension de la procédure. Ils auraient alors exercé leur droit de recours sans risquer de porter atteinte au résultat du vote ultérieur.

La « judiciarisation » de la démocratie, chancre de celle-ci, n’est que la conséquence de l’abus de droit commis par certains citoyens ou certaines formations politiques. Par bonheur, la constitution fédérale exige que chacun exerce ses droits en respectant la bonne foi et la loi suisse ne protège pas l’abus manifeste d’un droit. Qu’on se le dise !

Une nouvelle forme de chantage

Il paraît que des mouvements de gauche qui s’opposent à la RFFA ont déjà annoncé que, si l’objet était approuvé en votation, ils déposeraient un recours au Tribunal fédéral pour motif de manque d’unité de la matière, cause, selon eux, de l’impossibilité pour les citoyens de se former un avis clair.

En effet, on peut être favorable à la solution fiscale et défavorable à la solution pour l’AVS et vice versa.

La « menace de recours » émanant de ces formations de gauche révèle une lourde ignorance du mécanisme législatif et peut-être un soupçon de mauvaise foi. 

Les lois ne sont pas soumises au principe de l’unité de la matière

Le législateur a pour mission d’élaborer des solutions de mise en œuvre des multiples tâches que la constitution lui impose. Or les solutions pratiques impliquent toujours la recherche de consensus entre les différentes formations politiques du Parlement. En effet, s’il est relativement aisé de trouver un accord sur un principe, c’est dans les moyens d’application et de concrétisation des principes abstraits que le diable se loge. Le législateur doit trouver des solutions et il le fait souvent en combinant différents objets, afin d’obtenir une majorité au sein du Parlement. Le législateur recourt alors parfois à ce que l’on appelle  un « paquet », groupant des objets différents mais qu’il lie les uns aux autres parce que cela permet de satisfaire des exigences politiques opposées donc d’obtenir un résultat pratique.

En général, les citoyens n’aiment pas les « paquets » car cela les oblige, par un seul OUI ou un seul NON, d’accepter ou de refuser des solutions dont une partie seulement leur plaît. Comme les parlementaires, le citoyen doit choisir entre deux solutions (acceptation ou rejet) dont aucune ne l’enchante car il en voit les inconvénients dans les deux hypothèses. Il doit donc se prononcer pour « le moindre mal » à ses yeux. Le « paquet » que le législateur lui a ficelé est à double tranchant. Le législateur prend le risque, en ficelant un « paquet » qui a obtenu de ce fait une majorité parlementaire, de rendre une acceptation plus difficile en votation populaire en cas de referendum : le citoyen va devoir se torturer les méninges pour peser le pour et le contre (cette situation s’est déjà présentée à plusieurs reprises en matière fiscale notamment et il est arrivé que le paquet soit refusé, précisément à cause de sa complexité). C’est un risque à prendre et un argument de campagne légitime des opposants

Un soupçon de mauvaise foi

Lorsque le législateur a ficelé un « paquet » et qu’un référendum aboutit, les opposants tirent principalement argument de la complexité de la question et de la difficulté de choisir une seule solution alors que deux solutions distinctes auraient été souhaitables. Mais jamais encore à ce jour – à ma connaissance – une formation politique n’avait procédé à un chantage, une semaine avant le scrutin, en menaçant d’un recours sous prétexte d’un manque d’unité de la matière ou d’une impossibilité pour les citoyens de voter sur deux questions à la fois. Il est clair que l’arrêt récent du Tribunal fédéral annulant un vote pour cause de fausse information donnée officiellement aux citoyens a excité l’imagination des maîtres chanteurs. Ils auraient toutefois pu se prévaloir dès le début de la campagne de ce défaut qu’ils estiment grave puisqu’il est d’origine et non pas survenu en cours de campagne comme dans l’affaire annulée. En outre, il n’y a, à aucun moment, tromperie des citoyens puisque l’amalgame du paquet proposé est celui débattu et voté par le Parlement en débats publics. 

