Il y a Europe et Europe

Il y a Europe et Europe

Par un abus de langage que j’ai toujours déploré, les partisans de l’Union Européenne désignent très souvent cette dernière comme « l’Europe ». Ils disent : « la Suisse ne fait pas partie de l’Europe », « l’Europe déclare ceci ou cela » etc…. Chaque fois que je le peux, je relève l’erreur en faisant remarquer que l’Europe est un continent et l’Union européenne une alliance entre Etats. Mais la confusion a une portée politique peut-être plus importante qu’on ne le pense.

En parlant d’elle comme de « l’Europe », les partisans les plus chauds de l’ Union européenne excluent la Russie

Le continent européen va, traditionnellement, de l’Atlantique à l’Oural. Il inclut donc la Russie. Lors de sa création, la future « union européenne », ne comptait que six Etats d’Europe occidentale et ne pouvait évidemment inclure la Russie (alors URSS) pour de nombreuses raisons. Mais la Communauté européenne d’alors ne se confondait pas avec l’Europe. Cette confusion semble dater de l’élargissement de la communauté et peut-être de la chute du mur. A partir du moment où la question s’est posée, avec l’EEE éventuellement, non pas d’étendre l’AELE en y incluant peu à peu les Etats satellites de feue l’URSS, mais de « protéger » ces Etat d’un retour de la patte moscovite en les incluant peu à peu dans l’Union européenne, on s’est mis à confondre l’Union européenne et l’Europe.

La confusion entre l’Union européenne et l’Europe est à la fois un moyen de pression et une exclusion politique

Parler de l’Union européenne comme si c’était l’Europe, c’est marquer un certain mépris pour un Etat – par exemple la Suisse – en ayant l’air de sous-entendre qu’il n’est pas « européen ». Cette apparente confusion – parfois expressément voulue – est évidemment très sotte. Mais elle cherche peut-être un effet psychologique car l’Europe se considère comme un continent particulièrement civilisé.

Cette confusion a plus encore une portée politique grave dans la mesure où elle paraît exclure une fois pour toutes la Russie de la construction européenne. On en voit les conséquences actuelles. La politique de l’Union européenne par rapport à la Russie est dangereuse. Oh Certes ! la notion de démocratie n’est pas très en vogue quand on se rapproche de l’Oural, mais l’est-elle toujours dans certains autres pays de l’Est accueillis au sein de l’Union ? La situation des Roms dans leur pays est-elle le fruit d’une fibre profondément démocratique ? Et que penser de la méfiance viscérale de l’Union Européenne pour la démocratie directe ?

Une réflexion plus profonde sur les conséquences politiques de la confusion terminologique pratiquée ne serait peut-être pas inutile.

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

2 réponses à “Il y a Europe et Europe

  1. Si utiliser “Europe” pour designer une Union qui compte quand même la plupart des pays qui font partie de notre continent vous choque, que dire alors de “l’Amérique” pour désigner un seul pays très loin de représenter à lui seul tout un vaste continent?! Quand Trump proclame “America first”, il inclut le Canada, le Mexique, le Brésil, l’Argentine, etc. ?! Et, au moins, aucun pays de l’UE n’appelle ses habitants “Européens” à l’exclusion de tous les ressortissants d’autres pays faisant partie du même continent. D’autant plus que les soi-disant “Américains” ne le sont pour la plupart que de relativement fraîche date, leurs (proches) ancêtres ayant gentiment massacré les premier habitants des territoires qu’ils ont occupé pour prendre leur place!

  2. Madame,
    Je tente une seconde fois (il n’y en aura pas d’autre) de répondre à votre billet, puisque ma première tentative a été “modérée“ – pour ne pas dire censurée – alors qu’elle ne contenait aucun propos insultant, dégradant, diffamant, etc. Une seconde “modération“ serait perçue, à juste titre, comme une éclatante confirmation de ce que j’avance plus loin:

    A force de vous focaliser sur la Russie dans votre exposé (évoquée à 5 reprises, sans compter l’URSS), on risque de soupçonner un agenda caché. Vous oubliez au passage – délibérément ou non – d’autres pays de l’Europe continentale, comme la Norvège,la Moldavie, l’Ukraine, la Biélorussie, sans compter les Balkans occidentaux (Albanie, Macédoine, Bosnie, Monténégro et Serbie).
    Vous trouvez que la politique de l’UE à son égard est dangereuse? Allez expliquer cela à Monsieur Trump, qui trouve que l’Allemagne achète trop de gaz en Russie…

    L’UE est l’une des rares entités politiques actuelles à maintenir une certaine verticalité en protégeant des valeurs démocratiques ou des principes fondamentaux du droit international.
    La Suisse, elle, fait peine à voir, entre les contorsions pathétiques de MM. Cassis et Schneider-Ammann, obnubilés par la poursuite de la politique qui mange à tous les râteliers (on appelle cela la neutralité, j’imagine, source de notre prospérité) sans s’embarrasser, notamment, de la vente d’armes aux régimes les moins recommandables.

    Je déplore autant que vous la confusion qui semble faire l’objet de votre billet, mais vous en commettez à votre tour de nombreuses autres. La démocratie (pseudo) directe que vous chérissez tant est le fruit de longues décennies d’éducation – même si le mot est fort – civique et d’une certaine propagande nationaliste suisse (y’en a point comme nous), destinée à conforter la populace dans son acceptation d’un système oligarchique en place depuis des siècles – et qui se donne depuis 1848 des allures de démocratie, même si de nombreuses décisions politiques (de son parlement “de milice”) ou juridiques (de ses juges politisés) sont dignes d’une république bananière.

    Il est clair que les pays de l’Europe centrale et orientale n’ont pas pu bénéficier de la même stabilité que la Suisse depuis aussi longtemps, et que la démocratie et la tolérance ne s’apprennent pas du jour au lendemain, surtout lorsque certaines de leurs valeurs presque immuables sont aussi brusquement remises en question. Il faut du temps et de la patience. Comparer cependant l’état de la démocratie en Russie avec celui de ces pays européens relève de la mauvaise foi.

    Quant à la situation des Tsiganes d’Europe orientale (“Rom” étant un terme actuellement contesté et propice à certaines confusions…), attribuer cela à un déficit démocratique dans leurs pays respectifs est bien paresseux et relève d’une certaine ignorance des conditions historiques et sociales qui ont mené à la situation actuelle. Du reste, un grand nombre d’entre eux n’y sont plus, préférant les centres-ville suisses, nettement plus profitables.
    Vous avez finalement raison, une reflexion plus profonde, doublée d’un nettoyage vigoureux de votre pas de porte, ne serait pas inutile.

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