Unorthodox

Toujours confinée, La Ligne Claire a suivi avec intérêt la mini-série Unorthodox, qui, inspirée par le livre témoignage de Deborah Feldman [1], raconte l’histoire de la jeune Esty Shapiro. Tout juste enceinte, Esty quitte son mari Yanky qu’elle avait épousé dans le cadre d’un mariage arrangé, ainsi que toute sa communauté de juifs hassidiques du quartier de Williamsburg à Brooklyn pour trouver refuge à Berlin ; elle y est accueillie par les membres d’une académie de musique pour jeunes où, aux côtés de juifs hétéros, elle trouve aussi des arabes et des homos que jamais on ne rencontre à Williamsburg.

Si les scènes qui décrivent la vie à Williamsburg correspondent à ce qu’a effectivement pu connaître Feldman, les aventures d’Etsy à Berlin relèvent de la fiction et pourtant sonnent tout à fait juste. L’illustration de la vie et des rituels de la communauté hassidique de Brooklyn, les costumes et surtout les dialogues en yiddish, autrefois la lingua franca des Juifs de la Mitteleuropa, tout cela confère à la série une grande puissance de conviction. Les rôles respectifs d’Etsy et de son mari Yanky sont portés à l’écran de manière tout à fait remarquable par Shira Haas et Amit Rahav, deux acteurs israéliens tandis que la silhouette fluette de Haas vient souligner la fragilité de l’individu face à la communauté.

Trois séquences remarquables viennent rythmer la série. Dans la première, Etsy se dénude et se soumet à un bain rituel afin de se purifier la veille de son mariage. Quelque temps plus tard, débarquée à Berlin, elle se baigne tout habillée dans le Wannsee en vue de la villa où en 1942 s’était tenue la conférence qui devait décider de la Solution Finale ; ce deuxième bain a valeur d’une sorte de baptême dans la société libérale dans laquelle elle vient de plonger. Plus tard enfin alors qu’elle est admise à une audition de chant à l’académie de musique, elle donne d’abord du Schubert mais ça tombe à plat ; ce n’est que lorsque Etsy chantera en yiddish [2] que toute sa personnalité, toute son âme et tout son talent émergent : il faut que Etsy assume pleinement sa judéité pour qu’elle puisse s’affranchir de sa propre communauté hassidique.

Le livre de Feldman s’inscrit dans un genre [3] certes mineur mais néanmoins bien vivant qui traite de la vie d’une personne au sein d’une communauté réputée oppressive et qui s’en échappe. Seuls les rescapés de ces histoires la racontent si bien qu’en définitive l’histoire demeure toujours la même, la fuite en cachette hors d’un groupe religieux en vue de gagner l’Occident, là où règne la liberté.

Vu sous ce seul jour, Unorthodox passe à côté de ce qui fait la vie de la communauté dont est issue Etsy, telle que ses membres la conçoivent. Si les juifs hassidiques forment une communauté particulièrement étroite, faite de la stricte observance d’un grand nombre de prescriptions rituelles, Etsy grandit comme chacun de nous dans un milieu familial et culturel. Elle en recueille un héritage, une langue, une religion, des traditions, les recettes de cuisine de sa grand-mère etc. Chez tout homme devenu adulte il en résulte une tension entre l’appartenance à un groupe et des choix individuels. Chez les juifs hassidiques, l’accent accordé à la transmission de ce bagage culturel au sens large est constitutive de leur identité même : est juif celui dont les petits-enfants sont juifs à leur tour. Chez Etsy, cette tension entre bagage culturel et ses propres aspirations atteint un point de rupture et c’est la raison pour laquelle elle ne voit d’autre planche de salut que la fuite à Berlin. Pendant ce temps-là, les cinquante mille juifs de Williamsburg sont restés à Williamsburg et, ce faisant, ont tout autant posé un choix de vie qu’Etsy pose le sien.

La Ligne Claire juge regrettable qu’ Unorthodox n’aborde pas ces questions et qu’il suggère que, dans la vie, seule l’évasion permette d’accéder à la liberté. Il n’empêche, les deux scénaristes Anna Winger et Alexa Karolinski, alliées à la réalisatrice Maria Schrader ont livré une œuvre de grande qualité qui suscite une profonde émotion chez le spectateur.

 

[1] Unorthodox : the scandalaous rejection of my Hassidic roots

[2] La Ligne Claire s’autorise à penser que le chant n’était pas en yiddish mais en hébreu, la langue liturgique en vigueur chez Etsy et sa communauté

[3] Par exemple Betty Mahmoudi “Not without my daughter” ou encore Aabra “Taliban Escape”.

 

 

Etty Hillesum

Tant souffrir et tant aimer, le confinement selon Etty Hillesum

Que veut dire ce titre et qui est Etty Hillesum ? Esther (ou Etty) naît à Amsterdam en 1914 et meurt à Auschwitz en 1943 ; bien entendu elle est juive. Non seulement elle est juive mais elle est issue d’une famille bourgeoise, intellectuelle, agnostique et qui au fond n’a qu’une conscience diffuse de sa propre judéité. Alors, une autre Anne Frank, moins connue parce qu’on n’en aurait pas tourné un film ? Non, si une autre personne lui ressemble, ce serait sans doute Edith Stein qui connaîtra le même destin au terme d’un cheminement similaire.

