Chrétiens d’Orient: l’Eglise syriaque orthodoxe

Origines

Le livre des Actes des Apôtres relate la présence des apôtres Pierre et Paul à Antioche, alors une grande ville de l’empire romain, aujourd’hui Antakya en Turquie, et la fondation de la première communauté chrétienne par saint Pierre en l’an 37, soit à peine sept ans après la mort de Jésus. L’auteur des Actes nous dit en autant de mots que c’est là à Antioche que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens, entendu alors comme les partisans du Christ. L’importance de la ville dans le développement du christianisme amena le Concile de Nicée en 325 à accorder à l’évêque de la ville le rang de patriarche aux côtés de ceux de Rome, d’Alexandrie et de Jérusalem, avec le titre de Patriarche d’Antioche et de Tout l’Orient.

Concile de Chalcédoine

De même qu’en Egypte, la doctrine formulée par le Concile de Chalcédoine en 451 quant à la nature du Christ provoqua de vives querelles entre les partisans des décisions conciliaires (les Chalcédoniens) et leurs opposants (les non-Chalcédoniens). En 511, l’empereur (à Constantinople) envoya à Antioche un moine grec, Sévère, y occuper le siège patriarcal demeuré vacant à la suite de ces querelles. A peine nommé, il s’empressa d’échanger des lettres avec le patriarche d’Alexandrie, adversaire comme lui des décisions du concile. Cependant le triomphe de Sévère fut de courte durée puisqu’en 518, à la suite d’un revirement dans la politique impériale sous Justinien, il dut fuir la ville et se réfugia à Alexandrie, l’autre berceau des églises non-chalcédoniennes ou miaphysites et qui subsiste jusqu’à nos jours sous la forme de l’Eglise copte. Connu depuis comme Saint Sévère le Grand d’Antioche, il est considéré comme l’un des principaux fondateurs de l’Eglise syriaque orthodoxe, une église autocéphale sous l’autorité de son propre patriarche.

Si Justinien avait décidé de mettre en œuvre les décrets du Concile de Chalcédoine, son épouse, l’impératrice Théodora, elle, prodiguait son appui à tous ceux qui à Constantinople les rejetaient et encouraient la répression des autorités impériales. Ce parti des non-Chalcédoniens comptait en ses rangs des personnages influents parmi lesquels figurait le Patriarche de Constantinople, qui ordonna évêque titulaire d’Edesse (sans doute en l’an 541) un moine réputé pour son ascétisme, Jacques Baradée. Le nouvel évêque se révéla être un ardent défenseur de la foi miaphysite parcourant sans relâche l’Asie Mineure, la Mésopotamie et jusqu’aux confins de la Perse, confirmant prêtres et évêques, en marge désormais de l’Eglise impériale.

Présence en Inde

Si le cœur historique de l’Eglise syriaque demeure au Proche-Orient, il y a lieu de noter une présence importante en Inde, dans l’Etat actuel du Kerala, où le christianisme aurait été introduit, selon la Tradition, par l’apôtre saint Thomas dès l’an 52 de notre ère. Cette Eglise indienne se développa de manière autonome jusqu’à l’arrivée des Portugais dans le sud de l’Inde vers la fin du XVe siècle, qui tentèrent de la ramener dans la communion catholique romaine. Ces pressions amenèrent l’Eglise indienne à se révolter contre l’autorité portugaise, à faire appel au Patriarche d’Antioche et finalement à intégrer l’Eglise syriaque orthodoxe et à être connue depuis lors sous le nom d’Eglise syro-malankare orthodoxe

A noter qu’il existe une autre Eglise indienne, l’Eglise malankare orthodoxe mais qui, en dépit de la similitude du nom, n’appartient pas à l’Eglise syriaque orthodoxe mais qui est au contraire une Eglise autocéphale quand bien même de même tradition ; présente principalement dans le sud de l’Inde, cette Eglise sort du cadre de cette série, consacrée aux chrétiens d’Orient.

Présence actuelle

Si le patriarche porte toujours le titre de Patriarche d’Alexandrie (un titre revendiqué par d’autres Eglises), le siège de cette Eglise s’est plusieurs fois déplace au fil des événements qui ont marqué l’histoire de la région, lutte contre les Perses, conquête arabe puis ottomane. Aujourd’hui l’Eglise a son siège dans le quartier de Bar Tuma (« la porte de saint Thomas ») dans la vieille ville de Damas.

