Macron et la Nuit du 4-Août

Les amateurs d’histoire se souviendront que dans la nuit du 4 août 1789, l’Assemblée constituante vota à l’unanimité la suppression des privilèges féodaux. L’unanimité signifie que les députés de la noblesse ont apporté leur suffrage à ce vote historique, alors même qu’ils étaient les détenteurs et les bénéficiaires de ces privilèges qu’on abrogeait.

Aujourd’hui à certains égards, la France présente des similitudes à l’Ancien Régime. On y trouve des groupes de personnes qui jouissent de ce qu’on appelle pudiquement des droits acquis mais qui en réalité sont des rentes qui profitent aux membres de ce groupe, à l’exclusion du reste de la société, des privilèges en somme.

On peut songer à divers degrés aux fonctionnaires, aux enseignants, aux bénéficiaires de régime de retraites spéciales, aux détenteurs d’un CDD. Quant au Tiers-Etat de nos jours, il est constitué de ceux qui passent d’un CDD à l’autre, des chômeurs en fin de doit, des indépendants sans retraite, des jeunes à qui l’accès au marché du crédit et du logement est barré.

Emmanuel Macron n’est le seul ni le premier à poser un diagnostic lucide sur l’état du marché du travail en France mais il est peut-être le seul à pouvoir susciter un espoir qui invite la « noblesse » d’aujourd’hui à renoncer à ses privilèges en vue d’un plus grand bien commun.

Le 4 août 1789, la noblesse s’est montrée noble. Aujourd’hui, il revient à ceux qui sont les détenteurs modernes de privilèges dans notre société de l’être tout autant.

Macron et l’abolition des partis politiques

En 1942, la philosophe et mystique Simone Weil rédigeait une Note Générale sur l’Abolition des Partis Politiques (*). Elle partait de l’observation du « free vote » concédé dans certaines rares circonstances par les dirigeants des partis politiques des pays de tradition anglo-saxonne aux députés de leur propre parti. Elle en tirait donc comme conclusion que, hormis ces circonstances, souvent liées à des questions de société, les députés n’étaient pas libres mais au contraire tenus de suivre les consignes émanant des « whips », les chefs de groupe, ceux-là mêmes qui brandissent le fouet.

Weil prônait donc un système où les députés ne seraient tenus par aucun parti mais au contraire voteraient au cas par cas sur les différents sujets proposés à l’assemblée parlementaire en fonction des engagements pris envers leurs électeurs. La vraie démocratie était à ce prix, estimait-elle.

A la connaissance de La Ligne Claire, il n’existe pas de pays où le système politique avancé par Simone Weil ait jamais été mis en œuvre. En général, la vie politique s’organise par partis, les électeurs votent en fonction des programmes mis en avant par ces partis et le ou les partis gagnants sont invités à former le gouvernement qui s’appuiera sur ces mêmes partis.

On peut, il est vrai, reconnaître un certain mérite à l’exercice des partis politiques, celui de simplifier le débat et de réduire les opinions de plusieurs centaines de députés à une demi-douzaine ou une douzaine de programmes. Cependant, La Ligne Claire juge que cet argument avait davantage de poids au XIXe siècle, lorsque s’est mis en place la démocratie parlementaire, que de nos jours où les opinions et informations circulent librement sur internet.

Or, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence, se pose la question de la constitution d’une majorité à l’Assemblée Nationale lors des élections législatives prochaines. Il se peut donc que, soit par nécessité, soit par dessein, on assiste en France à l’émergence d’un système politique où les élus seront enfin comptables de leurs électeurs sur chacun des sujets sur lesquels ils seront amenés à voter. La Ligne Claire l’appelle de ses vœux.

(*) Soulignons aussi la traduction en anglais qu’en a faite Simon Leys, un des rares auteurs a écrire et être publié dans une langue autre que sa langue maternelle. Joseph Conrad en était un autre.

Le Père Prodigue

Si le Nouveau Testament s’ouvre sur la table des aïeuls de Jésus, c’est certes parce que saint Matthieu a à cœur de l’inscrire dans la filiation du roi David mais aussi parce que l’insertion dans une lignée, loin d’être un hobby réservé aux généalogistes, relève d’une soif universelle (catholique) inscrite dans le cœur de tout homme.