Le « paquet législatif », un acte purement politique

Créer un « paquet législatif » est un acte politique du législateur ce que n’est nullement une information erronée (volontairement ou non !) en cours de campagne. On relèvera d’ailleurs qu’il en va de même en ce qui concerne le principe de l’unité de la matière pour une initiative constitutionnelle populaire. C’est la raison pour laquelle la nullité dans ce dernier cas est prononcée par le Parlement – organe politique – et non pas par le Tribunal fédéral. Ce dernier n’est pas compétent sur ce point car ce serait lui conférer une tâche strictement politique, ce que nos institutions ne veulent pas ; le gouvernement des juges est une menace démocratique.

Dans le cas de la RFFA, les chances de succès en cas de recours après le vote pour cause de “paquet” sont proches du zéro absolu parce que le Tribunal fédéral ne revoit pas le choix politique des lois et les maîtres chanteurs le savent bien.

Faire peur

Dans sa préface du livre de Bernard Wicht (privat-docent auprès de la faculté des sciences sociales et politiques de l’UNIL) intitulé « les loups et l’agneau-citoyen », M. Bjorn Wouters (ancien officier de police judiciaire du commandement DR3 « anti-terrorisme » de la Police Judiciaire Fédérale de Bruxelles) écrit ce qui suit : « Les actes terroristes auxquels une société est confrontée, ont pour but initial d’instaurer un climat de peur… La peur mine le moral, tétanise, crée la confusion et détériore la confiance de la population en ses représentants politiques ». M. Wouters ajoute que la perte de confiance vis-à-vis de l’Etat est amplifiée parce que celui-ci prend alors des mesures liberticides « qui mènent à une destruction de la société et de la démocratie depuis l’intérieur ».

Pourquoi certains mouvements actuels veulent-ils absolument « faire peur » ?

On se rappelle la déclaration de la jeune Greta Thunberg tant à Katowice qu’au WEF : « je ne veux pas de votre espoir, je veux que vous ayez peur ».

On ne peut s’empêcher de rapprocher cette déclaration de celle que Le Temps du 9 avril (p. 3 « Temps fort ») impute à une enthousiaste de « la grève des Femmes » du 14 juin à l’intention de ses employeurs : « Le but de la grève c’est de leur faire peur… ».

Pourquoi « faire peur » plutôt que de discuter, de persuader, de chercher des solutions communes ? Parce que la peur – qui se nourrit souvent de haine – ne s’adresse pas à la raison, à l’intelligence, mais seulement à l’irrationnel, à l’instinct animal de survie, sans la moindre considération pour autre chose que son moi immédiat. La peur vise la foule parce que la foule ne réfléchit pas. L’instinct animal de survie pousse la foule à piétiner tout obstacle à sa fuite, sans hésitation.

Tout mouvement social ou politique qui s’appuie sur la peur porte en lui un germe de haine et de terrorisme. C’est une maladie dont la démocratie véritable et la liberté pourraient ne pas se relever.

Il y a unité de la matière et unité de la matière

La constitution fédérale exige, pour qu’une initiative constitutionnelle populaire soit valable, qu’elle respecte le principe de l’unité de la matière. A ce défaut, selon le texte même, elle est déclarée nulle par le Parlement. Ce dernier, on le sait, a des pudeurs de puceau et n’a pratiquement jamais le courage d’exercer son mandat (sauf éventuellement si l’initiative émane d’une très faible tendance politique : courageux, mais pas téméraire !). Et pourtant, la règle est très importante. En effet, la constitution pose les principes de base du fonctionnement de l’Etat et des rapports entre les citoyens et les autorités. Il est fondamental que ce cadre soit clair. Proposer dans la constitution une disposition qui contient deux idées à propos desquelles il est presque impossible d’avoir la même opinion, c’est placer le citoyen devant un choix dont le résultat entraînera une lecture impossible pour le législateur chargé de concrétiser la constitution. Le risque existe autant d’une mauvaise interprétation d’un OUI que d’un NON et la démocratie souffre toujours du moindre manque de clarté. Ces dernières années, maintes initiatives auraient dû être annulées.