On estime à environ 1,5 millions le nombre des fidèles de cette Eglise, dont un million vivent en Inde ou appartiennent à la diaspora indienne. Quant aux autres, installés historiquement en Syrie, en Iraq et dans l’Est de la Turquie, leur nombre est difficile à évaluer en raison de la guerre dans cette région du monde.

En 2014 Ignace Ephrem II Karim fut élu 123e Patriarche d’Antioche et de Tout l’Orient à la tête de l’Eglise syriaque orthodoxe.

Questions doctrinales

En 1984 le pape Jean-Paul II et le patriarche syriaque orthodoxe Ignace Zakka Ier ont promulgué une déclaration commune dans le but de mettre fin aux querelles, il est vrai obscures, nées du Concile du Chalcédoine. Cette déclaration réaffirmait une foi commune et reconnaissait que les mésententes et les schismes passés devaient être attribués à des différences culturelles et de divergence dans la formulation, qui ne portaient pas atteinte à la substance de la foi.

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In vino veritas

En définitive, il n’est jamais venu. En raison des attentats de Paris le 13 novembre dernier le président iranien Hassan Rohani a annulé sa visite en Italie, au Vatican et en France, où il avait été prévu qu’il s’entretienne avec le président François Hollande.

Entretemps une mini polémique avait vu le jour car le président Rohani avait refusé de prendre part à un repas au cours duquel du vin aurait été servi. Si l’attitude de Rohani peut irriter, car il lui aurait suffit de demander un demi de Contrex’, la réplique de l’Elysée, à savoir l’élévation du vin à table au rang des « traditions républicaines » est risible. Ce sont les Romains qui ont introduit la vigne en Gaule au 1er siècle avant Jésus-Christ et l’usage qui consiste à boire du vin à table fait tout simplement partie des coutumes du pays et n’est pas le fait d’un régime politique particulier, républicain ou autre.

Mais personne n’est dupe car derrière cette attitude de l’Elysée se cache le refus de donner l’impression de se plier à un rite religieux, l’interdiction faite par l’islam de consommer de l’alcool.

La Ligne Claire a grandi dans une famille de diplomates où de temps à autre surgissaient de délicates questions de protocole. Une princesse romaine de noblesse pontificale a-t-elle préséance sur la femme de l’ambassadeur de Syldavie ? Le plus souvent, le simple bon sens permettait d’y répondre : on ne sert pas du rôti de porc à l’ambassadeur du Maroc pas plus qu’à l’ambassadeur d’Israël.

Fort de l’expérience de ses parents, la Ligne Claire suggère pour la prochaine fois au service du protocole de la présidence d’offrir du vin mais de recommander à l’hôte de l’Elysée de s’abstenir d’en boire par égard envers son invité. Cela s’appelle la courtoisie, une tradition bien française, avec ou sans république.

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Chrétiens d’Orient: les nestoriens

Eglise de l’Orient

Les articles précédents consacrés aux Chrétiens d’Orient ont rappelé dans les grandes lignes les principaux points de l’histoire civile et religieuse de la région, en mettant un accent particulier sur les premiers conciles de l’Eglise, qui s’y sont tous tenu. Ces conciles susciteront des dissidences qui dans certains cas donneront lieu à des schismes ; ce sera le cas des nestoriens dont traite cet article,

Cette église aux origines un peu floues s’établit dans le nord de la Mésopotamie, autour de la ville d’Edesse dans le sud-est de la Turquie actuelle et doit sa fondation, selon la tradition, à la prédication par les apôtres Thomas, Barthélémy et même de Pierre au motif que sa Première Epître semble s’adresser à des chrétiens d’Asie. Toujours est-il qu’il s’agit d’une église très ancienne, située aux marges de l’empire romain d’alors. Mais en 252, les Perses sassanides, qui avaient entretemps remplacés les Parthes en tant que puissance dominante en Mésopotamie, défont les Romains à Edesse et font prisonnier l’Empereur Valérien. Dès lors et surtout après que la christianisme ait été d’abord toléré au sein de l’empire romain puis soit devenu religion officielle, les chrétiens d’Edesse seront vus d’un œil méfiant par les Perses qui les soupçonneront toujours de pactiser avec leur ennemi.

