Eclats de Belgique – Belgique éclatante

Lorsqu’on évoque la Belgique, on songe tout aussitôt aux rivalités qui opposent Flamands et francophones qui, depuis 50 ans, s’acharnent à rendre un petit pays plus petit encore. Les attentats de hier ont fait voler en éclat non seulement ces rivalités mais leur raison d’être : ni les victimes, ni les passagers de l’aéroport et du métro, ni les services de secours ni les terroristes n’en ont cure.

Hier à la télévision on pouvait voir et entendre à Bruxelles, des hommes et des femmes venus de toutes les nations qui sont sous le ciel : Mamadou, le bagagiste de l’aéroport qui a aidé, oui mon ami, deux vieilles dames terrorisées à se réfugier ; Maria-Luisa, d’origine sud-américaine, qui s’était retourné au son d’une explosión; ce policier bruxellois et qui s’appelle Abdel ; Rachid qui livrait son témoignage avec un accent liégeois, sais-tu ; Rajeev, passager en transit en provenance de Singapour, pris en charge en anglais mâtiné de flamand par la sécurité civile de la commune de Zaventem ; le Roi des Belges qui ne s’est pas départi de son accent belge lors de sa brève allocution.

Hier ce n’était pas simplement la Belgique avec ses querelles de clocher qui était visée mais toute l’Europe ; des décombres du métro émergeaient des fonctionnaires européens qui se rendaient à leur travail, Piotr le Letton, un Italiano vero, un faucon maltais, tous citoyens de notre monde bigarré qui s’oppose à un monde où tout le monde est vêtu de noir, comme les habitants de Pepperland aux Blue Meanies.

Au temps de son service militaire, à l’époque où le rideau de fer déchirait l’Europe, dans le jargon militaire on parlait du « rideau de betterave », qui séparait les witloofs des chicons pour désigner les unités de l’autre régime linguistique. Hier ce rideau-là a lui aussi vécu tout simplement parce qu’il ne correspond pas à la réalité de la vie des habitants de la Belgique.

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Chrétiens d’Orient: l’Eglise maronite

L’Eglise maronite

Après avoir parcouru les Eglises pré-chalcédoniennes puis les Eglises orthodoxes d’Orient, La Ligne Claire se tourne maintenant vers les Eglises catholiques, de rite latin ou autre. La première de ces vignettes sera consacrée à l’Eglise maronite.

Origines

L’Eglise maronite trace ses origines à saint Jean Maron, qui quitta la ville d’Antioche pour mener une vie d’ermite dans les montagnes de Syrie aux alentours de l’an 400. Persécutés par l’Eglise syriaque d’Antioche qui venait de rejeter les canons du concile de Chalcédoine, les disciples du saint, décédé en 410, se réfugièrent au Liban. Dès cette époque les Maronites nouent des contacts avec la papauté qui leur accorde sa reconnaissance en 518. L’invasion arabe conduit les Maronites à élire le propre patriarche en 687, appelé lui aussi saint Jean Maron, et portant en concurrence avec trois autres dignitaires d’Eglises orientales le titre de Patriarche d’Antioche. Alors que s’ouvre la longue période de domination arabe, de toutes les Eglises orientales, seule la Maronite maintient la communion avec l’évêque de Rome après le schisme de 1054.

Nouveaux contacts avec Rome

Avec l’arrivée des Croisés et l’établissement des royaumes latins du Levant, les Latins et les Maronites renouent des contacts interrompus par quatre siècles de présence arabe et qui voient le pape reconnaître à nouveau le patriarche maronite et le confirmer en sa qualité de Patriarche d’Antioche. La disparation des Etats latins d’Orient fait place à une domination mamelouke puis à partir de 1516 à la suzeraineté ottomane qui établissent au sein de leur empire une principauté du Liban, fondée sur une alliance entre Maronites et Druzes.

Fidèles à la communion catholique, les Maronites fondent un collège à Rome en 1584 à l’inauguration duquel préside le pape Grégoire XIII. Ces liens permettent l’établissement au Liban de communautés religieuses catholiques, les franciscains, les capucins et plus tard les Jésuites et dont l’influence se fait encore sentir à notre époque. Dans le même temps la liturgie maronite subit une profonde révision sous l’impulsion du Concile de Trente (1545-1563) qui voit l’importation de la liturgie latine alors rénovée ; cette latinisation persiste de nos jours encore à telle enseigne que le rite maronite peine à se distinguer du rite latin introduit par Paul VI, bien que le décret conciliaire introduisant le nouveau rite précise en autant de mots qu’il ne s’applique qu’au rite latin et non pas aux autres rites catholiques orientaux.

