Une femme exceptionnelle

La vie réserve des surprises enrichissantes. Je lui dois d’avoir, il y a quelque temps, rencontré une femme exceptionnelle qui pétille de vie et distille le courage.

Brève présentation (approuvée par la personne concernée)

Ayant vécu des abus durant sa petite enfance, elle ne trouve le courage et la détermination de régler son histoire qu’une fois jeune adulte. En 1998, elle obtient la condamnation de son abuseur. Elle ne veut cependant pas tomber dans la victimisation et s’investit corps et âme dans sa reconstruction. Pour vaincre son « monde intérieur dominé alors par des sentiments de haine, de colère et d’envie de tuer » (sic), elle « part à la quête de la paix et de la joie » (sic).

Je la cite ci-dessous (avec son accord) :

« Un abus dans l’enfance bousille le monde intérieur et détruit les belles valeurs pour laisser la place à la honte, au dégoût, à ce terrible sentiment de culpabilité. La réparation peut prendre du temps. Il ne faut jamais lâcher. Au fond, on découvre ce qui n’a pas été touché, ce qui est intact et pur. Le meilleur allié dans ce combat restera toujours l’amour pour soi et pour la vie. Notre <<carte de visite>> devrait correspondre à l’être humain en devenir que nous sommes, celui auquel nous aspirons et qui vit déjà en nous. C’est certainement lui, et lui seul, qui peut nous ramener à la paix. Nous ne sommes pas l’épisode tragique que nous avons vécu mais c’est la manière dont nous regardons cet épisode qui nous révèle. Un épisode tragique n’est pas une vie, mais chaque pas et chaque traversée que nous réalisons donnent et font émerger le sens de notre Vie. Sur ma carte de visite, je ne suis pas <<l’enfant abusé>>, je suis <<une femme qui défend le droit et le devoir de vivre sa grandeur>>.

« Être aimée en tant que victime me rendait malheureuse et incomplète. Prendre conscience que derrière cette étiquette vivait un être humain imparfait m’a ramenée à ma liberté et à ma responsabilité, à mon essence et à ma nature profonde, celle qui a toujours existé en moi et qui ne demandait qu’à s’exprimer.

Lorsque j’ai pu prendre conscience et accepter le fait que je puisse être autant bourreau que victime – dans ma vie au quotidien – l’horizon et de nouvelles perspectives sont apparus. A partir de ce moment-là, il était clair qu’il était juste et possible de ne plus être uniquement l’une ou l’autre de ces facettes mais que grâce à une combinaison des deux, je pouvais décider, pour chacune de mes actions et chacun de mes choix, de faire le plus de bien et le moins de mal possible. A ce moment-là, s’est dessiné un nouveau départ dans ma Vie que j’ai appelé Loup Chocolat en hommage à cette prise de conscience. Ainsi est née cette identité avec sa première collection de sacs et de poèmes en guise de symbole pour ce début de voyage vers autre chose. » (Fin de citation).

Passer du duel au duo

Créer sa petite entreprise et la baptiser « Loup Chocolat », c’est une gageure.

Comme le dit sa créatrice que je cite à nouveau :

« <<Loup Chocolat>> est avant tout un oxymore <<métaphorique>> représentant la grandeur possible de l’être humain et des êtres humains ensemble. Deux forces antagonistes lointaines et proches à la fois, voire dépendantes l’une de l’autre. Ensemble, elles devraient choisir le chemin de l’équilibre, de l’équité, d’un environnement sain et de la paix. C’est l’appréciation des qualités de l’être humain qui va contribuer à empêcher autant que possible un dérapage. C’est essentiel de laisser la place à cette (re) construction, à cette expression, à cette évolution. Notre guerre intérieure nous appartient. Nous ne pouvons pas tuer une partie de nous-mêmes, nous ne pouvons trouver la paix qu’en incluant l’ensemble de nos facettes dans une unité qui nous révèle nos possibles. Le bien et le mal existent avant tout dans l’être humain et c’est cette prise de conscience – qui devrait être encouragée dès le plus jeune âge – qui pourra nous aider à choisir d’exprimer le bien »

