Fathi Derder a raison: la sécurité n’est pas un droit

La page 13 du Temps de cette fin de semaine oppose les opinions de M. Vautravers et de M. Derder sur la question suivante : la sécurité passe-t-elle avant la vie privée? Cette question peut d’ailleurs être formulée autrement : la sécurité est-elle un droit ?
La réponse est, à l’évidence, NON, car la sécurité est un moyen, non pas un droit. Un droit consacre une valeur à reconnaître. La liberté et la vie privée sont incontestablement des droits, car elles représentent la concrétisation du respect de la personne. La sécurité est un moyen d’assurer ce respect. L’Etat est responsable de ce moyen, par le droit, donc aussi les tribunaux, la police et l’armée. Il doit donc s’assurer que ces moyens « autoritaires » sont bien utilisés pour défendre la liberté, la vie privée, l’égalité, et non pas pour acquérir, conserver ou fortifier le pouvoir des autorités. C’est bien pourquoi les pleins pouvoirs, généralement attentatoires à la liberté et à la vie privée, ne sont admissibles à des fins sécuritaires qu’en dernière extrêmité, comme le droit de tuer, qui est une atteinte au droit à la vie, ne l’est qu’en cas exceptionnel de légitime défense.
En résumé, les autorités sont entièrement responsables de la sécurité car elles doivent assurer la sauvegarde de la liberté et de la vie privée des membres de la communauté qu’elles gouvernent. La sécurité n’est pas un droit des citoyens, c’est un devoir des autorités.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

2 réponses à “Fathi Derder a raison: la sécurité n’est pas un droit

  1. La sécurité est un choix, on choisit de se protéger ou de léguer cette protection. Personnellement, je n’ai aucune confiance en l’État pour me protéger. Je refuse clairement tout projet de loi qui pourrait renforcer la politique sécuritaire détenue par l’État.

  2. “La sécurité n’est pas un droit des citoyens, c’est un devoir des autorités.” C’est exactement cela.
    Le premier devoir de César, la première fonction de l’Etat, est d’assurer la sécurité. César assure toujours la sécurité. S’il ne le fait pas, il est supplanté, un autre devient César et assure la sécurité à sa place (donc accomplit son devoir à sa place). Ce que ce devoir implique (en perte de liberté et en gain de rigidité), dépend de l’état de la société. Puisque l’état de la société dépend des citoyens, ceux-ci sont ultimement responsables de la perte de liberté et de la rigidité étatique accrue qui ont été rendues nécessaires par le désordre social résultant de leurs actes et de leur comportement.
    Lorsque, dans une société, la majorité des bons citoyens ordinaires (pris sur le fait pour des broutilles, comme un dépassement de temps de stationnement) commencent par s’en prendre aux forces de l’ordre (par des remarques désobligeantes, des insultes ou des voies de fait), au lieu de reconnaître simplement leur tort, il n’est pas étonnant que les véritables ennemis de l’ordre établi aient recours à des moyens ultra-violents.
    Le théologien suisse Hans Urs von Balthasar écrivait en 1975 : “l’Etat post-chrétien sera encore porté un temps par la religiosité et l’éthique de ses citoyens chrétiens; mais que la force de ceux-ci faiblisse et l’institution étatique, dont la société a besoin pour ne pas sombrer dans l’anarchie, se muera en une carapace qui ne laissera à l’individu aucun espace pour respirer.”
    Pour une analyse complète de ces problèmes de violence, qui sont en fait tout simples: http://www.raphaelbaeriswyl.ch/pdf/Theorie-generale-de-la-violence.pdf) .

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