Hergé au Grand Palais: l’artiste et la quête

Une première

Le 26 septembre dernier s’est ouverte à Paris une exposition dédiée à Hergé, la première que le Grand Palais ait jamais consacrée à un auteur de bande dessinée. D’emblée l’affiche qui illustre l’exposition, une combinaison d’une photo d’Hergé et d’un détail d’une planche figurant Tintin, en indique le vrai sujet, la quête intime que les aventures de Tintin ont constitué dans la vie d’Hergé

Car si Hergé est également l’auteur d’autres bandes dessinées, Quick et Flupke d’une part et de Jo et Zette de l’autre, et qui ont chacun leur charme, s’il s’est rêvé illustrateur d’affiches publicitaires, s’il a tâté de la peinture, c’est dans les aventures de Tintin, son œuvre intime, qu’il se révèle tout autant qu’il se trouve. « Tintin, c’est moi » déclarait Hergé. Et puis, de même que Pierre Assouline[1] avait rédigé une magnifique biographie d’Hergé, cette exposition est bien vouée à Hergé et non pas à Georges Remi, son nom à l’état civil car, avec Tintin c’est aussi Georges Remi qui devient Hergé.

La Ligne Claire

Dessinateur autodidacte, Hergé se consacre avant guerre à dessiner des affiches et à raconter des histoires de BD, alors naissante, en une page seulement ; toute sa vie il excellera dans l’art du gag qui fonde les aventures de Quick et Flupke. Mais surtout il développera son propre style de dessin, très épuré mais où tout est dit, et auquel on donnera plus tard le nom « La Ligne Claire ». Proche notamment de la peinture de de Chirico, Hergé s’applique à dessiner d’abord et ce n’est qu’en un deuxième temps qu’il remplit les volumes ainsi crées de couleurs étales, sans dégradé, si bien que son œuvre en acquière cette lisibilité qui demeure la marque de son art. Plus tard, après la guerre, ce style donnera naissance à l’école belge de bande dessinée où s’illustreront les collaborateurs dont Hergé s’était entouré, Jacques Martin et Edgar P Jacobs notamment.

Le Lotus Bleu, un tournant

Chemin faisant, cette exigence du dessin se fera le reflet d’une exigence éthique si bien que les temps où Tintin abat des antilopes au Congo belge le cèdent à ceux où il découvre d’autres cultures et s’en fait en quelque sorte l’avocat. Le Lotus Bleu marque un tournant essentiel à cet égard , où Hergé met en scène Tchang Tchong Jen[2], un artiste chinois rencontré à Bruxelles, sous le nom de Tchang tout simplement. Il s’agira d’une nouvelle naissance pour Tintin, qui, nouveau Moïse, tire Tchang des eaux d’un fleuve en crue au péril de sa vie. De même que Tintin et Tchang forgeront une profonde amitié que le départ de Tintin vient attrister mais non amoindrir, Hergé et Tchang Tchong Jen noueront une relation presque spirituelle malgré une séparation d’un demi-siècle. Avec le Lotus Bleu Tintin, mais aussi Hergé, auront acquis un esprit nouveau où la générosité du cœur s’allie à la rigueur du trait.

La quête du père

Il faudra attendre l’arrivée du Capitaine Haddock pour donner à l’œuvre d’Hergé son orientation définitive. Il y a une trentaine d’années, Serge Tisseron, un psychanalyste français, proposait une lecture de l’ensemble des albums Tintin, pris non comme une collection d’ouvrages individuels mais comme un opus, une sorte de Comédie Humaine en bandes dessinées, où il mettait à jour le secret d’Hergé, la quête du père.[3]