« Passer du duel au duo…c’est reconnaître l’existence de l’autre, reconnaître ses besoins, ses qualités. Ça passe par la création de ce lien vital, un pont que Loup Chocolat propose et qui va soutenir une meilleure répartition des richesses, des opportunités et un meilleur équilibre. Autrement dit, rendre l’environnement plus sain afin de diminuer le risque de tout possible et nouveau dérapage. Passer du duel au duo signifie également reconnaître un dénominateur commun qui nous rassemble, à savoir <<être humain>>, ainsi qu’un but commun qui doit nous motiver, à savoir <<rendre l’humanité meilleure>>. On parviendra ainsi à respecter et apprécier ce en quoi l’autre est différent, ce en quoi l’autre est enrichissant. La paix dans le monde se construit avec des êtres humains en paix. Et cette voie est devant nous et ne peut pas être barrée. Nous sommes libres et responsables de la suivre » (fin de citation).

 

Une admirable capacité de résilience et une responsabilité de la société

(Je cède à nouveau la parole à cette femme merveilleuse) :

« Je ne partage évidemment pas mon temps avec la personne qui s’est mal comportée à mon égard. Toutefois, cette personne a le droit – si sa santé et son autonomie le lui permettent – de repartir et de faire vivre ce qu’elle a de mieux en elle et trouver une (nouvelle) harmonie à composer avec chacun de ses pas. Tant mieux si elle est aimée et félicitée. Plein de gens pourraient profiter de ses qualités humaines, sociales et professionnelles. Plus on pointe du doigt le bourreau, plus s’alourdit l’étiquette « victime ». Une telle situation ne peut amener qu’à passer à côté de ce que chacun pourrait être de mieux. Évidemment que si un individu est considéré ou a été diagnostiqué comme dangereux, alors il y a lieu de prendre des mesures adaptées ».

« La société se doit d’aller comprendre en profondeur ce qui déclenche ce dérapage, ce poison, pour pouvoir l’éradiquer, l’éliminer sans perdre de temps. Quel est l’ennemi ou l’antidote de ce poison ?

Écouter est essentiel, c’est cette faculté qui nous amène à la compréhension, la compréhension vers l’évolution de l’humanité et la construction d’un monde qui ne reste pas enfermé dans la haine et la peur. ». (fin de citation)

 

Une conclusion pleine d’espoir

Et mon interlocutrice de poursuivre :

« En tant que femme, artiste, mère et entrepreneuse, je défends donc un monde humaniste où chaque être humain a le droit tout comme le devoir de se diriger vers sa grandeur et ce, peu importe le point de départ. Cet accès doit rester libre, car c’est lui et lui seul qui peut favoriser l’évolution positive de l’être humain, ce dont cette terre a précisément besoin. » (Fin de citation).

 

Il y a vraiment des rencontres qui font du bien. Merci !

 

 

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

3 réponses à “Une femme exceptionnelle

  1. Vous citez cette personne forte et sans rancune comme bon exemple qui gagne effectivement à être connu. Elle fait part de son état d’esprit, fournit quelques clés pour celles qui ont été aussi abusées, et surtout vise à être positive en apportant du bien. Mais représente-t-elle un exemple de réussite, ou plus, un modèle ?