Dans le Père Prodigue, André Querton lie, comme on lie la pâte, deux épisodes tirés des Evangiles, l’histoire du jeune homme riche et la parabole du fils prodigue, et imagine que c’est ce jeune homme qui deviendra le père bienveillant de la parabole. Ce faisant il lui accorde trente ou quarante ans de vie au cours de laquelle tout d’abord il se mariera et aura une descendance et ensuite saura faire fructifier son patrimoine, en jouir sans en être l’esclave, en faire bénéficier autrui et le transmettre à ses fils, à chacun à sa manière. Au fond, cette vie est le temps qu’il aura fallu pour que la parole que le Christ lui avait adressée, « Vends tes biens et suis-moi », porte son fruit.

Le Père Henri Nouwen avait abordé un thème similaire dans un livre remarquable « Le retour de l’enfant prodigue » où il se reconnaît d’abord dans la figure du fils prodigue, en quête de miséricorde, dans celle du fils aîné ensuite, qui n’est pas moins aimé du père, et qui invite ses lecteurs enfin à accéder à cette paternité toujours bienveillante. C’est ici qu’André Querton le rejoin. A l’âge où les enfants se marient, à l’âge où les premiers amis nous quittent, la vocation de l’homme est de devenir un père prodigue de miséricorde, de justice, de pardon, de bons conseils; le vrai père est celui qui bénit, c’est–à-dire qui dit le bien. Car ce qui lie les chaînons de la lignée, ce n’est pas tant le nom et les gênes que l’amour paternel, sans lequel la lignée se brise. Saint Matthieu l’avait bien compris.

La lecture du Père Prodigue est émouvante : le thème traité, la délicatesse des tons, la finesse du langage, l’érudition biblique en arrière-plan témoignent de la qualité de cet auteur belge de langue française.

André Querton : Le Père Prodigue, Mardaga, 2017.

Pendant ce temps-là, à Coire

La Ligne Claire habite dans l’arc lémanique est n’est donc pas directement concernée par la nomination d’un nouvel évêque à Coire. Le 21 avril dernier, conformément au droit canon, l’évêque diocésain, Mgr Huonder, a présenté sa démission au pape le jour de son septante-cinquième anniversaire ; quinze jours plus tard, à la surprise générale, le pape l’a confirmé dans ses fonctions pour deux années supplémentaires.

Ce qui surprend la Ligne Claire cependant c’est la réaction de tous ceux qui espéraient du pape François un changement d’orientation au sein du diocèse de Coire et qui sont donc déçus de la prolongation du mandat de Mgr Huonder.

Ainsi, on peut entendre dans la bouche de Mme Simone Curau-Aepli, une représentante de la Ligue Suisse Femmes Catholiques (SKF) au sein de l’Alliance « Es Reicht », un collectif opposé à Mgr Huonder les mots suivants : « Le pape François n’est clairement pas au courant de la situation du diocèse de Coire ». La Ligne Claire s’étonne, disons au mieux, de la naïveté qui consiste à écarter la possibilité, même au titre de simple hypothèse de travail, que le pape puisse avoir une autre opinion, par exemple qu’il apprécie le travail de Mgr Huonder, qu’il ait des réserves face au système dual en vigueur en Suisse alémanique ou que, s’il souhaite octroyer un plus grand rôle aux femmes au sein de l’Eglise, il n’entend pas autoriser leur ordination, comme le réclame la SKF. Le pape a pris une autre décision que celle que j’aurais voulu moi qu’il prenne ? C’est qu’il est forcément mal informé. Ben voyons, wenn der Führer nur wüsste.

L’Alliance Es Reicht avait procédé l’an dernier à une pétition en ligne exigeant non pas la nomination d’un nouvel évêque mais celle d’un administrateur apostolique jusqu’à ce que la situation dans ce diocèse « polarisé » soit « apaisée ». De l’avis de La Ligne Claire, mal lui en a pris car s’il y une chose que le pape François n’aime pas c’est qu’on tente de lui forcer la main. Qu’on songe à la tentative de François Hollande de nommer un ambassadeur homosexuel auprès du Saint-Siège ou aux pressions exercées sur le pape pour révoquer Mgr Barros, évêque d’Osorno au Chili ; dans le premier cas M. Hollande a en définitive été contraint de retirer son candidat tandis que dans le deuxième Mgr Barros est toujours en place.

