La guerre des morts

En page 4 du Temps du 27 avril, en bas à droite, sous la rubrique « En bref », intitulée « Plus de 200’000 morts » on peut lire que : « La pandémie a fait 200736 morts dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine, selon un bilan établi à partir de sources officielles samedi soir par l’AFP. Plus de 2,86 millions de cas ont été diagnostiqués dans 193 pays et territoires. » Et le texte continue : « Les Etats-Unis sont officiellement le pays le plus touché, avec 53070 décès. Suivent l’Italie (26 384), l’Espagne (22902), la France (22614) et le Royaume-Uni (20319). En proportion de la population, hors micro-Etats, c’est en Belgique que la mortalité est la plus élevée (597 morts par million d’habitants) »

Pourquoi nous donner des chiffres aussi peu comparables les uns avec les autres (à moins de se livrer soi-même à plusieurs calculs ?).

On nous répète à longueur de journée que la grippe de 18 a fait 50 millions de morts ; on pourrait nous dire que cela représente (à la date du samedi 25 avril 2019) 250 fois plus de morts que le covid 19. Toute mort est une mort de trop, mais cet ordre de grandeur dédramatiserait peut-être un peu l’actualité sans pour autant nuire aux mesures prises.

Pourquoi donner un total de morts pour tous les pays cités, sauf pour la Belgique où on nous indique une mortalité par million d’habitants ?

Pour pouvoir comparer, cherchons, compte tenu des nombres de morts donnés par l’AFP pour chacun des cinq Etats cités, le nombre de morts par million d’habitants (j‘ai retenu le nombre d’habitants figurant dans le Petit Larousse 2019 et tout arrondi au million)

Avec 320 millions d’habitants, les Etats-Unis ont une moyenne de 166 morts par million d’habitants ; l’Italie, qui compte 61 millions d’habitants, atteint 435 morts par million, l’Espagne (47 millions) a 487 morts par million d’habitants, la France (65 millions), 347 morts par million et le Royaume Uni (63 millions), 322.

On ne peut assurément pas affirmer que les Etats-Unis sont le pays le plus touché. On constate que l’Espagne est plus touchée que l’Italie, contrairement ce qui est affirmé par l’AFP. En revanche, il est exact que c’est en Belgique que la mortalité est la plus élevée par rapport aux cinq autres pays cités par l’AFP.

D’une manière générale, les 5 pays européens mentionnés par l’AFP ont un taux de mortalité 2 à 3 fois supérieur à celui des Etats-Unis.

Mais, très franchement, à quoi cela sert-il de donner tous ces chiffres qui ne sont pas comparables les uns aux autres, dont on ignore d’ailleurs comment ils ont été calculés et qui, en outre, sont commentés de manière erronée ? Ces pseudo-informations ne contribuent pas le moins du monde à lutter contre la pandémie. Au plus excitent-elles une concurrence malsaine ou une rivalité stupide entre Etats : qui a choisi la meilleure tactique de protection de sa population ? Qui tient le mieux compte des facteurs économiques ?

Cette guerre des morts s’inscrirait-elle dans l’esprit de vindicte dont on peut craindre le développement ?

 

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

19 réponses à “La guerre des morts

  1. Chère Madame,

    C’est la deuxième vague de la grippe de 18 (novembre à décembre 1918) qui a fait le plus de morts…
    Et vous croyez vraiment aux chiffres indiens ? les plus touchés en 18, et presque rien en 2020 malgré la concentration de plus de 1 milliard de personnes ?

    La pandémie 2020 a par ailleurs révélé que nos sociétés démocratiques ne sont guère transparentes (peu de pays européens comptent vraiment les morts hors hôpitaux) et que les sociétés non-européennes se moquent éperdument de la vérité et des morts.

    Cela étant, avec un taux de mortalité de 2-3 % avant mutation, on peut effectivement craindre le pire…

    Il faut absolument tout faire pour la freiner et éviter une mutation…

  2. Le taux de contaminés, en parallèle à celui des morts, traduit un niveau moyen de risque à l’intérieur de la population. En ville ce niveau sera supérieur, à la campagne moins (pas de supermarchés ou se tasse chaque jour les habitants, etc). La balance de ces taux, posée sur la frontière entre deux pays, pose la question de qui pourrait à nouveau passer la frontière, et dans quel sens, pour un risque « acceptable ». Cette balance n’est pas encore stable, si dans un mois le taux devait s’envoler en Suisse, et amorcer sa phase d’atterrissage en France, nous ne pourrons toujours pas aller vider notre bas de laine au Casino d’Evian, mais les Français pourraient alors être autorisés à faire le déplacement pour venir acheter du lait et admirer le jet d’eau de Genève. La guerre des morts se joue entre des responsables politiques de forte carrure, et une immense population d’êtres sans âmes mille fois plus minces qu’un cheveu ! Compter les morts de part et d’autre n’est donc pas qu’un simple passe-temps inscrit dans le cahier des charges des journalistes.