De nos jours

A l’époque contemporaine, au long patriarcat du cardinal Sfeir, succéda en 2011 Mar Bechara Boutros Rahi, actuel patriarche de l’Eglise maronite, qui accéda à la dignité de cardinal au sein de l’Eglise catholique en 2012 ; comme tous les patriarches de cette Eglise il a adopté le nom de Boutros, à savoir Pierre, en souvenir de la présence de l’apôtre à Antioche, fondateur de ce siège patriarcal. On estime à trois millions le nombre de fidèles de cette Eglise, répartis en vingt-trois diocèses au Liban bien sûre mais aussi en France, en Océanie et en Amérique où émigrèrent grand nombre de Libanais à la fin du XIXe siècle alors que le pays était encore sous domination ottomane.

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Séduisante, intelligente et dangereuse: la Princesse Lilian

Séduisante, intelligente et dangereuse ; voilà la Princesse Lilian décrite sous la plume d’un collaborateur de son beau-frère, le Prince Charles de Belgique, alors Régent.

Réputée la plus belle femme de son temps, Lilian Baels, deuxième épouse du Roi des Belges Léopold III à la suite de leur mariage religieux, alors tenu secret, le 11 septembre 1941, déclenchera les passions les plus vives. Louée par ses partisans en raison de sa culture, de son charme et de son intelligence, ses ennemis la tiennent au contraire pour une colérique, une intrigante et une ambitieuse qu’ils comparent volontiers à la belle-mère dans le conte de Blanche-Neige.

Une nouvelle biographie, due à la plume de l’historien belge Olivier Defrance, vient jeter un éclairage neuf sur la vie de cette femme fascinante ; Defrance s’appuie pour la première fois sur des entretiens avec la Princesse et son entourage comme sur des archives inédites fournies en particulier par la Princesse Esméralda, fille cadette de Léopold et de Lilian.

 

Années viennoises

Defrance nous éclaire sur l’enfance et la jeunesse de celle qui n’est alors que Mlle Baels. En séjour à Vienne dans les années 30 elle noue des amitiés au sein de la haute aristocratie austro-hongroise d’où émergent les noms du Prince Fritzi Windisch-Graetz et surtout celui du Comte Peter Draskovich, à qui elle sera fiancée. Héritier d’un majorat en Hongrie, Draskovich doit se soumettre à la loi qui lui impose d’épouser une femme issue de la noblesse ; tant son père le Comte Ivan qu’Henri Baels, père de Lilian, s’opposent à cette union qui en définitive ne se fera pas. Lilian gardera des attaches durables avec la noblesse de la Mitteleuropa, pas toujours à bon escient.

 

La Question Royale

Si la Question Royale trouve son origine dans la décision du Roi de capituler le 28 mai 1940 contre l’avis du gouvernement, le mariage de Lilian et de Léopold constituera son point d’inflexion. Prisonnier des Allemands, Léopold fait l’objet d’une vénération au sein de l’ensemble de la population ; mais dès le jour de son mariage, il devient clair que le Roi n’est plus un prisonnier comme les autres. Et si Lilian fait l’objet d’attaques si violentes sous la Question Royale, c’est aussi parce que, pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, l’épouse du Roi se mêle des rapports que le souverain entretien avec ses ministres. Au sein de la population, Lilian brise le miroir dans lequel les Belges contemplaient le souvenir d’Astrid, la reine venue des neiges.

A Prégny, près de Genève, où la famille royale vit en exil de 1945 à 1950, Léopold et Lilian mènent grand train. L’Europe d’après guerre n’est guère à court de princes déchus qui se retrouvent volontiers sur les terrains de golf de Gstaad ; Lilian y fait la connaissance de la reine d’Espagne, veuve du roi Alphonse XIII, de la duchesse de Vendôme, de sa belle-sœur Marie-José, éphémère reine d’Italie ou encore du Duc de Bragance, chef de la Maison de Portugal.

 