Le pape François exerce ses prérogatives de manière résolue et indépendante, solitaire même dirons certains. S’il n’hésite pas à demander la démission d’un évêque lorsque des circonstances graves l’exigent, il sait aussi leur prodiguer son appui, par exemple au cardinal Barbarin, archevêque de Lyon. Evêque de Rome, il n’entend pas se substituer aux évêques locaux dans la gouvernance de leur diocèse. Et puis il y a cette foi catholique qui se professe en communion avec le pape et les évêques, et qui exclut qu’on tente de manipuler le premier en vue de destituer les seconds.

Jeanne, la bonne Lorraine

Royaume ou Empire

Jeanne d’Arc est-elle née sur la rive gauche ou la rive droite de la Meuse? On sait qu’elle est née aux environs de 1412 à Domrémy dans le duché de Bar qui est alors partagé par la Meuse, sachant que la rive droite est une principauté d’Empire tandis que sur la rive gauche, dite Barrois mouvant, le duc est vassal du roi de France. Selon la rive donc, le lieu de naissance de Jeanne d’Arc se situe ou non dans le Royaume de France.

Comme à l’accoutumée Jean-Marie Le Pen est allé se recueillir en ce 1er mai face à la statue de Jeanne d’Arc qui se dresse sur la place des Pyramides à Paris. La question qui se pose donc est: à quel titre ?

Sainte ou pas?

Le calendrier liturgique indique à La Ligne Claire que sainte Jeanne d’Arc est fêtée en France le 30 mai, jour anniversaire de son supplice ; si M. Le Pen entend honorer la sainte, il se trompe donc de date.

On connaît le destin exceptionnel de Jeanne qui, alors qu’elle paît ses moutons, entend des voix, dont celles de l’archange saint Michel (https://blogs.letemps.ch/dominique-de-la-barre/michaelmas/), qui l’enjoignent de porter secours au roi de France. Chose incroyable, Jeanne parvient en 1429 à faire couronner Charles VII, le roi de Bourges, en la cathédrale de Reims. Il est possible, mais peu probable, que c’est cet événement que M. Le Pen veuille commémorer, néanmoins son geste rappellera utilement que la France a une histoire qui remonte au-delà de la proclamation de la République.

Une sainte laïque

C’est Jules Michelet, historien athée, qui, vers la moitié du XIXe siècle, fera apparaître l’image d’une héroïne nationale et populaire qui incarne le sentiment national et fait émerger un patriotisme français. S’il voit en elle une sainte, c’est clairement une sainte laïque – du reste n’a t-elle pas été brûlée sur les ordres d’un évêque? Dans le dernier quart du siècle, après la défaite de Sedan et l’avènement de la Troisième République en 1875, il ne sera pas difficile d’établir un rapprochement entre celle qui avait pour mission de bouter les Anglais hors de France et l’irrédentisme français face à l’Alsace-Lorraine.

Une sainte catholique

Effectivement, un mois à peine après la canonisation en 1920, la Chambre des Députés institue une Fête Nationale de Jeanne d’Arc et du Patriotisme, fixée au 2e dimanche de mai (et non au 1er mai). On ne saurait être plus clair : Jeanne d’Arc, désormais sainte, est érigée en figure du patriotisme, qui permettra au lendemain de la Grande Guerre de rassembler les partisans de la sainte catholique et ceux de la sainte laïque et populaire. Longtemps du reste un bâtiment de la Marine Nationale portera le nom de Jeanne d’Arc, de même que La Kriegsmarine avait le Prinz Eugen, prince de la maison de Savoie qui avait quant à lui bouté les Turcs hors de l’Empire.

En définitive, M. Le Pen fixe au 1er mai sa propre fête, ni celle du calendrier religieux ni celle votée par la Chambre mais celle dont il espère qu’il permettra de rallier un électorat à la fois catholique et attaché à la République, désireux cette fois-ci de bouter l’Union Européenne hors de France.

