Faut-il interdire l’humour?

Faut-il interdire l’humour ?

Ainsi donc, M. Gad Elmaleh est accusé de racisme à cause d’un sketch sur Les Chinois (LT du 25.04., p. 2). Je n’ai pas vu le sketch et je ne trouve pas forcément M. Gad Elmaleh spirituel ni drôle, mais cette information pose à nouveau la rude question de la liberté et des limites de l’humour.

Chacun sait les rires que déclenchent les plaisanteries sur les Belges, les Genevois, les Vaudois, les Suisses allemands, les Ecossais et pourquoi ne pourrait-on pas rire, in casu, des Chinois ? 

On peut rire les uns des autres mais au sein de la même ethnie

C’est peut-être là que réside la réponse. On peut se moquer entre cultures à condition d’être de la même couleur (ethnie ? race ? On ne sait plus quel terme utiliser pour être politiquement correct). On peut éventuellement dépasser cette limite si l’on se gausse d’une personnalité politique – la politique concerne toutes les ethnies. Mais sitôt qu’un trait d’humour (en particulier public) vise une autre ethnie que celle à laquelle appartient l’humoriste, attention, l’accusation de racisme menace. Cet humour-là serait-il réservé aux seules personnes génétiquement métissées ?

La globalisation nuit-elle à l’humour ?

La question mérite d’être posée. Tout se sait partout et tout de suite et les susceptibilités sont exacerbées par l’histoire, par les difficultés et les différences économiques, religieuses, sociales etc… L’humoriste doit donc tourner sa langue ou sa plume 777 fois avant de lâcher quelque plaisanterie que ce soit et vérifier qu’elle ne risque pas de froisser un groupe spécifique de personnes. On se rappelle qu’en plein essor communiste, un petit ouvrage bourré d’humour circulait sous le manteau et assurait la survie de ceux que le régime paralysait d’interdictions. Ce fascicule était intitulé : « Le communisme est-il soluble dans l’alcool ?».

On aurait envie d’écrire aujourd’hui un nouvel ouvrage intitulé « La globalisation est-elle soluble dans l’humour ?» Mais ce serait trop dangereux.

 

 

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

2 réponses à “Faut-il interdire l’humour?

  1. (ethnie ? race ? On ne sait plus quel terme utiliser pour être politiquement correct) – race? depuis que l’ADN a été découvert et étudier, on sait que tous les humains qui peuplent la TERRE, sont de la même “race” – donc à mon sens il ne s’agit pas du politiquement correct, mais il faut considérer qu’associer race et divers type de population relève d’une grave erreur ou de la méconnaissance de la découverte de l’ADN ou d’une provocation – je pencherait pour la provocation dans votre cas au vu de vos titres et votre parcours.
    P.S. Je ne trouve pas non plus Gad Elmaleh drôle et dans son cas l’accusation pour racisme parait justifiée.

  2. L’un des meilleurs humoristes français, feu Pierre Desproges, n’est plus écoutable aujourd’hui que par des gens qui savent faire la part des choses, et qui s’assoient confortablement sur le “politiquement correct”, lequel est en réalité un nouveau stalinisme.
    Evidemment qu’interdire l’humour serait un suicide intellectuel pour tout le monde, mais il n’y a que les fous (ou les tenants du politiquement correct) qui y songent.

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