Le premier schisme

C’est pourquoi cette Eglise n’avait pu être représentée au concile de Nicée en 325 dont elle ne reçut les canons qu’un siècle plus tard. En 410, elle tint un synode sous l’égide du souverain sassanide à Ctésiphon (à proximité de Bagdad), capitale de ses états, où elle s’organisa en Eglise autocéphale de Perse sous l’autorité autonome d’un catholicos ou patriarche propre. En 431 lorsque se tient le concile d’Ephèse, l’Eglise d’Orient n’est à nouveau pas représentée et se refuse à adhérer à ses conclusions. Bien plus, suite à la condamnation du patriarche Nestor, un certain nombre de ses partisans, désormais appelés nestoriens, rejoignent Edesse et conduisent cette Eglise à se séparer formellement de l’Eglise catholique et orthodoxe. Ce sera le premier schisme de l’histoire du christianisme et la naissance de la première de ces Eglises de chrétiens dit orientaux.

L’Eglise d’Orient, issue pour une bonne part de contingences politiques entre Romains et Perses, affranchie de ses amarres avec l’Eglise impériale, connaîtra alors une période d’expansion d’abord sous les souverains perses sassanides, ensuite sous les califes arabes à partir du VIIe siècle et enfin au XIIIe siècle sous l’Empire mongol. Une présence nestorienne est attestée tant en Inde qu’en Chine dès cette époque. Avec l’effritement de l’empire mongol et l’avènement du conquérant turco-mongol Tamerlan au XIVe siècle, les Eglises nestoriennes disparaissent de l’Asie centrale pour ne subsister que le long de la côte malabare aux Indes et en Mésopotamie, leur région d’origine.

Querelles de famille

Entretemps les Ottomans avaient conquis cette partie du monde tandis que la dignité de catholicos était devenue héréditaire au sein d’une même famille patriarcale. En 1552, les abus liés à ces pratiques de népotisme provoquèrent un schisme au sein de l’Eglise d’Orient tandis qu’un troisième courant émergeait qui favorisait un rapprochement avec l’Eglise catholique à Rome, et qui conduisit à la création d’une Eglise chaldéenne catholique.

L’histoire de ces trois Eglises au cours du XVIIe siècle est trop confuse pour être racontée ici, sachant toutefois qu’en 1830 deux de ces trois courants fusionnèrent pour former l’Eglise chaldéenne catholique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Quant à l’Eglise assyrienne (nestorienne) subsistante, elle connut un nouveau schisme en 1898 lorsqu’un évêque iranien et ses partisans rejoignirent l’Eglise orthodoxe russe, et à nouveau en 1964 lorsque les traditionalistes en son sein formèrent l’Ancienne Eglise de l’Orient.

De nos jours donc on connaît trois Eglises assyriennes, l’Eglise assyrienne de l’Orient, de tradition nestorienne donc, qui compte environ 170’000 fidèles en Iran, Iraq et Syrie mais dont le patriarche vit en exil à Chicago, l’Ancienne Eglise de l’Orient, nestorienne elle aussi et enfin l’Eglise chaldéenne catholique, en communion avec Rome.

If it sounds complicated, it’s because it is.

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Saint Martin, de la cape à la chapelle

Photo: Statue de la Charité de saint Martin (bois polychrome, xviie siècle), dans l’église Saint-Pierre de Saulges (F)

 

Tandis que le 11 novembre le Roi des Belges dépose une germe au pied du soldat inconnu et que les écoliers de France et de Belgique se réjouissent de ce jour de congé en souvenir de cet armistice célébré comme une victoire, ailleurs en Europe, c’est tout simplement la Saint-Martin.

Quoique né au IVe siècle, en Pannonie, la Hongrie actuelle, Martin avait grandi à Pavie, la Ticinum des Romains où son père occupait des fonctions dans l’administration militaire, ce qui explique son nom, Martin, celui qui est voué à Mars, le dieu de la guerre. Lui-même militaire, Martin fut promu au grade de circitor, dont la fonction consistait à effectuer des rondes de nuit et à inspecter les postes de garde.

