Panamapapers ou la fin de la séparation des pouvoirs

Le journalisme d’investigation joue probablement un rôle important en matière de lanceurs d’alerte. Il peut contribuer à assainir une situation sociale, économique, voire politique, mais à une condition seulement : qu’il ne néglige pas un principe essentiel de la démocratie, la séparation des pouvoirs. Que la police (= la presse d’investigation) mène une enquête, en secret, puis que la population en soit informée, de manière que l’affaire ne puisse pas être discrètement étouffée, que des faits généraux soient rendus publics, c’est sans doute bien. Mais que la même police donne déjà des noms en pâture, en les associant à des probabilités d’actes délictueux, c’est le triomphe de l’arbitraire et cela sent son Robespierre. Quand la police rend la justice elle-même, en se donnant des airs de chevalier blanc, la démocratie a des relents de charnier.

Et qu’on ne vienne pas roucouler en invoquant que l’on a naturellement rappelé le principe de la présomption d’innocence au moment où l’on sous-entendait que telle personne nommée avait accompli les pires exactions. C’est cette présomption d’innocence précisément qui veut qu’on ne rende aucun nom public tant que la culpabilité n’a pas été prouvée, donc tant que la justice ne s’est pas prononcée, en dehors d’un très éventuel flagrant délit. La police enquête, le juge condamne ou acquitte.

Je n’ai aucune sympathie ni pour le blanchiment d’argent, ni pour la fraude, ni pour l’évasion fiscale, ni pour quelque tricherie que ce soit en général, mais les pires régimes politiques sont ceux où la police et la justice sont exercées par les mêmes personnes, par les mêmes autorités ou par les mêmes groupes de pression. Ces régimes-là sont liberticides.

 

Le 8 avril 2016

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Une réponse à “Panamapapers ou la fin de la séparation des pouvoirs

  1. Oui, Madame, c’est très beau, très noble et très juste, ce que vous écrivez là.

    Mais curieusement, quand, en tant que chômeur (en France) on se fait quotidiennement soupçonner d’être un parasite et un tire-au-flanc, voire franchement accuser de frauder… alors là c’est curieux, il y a beaucoup moins de grandes et nobles plumes pour s’en émouvoir.

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