Si Hergé en effet est bien le fils d’Alexis Remi et d’Elisabeth Dufour, il est en revanche de grand-père inconnu car un doute subsiste quant à la paternité d’Alexis et de son frère jumeau Léon, nés en 1882. Fils de Léonie Dewigne, sont-ils les enfants de Philippe Remi qui reconnaîtra les deux garçons après avoir épousé leur mère en 1883 ou au contraire d’un certain Alexis Coismans qui s’était chargé d’effectuer la déclaration de naissance ? Léonie Dewigne était employée de maison chez le comte Errembault de Dudzeele ; le comte lui aurait-il prodigué des faveurs ? C’est possible. Ou encore le roi Léopold II qui venait, dit-on, rendre visite à la comtesse en son château? Cela relève de la spéculation. De tout ceci, une seule certitude demeure : la paternité d’Alexis et Léon demeure incertaine.

Cette certitude de l’incertitude imprègnera toute l’œuvre d’Hergé qui s’attachera, au travers de son œuvre, à trouver une réponse quant à l’identité de son grand-père. Très tôt, dès le quatrième album, les Cigares du Pharaon en 1932, Hergé introduit les personnages des Dupond et Dupont. Jumeaux – mais comment peuvent-ils être jumeaux puisqu’ils ne portent pas le même nom en dépit d’une ressemblance physique quasi à l’identique ? – ils renvoient bien entendu aux vrais jumeaux que sont Alexis et Léon et qui eux aussi ont connu deux noms légaux différents, Dewigne puis Remi. Sans doute Hergé s’est-il égaré sur un chemin sans issue car l’apparition de deux personnages à la fois ne permet pas de répondre à la question « Qui est mon grand-père ? » de sorte qu’il faudra attendre 1940 pour voir émerger le Capitaine Haddock dans l’épisode du Crabe aux Pinces d’Or. Il est facile d’observer que le Capitaine Haddock est tout ce que Tintin n’est pas : il est hirsute, il boit, il fume, il jure, il s’emporte, en un mot il représente une figure masculine trempée face à un visage lisse et même asexué. En créant le Capitaine Haddock, Hergé donne un père à Tintin, lui qui n’a pas de famille, premier pas indispensable vers l’identification du grand-père, c’est-à-dire vers la constitution d’une généalogie.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour que le Capitaine Haddock lui-même se mette en quête. Dans le Secret de la Licorne, il découvre qu’il a un ancêtre, le chevalier de Hadoque, que cet ancêtre est noble, qu’il est dépositaire d’un secret transmis à ses descendants et, plus tard, à l’aide de Tintin, que ce secret révèle un trésor. Dans l’épisode suivant, le Trésor de Rackham le Rouge, non seulement Haddock et Tintin découvrent-ils le trésor mais ils découvrent que le trésor réside en fait en l’acquisition par le Capitaine Haddock du château de son ancêtre, le château de Moulinsart, qu’on imagine proche de celui du comte Dudzeele. Car le roi avait voulu honorer en son temps le chevalier de Hadoque en lui conférant la seigneurie de Moulinsart de la même manière que, peut-être, Léopold II avait honoré la comtesse. Ainsi, en procédant à l’achat de Moulinsart, le Capitaine Haddock répare la négligence des fils du chevalier et rétablit cette filiation interrompue ou plutôt occultée pendant trois siècles.

On pourrait s’arrêter là et conclure avec Serge Tisseron que le secret d’Hergé, le secret de ses origines, a été percé et mis à jour, ce dont tous les tintinophiles sont informés depuis trente ans.

Cependant, la quête d’Hergé, car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une quête et pas seulement d’une enquête, relève d’une portée universelle. Tout homme qui ne connaît pas ses origines éprouve la soif de les découvrir et c’est du reste au travers de l’épreuve du Pays de la Soif que Tintin et le Capitaine Haddock forgent leur relation de manière définitive.