  3. Il y a en nous un désir de nous comparer toujours aux autres. Ca commence avant l’école et se (nous) poursuit toute notre vie. Qui a les plus belles basket, la plus belle voiture, le moins de kilos et le plus gros salaire.
    Les journalistes et les homme politiques sont des humains. Pas étonnant, dès lors, que cette culture de la comparaison s’applique aussi à ces temps de crise.
    Les statistiques ont cette caractéristique qu’elles sont à la fois rationelle, nécessaire à la décision mais également tellement facile à manipuler, de manière consciente ou pas.

  4. Vous parlez des morts dont la comptabilité laisse à désirer, il me semble qu’il en va de même pour les cas détectés positif au frottis et le nombre de malades avec frottis positif. Ce n’est que rarement comparé avec la population locale. Cette comptabilité est déconcertante.

  5. Bonjour,
    Sans vouloir démarre une controverse à propos des USA, on peut tout de même ce noter ce qui suit sur le site Johns Hopkins à propos du nombre de victimes :

    New York City : 17 682 death
    ( Total habitants selon wilki : 8 622 900 )

    Suisse : 1699 death
    (Total habitants selon wilki : 8 292 809 )

    Conclusion : On ne peut pas comparer des automobiles et des fruits, et si :
    1+1+1= 3
    1 verre + 1 vert + 1 vers = 3 mais trois quoi ?

    Il vaut effectivement mieux laisser les chiffres au statisticiens.

    Portez-vous bien et merci pour vos articles

    Sigiorgis

    1. Bonjour, vous avez raison de comparer New York à la Suisse pour le nombre d’habitants, mais vous devez aussi tenir compte de la surface et donc de la densité de population au km carré. Là, la comparaison serait entre fruits (ou automobiles, à votre choix ! ). C’est une des raisons pour lesquelles je suis contre la densification des villes : en plus du bruit, de la saleté, de la confusion, le danger des épidémies est plus élevé dans une grande ville (le rêve de la Municipalité de Lausanne ) que dans le canton d’Uri !

  6. Chère Madame,
    Afin de dédramatiser la situation vous omettez de mentionner que la grippe espagnole a fait 50 millions de morts d’une population mondiale qui n’atteignait pas la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui.
    Pourquoi les USA sont présentés comme le pays le plus touché? Tout simplement parce que les médias, à majorité de gauche, ne ratent pas une occasion de dénigrer le Président Trump. S’il marchait sur l’eau les médias titreraient: “Regardez, cet idiot ne sait même pas nager”
    Bien à vous.

    1. Evidemment, les fanatiques de Trump le voient déjà marcher sur l’eau, et ils ne se demandent même pas comment ce miracle se produit.

      Alors en parlant des médias de gauche sans parler des illuminés d’extrême droite, votre postulat s’en trouve bien bancal.

  7. Chère Madame, je me permets de répondre à la question que vous posez :
    qui a choisi la meilleure tactique de protection de sa population ?
    En tout cas pas la Suisse puisque nous pouvons voir que le département de la protection de la population ainsi que le département de l’intérieur et celui de la santé et finalement de tous les autres n’ont JAMAIS pris la mesure d’un risque d’épidémie et ont oublié de racheter des masques et toutes autres protections élémentaires pour la population depuis quelques années !
    La vindicte ne doit pas s’exercer, mais il faudra demander des comptes à ces politiciens ou autres fonctionnaires qui n’ont pas su prévoir le prévisible !
    Certains vont surement demander que la clémence devrait s’appliquer à ces personnages pour qu’ils puissent continuer à dormir sur l’oreiller de paresse régulièrement gonflé par la mécanique automatique de la grille salariale de l’état !

  8. Titre excellent, chère Suzette.
    Pour le surplus, suis d’accord avec vous, des chiffres sans queue ni tête, sauf à fins politiques.