Terre de sang

Envoyé en mission d’inspection en Gaule vers 350 il s’engagea sur la route qui ne s’appelait pas encore la Via Francigena, franchit les Alpes au Mont Jovis qui ne s’appelait pas encore le Grand Saint Bernard et fit halte en Valais, où quelques années plus tôt saint Maurice et ses compagnons avait subi le martyre. Arrivé à Vérolier, le lieu du supplice, il obtint, lors d’une vision, la révélation de l’endroit précis où Maurice avait été porté en terre. Militaire, il plonge son glaive dans le champ de Vérolier d’où il fait jaillir le sang ; apparaît alors un ange qui lui présente une aiguière afin de le recueillir et qui est aujourd’hui conservée parmi le trésor de l’abbaye.

Poursuivant sa route il parvient à Samarobriva, qu’aujourd’hui on appelle Amiens, où survint l’épisode qui allait changer sa vie et dont l’iconographie allait rappeler le souvenir. Un soir donc, alors qu’il effectuait sa ronde, Martin vit un mendiant, gisant au bord de la chaussée, à moitié nu. Pris de pitié, il coupa en deux son manteau militaire de son gladius et en recouvrit le mendiant de la moitié qu’il venait de couper. Oui, me dites-vous, pourquoi seulement la moitié ? Saint Martin était-il comme moi qui cherche une piécette au fond de ma poche plutôt que de donner un gros billet à la quête ? Non car les officiers romains étaient tenus de financer la moitié du coût de leur équipement alors que l’autre moitié était prélevée sur le budget de l’Etat. Martin a donc donné au pauvre l’entièreté de la moitié qui lui appartenait et dont il pouvait disposer tandis qu’il estimait ne pas être en droit d’en faire autant avec la part de l’Etat.

Cette image de Saint Martin partageant sa cape allait marquer la peinture, la statuaire et l’architecture de l’Europe de manière durable : elle figure sur la façade de la cathédrale de Lucques tandis que Breughel, El Greco, Van Dijck comptent parmi les nombreux peintres qui ont abordé ce sujet.

L’origine du mot “chapelle”

C’est ainsi que Martin s’établit en Gaule et devint l’évêque de Tours dont nous gardons aujourd’hui le souvenir. Mais l’histoire ne s’arrête pas là car, lorsque Martin mourut, il était clair aux yeux de ses contemporains qu’ils avaient eu affaire à un saint. Où était donc passé ce demi-manteau, pas celui du pauvre, mais celui de l’officier qui avait dû remettre sa moitié à l’intendance ? Or le terme latin pour ces manteaux courts que portaient les officiers de l’armée impériale était capella. On conserva donc ce demi-manteau, désormais élevé au rang de relique, dans un bâtiment érigé à cet effet et qu’on appela une chapelle tandis que ceux qui auraient la charge d’en assurer la garde seraient des chapelains.

Qu’on y songe : une chapelle n’est pas une petite église, c’est un lieu qui commémore le signe d’un geste secourable d’un militaire romain envers un SDF du IVe siècle, auquel toutes les chapelles d’Europe doivent leur nom. Mais l’héritage de Martin ne se limite pas à l’espace physique que marque l’architecture mais s’étend à l’espace culturel sous la forme de chapelles musicales, celle de Dresde par exemple, ou encore dans la musique de Haydn, Kapellmeister du Prince Esterházy. Aujourd’hui Martin est le nom le plus répandu qui soit dans la toponymie européenne : il s’étend de Saint-Martin in the Fields à Londres à l’abbaye de Pannonhalma en Hongrie, qui est consacrée au saint ; en Suisse Chézard-Saint-Martin (NE) et Sankt-Martin (GR) se joignent à la cohorte des villages d’Europe qui en conservent le souvenir.

Six millions de Martin

Et puis il y a les six millions de personnes en France dont le nom de famille est Martin, Martin V, le pape du concile de Constance et fondateur de l’Université de Louvain, alma mater de La Ligne Claire, Martin Luther, Martin Heidegger, Simone Martini, Martin Bodmer qui nous a légué sa fondation, Martin Schulz, président du Parlement Européen, le pauvres Martin pauvre misère de Brassens, Martini e Rossi, et un groupe pop dont on attend encore la fondation, Martin and the Cloak Beggars.