Née il y a plus d’un siècle, Etty Hillesum mène une vie que nous qualifierions de « moderne » ; jeune femme éduquée à l’université, en proie à des tourments psychologiques, elle poursuit une vie libérée dont la marque demeure une activité sexuelle débridée : elle aime les amants.  Dans le milieu de l’intelligentsia juive d’Amsterdam d’avant-guerre elle fait la connaissance de Julius Spier, psychanalyste formé à l’école de Carl-Gustav Jung et qu’elle appellera « l’accoucheur de mon âme ». De cette rencontre en 1941 naîtra une conversion c’est-à-dire la poursuite de la vie sur un chemin nouveau, un chemin spirituel d’une densité exceptionnelle. Surtout, cette rencontre l’incitera à rédiger un journal qu’elle tiendra jusqu’à sa déportation en 1943 et qui sera publié en 1981 sous le titre « Une vie bouleversée ».

Marie-Hélène du Parc, philosophe et théologienne, soutient en 2009 une thèse à l’Institut catholique de Toulouse, qui donnera lieu deux ans plus tard à la publication de ce livre à destination d’un public plus vaste et qui fournit une excellente introduction à la vie et à la spiritualité d’Etty Hillesum.

Visiblement bouleversée elle-même par son sujet, que nous dit-elle qu’on n’ait déjà écrit à propos d’Etty Hillesum ? Car les écrits d’Etty Hillesum ont connu un succès considérable et ont constitué et constituent encore une source d’inspiration spirituelle profonde pour un grand nombre de ses lecteurs. Marie-Hélène du Parc, comme le titre de son livre l’indique, part à la recherche du sens de la souffrance à la lumière des écrits d’Etty Hilversum. Qu’on plante bien le décor : Etty Hilversum tient son journal et rédige ses lettres dans l’enceinte du camp de transit de Westerbork au nord du pays, où sont regroupés les Juifs des Pays-Bas et d’où tous les mardis s’ébranle un train en direction de l’Est. Etty n’est pas aveugle : elle sait bien qu’on ne revient pas de ces trains-là. Face à l’évidence de l’extrême souffrance et du désespoir de certains, les écrits d’Etty Hillesum sont pourtant couchés dans un langage lumineux, d’où jaillit à tout moment sa foi dans la vie qu’elle appelle « belle et bonne ».

Etty Hillesum amène donc Marie-Hélène du Parc à s’interroger sur la signification de la souffrance, «consubstantielle de la vie», à une époque où notre société s’attache non seulement à nier ou cacher la souffrance mais à proposer des modèles où le bonheur est défini comme l’absence de souffrance; car si l’animal éprouve la douleur, seul l’homme connaît la souffrance, selon la parole magistrale de Jean-Paul II (Salvifici Doloris). Cette signification est du reste suggérée par la seconde moitié du titre, «tant aimer», non seulement parce qu’Etty s’interdit de haïr ses persécuteurs, non seulement parce qu’elle se refuse les possibilités d’échapper aux trains et donc au destin des siens mais parce qu’elle fait l’expérience que ce n’est que dans l’acceptation de la souffrance que se trouve l’amour. De cette rencontre naît la joie. C’est en ce sens qu’Etty Hillesum est la compagne d’Edith Stein et de Dietrich Bonhoeffer, une juive, une juive catholique et un protestant de l’église confessante dont la vie à tous trois se situera au confluent de l’amour et de la souffrance, là où se pétrit la glaise de la nature humaine.

Le bel essai de Marie-Hèlène du Parc rend témoignage de la destinée d’une grande âme qui, en acceptant tout de la passion de la vie, y découvre la part de divin en l’homme.

 

« Tant souffrir et tant aimer » selon Etty Hillesum par Marie-Hélène du Parc Locmaria, éditions Salvator, 248 pages.

Morituri

La Ligne Claire est au regret d’informer ses lecteurs que tandis qu’ils sont désormais susceptibles de mourir du fait de la pandémie, ils ne pourront plus se suicider. En Suisse tout au moins, l’association Exit d’aide au suicide assisté s’est vu contrainte d’informer ses membres de la suspension de ces activités. Revenez mourir plus tard si vous êtes toujours en vie.

La Ligne Claire évoquait il y a quelques jours quelques grands textes de la littérature qui traitent du thème de l’épidémie et observait qu’en définitive ils nous renvoyaient tous à notre mortalité. Car le mythe de l’homme moderne, que des associations comme Exit entretiennent, est de vouloir mourir en bonne santé. L’arrivée du virus vient nous rappeler brutalement que ce mythe n’est que cela, un mythe, alors que le risque d’un décès subit et subi vient mettre à mal la vaine tentative de conjurer la mort en offrant un sacrifice propitiatoire au dieu Baal, qui jamais ne se repaît de son dû.

Pendant ce temps-là, les autorités civiles mettent en place des mesures qui visent à ralentir la diffusion du virus et à confiner des populations entières. Certes, c’est là leur rôle mais ces mesures ne visent en aucun cas à préparer la population à affronter la mort qui bientôt viendra frapper à la porte, la sienne ou celle d’un proche.