  9. totalement juste; les chiffres absolus ne veulent rien dire et toute la presse répète tels des perroquets la même chose : les Etats Unis sont les plus touchés; c’est faux; c’est la Belgique qui l’est actuellement avec plus de 600 morts par million d’habitants; à noter qu’ elle aussi a fait incinérer tout son stock de masques; le stockage coûte trop cher…. passons donc au flux tendu pour faire des économies…. de bouts de chandelles contre les milliards que cette erreur va coûter aujourd’hui.

  10. En effet Madame, pour s’y retrouver il faut absolument normaliser ces chiffres, c’est-à-dire les ramener à un nombre standard de personnes considérées (en épidémiologie on utilise souvent le nombre de cas pour 100’000) et j’ai dû me faire un petit programme qui présente ces données correctement ! Même des centres compétents présentent souvent seulement les chiffres bruts !
    Je ne crois pas qu’il y aie un esprit de vindicte là derrière, mais de la flemme ou de la désinformation pour soutenir une contre-vérité. Cet manière de faire est d’ailleurs utilisée dans bien d’autres cas.
    A nouveau, vous incitez vos lecteurs à réfléchi ! Merci

  11. Ce qui m’agace avant tout, c’est que les chiffres lancés à la volée par tous les médias sont placés hors contexte, juste pour apeurer la population. L’honnêteté d’un journaliste implique d’informer. Informer, c’est mettre comme vous le dites les chiffres en perspective : en % de la population saine par exemple, en % de la population malade, en % de décès supplémentaires par rapport aux décès relevés habituellement à la même période en matière de grippe etc. Les chiffres tels qu’ils nous sont assénés ne veulent rien dire.

  12. Mettre les chiffres en perspective, soit, mais si les données de base ont été, sciemment ou non, manipulées, l’exercice se révèle vain de toutes manières !!!

  13. Pourquoi les “statisticiens” ne comparent-ils pas les USA avec l’UE? Ce serait plus dans la logique des “europhiles” qui, en d’autres occasions qui sont favorables à l’UE , comparent cette dernière aux USA ; Mais là, évidemment, concernant le Covid19 et le nombre de décès , l’UE serait loin devant les USA… pas bon du tout pour son image ! “On” veut bien être “européen” mais quand même faut pas pousser; il y a des moments où la “Nation” reste encore un bon créneau !!

  14. Décompte morbide et anxiogène, certainement et ceci avec une fiabilité de chiffres toute relative. L’information au jour le jour nous apporte peu. Nous devrions plutôt prendre de la hauteur et faire un zoom arrière. Du point de vue historique, la période de comparaison est trop brève pour tirer des conclusions. J’en veux pour preuve, la grippe espagnole dont les chiffres de morbidité dramatique, varient entre 40 millions avérés et un total de 100 millions supposés. Si nous voulons suivre une évolution sur le Covid-19, concentrons-nous plutôt sur les statistiques suisses, et focalisons-nous sur les graphiques de l’évolution des hospitalisations, du nombre de personnes en soins intensifs les deux comparés aux décès annoncés. (Je ne trouve aucun graphique qui superpose ces données.)
    En espérant qu’il n’y aura pas de deuxième vague, je serai curieux de voir à l’issue de cette crise, sur un temps plus long, s’il y aura une forte augmentation de décès en Suisse. Pour le moment, elle a emporté 7 personnes de moins de 50 ans et pour le reste, ce sont des personnes à risques et âgées, dont l’espérance de vie n’était probablement pas très élevée.

    1. Merci Mme Sandoz pour la pertinence de votre regard sur l’imprécision des chiffres et l’absence d’analyse cohérente.

      Guy, je partage vos commentaires.
      Sur l’augmentation des décès, notez que, en comparaison avec la moyenne 2015-2019, l’évolution du nombre de morts par semaine entre le 16 mars et le 12 avril est de:
      Tessin +98%
      Genève +72%
      Vaud +44%
      Il n’y a certes pas de recul, mais ces chiffres sont tout de même très conséquents, risques, âges, et espérances de vies confondus.

  15. Je ne comprends pas bien ou l’auteure veut en venir.
    Peut etre nous dire, par des chemins detournes, qu’on a bien tort de critiquer M. Trump? Mais qui peut la croire?
    Entre le deni, et Docteur Maboule on a de la peine a choisir. Mais ca peut juste nous degouter. Une gestion calamiteuse de la pandemie, un chacun pour soit. C’est sans doute cela que Mme Sandoz doit apprecier

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