Cette question des origines est si profondément ancrée au cœur de l’homme que le Nouveau Testament s’ouvre sur ce mot clé, généalogie. Saint Matthieu, qui s’adresse aux Hébreux, a à cœur de montrer que Jésus est le Messie attendu selon les écritures, c’est-à-dire le descendant de David et même d’Abraham. Cette généalogie s’achève avec Joseph, l’époux de Marie, et à qui l’ange apparaît en lui donnant cette instruction «  Tu donneras à son fils le nom de Jésus ». Tout comme saint Matthieu au sujet de Jésus, Hergé a le souci de savoir comment il s’appelle : Remi, Coismans, Dudzeele, Saxe-Cobourg ? Freud dit justement que « changer une lettre d’un nom, c’est commettre l’équivalent du meurtre du père ». L’œuvre d’Hergé constitue le processus par lequel il structure sa propre identité et c’est pour cette raison qu’il convient de l’apprécier comme opus, non seulement sur le plan artistique mais dans la dimension même de la quête qu’elle représente. Le véritable terme de cette œuvre est formé par les Bijoux de la Castafiore, l’album où Tintin et Haddock n’éprouvent plus le besoin de courir le monde mais au contraire restent à demeure à Moulinsart, le lieu qui permet à Haddock de renouer avec ses ancêtres et qui matérialise en quelque sorte la généalogie qu’il s’est découverte au fil des épisodes précédents. Que cet album constitue la véritable fin de l’œuvre d’Hergé est écrit en toutes lettres à la dernière case : « C’est fini, mille sabords ».

Hergé redevient Georges Remi

Désormais, Hergé a dit tout ce qu’il avait à dire. Georges Remi, qui fait alors la connaissance de Fanny Vlaminck qu’il épousera plus tard, prend le pas sur Hergé et marque sa distance à l’égard de Tintin. C’est pourquoi, de l’avis de La Ligne Claire, les deux derniers albums, Vol 714 pour Sydney et Tintin et les Picaros, dus à la pression commerciale engendrée par Astérix et davantage fruits des studios Hergé que de Hergé lui-même, apparaissent si déstructurés au lecteur.

L’exposition, le parcours d’une vie

Le Grand Palais met en avant les différents aspects du talent d’Hergé, connus et moins connus ; à côté  du dessinateur hors pair qui contribue de manière essentielle à faire de la bande dessinée l’art qu’elle est aujourd’hui et dans laquelle il met tout son cœur, le visiteur découvre l’affichiste de ses débuts, le peintre abstrait de l’âge mûr et le grand collectionneur d’art moderne. Planches originales de Tintin, affiches vantant les sports d’hiver ou les jouets, expression de cet art nouveau que fut La Ligne Claire, elles demeurent si belles parce que lisibles par tous, de sept à septante-sept ans.

 

 

 

 

 

 

[1] Pierre Assouline, Hergé, Gallimard, 1998

 

[2] Plus tard, à l’initiative de Jack Lang, Tchang Tchong Jen réalisera le buste du président François Mitterrand, sans qu’on sache tout-à-fait si M. Lang fait appel au sculpteur ou au personnage du Lotus Bleu.

 

[3] Serge Tisseron, Tintin et le Secret d’Hergé, Presses de la Cité, 1993

Nos ancêtres les Gaulois

Nicolas Sarkozy, de son vrai nom Miklos Sárközy de Nagy-Bocsa, un Français d’origine hongroise nous explique comment il est devenu gaulois bien que les Magyars n’aient franchi le col des Carpathes pour débouler dans l’espace danubien qu’en 897 et que les preuves de leur présence en Gaule font à ce jour défaut. Avec cette déclaration fracassante, M. Sarkozy sème le trouble parmi la population qui soudain doute de son identité. C’est pourquoi, dans un souci d’apaisement, La Ligne Claire estime qu’un bref rappel historique s’impose.

Rappel historique

Les derniers seront les premiers. Depuis plus d’un demi siècle des gens venus d’horizons lointains ne cessent de débarquer sur nos plages et menacent d’égorger nos fils et nos compagnes. Dès lors, sitôt que la dernière grève de la SNCM aura pris fin, hop, qu’on les embarque et qu’on les renvoie outre Méditerranée.