Jusqu’il y a peu, mettons jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale, mourir d’une belle mort signifiait qu’on s’y était préparé tout au long de sa vie, qu’on avait pardonné à ses ennemis, qu’on s’était repenti du mal causé, qu’on avait reçu les sacrements d’un cœur contrit. Maladies, guerres, épidémies, catastrophes naturelles faisaient jusqu’alors partie de la vie, pour ainsi dire. Et puis, depuis deux générations, le progrès technique a fait de ces réalités des réalités extérieures à l’homme, des réalités dont Exit entend préserver l’homme moderne. De nos jours, mourir d’une belle mort signifie mourir de façon indolore mais vide de sens. Et puis, il y a des victimes collatérales, l’honneur, l’héroïsme, le sacrifice, toutes égorgées sur l’autel du bien-être.

Covid-19 vient nous rappeler à l’ordre, à la réalité, à notre humanité, à notre conscience, pas dans le sens d’un blanc-seing qu’on s’accorde soi-même, mais dans le sens d’un juste discernement du bien et du mal. Quelles sont mes dernières volontés ? Quelles sont tes dernières volontés ? Que puis-je faire pour toi ? A qui dois-je encore pardonner ? Ai-je un poids sur le cœur dont je voudrais me libérer ?

Dans un remarquable petit ouvrage publié à titre posthume, que Philippe de Woot, rédige au soir de sa vie comme Mozart compose son requiem, il nous rappelle la citation d’Homère : « La supériorité des hommes sur les dieux est de se savoir mortels ». Amis lecteurs, Covid-19 est là pour nous réapprendre à vivre. Vivre, c’est apprendre à mourir.

Couronne royale

Familles royales – mode d’emploi # 2

La Ligne Claire se réjouit que les recommandations qu’elle avait préconisées il y a quelques mois aient rapidement été mises en œuvre par la famille royale d’Angleterre, quand bien même de manière quelque peu précipitée. Les lecteurs de La Ligne Claire auront appris par voie de presse ces jours-ci que le Duc et la Duchesse de Sussex entendaient quitter la Firme, le surnom attribué à la famille royale. Leur communiqué de presse semble avoir pris de court tant la Reine, CEO en titre mais en réalité présidente du conseil, que le Prince Charles, successeur CEO désigné, mais en réalité CEO en exercice.

Le Duc et la Duchesse semblent non seulement vouloir procéder à un Management Buy Out et créer leur propre filiale stand-alone, détachée de la maison-mère, mais d’en établir le siège social dans le Nouveau Monde, à bonne distance de l’Ancien.

Le business plan, qui demeure vague, repose sur l’ambition, à moins qu’il ne s’agisse de la seule espérance, que la marque Sussex acquière une valeur de marché supérieure à celle de Windsor, il est vrai quelque peu défraîchie.

Pourtant les augures ne sont guère favorables, tels qu’ils ressortent de l’étude des case studies. Tant les tentatives de la Duchesse d’York (plus connue sous la marque Fergie) que de la Comtesse de Wessex (dont la marque n’a jamais gagné de traction) de procéder à un business mix de royalty et de commerce se sont soldées par de coûteux échecs.

A cet égard, le nouveau corporate logo dévoilé par le Duc et la Duchesse, Sussex Royal, demeure empreint du même caractère ambigu : Sussex certes mais Royal quand même. Déjà le Duc et la Duchesse ont enregistré leur nouvelle marque qui pourra désormais apparaître sur des calendriers, des livres et même des chapeaux, ce qui ne manque pas de réjouir La Ligne Claire qui jamais ne sort le chef découvert.

Cependant le risque de confusion demeure si bien qu’il est donc possible, et sans doute souhaitable, que le Duc et la Duchesse soient amenés à couper tout lien d’actionnariat avec la maison-mère et à rebrander leur entreprise en vue de souligner cette indépendance nouvelle, de la même manière que GE Money Bank est devenue Cembra lors de son IPO (entrée en bourse). A défaut, les mécanismes de transfer pricing entre la CEO et la nouvelle entité risquent de s’avérer délicats à mettre en œuvre et de soulever des questions de gouvernance d’entreprise dès lors que subsides financés par de l’argent public entrent en ligne de compte.

Il reste à voir donc si la marque Sussex obtiendra le succès escompté, une fois le spin-off mené à bien. Si les talents du Duc demeurent à découvrir, ceux de la Duchesse, actrice professionnelle, lui permettront, désormais libre de tout engagement envers la Firme, de jouer son propre rôle dans un futur épisode de The Crown.

 

The Crown, saison 3

The Crown, saison 3

Quoiqu’avec un peu de retard, il va de soi que La Ligne Claire a regardé The Crown. Plus encore que lors des deux saisons précédentes, elle a été éblouie par la qualité du tournage, la véracité que confèrent des décors somptueux, les réparties des dialogues et enfin le jeu des acteurs qui excellent, en particulier Tobias Menzies et Charles Dance dans les rôles respectifs du Duc d’Edimbourg et de Lord Mountbatten.

Cette nouvelle saison 3 adopte un ton plus intime que les précédentes ; l’accueil de la Princesse Alice, mère du Duc d’Edimbourg, contrainte de fuir les colonels en Grèce et de se réfugier au Palais de Buckingham, ou encore les évocations des premières amours des jeunes Prince Charles et Princesse Anne relèvent en définitive de la sphère familiale. On est loin des questions d’Etat, la succession à la couronne, le ministère de Winston Churchill ou la crise de Suez par exemple, objet d’un précédent épisode, et qui marque le déclin du Royaume-Uni par-delà les mers.