Quant aux écoliers allemands, ils n’auront pas eu congé aujourd’hui. Mais ce soir, en Rhénanie surtout mais ailleurs aussi dans le monde de langue allemande, ils sortiront en une procession aux lampions dans les rues de leur quartier dans le cadre du Martinsumzug, en chantant « Laternen, Laternen » en souvenir de ce saint grand parce que charitable.

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Les chrétiens d’Orient, une histoire religieuse à grands traits

Le caractère coloré du christianisme oriental doit beaucoup aux disputes doctrinales qui vont surgir dès l’origine du christianisme mais qui se manifesteront au grand jour après la publication de l’Edit de Milan par Constantin qui accorde la liberté de culte aux chrétiens. Avec la liberté de culte vient aussi la liberté de débattre de questions épineuses près de trois siècles après la venue de Jésus sur terre. Les questions en débat tournent d’abord autour de la nature du Christ. Qui est-il ? Un homme, un Dieu, les deux à la fois, un être intermédiaire ? De la réponse à cette question découle aussi le rapport du Christ au Père et à l’Esprit comme aussi la position de Marie, mère de Jésus certes mais mère de Dieu aussi ? Les querelles byzantines au sujet du sexe des anges, qui sont passées au rang de proverbe, c’est bien en Orient qu’elles se déroulent. Pour trancher ces questions l’Eglise inventera un nouvel instrument toujours en vigueur de nos jours, appelé le concile oeucuménique, chargé de définir la doctrine officielle, mais dont les décisions provoqueront à leur tour des dissidences parmi ceux qui refuseront de s’y plier. Pour les besoins de notre courte histoire religieuse, on s’intéressera aux sept premiers conciles oeucuméniques qui tous se tiendront en Orient. Le graphe en bas de page retrace de manière schématique l’évolution des différents courants au sein du christianisme.

 

L’arianisme et le concile de Nicée

La première de ces grandes disputes est provoquée au début du IVe siècle, par Arius un théologien d’Alexandrie qui tient Jésus-Christ en une position subordonnée par rapport à Dieu le Père. Ce courant religieux, l’arianisme, conquerra les peuples germaniques, les Wisigoths implantés en Hispanie et en Afrique du Nord comme les Ostrogoths en Italie, aux dépens de la doctrine catholique et orthodoxe (1). Face à cette menace l’Empereur Constantin convoque le tout premier concile à Nicée (en Turquie actuelle) en 325. Le concile condamnera l’arianisme, aujourd’hui disparu, et affirmera la nature divine de Jésus-Christ. De plus, le Concile définira une première confession de foi, appelée symbole de Nicée.

 

Le concile de Constantinople

Face à la persistance de l’arianisme, un second concile se tient à Constantinople en 381, qui affirmera ce que nous connaissons aujourd’hui comme le dogme de la Trinité et complètera la profession de foi du concile précédent pour définir le symbole de Nicée-Constantinople (le « Credo ») ; toutes les Eglises chrétiennes actuelles reconnaissent l’autorité de ces deux conciles.

 

Le concile d’Ephèse

Deux générations plus tard un troisième se réunit à Ephèse en 431 pour contrer les thèses de Nestor, patriarche de Constantinople, qui soutenait qu’en Jésus cohabitaient séparément deux natures, l’humaine et la divine. Le Concile promptement condamne Nestor, le dépose de son patriarcat et affirme en outre que la Vierge Marie est Theotokos, c’est-à-dire Mère de Dieu et pas simplement Christotokos, mère du Christ, comme le soutenait Nestor. Les canons adoptés par le concile sont rejetés par certains qui formeront ce qu’on appelle les Eglises nestoriennes, appelées encore Eglises des deux (premiers) conciles, qui subsistent aujourd’hui dans Eglise apostolique assyrienne de l’Orient et l’Ancienne Eglise de l’Orient.

