I’m your Man: une biographie de Leonard Cohen

La Ligne Claire ne sent guère tenue par les exigences de l’actualité, aussi ces jours-ci tient-elle à évoquer la disparition de Leonard Cohen à l’occasion du premier anniversaire de son décès. « I’m Your Man » est le titre donné par Sylvie Simmons, peut-être la plus renommée des journalistes de la musique, à la biographie qu’elle a consacrée à Cohen en 2012. Voyageurs, ne cherchez pas plus, vous avez frappé à la bonne porte si vous souhaitez découvrir Cohen de l’intérieur. Ouvrage traduit en dix-huit langues, mais pas en français, La Ligne Claire vole à la rescousse des lecteurs de langue française.

Du poète au chanteur-compositeur

Si le nom de Leonard Cohen évoque d’abord le chanteur et le compositeur, Simmons rappelle à ses lecteurs qu’à trente ans Cohen était un poète de renom au Canada. Mais voilà, la poésie ne nourrit pas son homme si bien que ce sont des considérations d’ordre économique qui le pousseront vers la composition. Se jugeant un piètre chanteur et un guitariste hésitant, il confiera l’interprétation de sa première chanson, Suzanne, à Judy Collins, une chanteuse folk à la réputation bien établie. Ce n’est qu’un an plus tard en 1967, que Cohen franchira le pas hésitant de l’interprétation et donnera son premier album, intitué simplement « Songs of Leonard Cohen ».

Cohen demeurera toute sa vie davantage un poète qui met en musique ses textes plutôt qu’un musicien, plus proche des chansonniers français que des chanteurs de rock, de pop, et même de folk aux Etats-Unis. Toute sa vie il rencontrera du reste davantage les faveurs du public européen plutôt qu’américain.

Poète, Cohen chante le divin en l’homme et plus encore la distance qui l’en sépare ; toute son œuvre sera marquée par les thèmes du sacré et du profane, des hauteurs célestes et des profondeurs abyssales, de la solitude et de la rupture, de la guerre et de la paix, de l’amour et du désespoir et, bien sûr par celui du désir, ce désir où l’érotique et le spirituel s’entralecent à la façon des amants qui ornent la couverture de « New Skin for the old Ceremony ». Toute sa vie, il sera à la recherche de ce lieu, qu’il pensait être habité par la femme, où l’érotisme rencontre le doigt de Dieu.

Cherchez la femme

Séducteur, homme à femmes, a ladies’ man, Cohen connaîtra tout au long de sa vie de nombreuses femmes, muses, maîtresses, compagnes, ses interprètes et ses voix féminines, ses amies simplement parfois, avec qui il entriendra des relations qui s’étendront sur une gamme allant du fugace au durable, sans jamais franchir le pas formel du mariage. Le mariage est comme la vie monastique, dit Cohen, et s’il aura passé cinq dans un monastère bouddhiste, il finira par en ressortir.

L’auditeur de Cohen de langue française trouvera plaisir à découvrir dans le livre de Simmons la clé qui permet de mieux comprendre une chanson et les circonstances qui auront présidé à sa composition. Souvent, une femme en sera l’inspiration, Suzanne Verdal, Marianne Ihlen ou encore Janis Joplin, à qui Simmons accordera la voix qui leur revient à chacune, mais aussi la Cabbale, le poète espagnol Garcia Lorca et la Bible.

L’homme à la voix d’or

Toute sa vie, Cohen estimera qu’il était un piètre musicien et un chanteur médiocre. Aussi, a-t-il endossé ces faiblesses comme Christ les péchés de l’humanité et en a fait une offrande agréable au Dieu d’Israël qui, charmé, lui conféra en retour la grâce de séduire son public. Homme aussi austère que fragile, Cohen séduit par l’élégance de ses paroles et la grâce de leur interprétation et touche en chacun de nous et l’ange et le démon. Un an après sa mort la lecture de ce remarquable ouvrage, rigoureux mais sensible à son sujet, parfaitement documenté, rédigé d’une plume délicate, rend à Cohen l’hommage qui lui est dû.

Le lecteur pourra trouver sur You Tube un grand nombre de chansons de Cohen, qu’elles soient interprétées par l’artiste ou par d’autres.

I’m Your Man, the Life of Leonard Cohen. Sylvie Simmons, Vintage Books, 546 pages.

Aristos du Léman

Gonzague Saint Bris, rédacteur au Figaro et chroniqueur à Paris Match, décédé de manière accidentelle l’été dernier, nous a laissé un ouvrage posthume « Aristocrates rebelles » dans lequel il trace le portrait de vingt-quatre aristocrates au destin singulier. Nombre d’entre eux effctueront un séjour sur les rives du lac Léman ; La Ligne Claire esquisse ici leur histoire à l’intention de ses lecteurs.

 

Lord Byron (1788-1821)

Un turban coiffait son chef, qui présageait déjà du destin sublime et tragique qu’il allait connaître à Missolinghi, dans cette Grèce qu’on appelait alors le Proche-Orient chrétien, et où il lèguerait le souvenir d’une mort glorieuse endurée dans la lutte contre l’Ottoman alors qu’en réalité il est mort d’une obscure maladie.

De sa plume qui avait ravi l’Europe entière, Lord Byron contemplait d’un frisson, que faisait naître l’envie, les bateaux blancs qui voguaient sur le lac Léman, tantôt à voile et tantôt à vapeur tandis que, sur l’autre rive, au sens propre comme au figuré, Mary Shelley donnait naissance au personnage de Frankenstein, dont le cinéma allait s’emparer afin que la quiétude des futurs banquiers privés à Cologny, où elle résidait à la villa Diodati, ne fût pas troublée.

 

Elisabeth d’Autriche (1837-1898)

La dame en noir, dont le parfum embaumait le quai du Mont Blanc, hâtait le pas car déjà en Suisse à cette époque, cette fin de XIXe siècle, qu’on appelle désormais la Belle-Epoque, non seulement les trains mais les vapeurs à aube partaient à l’heure.

Et c’est là que Luigi Luccheni, anarchiste rebelle, dont le nom n’est pas sans évoquer celui d’un autre brigand, Lucky Luciano, plongea sa lame dans le blanc sein de l’impératrice Sissi, la dame en noir, qui rendit l’âme après qu’on l’eût portée dans sa chambre à l’Hôtel Beau Rivage. Alors que les Alpes bernoises se miraient dans les eaux claires du lac, il ne restait plus qu’à télégraphier à l’empereur, qui s’effondra à la nouvelle, et à effectuer les préparatifs en vue de l’inhumation de celle dont la beauté avait conquis tous les cœurs, dans la crypte des Jacobins.

 

Pour connaître les péripéties des vingt-deux autres personnages, La Ligne Claire renvoie ses lecteurs vers :

Gonzague Saint Bris : Aristocrates Rebelles, Les Arènes, 331 p.