Pas de principe de l’unité de la matière pour la loi

Le problème n’est pas du tout le même quand il s’agit d’une loi, c’est la raison pour laquelle celle-ci n’est pas soumise à l’exigence de l’unité de la matière. En effet la loi – toujours plus aisée à modifier que la constitution, et simple concrétisation des grandes lignes de la constitution – est avant tout pragmatique. A plus forte raison dans une démocratie de concordance comme la nôtre est-il essentiel de trouver une voie commune pour réaliser les buts ou tâches inscrits dans la constitution. Pour cela, la recherche de la solution la plus opportune est indispensable et le législateur a pour mission d’arriver à un résultat concret admissible pour le plus grand nombre. Le référendum facultatif apparaît comme le contrôle populaire de l’efficacité de la solution – parfois complexe – trouvée.

C’est exactement le cas de la RFFA

Certes, les « paquets » ne plaisent pas beaucoup aux citoyens qui doivent alors avaler souvent une couleuvre en plus du remède. Mais c’est précisément tout l’art du législateur. Et c’est aussi la grandeur du choix à faire lors du référendum. Est-il plus opportun d’accepter un inconvénient pour avoir un certain résultat ou faut-il au contraire tout rejeter ? Nous avons la chance exceptionnelle, en Suisse, sur le plan fédéral notamment, grâce au référendum facultatif, de pouvoir nous prononcer sur l’opportunité ou non d’une solution législative. La pesée du pour et du contre face à l’opportunité d’une solution législative qui ne pourra jamais être complètement satisfaisante rend l’exercice des droits politiques passionnant et met en évidence la responsabilité des citoyens dans la gestion de  leur avenir.

L’essentiel est de ne pas confondre mécanisme constitutionnel et fonctionnement législatif et le Parlement est parfois responsable de cette confusion quand il ne remplit pas son rôle face à une initiative constitutionnelle populaire qui viole l’unité de la matière.

Une annulation humoristique

Le Tribunal fédéral vient donc d’annuler le scrutin relatif à la fameuse initiative PDC sur le mariage et la fiscalité des époux. Notre Cour suprême a prononcé semble-t-il cette annulation pour erreur grave d’information des citoyens relative aux conséquences fiscales de l’initiative. Une telle erreur, émanant des autorités fédérales, est assurément inadmissible, mais la situation ne manque pas de piquant car le Parlement aurait dû, lui, avant le vote, déclarer l’initiative nulle pour violation du principe de l’unité de la matière.

Nullité d’origine de l’initiative

Le texte de l’initiative concernait d’une part une définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme ; cette définition d’origine sociologique, culturelle, historique, philosophique, éventuellement aussi religieuse, fait actuellement l’objet de discussions et est fortement contestée par certaines personnes.

La seconde phrase du texte concernait le traitement fiscal des couples mariés, sujet de nature financière à propos duquel une appréciation chiffrée des conséquences éventuelles du texte était importante. A cette difficulté d’appréciation s’ajoutait, pour cet alinéa, la problématique du traitement fiscal des couples en partenariat enregistrés, soumis, en droit suisse, aux mêmes règles que les couples mariés et non mentionnés dans l’initiative.

Il est évident que les deux sujets contenus chacun dans un  des deux alinéas ne concernaient pas les mêmes problématiques et qu’un Parlement à peine conscient de son devoir de respect de la constitution devait annuler le texte puis, ce qu’il peut faire, en proposer la scission en deux articles soumis à deux votes distincts. Comme il ne l’a pas fait, on ne pourra jamais savoir si l’initiative a été refusée en vote populaire parce que la majorité des votants refusaient la définition du mariage, ou parce que cette majorité était mal renseignée sur la conséquence fiscale du second alinéa. En imputant le résultat négatif à une mauvaise information relative au second alinéa, le TF a peut-être, avec beaucoup d’habilité et – qui sait, bien que ce ne soit pas la spécialité des juges de Mon-Repos – une pointe d’humour, sanctionné indirectement l’impéritie parlementaire.