Œuvre de fiction basée sur des faits et des personnages réels, The Crown aborde ici des événements qui relèvent de la vie privée des protagonistes et demeurent inconnus tant du public que des réalisateurs. La qualité de la production, à laquelle se mêlent ici et là des extraits des actualités de l’époque, contribue à donner au spectateur l’impression que ce que montre The Crown s’est véritablement déroulé. Or il n’en est rien ; par exemple, la reine n’a pas rendu visite à Winston Churchill sur son lit de mort et la Princesse Margaret, sœur de la reine, n’a joué aucun rôle dans l’octroi d’un crédit de la part des Etats-Unis en faveur du Royaume-Uni.

Wikipedia définit les fake news comme des informations fallacieuses fausses, incomplètes, déformées ou mensongères qui visent à manipuler ou tromper un auditoire. Bien entendu The Crown ne prétend pas livrer de l’information et il n’est donc pas question de news ici. Néanmoins, le soin accordé à la production de la série est tel qu’il lui confère un caractère de vraisemblance qui n’est pas toujours avéré et dans lequel se glisse un fake artistique. Un avertissement, du style « fiction inspirée par des faits réels » aurait été le bienvenu si bien qu’à défaut il revient au spectateur de rechercher lui-même les informations sur internet qui permettent de distinguer les événements réels de la licence artistique. Confrontée à ce mélange des genres, La Ligne Claire doit avouer éprouver un sentiment de malaise dès lors qu’une entreprise américaine capitalisée à 144 milliards de dollars réussit à forger la perception que le monde entier se fait de la famille royale d’Angleterre.

Il ratto di Europa

A night at the opera: Il ratto di Europa

A night at the opera

 

On New Year’s Eve, La Ligne Claire attended a performance at the opera. Out of consideration for the environment, no librettos were printed. Mercifully, La Ligne Claire, what with its outstanding musical ear and memory, consigned it all to paper for the benefit and enjoyment of its readers.

 

 

 

Il ratto di Europa

Opera buffa in tre atti

Musica di Nonsenzetti

Libretto della Linea Chiara

 

 

 

Plot :

 

The Queen of Anglia tries to flee from the clutches of Emperor. She dispatches her ministers, first Signora Fiordimaggio then Count Boris to stage her escape.

 

Cast:

 

  • Donna Fiordimaggio, chief minister to the Queen of Anglia
  • Count Boris, her successor as chief minister
  • L’imperatore
  • Bercolli, the High Priest
  • The deputies
  • Corbini, a courtesan
  • Farandango, another courtesan
  • Chorus

 

 

 

ACT I

 

Farandango:

Udite, udite.

Coro:

Cos’è?

Farandango:

Quattrini or son.

Chorus:

Quattrini? Quanti?

Farandango:

Il catalogo à questo. Osservate e leggete con me. In Italia, duecento e quaranta, in Allemagna duecento, cento in Francia, a Brussella novantuna, ma, ma, ma in Anglia son già trecento cinquanta.

Chorus:

Trecento cinquanta?

Farandango:

Si, trecento cinquanta scudi alla settimana.

L’imperatore:

Chi è mai quest’ importuno? Lasciamolo passar. Dove son i lieti calici? Il vino prelibato?

Chorus:

Alla settimana?

Farandango:

Trecento cinquanta scudi. Si, alla settimana.

Chorus:

Andiam, andiam, via di quà, via di quà.

L’imperatore:

Aimè, aimè, che furia, un buffono, un mezzo pazzo, che prende l’oro e lascia l’amore.

 

 

ACT II

 

Donna Fiordimaggio:

Venite, venite con me.

The deputies:

Vorrei, ma non vorrei.

Corbini:

Avanti popolo.

The deputies:

Vorrei, ma non vorrei.

The High Priest:

Zitti, zitti, tutti quanti

Ordine, ordine.

Donna Fiordimmagio:

Signori, un momentino, un momentino, ancor un momentino.

The deputies:

Vorrei, ma non vorrei.

Count Boris:

La donna è immobile.

Donna Fiordimaggio:

Aspetate un giorno, un giorno solo, ve lo scongiuro.

Count Boris (to Donna Fiordimaggio):

Via, via, via di qua, non più andrai. Pentiti.

Donna Fiordimaggio:

Pentirmi non posso, son di sasso. Un’altra via non c’è, no, no, no, un’altra via non c’è da trovar.

The deputies:

Addio.

Donna Fiordimaggio (to herself):

Oddio, sto per crepar, sto per crepar.

(She disappears from the stage)

Donna Fiordimaggio (off stage):

Una furtiva lacrima.

 

 

 

 

ACT III

 

 

Count Boris:

Ascoltate tutti, il conte Boris io son, una cosa prometto a voi, dal Impero partir conviene.

The deputies:

E quando?

The High Priest (sotto voce):

Ha bisogno di une barbiere di qualità, di qualità.

Count Boris:

Quest’oggi partiremo.

Corbini:

Avanti popolo.

Count Boris:

Sono il factotum della City, della City, della City.

The deputies:

Bravo, bravo, cosa rara.

Corbini:

Che sciagura. Avanti popolo.

The High Priest:

Uno alla volta per carità, uno alla volta.

Count Boris:

Ecco, leggete. Quest’oggi va firmato il contratto davanti al notaio.

The High Priest:

La maledizzione!

 

Finale

 

Chorus

Brexit, sicut dixit.

L’imperatore:

Eia, ella mi fù rapita.

Farandango:

Va pensiero.