Et à propos de la Méditerranée, il faudra songer aux Italiens, Gambetta, Zola, Ventura (Lino comme Ray) ; quant aux Espagnols, beaucoup sont issus de Républicains qui ont fui la guerre civile – sous la 3e République au moins, on les mettait dans des camps de réfugiés, chacun à sa place, comme dans Downton Abbey. Les Portugais enfin ne sont pas méditerranéens stricto sensu mais vous voyez ce que je veux dire, et puis on pourra à nouveau occuper les loges (de concierge, pas d’opéra).

Avec la place ainsi libérée, on sera à même d’accueillir les Québécois car il est clair que les Iroquois eux aussi les mettront à la porte au motif tout aussi clair qu’ils sont tous les descendants de migrants économiques. (La Ligne Claire se demande cependant s’il ne faudra pas rafraîchir l’usage qu’ils font de la langue française, même si les Gaulois eux non plus ne parlaient pas cette longue qui n’existait pas encore).

Charles III, roi de Francie occidentale (car nous sommes en Occident, faut-il le dire) vers l’an 900 coulait des jours à vrai dire pas si heureux que cela lorsqu’il vit surgir sur la Seine, qui elle aussi coulait, des drakkars conduits par de redoutables envahisseurs, les Normands, ces pillards gorgés de morue. Bien nommé le Simple, il s’empressa de mettre un terme à leur rapine en leur offrant la plus belle de ses provinces, bel exemple réussi de chantage de la part des Vikings qui n’étaient certes pas des réfugiés politiques. Mettons enfin un terme à cette escroquerie millénaire qui, de surcroît, sent le camembert.

Clovis et les Francs

Les Francs, ah les Francs, Clodion le Chevelu, Chlodéric et puis Clovis, n’oublions pas Clovis, se sont installés en Belgique et Picardie actuelles au cours du Ve siècle, et, Dieu soit loué, ont donné leur nom à la future France – on frémit à l’idée que ce rôle eût été dévolu aux Quades ou aux Gépides. Mais, stupéfaction, car les Francs sont en réalité des Germains (qui fuyaient d’autres Germains), ces gens à qui nous faisons la guerre tous les vingt-cinq ans. Wikipédia nous apprend que, en 1714, l’historien Nicolas Fréret avait été le premier à avancer l’hypothèse selon laquelle les Francs étaient effectivement des Germains. Aussi les magistrats de Sa Majesté l’ont-il embastillé pour six mois afin qu’il puisse tester son hypothèse à loisir et se repentir de l’outrage qu’il avait infligé à Louis XIV, qui avait passé son règne à combattre les Habsbourg, sans se soucier le moins du monde de l’origine de son nom, car Louis est un dérivé de Clovis.

Heureusement qu’il nous reste la Bourgogne, ses grand crûs, ces châteaux, la doulce France. Mais la Bourgogne, me direz-vous, n’est-elle pas le territoire des Burgondes, établis par ici vers 450? Oui, les Burgondes, ce peuple qui, d’après Pline l’Ancien, habitait au départ un territoire délimité par l’Oder, la Vistule, la Wartha et la Notec, un pays qui sent la tourbe et le chou-rave, loin de la Bourgogne en tous cas.

Et quid des Wisigoths, eux qui occupent indûment l’Aquitaine depuis l’an 418 ? Invités en qualité de peuple fédéré, ils ne sont toujours pas repartis même si nombre d’entre eux ont eu le bon goût depuis de poursuivre plus avant vers l’Espagne. They have overstayed their welcome comme disent nos amis Anglais, qui eux aussi sont priés de rester at home à moins bien entendu qu’ils ne se portent acquéreur d’une résidence secondaire en Wisigothie.