Mais le doute subsiste car si Jeanne est née sur la rive droite de la Meuse, alors il faut considérer que ce n’est pas à une Française de souche qu’on doit d’avoir libéré le Royaume de France de la présence anglaise mais au contraire à une personnalité issue de l’immigration. François Villon, lorsqu’il compose la Balade des Dames du Temps Jadis, une génération à peine après la mort de Jeanne, ne parle-t-il pas de « Jeanne, la bonne Lorraine, qu’Anglais brûlèrent à Rouen » ?

Le pape à la rencontre des Coptes

Le pape François entame aujourd’hui un voyage difficile en Egypte où il manifestera son soutien aux Eglises chrétiennes qui y vivent des moments douloureux et où il rencontrera aussi les hautes instances du clergé sunnite en vue de poursuivre et de promouvoir malgré tout le dialogue avec les musulmans. Fait remarquable, il est accompagné dans sa démarche par le patriarche oecuménique Bartholomée Ier, signe manifeste de la volonté du pape de renforcer non seulement le dialogue mais aussi l’agir oecuménique au sein des différentes églises chrétiennes. Cette démarche conjointe mérite d’être d’autant plus soulignée que la plupart des chrétiens d’Egypte se réclament de l’Eglise copte, qui n’est ni catholique ni orthodoxe au sens où nous comprenons ces mots de nos jours.

Fondation

Selon la Tradition, l’Eglise en Egypte trace sa fondation à l’évangéliste saint Marc, identifié au personnage de Jean-Marc qui apparaît dans les Actes des Apôtres. Vers le milieu du Ier siècle, soit à peine une douzaine d’années après la mort de Jésus, saint Marc aurait fondé l’Eglise d’Alexandrie, une ville qui comptait alors une importante population de Juifs hellénisés (parmi lesquels on compte Théophile à qui saint Luc adresse son évangile). De nos jours encore, le pope de l’Eglise copte porte le titre de patriarche d’Alexandrie et patriarche de la prédication de saint Marc.

Dès le IIIe siècle se développe en Egypte un courant jusqu’alors inédit du christianisme, le monastisme, qui voit des hommes se retirer dans une vie de solitude au désert. C’est l’époque de saint Antoine le Grand, célèbre pour avoir affronté les tentations du démon, une scène reproduite maintes fois dans l’histoire de la peinture, de Jérôme Bosch à Salvador Dali.

Le concile de Chalcédoine en 451

Dès les premiers siècles du christianisme apparaîtront des disputes théologiques, ces fameuses querelles byzantines, que des conciles seront appelés à trancher. Au Ve siècle de notre ère le monde antique est agité par les débats au sujet de la nature du Christ: a-t-il une seule nature ou une double nature, humaine et divine?

Le concile de Chalcédoine en 451 marquera un tournant fondamental dans l’émergence de l’Eglise copte. Le concile définit de manière claire que le Christ possède deux natures, humaine et divine, réunies en une seule personne ; cette définition dogmatique conduira à un schisme majeur dans le chef de l’Eglise d’Egypte, alors province byzantine et, dans une moindre mesure, dans le chef de l’Eglise de Syrie. A Chalcédoine l’opposition aux positions défendues par le concile était menée par Dioscure, patriarche d’Alexandrie et qui fut déposé pour cette raison. Mais l’Eglise d’Egypte ne l’entendait pas de cette oreille et nomma à sa place son propre patriarche, Timothée (Tawadros), ce qui l’amena à rompre la communion avec l’Eglise impériale. En guise de réplique, l’empereur à Constantinople nomma son propre candidat au patriarcat d’Alexandrie à la tête d’une Eglise qualifiée depuis lors de melkite (un mot d’origine syriaque signifiant royal ou impérial), séparée de l’Eglise qu’on peut désormais appeler copte, mais qui demeurera toujours minoritaire au sein du christianisme égyptien. Notons  que le mot copte même est dérivé du nom grec pour Egyptien « Egyptos »).