 

 

The curtain falls

 

 

Couronne royale

Familles royales – mode d’emploi

Majesté,

 

Vous aurez appris avec effroi ces jours derniers l’annonce du retrait par le Prince Andrew de ses activités publiques. En vue d’éviter qu’un désastre si funeste n’afflige Votre auguste Maison, La Ligne Claire, consultante spécialisée en la matière, en tire les enseignements suivants, qu’elle soumet humblement à Votre appréciation.

Vox Populi

Quel que soit l’arrangement constitutionnel, la monarchie repose en définitive sur une relation consentie entre le Souverain et le peuple. Dès lors que ce consentement vient à manquer, le peuple l’emporte. Édouard VIII et le Duc d’York aujourd’hui en fournissent l’exemple. C’est sans doute regrettable mais, que voulez Vous, Votre royaume est de ce monde. Toutefois, La Ligne Claire s’engage à recommander au populus de ne faire qu’un usage modéré de la guillotine.

Cette rupture de consentement est illustrée par l’affaire Epstein. En raison d’une grave erreur de jugement, le Prince Andrew s’est vu contraint de présenter sa démission à la Reine, qui l’a acceptée. En d’autres termes, la Reine l’a viré.

Rendez à César

Les membres de Votre famille exercent des fonctions de représentation financées par l’argent public. Aussi ces dotations doivent-elles faire l’objet d’un contrôle public. L’exemple du Prince Laurent de Belgique, dont la dotation a fait l’objet d’une réduction en 2018 en raison de voyages entrepris contre l’avis du Ministre des Affaires Étrangères, résonne encore dans toutes les têtes couronnées.

Gestion d’entreprise

Votre cousin m’enseigne que la famille royale d’Angleterre se surnomme elle-même The Firm. En ces temps de lean management, il est judicieux de limiter le nombre de personnes habilitées à représenter la Couronne à pas plus de trois ou quatre personnes adultes et de les tenir responsables de leurs actes ; c’est là le rôle de Votre gouvernement.

Ressources humaines

Comme toute entreprise, Votre Firme sera appelée à gérer ses ressources humaines de façon dynamique. Vos frères cadets auront vocation à y faire carrière une vingtaine d’années jusqu’à ce que Vos enfants atteignent l’âge de la maturité et leur succèdent ; comme ces cadets devront se recaser en dehors de la Firme, il faudra veiller à ce qu’ils soient aptes à entamer une deuxième vie professionnelle le moment venu.

Vos parents plus éloignés ne seront pas en principe appelés à exercer des fonctions au sein de la Firme et devront concourir par eux-mêmes dans la vie, comme tout le monde. Un exemple intéressant est fourni par Votre cousin le Prince S. de L. ; autrefois employé dans le secteur privé, 49e dans l’ordre de succession de la Principauté, il est actuellement ambassadeur de son pays auprès du Saint-Siège, non pas en raison de son rang mais de ses compétences.

Code de déontologie

Si le public accueillera avec bienveillance une personnalité originale – après tout nous vivons à l’heure de la diversité et de l’inclusion – il ne tolérera plus en ces temps d’austérité de subventionner des playboys ou des escapades aux Caraïbes, moins encore des comportements susceptibles d’entraîner des poursuites civiles ou pénales.  De nos jours les réseaux sociaux se chargeront de révéler toute incartade si bien que les temps d’un petit flirt incognito dans une boîte de nuit sont désormais révolus.

Et puis surtout, il s’agit d’adopter au plus vite un code de déontologie qui régisse en particulier les cadeaux reçus ou offerts. Afficher au poignet une montre à cinquante mille euros offerte par un dictateur d’un pays exotique fait non seulement nouveau riche (horresco referens) mais amène légitimement le public par l’entremise de vos amis de la presse people à se demander si cette largesse a été octroyée en échange d’une contrepartie tenue secrète.

La femme de César

Vous vous souviendriez de Pompeia, la femme de Jules César, répudiée par ce dernier au seul motif qu’un soupçon d’infidélité planait sur elle. Peu importe qu’elle soit coupable ou non, la femme de César se doit d’être irréprochable faute de quoi elle sera condamnée à prouver son innocence. Il en va de même pour les membres de Votre Maison. Votre couronne est à ce prix.

 

Fort de son attachement à l’institution monarchique, La Ligne Claire tient ses tarifs à Votre disposition sur demande et demeure de Votre Majesté le dévoué serviteur.

Downton Abbey

Downton Abbey – tout un cinéma

Il va de soi que La Ligne Claire a regardé Downton Abbey, paru au cinéma quatre ans après la fin de la série télévisée qui avait valu cette question rhétorique au Premier Ministre britannique de l’époque, David Cameron : « What shall we do now that Downton Abbey has come to an end ? »

Sans doute cette question n’était-elle pas tombée dans l’oreille d’un sourd puisque Julian Fellowes, le scénariste de la série, s’est décidé à capitaliser sur son succès. Un peu comme dans un album de bande dessinée, on y retrouve les personnages qu’on s’attend à y retrouver.

Le roi et la reine d’Angleterre se rendent en visite à Downton Abbey; voilà toute l’histoire. Selon le modèle adopté pour le feuilleton, elle fournit l’occasion de déployer une série de petites intrigues, ou plutôt de sous-intrigues puisqu’il n’y a pas de véritable intrigue: la comtesse douairière pourra-t-elle s’entendre avec la dame de compagnie de la reine ? Barrow, le valet de pied sera-t-il à la hauteur de son nouveau rôle en qualité de majordome ? Et où sont passées ces pièces d’argenterie qui soudain disparaissent ?