Et puis les Grecs, déjà eux, qui s’établissent à Massalia sans crier gare vers 600 avant Jésus-Christ, bousculant les pauvres Ségobriges, ce peuple ligure qui n’en demandait pas tant.

Voilà, maintenant qu’on a fait table rase, qu’on peut à nouveau respirer chez soi, grignoter un bout d’andouillette, sortir dans l’arrière-cour sans qu’un voisin vous épie de son œil importun, que tous ces perturbateurs sont partis, qui reste-t-il ?

Les Gaulois, des peuplades celtes, mais nul ne sait d‘où ils sont venus.

Les Galeries Lafayette et le patrimoine

C’est la rentrée et aussi retrouvons-nous les Journées Européennes du Patrimoine, un thème cher à La Ligne Claire qu’elle a abordé à ses débuts il y a un an. De passage aux Galeries Lafayette à Paris quelques jours plus tôt on pouvait y entendre une voix qui par haut-parleur invitait la clientèle à s’associer à la participation des grands magasins aux journées du patrimoine, dont la célèbre coupole constitue un magnifique exemple. Bien plus la voix répétait le message en anglais en évoquant les European Heritage Days.

Fondée à l’origine en 1984 à l’initiative de Jack Lang sous le nom de la Journée Portes Ouvertes des Monuments Historiques, cette manifestation a connu une double évolution. Tout d’abord aux monuments historiques a succédé le patrimoine et ensuite, à compter de 1991, ce patrimoine est devenu européen à l’initiative du Conseil de l’Europe qui lui attribue le nom sous laquelle nous la connaissons aujourd’hui. Cette évolution n’est pas anodine car d’une part elle reconnaît que la notion de patrimoine dépasse les seuls monuments en englobe d’autres manifestations de la culture, la musique par exemple, et d’autre part elle reconnaît une dimension européenne à ce patrimoine. Bien plus, là où on se reconnaîtra en une marque de ce patrimoine, une cathédrale gothique mettons, là aussi est l’Europe.

La voix qui aux Galeries Lafayette annonçait la participation du prestigieux magasin à la manifestation, dans la mesure où elle l’annonce à la fois en français et en anglais lui confère, peut-être à son insu, sa signification véritable. Car le patrimoine n’est pas un bien dont on peut jouir à sa guise. Parmi les nombreuses définitions du mot patrimoine que nous suggère le Larousse figure: « Bien qu’on tient par héritage de ses ascendants » ainsi que « Ce qui est considéré comme l’héritage commun d’un groupe : le patrimoine culturel d’un pays ». On voit dans cette définition une double dimension. La première, verticale, s’inscrit dans le temps, car l’on tient un patrimoine de ses ascendants avec, bien entendu, l’obligation de le léguer à ses descendants ; la seconde, horizontale, insiste sur la dimension sociale car le patrimoine se partage : ce qui relève de ma propriété exclusive, ma brosse à dents par exemple, ne saurait relever du patrimoine. Cette double dimension du patrimoine ne s’oppose pas à la propriété privée mais lui confère au contraire son sens, à savoir la destination universelle des biens. Car en définitive, l’homme n’est pas le propriétaire ultime des biens de ce monde, il n’en est que le custode. On peut ici et là en observer des manifestations de cette conception du patrimoine, dans la publicité que fait Jaeger-Lecoultre de ces montres, dans la façon dont se transmettent les parts d’associés dans les meilleures banques privées et, autrefois, par la forme juridique du majorat qui régissait les fortunes de l’aristocratie d’Europe centrale. Si l’aîné de famille héritait seul de l’ensemble des biens inaliénables qui fondaient le majorat, il avait en contrepartie l’obligation de se soucier, en gérant intègre, de son accroissement et de subvenir aux besoins des membres cadets de sa famille.