Histoires de famille

« Familles, je vous hais » écrivait Gide. Effectivement Defrance nous plonge au cœur des rapports qu’entretiennent entre eux les membres de la famille royale belge. Léopold et Lilian d’abord. Dès l’été 1941, il est clair qu’ils sont très épris l’un de l’autre ; Léopold lui envoie des billets enflammés : « Ma petite Lili adorée, je ne te quitte pas un instant en pensée. Sens-le, sens mon amour immense dans ton cœur ». Léopold et son frère Charles ensuite, qui assume la Régence pendant les années d’exil. Ils se détestent et mourront l’un et l’autre en 1983 sans s’être jamais réconciliés. La Reine Elisabeth, mère du Roi. Réputée non conformiste, elle souhaite pour son fils veuf le réconfort d’une présence féminine mais s’oppose avec vigueur à un mariage civil, qui sera pourtant célébré le 6 décembre 1941 alors que Lilian est enceinte. Lilian et les enfants royaux, Baudouin en particulier. Lorsqu’elle se marie, Lilian assure auprès des enfants du premier lit du Roi le rôle d’une mère, y compris dans les circonstances dramatiques de la déportation vers la sinistre forteresse de Hirchstein en Saxe et au long des années d’exil en Suisse. Tant Albert que Baudouin l’appelleront « Mumy » pendant cette période-là. Mais au lendemain du mariage du Roi Baudouin avec Fabiola en décembre 1960, tout change, c’est la rupture entre le Palais royal de Laeken et Argenteuil, la gentilhommière où Léopold et Lilian se sont établis. A quoi est due cette rupture ? A cette histoire de meubles, tirés à hue et a dia entre les deux maisons? C’est possible. Ou encore à la liaison que Léopold entretenait en ces années-là et qui aurait conduit Lilian au bord du divorce, ce que la nouvelle Reine Fabiola ne pouvait tolérer ? Defrance le suggère et il appartiendra à un historien futur de déterminer son rôle éventuel dans cette affaire. Toujours est-il que la brouille est définitive et que Léopold et Lilian vivront désormais sans entretenir de contacts avec le reste de la famille royale. Quant à eux deux, il finiront par se réconcilier dès lors que Léopold s’était assagi avec l’âge.

 

Argenteuil, carrefour du monde

Au cours de la dernière phase de sa vie, la Princesse érigea le manoir d’Argenteuil en un carrefour de premier plan de la vie mondaine, artistique et scientifique ; têtes couronnées y côtoient des personnalités du monde politique ; on y voit Valéry Giscard d’Estaing et Paul Vanden Boeynants, ancien premier ministre belge, la Reine d’Angleterre et Eddy Merckx. Reconnue à juste titre pour son engagement en faveur de la recherche dans le domaine médical, Lilian crée une Fondation cardiologique à son nom, pour laquelle elle sera admise au Royal College of Physicians de Londres et recevra le prestigieux prix Giovanni Lorenzini.

Plus de septante ans après la guerre, Defrance livre un portait clair, rigoureux et nuancé d’une femme à la destinée inhabituelle et qui ne laissait personne indifférent.

Feu Jean Stengers, le grand historien belge, à qui on demandait s’il n’avait jamais rendu visite à la Princesse, répondit « Non, j’aurais trop peur de tomber sous son charme ».

 

Olivier Defrance, Lilian et le Roi, Racine 336 p.

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Simon Leys, navigateur entre les mondes

De Ryckmans à Leys

On trouve chez Pierre Ryckmans quelque chose de Tintin, le goût du large, la passion de la mer, l’intérêt pour d’autres cultures, du Congo à l’Extrême-Orient, la recherche de la droiture. Ryckmans est de ces hommes discrets, peu connus du grand public, une sommité dans son domaine, celui de la sinologie, et qui aura marqué la vie intellectuelle de son temps, la deuxième moitié du XXe siècle. En 2010, il avait préfacé la biographie que Philippe Paquet avait consacrée à Madame Chiang Kai-shek et c’est par un juste retour des choses que Paquet, lui-même un éminent sinologue, rédige aujourd’hui la biographie de Ryckmans, alias Simon Leys. Car de même que Pierre Assouline avait composé une biographie d’Hergé, plutôt que celle de Georges Rémi, Paquet consacre son ouvrage à Simon Leys, l’homme qu’était devenu Ryckmans. Contraint pour des raisons diplomatiques d’utiliser un pseudonyme pour signer en 1971 Les Habits neufs du président Mao, le livre où il démonte les mécanismes de la révolution culturelle et qui lui valut l’hostilité des milieux maoïstes français, Ryckmans allait se fondre en Simon Leys. Plus qu’un pseudonyme, Simon Leys allait devenir un nom de plume et même parfois un nom de guerre mais surtout le nom qu’il s’était donné à l’occasion d’une nouvelle naissance, celle de l’écrivain; c’est du reste en tant que Simon Leys qu’il serait reçu en 1990 à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

 

La jeunesse

Ryckmans naît dans une famille où certains lecteurs belges se reconnaîtront : famille nombreuse, catholique, une éducation au Cardinal Mercier à Braine-l’Alleud suivie d’études à Louvain qui n’était pas encore Leuven (en français), l’abonnement au Ligueur, un oncle curé, professeur à l’université, un autre oncle au Congo, en somme la Belgique que Gaston Eyskens appellerait plus tard la Belgique de Papa. Ryckmans ne reniera jamais cette Belgique-là – on sait avec quel acharnement il s’est battu pour que ses deux fils cadets puissent conserver la nationalité belge – mais, « pour vivre pleinement il devait vivre ailleurs ».  En 1955, il effectuera ce qui deviendrait un voyage initiatique en Chine et qui le destinera à être plus tard « un écrivain belge établi en Australie».

