Qui veut noyer son chien…

Quoi qu’en disent certains politologues ou spécialistes de l’éthique politique, la « transparence » s’apparente un peu à une chasse aux sorcières. Les « affaires » genevoises ont évidemment un tour très particulier car il est bien exact que si les notes de frais ne peuvent pas être justifiées, il y a une gestion déloyale de fonds publics tombant sous le coup du droit pénal. Mais dans cette espèce de condamnation médiatique immédiate de tous les élus de l’exécutif de la ville de Genève sans leur laisser la moindre chance d’apporter la preuve éventuelle que les montants dépensés pendant les dix dernières années étaient justifiés, on perçoit une sorte de jubilation malsaine, une délectation dans la curée.

Cette jubilation malsaine atteint son apogée dans la condamnation de Mme Savary. Il importe en effet de ne pas la mettre « dans le paquet genevois » mentionné ci-dessus car elle n’a utilisé que de l’argent privé. Ses relations avec son parti politique ne nous regardent pas et, en tant que parlementaire et non pas membre d’un exécutif, ses liens amicaux avec un millionnaire ne tirent pas vraiment à conséquence. Qui peut bien avoir intérêt à la détruire ? Une jalousie déguisée en justicière virginale serait-elle en train de mener le bal ?

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

7 réponses à “Qui veut noyer son chien…

  1. Il me semble que d’une certaine manière nous rejoignons le modèle des américains, mais pour ces derniers les rivalités politiques l’expliqueraient à mon avis plus que la jalousie, car dans ce pays la population ne plaint pas le perdant, mais choisit plutôt de le défendre avec vigueur dans un premier moment de déception, ou de l’enterrer rapidement. Le meilleur est le plus fort, y compris parfois quand il y a un doute d’erreurs administratives ayant mené à la victoire : Al Gore en 2000, qui après ses contestations du compte des votes est vite devenu le « mauvais perdant » face à un George Bush solide et irréprochable comme John Wayne. Chez nous, je pencherais pour la jalousie d’une partie non négligeable de la population qui voudrait voir Doris Leuthard rouler en Dacia plutôt que dans une belle Tesla. Ou comme je l’ai déjà dit dans un autre blog, en exagérant un tout petit peu, que Pierre Maudet choisisse le vélo électrique pour rejoindre Dubaï plutôt que l’avion sur un siège rembourré de première classe. Alors on veut peut-être noyer le chien primé parce qu’il est trop grand, trop beau, trop tout ! Et en même temps on rira du chien qui espère gravir les marches pour se rendre au salon des importants sur ses pattes de bâtard trop courtes… Cette part de la population qui aboie exerce sa liberté démocratiquement, pour choisir ses maîtres ni trop petits, ni trop grands, afin de pouvoir mieux s’identifier à ceux-ci, et s’expliquer comment il est possible qu’avec des pattes de la bonne longueur les marches d’escalier continuent à glisser : « Ah moi j’ai pas de chance !.. »
    Excusez-moi les chasseurs de grand gibier si vous vous sentez blessés par mes propos, je reconnais tout de même votre force à chacun quand vous vous jetez en meute sur les grands cerfs.

    1. @Dominic – En lien avec le dernier paragraphe, et pour être bref, voulez-vous dire qu’il existe, derrière toute imposture, une scène de chasse où le gibier n’est pas celui que l’on croit, où le caméléon ne se dissimule qu’au regard du chasseur qu’il a désigné comme tel?

      1. @ M. A. Bloesch.
        La meute se moque de connaître la réalité d’une imposture dénoncée dans le vacarme des corps de chasse, les cabots qui obéissent aux coups de sifflets réussiront à coucher parterre le grand animal devant lequel ils gardent distance quand ils sont seuls. Ils recevront un petit bout de gras au retour de leur course, et si nécessaire un coup de bâton pour les renvoyer dans leurs boxes où ils se sentiront pousser de larges cornes au moment de s’endormir.
        Les rêves de grandeur et d’indépendance sont accessibles à tous, il n’est pas nécessaire pour y accéder d’avoir un important compte en banque ou des amitiés avec un millionnaire. Les feuilletons de l’actualité politique offrent l’occasion de se se détendre le soir chez soi, pendant que la laisse sans le collier est suspendue au portemanteau. Est-elle triste cette vie de chien ? Pas tant que ça… C’est tout de même une grande liberté d’être capable de préparer son équelle soi-même.

  2. Belle indulgence, qui vous honore.
    Tout le monde appréciait le profil si suisse de Mme Savary, même ses opposants politiques. La jalousie n’a pas causé sa perte. C’est bien le paradoxe entre sa position de socialiste affirmée et le fait de se faire offrir un voyage et -surtout- financer sa campagne par un milliardaire au bénéfice d’un forfait fiscal (forfait qu’elle combattait avec vigueur) qui l’a perdue. Sans parler de son manque de sincérité lorsqu’il a fallu mettre à plat.
    Les journalistes ne pouvaient pas passer à côté de cela. Le parti ne pouvait rester sans réagir face à l’atteinte à sa crédibilité. Mme Savary l’a compris.
    La Schadenfreude toujours malsaine que certains citoyens ont pu éprouver est la conséquence et non la cause du problème. Elle existe dans tous ces cas où un membre de l’élite boit la tasse. Surtout lorsqu’il s’agit d’une personnalité dont on constate qu’elle a trahi ses idéaux déclarés.

  3. Les écarts de ces politiciens ont-ils lésé la collectivité ? Non
    Ont-ils trompé notre confiance ? Eventuellement mais alors?
    Il faut supprimer le Parlement, les partis, le Conseil fédéral, les banques, les assurances
    et tout le reste qui en font de même.

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