La problématique mise en évidence par le Tribunal fédéral

Notre Haute Cour n’en a pas moins mis le doigt sur la problématique mainte fois soulevée par des partis politiques, de la portée et de la légitimité de l’information donnée par les autorités officielles qui interviennent dans la campagne avant une votation. Une sérieuse réflexion méritera d’être engagée sur ce sujet, en dehors de toute passion concernant la définition du mariage.

Lettre ouverte à des femmes normales (s’il en reste encore!)

Chères Amies et Compagnes de souffrance,

Vous arrive-t-il aussi parfois de vous demander si nous sommes des être humains ou des bêtes curieuses ? Depuis des mois, on nous assomme de considérations de tout genre sur notre âge, notre libido, notre souffrance de chaque jour à cause des hommes (mâles, s’il en reste encore!), de la maltraitance dont nous supportons les injustices comme l’agneau pascal (c’est de saison), etc… Des syndicalistes de fortune nous préparent une « grève des femmes », qui sera « joyeuse » (HA ! Ha !) à propos de laquelle elles se sont bien gardées de nous consulter. Des villes débaptisent des rues en notre honneur ; en cette année électorale, les partis politiques se demandent tous comment ils pourraient grappiller nos suffrages : un peu de flatterie, un peu de fausse modestie masculine, un peu de sensualité « prosaïque » censée rendre hommage à notre émancipation !

Nous prend-on réellement pour des idiotes ? Quand nous épargnera-t-on enfin ces innombrables pages – y compris dans Le Temps qui devient bougrement casse-pied sur ce point – qui ne parlent que de nous, mais d’un « nous » qui ne nous concerne pas, nous rabaisse, nous réduit à des statistiques et nous rend aussi fatigantes qu’antipathiques ?

Chères Amies et Compagnes de souffrance,

J’ai envie de vous dire mon amitié et mon admiration, à vous qui êtes capables, chaque jour, de réaliser votre tâche dans la bonne humeur, même quand vous avez une migraine, qui savez rire de vous-mêmes, qui faites sans cesse avancer ce que d’aucuns appellent la « cause des femmes » parce que vous savez prendre de la distance par rapport aux événements, et vous montrer à la hauteur de l’honneur qui est le vôtre d’être des êtres normaux avec lesquels on peut avancer dans la vie. C’est de vous et de votre ténacité, de votre capacité d’organisation, de votre sens de l’humour et de l’honneur que dépend réellement l’avenir des femmes. Merci !

Un enfant quand je veux, un enfant si je veux

Tel était le titre d’un récent article du Temps consacré à la cryogénisation des ovocytes, demandée notamment par des femmes souhaitant renvoyer une éventuelle grossesse à plus tard, quand cela leur conviendrait professionnellement (je laisse volontairement de côté de très éventuels cas de maladie).

Je suis toujours étonnée de constater l’absence de réflexion éthique accompagnant les découvertes de la science en relation avec la procréation en général et la facilité avec laquelle on semble oublier que tout ce qui touche à la procréation concerne notamment une personne en devenir, l’enfant. Dans une société qui se targue de se préoccuper des faibles, des pauvres, des marginaux, des laissés pour compte, comment se fait-il que l’on puisse prétendre que procréation, grossesse, avortement, ne concernent que les adultes alors que, toujours, au centre de ces phénomènes, il y a le vrai faible, le vrai muet, celui dont on façonne l’avenir, l’enfant, et que jamais on ne parle de lui ? Bon, une fois qu’il est né, on l’utilise évidemment, avec un peu de chantage, pour obtenir la légitimation des actes antérieurs des adultes.

Revenons à notre titre.