    Je pense que nombre de personnes maltraitées à tous les degrés, dans leur enfance, ne trouveront pas l’entière solution (qui partielle n’en est pas une) en s’inspirant de ce que transmet la personne qui a réussi à s’en sortir, parce que celle-ci a trouvé son chemin dans un certain cas de figure, avec ce qu’elle était au départ en forces et en faiblesses. S’aimer et aimer les autres pour ce qu’ils sont, désirer faire le bien et en retirer une satisfaction, s’acquiert par des expériences de partages parsemées de réussites et d’échecs. L’enseignement est bien sûr là pour guider, apprendre à réfléchir ; ce peut être la famille, les professeurs, le curé, ou même une personne comme tout le monde à qui parler de temps en temps. La femme de l’article, qui a souffert tôt dans sa vie, a pu continuer à croire qu’il y a des personnes bonnes et fiables, tout en apprenant à identifier les mauvaises et s’en protéger. Pas facile si c’est un enfant laissé seul, d’autant moins s’il a été agressé ou maltraité dans le cadre de la famille. Mon propos pourrait être mal accueilli si je disais que la personne citée en exemple « a eu de la chance ». Alors je dirai que d’autres personnes en ont eu aucune ou trop peu à saisir en dehors du monde malheureux. Ce n’est pas l’enseignement de « faire le bien » qui peut aider celles-ci, elles ne savent rien de ce qu’elles n’ont pas reçu. La générosité les yeux fermés ne leur vaudra aucun cadeau en retour, mais peut-être le sentiment d’être reconnues, soutenues, aimées… déjà dans l’au-delà où elles seront un jour enfin heureuses.

    Suis-je pessimiste ? Non, le désespoir a mené au bonheur éternel des personnes qui n’avaient pas la possibilité d’être exceptionnelles. Elles ont pourtant tout essayé, dans tous leurs états successifs : révolte, vengeance, haine, décisions de pardonner, être bon pour guérir chez l’autre ce qui fait mal en soi, puis épuisées rêver de pureté à en mourir.

    En annexe :

    « Je ne partage évidemment pas mon temps avec la personne qui s’est mal comportée à mon égard »

    Le temps des rencontres régulières avec la personne qui les a fait souffrir, pour les enfants d’un père en prison, est vital pour leur bon développement. Cela n’a pas été évident et même vivement rejeté, lorsqu’il y a vingt ans le psychiatre Gerard Salem tentait de vaincre les préjugés (et y est parvenu).

    « Cette personne (l’abuseur après exécution de sa peine) a le droit de repartir et faire vivre ce qu’elle a de mieux en elle. Tant mieux si elle est félicitée, plein de gens pourraient profiter de ses qualités humaines, sociales, ou professionnelles »

    Qualités professionnelles, pourquoi pas, on a déjà honoré souvent des personnes pour leur apport à l’humanité sans qu’elles en aient, de l’humanité. Telles Le Corbusier qui a créé des « maisons où bien vivre », fervent du nazisme pour prolonger le bien vivre plus loin que les jardins.

    Et les qualités humaines ? C’est vrai qu’elles peuvent exister, en pleine contradiction avec une sale ombre qui reste verticale au lieu de s’étendre de toute sa largeur dans la cour. Curés, profs, éducateurs ou autres personnes respectées ont été félicitées avant qu’une mauvaise nouvelle tombe. Soyons alors logiques, tant mieux si on continue à les féliciter pendant qu’elles sont en prison pour ce qu’elles ont apporté de bien. Et elles peuvent être aimées parce qu’elles savent aimer… Sans être cette fois-ci ironique, je pense que la préoccupation de vouloir reconnaître ce qu’il peut y avoir de bon, chez une personne qui a été mauvaise, sort parfois du souci de voir la réalité. Un phénomène inverse à celui bien courant du gars qui fait ses commentaires après avoir lu le jugement d’un sadique condamné : « Il faudrait lui faire ceci, cela !.. » : Il se punit lui-même, en fantasme pour en annuler un autre. Dans le comportement opposé, être bon avec la personne mauvaise est une guérison aussi pour la maladie qu’on n’a pas. (Je n’inclus a priori pas le curé, le médecin, qui pense et agit de par sa vocation).

      1. Désolé de vous avoir causé un malaise si vous vous sentez concerné par l’une ou l’autre des personnalités malheureuses que je mentionne dans ce commentaire. Excusez-moi de ne pas m’intéresser à tous les sujets pour pouvoir vous répondre plus amplement.

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