La conquête arabe

En 639 les Arabes conquièrent l’Egypte sur les Byzantins. Si les califes omeyyades pratiquent une politique de tolérance religieuse, ils réclament de la population chrétienne des taux d’imposition supérieurs à ceux dus par les musulmans si bien que dès la fin du XIIe siècle une majorité de la population égyptienne est de confession musulmane.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour que l’Eglise copte puisse sortir de l’ombre. C’est l’époque où les premières écoles chrétiennes sont fondées et où l’Ecole théologique d’Alexandrie, la toute première de ce type, fondée en 180, rouvre ses portes au terme d’un hiatus de quatorze siècles.

Situation actuelle

De nos jours l’Eglise copte constitue la plus importante des Eglises d’Orient avec dix à quatorze millions d’adeptes en Egypte même, soit 12 à 15% de la population, et environ cinq autres millions à l’étranger. Depuis 2012 elle est dirigée par le Pope Tawadros II, 118e patriarche d’Alexandrie. On assiste depuis plusieurs années à un rapprochement entre les Eglises copte et orthodoxe sur des sujets comme le mariage et à des efforts en vue d’aplanir les divisions nées des divergences d’interprétation doctrinales des canons du concile de Chalcédoine. Si la langue liturgique traditionnelle est le copte, une langue dérivée de l’égyptien ancien, de nos jours les services religieux se déroulent également en arabe.

En 1988 les Eglises catholique et copte se sont accordé sur une définition commune au sujet de la nature de Jésus-Christ dans le but de mettre fin aux querelles, il est vrai obscures, nées du Concile du Chalcédoine. Cette déclaration réaffirmait une foi commune et reconnaissait que les mésententes et les schismes passés devaient être attribués à des différences culturelles et de divergence dans la formulation, qui ne portaient pas atteinte à la substance de la foi.

Parmi les personnalités égyptiennes contemporaines de confession copte, on peut citer Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies et Suzanne Moubarak, l’épouse de l’ancien président.

 

 

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Elisabeth II, 91 ans aujourd’hui – long may she reign

La reine Elisabeth fête aujourd’hui son 91e anniversaire alors qu’elle est déjà le monarque dont le règne en Angleterre aura été le plus long. Comment en est-on arrivé là, serait-on tenté de demander? Evidemment, il s’agit d’abord de vivre jusqu’à un âge avancé mais il y a aussi la conception que la reine Elisabeth a de sa propre fonction.

Aux Pays-Bas, trois souveraines de suite, Wilhelmine, Juliana et Béatrice ont achevé leur règne par une abdication, qui s’inscrit désormais dans la tradition de l’institution monarchique dans ce pays. Plus récemment le roi des Belges Albert II et le roi d’Espagne Juan-Carlos ont eux aussi abdiqué. Du reste, lors de l’allocution prononcée à la télévision au cours de laquelle il annonçait sa décision d’abdiquer, Albert II citait le fait qu’il avait atteint un âge, quatre-vingts ans, qu’aucun roi des Belges n’avait atteint avant lui. Tous ces souverains ont en commun d’être des souverains constitutionnels dont les pouvoirs sont donc ceux que prévoit la Constitution de leur pays respectif. Le premier roi des Belges, Léopold Ier, ne manquait pas du reste de se plaindre en privé d’être à la tête d’une république couronnée.

Une monarchie sacrée

Avec la reine d’Angleterre, il en va autrement. Elisabeth n’a pas prêté serment sur une constitution, elle a été couronnée et sacrée par l’archevêque de Cantorbéry au cours d’une cérémonie qui tire ses origines du sacre des rois de France. Celui-ci à son tour trouvait son inspiration dans la Bible et notamment dans le passage du Premier Livre de Samuel où le prophète consacre David roi par l’onction de l’huile, un rite repris lors des sacres de Reims et dont on trouve encore des échos au sein de l’Eglise catholique. C’est donc en vertu de cette onction qu’Elisabeth est reine, ainsi qu’il est frappé sur les pièces émises par la Monnaie royale, E II DG REG FD, Elisabeth II Dei Gratia Regina Fidei Defensor, reine par la grâce de Dieu, Défenseur de la Foi.