Dire « Un enfant quand je veux et si je veux », c’est en fait considérer a priori trois situations comme légitimes :

  • Le principe du droit à l’enfant, comme on a droit à un bien de consommation au moment où on en a envie et pour autant qu’on en ait envie ;
  • le principe de l’enfant sans père, très à la mode d’ailleurs dans notre société où, sous prétexte d’émancipation, certaines femmes oublient qu’un enfant a besoin de deux parents et prétendent se passer du père qui les importune;
  • le principe de la mère abusive qui considère que l’enfant lui appartient – puisqu’elle décide quand elle le veut et si elle le veut.

Pendant des siècles, l’enfant n’a été considéré que comme une force de travail assurant l’avenir de ses parents.

Puis on s’est rendu compte que c’était une personne dont on était responsable ce qui impliquait des contraintes.

Alors on s’est réfugié derrière le culte de l’enfant-roi, on a brandi l’intérêt de l’enfant sous tous les prétextes et, bardé de ces beaux sentiments, on a ignoré le fait que l’enfant existe, comme personne, avant qu’on le voie et qu’il n’est pas seulement un produit quelconque de la science.

La bonne pub

Le parti écologiste a fait un bond en avant la semaine dernière à Zurich. Quoi d’étonnant après la magnifique pub de la grève pour le climat ? Ils tombaient vraiment bien ces défilés bon enfant où le premier et le troisième âge se côtoyaient ! On en prévoit encore d’autres, paraît-il, et par chance, il y a aussi des élections en vue dans l’Union européenne donc dans beaucoup de pays – et chez nous. Certes, bien des jeunes interrogés ont dit qu’ils ne voulaient pas soutenir un parti politique et entendaient rester indépendants, car leur message s’adresse à tous les partis politiques. C’est vrai, mais il n’en demeure pas moins que dans l’imaginaire populaire, ce sont les écologistes/verts qui semblent donner l’exemple de l’engagement pour le climat. Ayant compris le truc, tous les partis sont en train de réajuster leurs thèmes de campagne.

Alors prenons les choses sérieusement : quelles sont les mesures précises qu’ils proposent, tous ces partis  – verts inclus – qui surfent sur le réchauffement climatique ? Par quel moyen entendent-ils les faire appliquer et imposer leurs solutions et surtout quel est le résultat précis attendu desdites mesures par rapport au CO?

Puisque l’on peut déterminer précisément le nombre de personnes dont la mort est causée chaque année par la pollution, on doit pouvoir déterminer exactement l’effet CO2 de chaque mesure prise. Par exemple : une taxe sur les billets d’avion de X francs a pour conséquence une diminution de CO2 de tant ; la redistribution du produit de la taxe à la population entraîne telle diminution de CO;  une interdiction absolue et immédiate de toute utilisation de voiture à essence correspond à telle diminution de CO; une interdiction générale et absolue d’utiliser tout contenant en plastique et le prélèvement de taxes pour toute destruction  – au demeurant obligatoire – de tels contenants encore en possession de qui que ce soit, personne physique ou morale, diminuent le % de CO2 de tant ;  l’interdiction d’acheter quelque produit de consommation que ce soit qui ne provienne pas de la région immédiate et en particulier tout plat pré-cuisiné contenant éventuellement du soja, des haricots rouges ou noirs importés doit permettre une diminution de X% de CO2, etc… Il s’agit évidemment aussi d’apprécier les conséquences sociales, économiques, bureaucratiques et policières des mesures souvent peu populaires.

Aucun parti politique n’a le droit de tirer avantage de la lutte pour le climat s’il n’indique pas précisément les mesures pratiques qu’il entend prendre pour être – à son avis – efficace. Ce sont ces mesures qui impliquent un changement éventuel de style de vie pour chacun et qui sont donc le vrai enjeu politique.

Alors de grâce qu’on cesse de faire de la pub/poudre aux yeux en faisant croire qu’il suffirait de déclarer vouloir lutter contre le changement climatique pour mériter d’être élu.