 

Le concile de Chalcédoine

Vingt plus tard à peine se déroule en 451 à Chalcédoine, sur la rive opposée du Bosphore, face à Constantinople, le quatrième concile, convoqué à l’initiative de l’empereur en vue de traiter une fois encore des questions traitant de la nature de Jésus-Christ. Le concile affirme que le Christ possède deux natures, divine et humaine, en une seule personne. Ces affirmations conduisent au schisme des Eglises connues aujourd’hui comme monophysites (ou encore miaphysites) qui tiennent au contraire qu’il n’y a qu’une seule nature en Jésus-Christ ; on appelle encore ces Eglises Eglises des trois conciles ou encore Eglises pré-chalcédoniennes. Très présentes en Orient, elles comptent en leur sein les Eglises de tradition copte, syriaque, y compris les Eglises malankare, malabare et arménienne.

 

Les conciles ultérieurs

Les trois conciles suivants, Constantinople II en 583, Constantinople III en 680-681 et Nicée II en 787, contrairement aux précédents, ne débouchent pas sur des schismes et sont sans influence directe sur l’établissement des Eglises orientales. Notons cependant que Nicée II condamne les iconoclastes au motif que le refus des images revient à nier l’incarnation du Christ. Cette condamnation relève bien entendu une importance capitale pour le développement ultérieur de l’art sacré en Orient comme en Occident.

 

Le Grand Schisme d’Orient

Si les sept premiers conciles sont évoqués ici c’est parce que ce sont les seuls qui soient tenus pour oecuméniques par l’Eglise orthodoxe, qui bien entendu maintient une présence importante en Orient. On ne saurait passer sous silence les excommunications réciproques que se lancent le pape et le patriarche de Constantinople en 1054 ; toutefois si cette date est retenue formellement comme celle du grand schisme d’Orient, il s’agit aux yeux des contemporains d’un incident de plus qui s’inscrit dans une querelle couvant depuis longtemps. La véritable rupture entre chrétiens catholiques et orthodoxes interviendra de manière définitive avec le sac de Constantinople en 1204 qui sera cause d’une méfiance jamais dissipée. Il faudra attendre 1965, la veille de la clôture du concile Vatican II, pour que le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras lèvent les excommunications mutuelles.

 

Les Uniates

Cette rupture amènera l’Eglise catholique d’une part à établir des patriarcats latins en Orient et d’autre part plus tard, dans l’esprit de la Contre-Réforme, à constituer des Eglises de rite oriental mais qui reconnaissent l’autorité spirituelle du pape, et qu’on appelle Eglises uniates ou encore Eglises catholiques orientales, en les détachant de leur Eglise d’origine. On verra ainsi apparaître au sein d’un même rite, les Arméniens par exemple, une Eglise catholique et une Eglise détachée de Rome.

 

Présences réformées

Terminons notre brève histoire du christianisme en Orient en signalant la présence d’Eglises et de communautés protestantes dès le XVIIe siècle. On compte aujourd’hui quelque onze Eglises issues de la Réforme établies en Orient, auxquelles viennent s’ajouter de nos jours des mouvements évangéliques. Le nombre des protestants en Orient reste cependant modeste, estimé à 80’000 (2).

(1) Dans l’Antiquité il n’y a pas lieu de distinguer les catholiques des orthodoxes mais plutôt l’Eglise impériale, qui s’entend et catholique et orthodoxe, des schismatiques. Graduellement des différences de sensibilité et de risque verront le jour entre Grecs et Latins mais ce n’est qu’après le Grand Schisme d’Orient qu’ont peut parler d’Eglise catholique et orthodoxes distinctes, au sons ces mots aujourd’hui.

(2) Source : Solidarité-Orient ASBL

 

Evolution du christianisme

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Halloween, c’était hier

Halloween c’était hier, aujourd’hui c’est la Toussaint, une fête qui s’établit en Occident à partir du VIIIe siècle et qui célèbre tous les saints de l’Eglise, canonisés ou non. Quant à la date du 1er novembre, elle est peut être due à des origines celtiques car on sait que les Celtes commémoraient le passage à la saison sombre à cette date-là. En anglais justement Toussaint s’appelle All Saints mais aussi All Hallows, un mot d’origine germanique, proche de l’allemand heilig. Aussi retrouve-t-on en Angleterre et, par delà, dans le monde de langue anglaise, nombre d’églises consacrées à All Hallows, All Hallows by the Wall ou encore All Hallows by the Tower à Londres par exemple-

La veille de la Toussaint s’est donc appelée All Hallows’ Eve et par contraction Halloween, que tous ceux qui font leurs courses à la Migros connaissent désormais.

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