C’est pourquoi La Ligne Claire est prête à prendre le pari que la conception sacrée qu’Elisabeth a de sa charge lui interdit d’abdiquer et que le jour où ses forces lui viendront à manquer, elle nommera son fils Charles Régent, jusqu’au jour où Dieu lui fera la grâce de la rappeler à lui.

La Suisse et le Brexit

Founex, le 1er avril.

De source bien informée, La Ligne Claire apprend que, piquée au vif par le Brexit, l’Union Européenne a décidé d’introduire un numerus clausus et de limiter le nombre de ses membres à vingt-huit.

Soucieux de ne pas rater cette fenêtre de tir, le Conseil Fédéral, dont la réputation en matière de rapidité de prise de décision n’est plus à faire, s’est empressé de demander l’adhésion de la Suisse à l’Union Européenne, coiffant au poteau la Moldavie.

Alors que l’Union Européenne vient de commémorer le soixantième anniversaire du Traité Rome, qui l’inscrit dans une double tradition chrétienne et impériale (https://blogs.letemps.ch/dominique-de-la-barre/a-lorigine-du-traite-de-rome/), le Conseil Fédéral n’a pas manqué de faire valoir que Rodolphe de Habsbourg, premier de sa Maison à accéder à la dignité impériale, était un gars du pays, originaire d’Argovie. Et d’ailleurs, le noeud ferroviaire d’Olten ne témoigne-t-il pas par delà les siècles de la vocation immuable de ce canton, injustement méconnu, de s’insérer au coeur de l’Europe?

S’insérant par avance dans cette vocation européenne, Rodolphe avait du reste accueilli le pape à Lausanne en 1275, dotant la ville pour toujours du titre, sinon de capitale de l’Europe, du moins de carrefour des Nations, là où se croisent la Via Francigena et le chemin de Saint-Jacques.

http://blogs.letempssens.ch/dominique-de-la-barre/2015/09/06/lausanne-carrefour-des-nations/

L’Union Européenne s’est naturellement réjoui de cette initiative qui règle d’un trait de plume le funeste malentendu au sujet de l’immigration de masse. De plus, avec Genève, elle accueillera en son sein le siège européen des Nations-Unies, damant le pion aux Américains.

Déjà des queues se forment devant les consulats des Etats Membres qu’aussitôt surgit une nouvelle difficulté : comment faire apparaître la croix blanche sur fond rouge sur le passeport couleur bordeaux ? « Mais chéri, ça jure » fait remarquer l’épouse de La Ligne Claire, non sans raison.

Aux origines du Traité de Rome

Le monde entier sait qu’on célèbre aujourd’hui le 60e anniversaire du Traité de Rome. A cette occasion, La Ligne Claire s’est interrogé tant sur la date que sur le lieu de cette cérémonie historique.

Annonciation

Commençons par la date, le 25 mars 1957, car elle ne relève pas d’un accident ; en effet, le 25 mars est le jour de la fête de l’Annonciation, qui commémore l’apparition de l’ange Gabriel à Marie de Nazareth, selon la narration que Saint Luc nous en fait au premier chapitre de son évangile. De même que l’Annonciation, dont la date est fixée neuf mois avant Noël, se veut la promesse d’un monde nouveau qui surgira avec la venue du Sauveur, de même le Traité de Rome se veut l’annonce d’une Europe nouvelle qui renaît des cendres de la guerre et qui se fonde sur son patrimoine chrétien, religieux, culturel, historique et politique, perçu et reconnu comme l’élément fondamental de sa civilisation.

Le lieu ensuite. Les membres fondateurs de la Communauté Européenne signent le Traité dans les salons du Palais du Capitole, au cœur de l’Urbs et entendent par là même situer clairement la CEE et la future Union Européenne dans le rôle de successeur de l’idée impériale qui depuis l’Imperium Romanum, Charlemagne et le Saint-Empire traverse l’histoire de l’Europe. Et de même que Charlemagne se rend à Rome pour s’y faire couronner, de même il fallait que ce soit là que les Six signent le Traité fondateur.