Au tournant du siècle, Fellowes s’était distingué en qualité de scénariste de Gosford Park, réalisé par Robert Altman, un film à énigme à la façon des Agatha Christie et dont le succès devait l’amener à créer la série télévisée. Mais chacune de ces manigances qui émaillent Downton Abbey ne forme guère que le sujet de saynètes dont la somme ne constitue pas la trame d’un film. Les personnages quant à eux sont conçus de manière trop étroite que pour permettre aux acteurs, même de talent comme Maggie Smith et Hugh Bonneville, de s’épanouir pleinement dans leur rôle. En définitive, Downton Abbey au cinéma n’est que Downton Abbey 2 sous un autre format.

Toutefois un film médiocre et même un peu ridicule ne signifie pas un film désagréable. Les accents, les réparties, les contrastes entre Upstairs et Downstairs, les costumes et les décors bien entendu, tout cela confère au film le charme qu’on attend de lui. A la fin de ce feel good film, trois ou quatre couples se nouent tandis que la comtesse douairière tire sa révérence. M. Fellowes serait bien avisé d’en faire de même.

Et puis, de retour chez elle, La Ligne Claire a déniché le Livre d’Or où sont recueillis les signatures des hôtes qui autrefois descendaient à la demeure familiale et où, à deux reprises au fil de ces années-là, on reconnaît l’autographe des membres de la famille royale qui avaient honoré de leur présence le château du comte et de la comtesse, sans que ces derniers n’en fassent tout un cinéma.


Albert et Elisabeth de Belgique

 

Albert et Elisabeth de Belgique, 1909

 

 

Pape François

De la difficulté d’être un catholique conservateur

Résumé

Depuis l’élection du Pape François, les catholiques conservateurs se trouvent dans une situation délicate. Leur propre conception de l’Eglise exige d’eux une fidélité à un pape dont ils ne partagent pas les orientations.

Une Eglise, plusieurs chapelles

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Ces versets tirés du chapitre 12 de l’évangile selon saint Luc expriment sans doute assez bien un caractère permanent de l’Eglise catholique. Alors que chez les protestants, chacun est libre, en cas de désaccord avec son voisin, de tirer sa révérence et de s’en aller fonder une nouvelle communauté à sa guise, chez les catholiques on est condamné sinon à s’entendre du moins à cohabiter. Il ne peut y avoir une église catholique bis.

Conclave

Cependant depuis l’élection de Bergoglio au siège de Pierre en 2013, ces divisions ont acquis un nouveau relief. Sans doute les cardinaux électeurs, tous nommés par Jean-Paul II et Benoît XVI, qui en 2013 lui apportent leur suffrage, n’ont-ils pas bien lu la notice marquée sur l’emballage : « Attention, jésuite latino des années septante, à manipuler avec précaution». A l’aune de l’église d’Amérique latine de ces années-là marquée par la théologie de la libération voire l’appui à la lutte armée, la lettre écrite par le supérieur des jésuites argentins à l’occasion de la nomination de Bergoglio à l’épiscopat en 1992 le jugeant inapte à cette fonction, pouvait même passer pour un gage d’orthodoxie. Après tout, cet homme mène une vie austère, on ne lui connaît pas de casseroles, il s’est dressé face à la Présidente Fernandez de Kirchner au sujet du mariage pour tous et enfin, il est le patron d’un gros archidiocèse alors que ni Jean-Paul II, infirme au soir de sa vie, ni Benoît XVI, ce bouquiniste intello, n’ont été à même de mettre au pas la clique qui malmène la Curie. Ecce homo, se disent donc les cardinaux électeurs.

Vatican II

En 1979, lorsque Wojtyla est élu quinze ans après le Concile Vatican II, l’Eglise sort de la décennie la plus troublée de son histoire : les prêtres jettent leur froc aux orties par milliers, les nonnes se dévoilent, les premiers épousent les secondes tandis que d’innombrables expérimentations, souvent indues, voient le jour dans le domaine liturgique. Jean-Paul II et son successeur Benoît XVI s’attachent alors à relire les Actes du Concile à la lumière de la Tradition : puisque l’Eglise est catholique, à savoir universelle dans l’espace et dans le temps, il ne peut y avoir qu’une seule Eglise et il ne peut y être question de fondation ni même de refondation d’une église nouvelle en rupture avec la précédente. De plus, ils ont à cœur de s’en tenir aux documents conciliaires et d’exclure ce qu’un esprit du concile auto-proclamé fait dire au Concile et qu’il n’a pas dit en réalité.  Sur base de cette interprétation officielle du Concile, la cause paraît entendue – Roma locuta – jusqu’à ce qu’elle soit remise en cause par le seul homme à même de le faire, le pape François.