La Ligne Claire se plaît à voir dans les Journées Européennes du Patrimoine la manifestation d’une sorte de majorat tantôt de droit public et tantôt de droit privé. Souvent ce sera l’occasion de découvrir non seulement un patrimoine mais aussi d’apprécier sa mise en valeur, la restauration d’une œuvre abimée, la promotion d’un lieu, d’un artiste ou d’une œuvre tombés dans l’oubli et qui fourniront autant de manifestations de cette obligation morale de préservation et de transmission.

Un mot enfin sur la coupole des Galeries. Image du génie industriel de la fin du XIXe siècle cette coupole de verre et d’acier et qui abrite un lieu public par nature, ne saurait exister si on n’avait érigé avant elle tant la coupole du Capitole à Washington, fruit différé de l’intervention du Marquis de Lafayette aux Amériques, que celle du Panthéon à Rome, la plus ancienne en existence. Alors parmi les senteurs du rayon parfumerie se révèlent les deux dimensions du patrimoine européen.

Marianne dévoilée

« Marianne, elle a le sein nu parce qu’elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre. C’est ça la République » a déclaré Manuel Valls le 29 août dernier. Ces propos, insolites dans la bouche d’un Premier Ministre, ont provoqué tantôt un émoi et tantôt un silence notamment parmi les femmes de son gouvernement, Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem.

Pour tenter de comprendre les paroles de Manuel Valls, La Ligne Claire a mis au point un puissant outil analytique qu’elle reproduit ci-dessous :

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©La Ligne Claire

La Ligne Claire a mené l’enquête dans une mairie en France voisine où figure en bonne place le buste de Laetitia Casta qui a servi de modèle à Marianne. Coiffée d’un bonnet phrygien, elle apparaît certes la gorge décolletée mais, de l’avis de La Ligne Claire, non pas le sein nu (cas de figure 1). On peut le regretter mais il ne faut pas se voiler la face, les éléments mis en avant par Mme Casta contredisent de front les paroles du Premier Ministre.

Mariane 1

fig. 1

Remontant le temps, La Ligne Claire découvre cette sculpture figurant Brigitte Bardot en Marianne, les cheveux au vent et le buste drapé du drapeau national. (fig. 2) Incarnant la liberté, elle ne sera pourtant pas en mesure de nourrir le peuple, ce qu’elle aurait pu faire si par hypothèse son sein était apparu dénudé.

Marianne 2

fig. 2

On ne saurait dans le cadre de cette étude passer sous silence le célèbre tableau de Delacroix, La Liberté guidant le Peuple (fig. 3). Tous les experts s’accordent pour dire que Marianne, figure allégorique de la République, y est dépeinte les seins nus. Quant à la question de savoir si oui ou non le bonnet phrygien porté par Marianne constitue un voile au sens où l’entend le Premier Ministre, elle demeure ouverte ; des recherches ultérieures seront sans doute nécessaires pour préciser ce point.

Marianne 3

fig. 3

 

Enfin, et en dépit de recherches intenses, La Ligne Claire n’a pas trouver exemple d’une Marianne qui ait à la fois la gorge dénudée et la tête dévoilée.

pas de fig. 4

Mais attention, la prudence comme la logique s’imposent ici. Car on ne peut pas, en toute rigueur, prouver une proposition négative faute de quoi on s’exposerait à l’erreur commise par tous ceux qui pensaient pouvoir prouver que seuls les cygnes blancs existaient parce qu’ils n’en avaient jamais vu d’autre que ceux, royaux, qui nagent sur la Tamise jusqu’au jour où James Cook ramena un cygne noir de l’Australie, qu’il venait de découvrir.

Aussi La Ligne Claire en appelle-t-elle à ses lecteurs qui le souhaitent de fournir la preuve de ne fût-ce qu’une seule Marianne, soit les cheveux sur l’épaule et l’enfant au sein à la manière d’une Madone flamande, soit à la fois topless et les cheveux flottants comme dans une pub pour un shampoing, qui pût tirer Manuel Valls du mauvais pas où il s’est inutilement fourré.