La gratuité, ennemi public numéro un

Notre société a pris la mauvaise habitude de la gratuité et ne veut plus payer le prix coûtant. Existe-t-il un lien entre ce goût de la gratuité et le refus de choisir ? Probablement, car payer, c’est souvent, comme choisir, devoir renoncer à quelque chose.

Après que le Conseil National avait proposé l’autre jour, de porter à 25’000 frs au lieu de 10’000, les frais déductibles de garde d’un enfant, une parlementaire a roucoulé que « cela éviterait ainsi l’obligation de choisir entre rester à la maison et garder son enfant soi-même ou exercer une activité professionnelle lucrative ». « Eviter de choisir ». C’est le mal absolu aujourd’hui. On veut tout tout de suite et si possible pour rien.

L’absence d’obligation de choisir est une cause d’infantilisation de la société. Elle la fragilise et la livre pieds et poings liés à ceux qui font miroiter l’absence de coût. Internet est champion pour cela. Il assure l’apparente gratuité de l’information. Or la gratuité se paie, mais son prix est caché. C’est évidemment la disparition des postes de travail de ceux qui assurent des prestations payantes d’une part mais c’est aussi la publicité rampante et la création du besoin qui devient peu à peu une addiction. La gratuité favorise l’addiction et celle-ci consacre l’incapacité de choisir. Une fois la dépendance créée vient la dictature de celui qui a les moyens de satisfaire cette dépendance. Il sera, lui, libre d’exiger alors le prix qu’il voudra. Il est urgent d’apprendre à nos enfants à se méfier de la gratuité et de leur rendre le goût du choix.

Le 3 octobre

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Une réponse à “La gratuité, ennemi public numéro un

  1. Le goût de la gratuité (relative) se marque notamment dans la frilosité des Suisses, qui veulent être assurés contre TOUT, et découvrent que la LAMAL (obligation de s’assurer contre la maladie) a l’effet pervers prévu dès 1995: les Suisses versent chaque mois des centaines de francs qui vont engraisser les assureurs et leur personnel, alors que s’ils mettaient chaque mois la même somme de côté, ils pourraient assumer les coups durs. Et là où l’on nous objectera qu’il faut être “solidaires”, je réponds que la solidarité doit être volontaire, et non obligatoire.

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