Vatican II revisited

Le mot d’ordre de François est de porter l’Eglise aux périphéries, périphéries du monde certes, mais aussi de la foi et de la morale. Pour traiter de cette dernière question et en particulier de l’accès  (ou non) des divorcés remariés (civilement) à la communion, mais aussi du regard de l’Eglise envers les homosexuels, il convoque dès octobre 2013 un synode des familles au cours duquel vont s’affronter conservateurs et progressistes.[1] Or c’est sur ce point-là que la ligne de front va se fixer. Dans le monde occidental tout le monde sait que depuis cinquante ans dans chaque paroisse il se trouve des divorcés remariés qui s’avancent vers la communion, soit à l’insu du curé soit avec sa bénédiction tacite. Certes, disent les conservateurs mais on ne peut élever une pratique abusive au rang du magistère de l’Eglise : les paroles de Jésus à ce propos sont claires (Matthieu, chapitre XIX). Au pape qui reproche aux conservateurs leur pharisianisme, ces derniers rétorquent que ce sont les Pharisiens qui cherchaient des tours de passe-passe pour s’accommoder de la Loi tandis que Jésus lui en rappelait toute la rigueur. De plus, si Jésus a pardonné à la femme adultère (Jean, chapitre VIII), non seulement il ne l’a pas confortée dans son état mais lui a enjoint de ne plus pécher. Puis, citant saint Paul (1 Co XI, 20-32) ils rappellent que quiconque mangera le pain de manière indigne mangera sa propre condamnation. Or les divorcés remariés vivent une sorte de scandale public.

Face à cette impasse et fidèle à sa propre exhortation de « flanquer la pagaille », François rédigera l’exhortation apostolique Amoris Laetitia où la question, loin d’être tranchée, est renvoyée en une note en bas de page. Cela vaudra aux détracteurs du pape non seulement de lui reprocher de s’exprimer de manière ambiguë mais de le faire de manière délibérée. Ce qui semble clair, c’est que François pense que la seule manière de régler ce débat c’est de rebattre les cartes d’où puisse émerger une nouvelle donne autour de laquelle puisse se forger un consensus qui fait défaut actuellement. Et effectivement, c’est ce qui se produit. Par exemple, l’Eglise allemande, riche et libérale, s’engage en faveur de l’accès à la communion des divorcés-remariés mais aussi du conjoint protestant dans un couple mixte sur le plan confessionnel tandis que l’Eglise polonaise, conservatrice, s’en tient à la position traditionnelle de l’Eglise telle que rappelée par le Magistère. Vérité en deçà de l’Oder, erreur au-delà.

Face à cette situation de fait, le parti conservateur s’alarme et rappelle que la Vérité ne peut se contredire et donc qu’elle ne peut être partagée. Ils désignent volontiers la Communion Anglicane, où le mot Communion ne sert plus désormais que de cache-sexe destiné à masquer la profonde désunion qui prévaut en son sein en matière de mœurs et d’ordination féminine. Ils craignent aussi que cette sorte de mise en mouvement lancée par le pape ne connaisse pas de limite propre ; à cet égard les conservateurs pointent volontiers du doigt les évolutions observées dans la société civile, de la dépénalisation de l’avortement à sa revendication comme un droit, de la pilule à la PMA ou encore du PACS au mariage pour tous. Ils ajoutent enfin que les églises protestantes qui ne font qu’emboîter le pas de façon servile à la société civile finissent par n’avoir plus rien à dire et à faire fuir leurs membres vers les églises évangéliques, très strictes sur les questions de moeurs.

Mais surtout ils estiment qu’il revient au pape de s’exprimer clairement en matière de doctrine et de mœurs et que ce pape-ci en quelque sorte sous-traite ces jugements à ses fidèles. On assiste alors tant à l’émergence d’une sorte de morale de situation (Certes monsieur Dumont a-t-il tué sa femme mais cette dernière était une mégère acariâtre) qu’à une confusion en matière doctrinale (« le pape m’a dit que l’enfer n’existe pas », écrit Eugenio Scalfari de la Repubblica, sans que le Saint-Siège n’apporte de démenti).

Que faire?

Les catholiques conservateurs se retrouvent désormais dans une position à la fois inédite et délicate dans la mesure où elle implique une critique du pape François et de l’exercice de son ministère. Car l’Eglise catholique repose sur la notion que le pape est le custode de la foi et de la doctrine plutôt que celui qui les remet (apparemment) en cause. Quelles sont alors leurs options ?

L’option nucléaire consiste à ne plus reconnaître l’autorité du pape et du concile Vatican II ; c’est le choix effectué par Monseigneur Lefebvre (bien qu’il s’en défende). Ceci dit, depuis l’élection de Bergoglio, on n’a pas assisté à un schisme formel.

La deuxième possibilité est de demander au pape de bien vouloir préciser ses propos et ses écrits. C’est le choix effectué par quatre cardinaux qui en 2016 demandent des clarifications (appelées Dubia) au pape au sujet d’Amoris Laetitia. Sans doute François a-t-il fait sienne la maxime du Cardinal de Retz selon laquelle on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens, car les Dubia sont restées sans réponse à ce jour.

La troisième option consiste à faire trébucher le pape sur une affaire ou une autre, par exemple l’affaire McCarrick, du nom de ce cardinal américain déchu pour faits de pédophilie. Le pape était-il aux courants de ces faits sordides et, si oui, les a-t-il tus ? Oui, écrit Monseigneur Carlo Maria Viganò, ancien nonce à Washington, non sans appeler François à la démission.

Enfin, il y a tous ceux qui se retirent dans un exil intérieur, se taisent et refusent de prendre part à ce débat. C’est dans ce camp qu’on retrouvera la grande majorité des évêques à l’exception de l’une ou l’autre personnalité comme Monseigneur Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana au Kazakhstan, une de ces périphéries si chères au Pape François.

Quo Vadis ?

