Le mensonge des “personnes électroniques”

Si admirable, « indépendant », « intelligent », « génial » que puisse être un robot, il ne sera jamais une personne ; la langue doit exprimer fermement cette impossibilité. Il est donc hors de question de qualifier un robot de « personne électronique », contrairement à ce que semblerait suggérer une résolution de députés européens, ainsi que nous l’apprend Le Temps de ce 30 janvier. Un robot n’est qu’une machine, extraordinaire, mais machine quand même, qui ne peut avoir ni droits ni obligations. Il sera même toujours inférieur à l’animal qui n’est pas non plus une personne, si indépendant qu’il puisse être.

Que l’Union européenne se préoccupe de la responsabilité de l’inventeur, du fabricant, du vendeur, du propriétaire de robots plus ou moins autonomes, c’est très bien – elle ne devrait d’ailleurs pas être la seule à le faire. Cela met en évidence la responsabilité fondamentale de l’inventeur qui ne peut pas se contenter de «construire quelque chose de merveilleux » et se désintéresser ensuite de ce que cela devient et de l’usage qui pourrait en être fait. Nous touchons du doigt le même genre de phénomène que celui en rapport avec l’inventeur de la bombe atomique. Le développement des robots et leur sophistication sont l’occasion ou jamais d’insister sur la responsabilité morale et pratique du chercheur. Sa démarche, si passionnante soit-elle, peut avoir des conséquences dont il doit être le premier à évaluer les dangers et, peut-être, à en assumer les suites. Rejeter sur «l’objet de sa découverte » la responsabilité d’une déviance fortuite, en le qualifiant, par exemple, de « personne », cela équivaudrait à se camoufler lâchement derrière une tromperie linguistique.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

3 réponses à “Le mensonge des “personnes électroniques”

  1. Excellent et très sain point de vue.
    Une machine fabriquée par l’homme ne peut être considérée comme une personne. Aussi sophistiquée soit-elle, c’est un objet ; elle est programmée par quelqu’un et elle n’est pas éducable. Elle sera toujours dépendante. Elle n’aura jamais d’esprit critique ni d’appréciation morale. Ses actions entraînent donc la responsabilité de son utilisateur et de personne d’autre.
    Les députés européens qui ont voté cette résolution sont des ignorants qui ont trop lu de romans de science-fiction et ne savent pas de quoi ils parlent. Peut-être cette confusion particulière renvoie-t-elle à la confusion généralisée que l’on voit se diffuser dans une société malade dont des membres de plus en plus nombreux, manquent de rigueur intellectuelle parce qu’ils ne savent pas trier les vagues successives d’informations qui les submergent et qu’ils ne prennent plus le temps de réfléchir.

  2. Franchement les “personnes électroniques” existent déjà, ce sont les robots vocaux qui répondent dans les centraux téléphoniques, dans les gares ou encore sur nos smartphones avec les assitants qui utilisent l’intelligence artificielle. Après que l’on conteste les appellations ou a sémantique est un autre débat. la réalité est que nous conversons déjà avec eux pour effectuer des tâches souvent importantes, et en cela, ils doivent avoir des droits et s’acquitter d’impôts puisqu’ils vont nous remplacer dans le futur.

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