 

Le sinologue et l’écrivain

Leys assoira sa réputation de sinologue de premier plan en traduisant et commentant le traité de peinture rédigé par Shitao, un peintre chinois du XVIIe siècle ; cet ouvrage, publié sous le titre de Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère Shitao – Contribution à l’étude terminologique des théories chinoises de la peinture lui vaudra d’obtenir le grade de Docteur en Histoire de l’Art et sera suivi en 1971 de La vie et l’œuvre de Su Renshan, rebelle, peintre fou. Leys poursuivra sa carrière en Australie où il enseignera la littérature chinoise aux universités de Canberra et de Sydney. Mais surtout, Leys saura brillamment dépasser le cadre de son expertise professionnelle et se révéler tout à la fois un romancier, un essayiste, un critique littéraire, un historien d’art et un pamphlétaire. Sa langue se distinguera par l’élégance du style, la beauté de l’écriture, la précision, l’absence de jargon jugé vulgaire et portera la marque d’un homme libre, en quête de vérité, une conscience intègre armée d’une plume d’acier. Or, il existe en Chine un  lieu où se marient les deux domaines où excelle Leys, la peinture et la littérature : la calligraphie. Il sera un excellent calligraphe, forçant l’admiration des Chinois. On se souviendra qu’Hergé s’était intéressé à la calligraphie chinoise et y trouva une source d’inspiration qui devait aboutir à la formation de son style, la ligne claire ; Leys ne manquera pas du reste de souligner que Le Lotus Bleu constituait une bonne introduction à la Chine. Par ailleurs, Belge du bout du monde, Leys écrira en mandarin et en anglais aussi bien qu’en français et rejoindra le petit cercle des auteurs qui rédigent aussi dans une langue autre que leur langue maternelle – on peut songer à Joseph Conrad ou à Milan Kundera.

Le lecteur profane de langue française pourra se sentir dérouté face à une culture chinoise pour laquelle il peut manquer de repères. A quelle époque vit Confucius ? Quand règne la dynastie des Ming ? De plus, en Chine l’art réside davantage dans l’acte de la création que dans la chose créée, ce qui explique que l’art chinois puisse paraître invariable et donc privé de repères historiques aux yeux d’un occidental. Du reste Leys dira que « la Chine qui m’occupe est une région de l’esprit plutôt qu’un espace géographique », ce sera pour Leys la Chine intérieure, « l’autre pôle de l’existence humaine ».

Philippe Paquet, lui-même journaliste, écrivain et sinologue, marié comme Leys à une Chinoise, volera au secours de ses lecteurs car il sait tout de Leys et de son sujet. S’appuyant sur une masse de documents et de nombreux entretiens avec Leys et d’autres, il ouvrira autant de tiroirs à chaque fois qu’il s’agira de présenter un peintre chinois, un intellectuel maoïste français, les écrivains, Orwell ou Segalen que Leys admirait, les diplomates belges qui ouvrent l’ambassade à Pékin dans les années 1970, les hommes politiques chinois, Mao Tsé-toung bien sûr mais aussi Zhou Enlai, Lin Bao ou Chiang Kai-shek, et enfin les personnes que Leys aura étrillées du verbe ou de la plume. Cela confère au livre de Paquet non seulement un grand charme mais témoigne de la vaste culture de son auteur. Si le livre de Paquet apporte bien entendu sa pierre à l’édification de la sinologie belge, il porte aussi un regard sur tous ceux que Leys, navigateur entre les mondes, aura croisés au cours de la deuxième moitié du XXe siècle.

 

La mer

Leys aimait la mer. A dix-huit ans à peine il s’embarqua sur un chalutier, le Marconi, pour une pêche à la morue sur les grands bancs d’Islande, dans ces régions du globe où se fracassent des aérolithes. Plus tard de bons vieux cargos le transporteraient en Orient où, passé le canal de Suez il regarderait monter en un ciel ignoré du fond de l’Océan des étoiles nouvelles. Au couchant de sa vie, embarqué à bord d’un bâtiment il s’en irait sillonner les océans de Kerguelen aux Marquises, là où chevalier de Haddoque aurait enfoui un trésor ou encore à l’archipel des Abrolhos, lieu expérimental d’un totalitarisme maoïste au XVIIe siècle. Et puis le 11 août 2014, Leys leva l’ancre pour de bon en la baie de Sydney.

En définitive la biographie de Leys par Paquet révèle de façon magistrale un homme extraordinaire. On y découvre deux écrivains belges pour le prix d’un seul.

Philippe Paquet, Simon Leys, Navigateur entre les mondes, Gallimard, 669 p.

 

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