Pour l’instant, alors que le Pape François nomme des cardinaux qui partagent sa sensibilité, les catholiques conservateurs sont coincés car, répétons-le, il n’existe pas d’Eglise-bis où ils puissent trouver refuge.

Pourtant, La Ligne Claire estime qu’il existe une contradiction au cœur de la voie progressiste empruntée par le Pape François et plus encore par ses partisans. D’une part ils avancent que le pape ne fait qu’apporter des accommodements d’ordre pastoral mais d’autre part ils répètent à l’envi que Bergoglio est un pape révolutionnaire. Le pape lui-même semble parfois perdre la main sur cette Eglise qu’il veut en perpétuel mouvement. Tout récemment, il s’est vu contraint d’adresser une mise en garde à l’Eglise allemande, tentée par une voie synodale, un Sonderweg, qu’il a lui-même encouragée de ses vœux.

Les conservateurs, qu’on retrouve au sein de nombreux courants, ne sont ni des nostalgiques ni des opposants de principe à des réformes dans l’Eglise. Tous croient cependant que le christianisme est une religion révélée à laquelle on adhère par la foi ; certes cette révélation doit sans cesse faire l’objet d’un approfondissement, mais son contenu quant à lui est intangible car d’origine divine et ne saurait faire l’objet d’un supposé progrès.

Ils observent tant le monde protestant que l’aile progressiste catholique et en tirent la conclusion que le soi-disant progrès proposé ne consiste pas à aller de A à B mais qu’il est présenté comme inéluctable, irréversible, et une fin en soi, maintenant et toujours. Oui, mais alors, l’Eternel, le Dieu d’Abraham d’Isaac et de Jacob, ce Dieu qui était avant toute chose, ce Dieu-là à qui désormais on ordonne de changer tout le temps, est-il encore Dieu ? Non, disent les conservateurs, le progressisme comme fin en soi est en fin de compte une idolâtrie. Dans un bel exemple de reductio ad absurdum, on trouvait il y a quelques années un pasteur de l’église luthérienne au Danemark qui déclarait ne plus croire en Dieu mais qui n’y voyait pas malice et entendait poursuivre son ministère tout comme avant, mais sans Dieu.

Toujours est-il que pour le quart d’heure, les conservateurs sont condamnés à porter leur croix et à affirmer leur fidélité à un pape qui se définit lui-même comme un pò furbo, qui ne les aime guère et dont ils ne partagent pas la sensibilité et dont ils reprouvent les orientations. Quia extra Ecclesiam nulla salus.[2]

 

 

[1] En Amérique on qualifiera plutôt les progressistes de liberals tandis qu’en Europe ils se nomment eux-mêmes réformistes ; néanmoins La Ligne Claire retiendra l’appelation progressistes. Quant aux conservateurs, il y a lieu de les distinguer des traditionalistes, attachés à la messe en latin, et qu’on retrouvera aussi bien au sein de l’Eglise qu’en dehors (lefèbvristes).

[2] La Ligne Claire invite ses lecteurs intéressés par cette analyse du pontificat actuel de consulter les publications de Ross Douhat, journaliste au New York Times.

 

Couronne royale

Familles royales – éternels seconds

Le décès de Jeffrey Epstein ces jours derniers a fait resurgir les liens qu’il entretenait avec le prince Andrew, deuxième fils de la reine d’Angleterre, et, plus largement du rôle qu’il lui est dévolu.

A sa naissance, et tout au long de sa jeunesse, le prince était second dans l’ordre de succession au trône, juste derrière son frère aîné Charles. Mais la naissance du prince William en 1982, un an après le mariage du Prince Charles et de Diana Spencer, le fait reculer d’un cran ; aujourd’hui le prince Andrew se retrouve à la huitième place.

Si la logique du système monarchique justifie l’existence de plusieurs enfants royaux, the heir and the spare selon le dicton anglais, elle pose aussi la question de l’affectation des membres de la famille royale qui voient leur rang reculer. Andrew n’a après tout que vingt-deux à la naissance de William alors que ses perspectives de régner un jour deviennent bien minces. Il continuera à exercer des fonctions au sein de la famille royale mais il semble à La Ligne Claire qu’il a été discrètement placé à l’arrière-plan dès lors que les princes William et Henry étaient devenus adultes.

C’est ingrat. Toute sa vie on lui demande de monter la garde comme Giovanni Drogo dans le Désert des Tartares puis, puisque ni le prince Charles ni sa descendance ne sont décédés, de se retirer sans faire de bruit. La Ligne Claire ne sait pas si le prince Andrew aurait souhaité faire autre chose dans la vie mais ce qui est clair, c’est qu’il n’en a pas eu l’occasion et qu’il n’y a pas été préparé. Pour les familles régnantes, se pose ainsi la gestion de ce qu’on pourrait appeler la transition professionnelle de ses membres qui naissent en ordre utile mais qui le perdent au fil des ans. Ainsi en Belgique, les enfants de la princesse Astrid (elle-même cinquième dans l’ordre de succession au trône) ne seront pas appelés à jouer un rôle public et travaillent ou travailleront dans la société civile.

Demeurent alors les cas un peu tristes des cadets, le prince Andrew, le prince Laurent de Belgique ou encore le prince Jean de Luxembourg, qui ne sont utiles que jusqu’à leur date limite de vente. Certains s’en contentent, d’autres endossent le rôle du bouffon à la cour, d’autres encore entretiennent des relations peu judicieuses.