Une société en phase anale

Tous les pédiatres vous le diront, un très jeune enfant passe par une phase anale, période de sa vie où il est intéressé par tout ce qui se passe et qui existe au dessous de son nombril.

Depuis plusieurs années, notre société a nettement régressé dans cette phase-là. La publicité évoque ou montre ou suggère le sexe à n’importe quelle occasion. La plupart des humoristes « officiels » de la radio ou de la télévision cèdent à l’humour scatologique dans le verbe ou dans l’image ; les journaux – y compris Le Temps que l’on croyait en principe sérieux – ont presque chaque jour un article consacré à un problème sexuel ; les jeunes s’interpellent en se traitant affectueusement de « putains », en invoquant le « bordel » ; le mot de trois lettres de la langue française – qui, à ma connaissance, n’évoque pas le cerveau d’une femme ! Je suis d’ailleurs étonnée que les féministes les plus puristes ne s’insurgent pas ! – est d’utilisation si courante qu’on en oublie que les termes de « crétin », « imbécile » ou « benêt » pourraient avoir le même sens, mais moins vulgaire et macho !

N‘y a-t-il pas jusqu ’à la très sérieuse « Weltwoche » qui, dans son numéro de cette semaine, intitule un article « Verbale Erektionen » ? A vrai dire, l’auteur cite en réalité les propos d’un journaliste de la télévision ouest allemande au sujet des déclarations de M. Donald Trump. On ne fait pas plus subtil!……

Vivement le jour où la mode aura pris fin, en Occident, de dépeindre les gens qui déplaisent ou les événements contestés avec ses excréments ou ses humeurs et où l’on aura enfin dépollué les cerveaux des hormones sexuelles incompatibles avec une réflexion intelligente. Peut-être que le monde occidental, peuplé à nouveau d’adultes, n’ira alors plus si mal. La phase anale prend fin assez rapidement chez les enfants normaux !

Le 22 janvier 2017

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

5 réponses à “Une société en phase anale

  1. Bonjour Madame Sandoz, pour une fois je vous donne raison. En général, je n’apprécie guère vos positions socialement dépassées, parfois aigries et trop souvent étroites d’esprit. Ceci dit, pour donner force à vos propos sémantiques, vous devriez supprimer le “e” à “subtile” au risque de voir votre belle leçon entachée d’une vilaine faute d’orthographe. Excellente journée.

  2. Merci pour votre article Mme. Sandoz ! A mon avis, il est cependant habbilé de normativité et de conservatisme puritain, sans que l’on trouve aucune argumentation pour soutenir ce que vous dites ; pourrions-nous donc avoir l’explication de comment et pourquoi exactement parler de sexe équivaudrait donc objectivement à “régresser” ? Pourrions-nous avoir les données cognitives et philosophiques montrant que des lexiques sexuels seraient “incompatibles avec une réflexion intelligente” ?

    Evoquer la dimension machiste de certaines insultes et publicités est, à mon sens, pertinent et intéressant (quoique, encore ici, sans aucune réflexion ni argumentation, lançant cela comme si c’était une vérité absolue), mais il faudrait peut-être se rappeler que le sexe était et est encore au cœur de nombreuses revendications féministes : libération sexuelle des années 60 (n’était-ce pas quand vous étiez vous-même “jeune”, Mme Sandoz ? C’était donc ça la société peuplée d’adultes où l’on ne parlait pas de sexe ?), contraception, droit à disposer de son corps et à être respectée peu importe le nombre de partenaires que l’on a eu(e)s, faire passer le sexe dans l’espace public pour révéler inégalités qu’il décèle…

    Et puis, tant qu’à remonter dans l’histoire, les discours sur le sexe, en Europe, sont très loin d’être si nouveaux que ça : outre les révolutions soixante-huitardes déjà citées, pensons donc à Freud, à De Beauvoir, à Baudelaire (lui-aussi condamné en son temps par puritanisme, tiens), et puis pourquoi pas même à Platon et son Banquet (avec l’érotisme comme élévation philosophique) et aux relations homosexuelles, normales dans la bourgeoisie en Grèce antique (un des berceaux du langage avec lequel vous et moi parlons). Sans même parler de l’Ancien Testament et son déluge d’inceste et de sexe. Tiens, toutes les personnes que je cite sont des adultes, et elles sont toujours étudiées dans les universités ! La sexualité est-elle donc vraiment si “incompatible avec une réflexion intelligente” ? Allez donc dire ça à tous ces doctorants, ces professeurs et ces penseurs – mais je crains que, cette fois-ci, l’absence d’argumentation de votre part soit quelque peu insuffisante à défendre votre position… Une petite “Histoire de la sexualité” de Foucault (publié il y a 33 ans – c’est donc ça, le moment où la “société” n’avait pas encore “régressé” ?) est, à mon humble avis, toujours utile pour relativiser le sexe comme étant nouveau dans l’espace public 🙂

    Si je suis d’accord pour condamner le machisme ordinaire et banalisé que constituent les discours de Trump (entres autres), je m’en vais donc en revanche méditer si condamner la médiatisation du sexe et son passage dans l’espace public (de façon pas toujours pertinente, certes, mais séparons le grain de l’ivraie et distinguons les publicités objectivant le corps des femmes des vraies réflexions sociales et scientifiques qu’ils permettent également), tout en prônant un langage plus féministe, ça n’est pas se tirer une balle dans le pied…

  3. Madame bonsoir,

    Je suis surprise par votre propos..et par l’indifférenciation que vous adoptez au sujet de l’analité..
    J’ai une petite réserve au sujet de ce qui se passe et existe au dessous de notre nombril..car je crois que, quelque soit la période de l’histoire, ceci a toujours mobilisé l’attention et l’intérêt d’un peu tout un chacun..
    Lorsque nous évoquons l’analité, en général, nous parlons de l’arrière…derrière…et comme période charnière de ce qui s’y passe..de ce qui en sort..comment…ce que je donne et je retiens..
    Donc sous mon nombril, pas d’analité…mais autre chose…qui sait…… du phallique, ou encore du sexuel?
    Il y a un très bel article à ce sujet, car je trouve si dommage que de telles notions soient galvaudées.. car elles revêtent une certaine beauté dans leur complexité et particularité..
    *Eros et Antéros* de Grunberger et Braunschweig reste très accessible et force le respect..

    Bien à vous

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