De l’Etat à l’Empire

A la différence de l’Etat-nation, l’empire forme une communauté politique qui accueille en son sein des peuples différents tout en leur conférant une unité politique mais qui laisse à chacun d’entre eux le soin de choisir sa propre forme de gouvernement. Ainsi le Saint-Empire pouvait tout naturellement s’accommoder des républiques patriciennes que constituaient les villes libres. Mais surtout, l’empire se distingue fondamentalement de l’Etat-nation en ce sens qu’il renvoie à une idée plutôt qu’à un territoire. Le Saint-Empire renvoyait à la notion de monarchie universelle chrétienne et, de manière analogue, l’Union Européenne renvoie à des valeurs et des règles communes, la démocratie et la libre circulation par exemple. L’empire a par nature une vocation englobante, catholique même au sens d’universel que ce mot a en grec : il accueille en son sein des cultures différentes et de nombreuses nations et c’est là raison pour laquelle que, contrairement à l’Etat-nation, il peut s’étendre. Dans sa version contemporaine de l’Union Européenne, l’empire s’est effectivement étendu à partir des six pays fondateurs aux vingt-huit qui forment l’Union aujourd’hui, précisément parce que l’Union incarne une idée, à laquelle de nouveaux venus peuvent apporter leur adhésion.

La vocation de l’Empire est donc de concilier l’universel et le particulier, l’universel qui fait l’idée d’empire et le particulier de ses constituants qui lui donne corps. Alors que l’Empire rassemble des collectivités qui demeurent libres de conserver leur langue, leur culture, leur religion et leur droit, l’Etat-nation vise à créer des citoyens régis par des lois identiques. Là où l’empire entretien des rapports médiatisés avec ses habitants, c’est-à-dire qui passent par des corps intermédiaires, principautés territoriales sous le Saint-Empire, Etats membres dans l’Union Européenne, l’Etat-nation recherche au contraire l’immédiateté, c’est-à-dire à déterminer les rapports entre l’Etat et ceux qui sont désormais des citoyens. En ce sens, l’Etat-nation s’érige en anti-empire, ce qui c’est effectivement vérifié en Europe centrale en 1918 avec la dissolution de l’Autriche-Hongrie.

Destinée européenne

Pendant près de sept siècles, la Maison d’Autiche a incarné l’idée impériale sans jamais faire recours à la notion d’une nation autrichienne. L’empereur n’a pas de nationalité : c’est la raison et la condition du succès de l’idée d’empire, alors comme aujourd’hui. Le traité signé le 25 mars 1957 à Rome entend bien fonder la construction européenne sur son double héritage chrétien et impérial et de faire de cette construction la destinée manifeste de l’Europe.

Annonciation

Dring.

« de Nazareth, Marie, c’est ici ? »

« Euh oui »

« Voilà vous allez enfanter un fils, il s’appellera Jésus, et il siégera sur le trône de David son aïeul ».

« Ah bon ?»

« Oui, signez là, là et là. Salutations à Beppe ».

Cette scène qui est reportée au chapitre Ier de l’Evangile selon saint Luc est connue sous le nom de l’Annonciation. Elle relate le moment où le divin fait irruption dans la vie ordinaire d’une jeune fille qui vaque à ses occupations tandis que son mari poursuit sa besogne à l’atelier. En ce 25 mars, les pendulaires suisses vaquent aussi à leurs occupations sans songer que neuf mois après cette conception virginale ce sera Noël, à savoir la naissance annoncée du gamin, Jésus.

Pourtant cette scène a inspiré d’innombrables peintres, au rang desquels figurent Fra Angelico, Botticelli, Léonard de Vinci et le Caravage, ce voyou génial. Alors que les CFF annoncent un dérangement, l’Annonciation, elle s’est annoncée de manière définitive dans l’art européen, avec des codes très clairs auxquels se tiennent tous ces grands artistes : l’archange Gabriel figure le plus souvent à gauche de la scène tandis que Marie, toujours vêtue d’une robe rouge, qui évoque la passion du Christ, et d’une cape bleue, figure maternelle de l’Eglise, est placée à droite ; un lys symbolise sa virginité, tandis qu’une colombe figure le Saint-Esprit. A leur arrivée à Cornavin, les pendulaires pourront en voir un exemplaire sous la forme d’un vitrail de la Basilique Notre-Dame.