Une médiatisation de la confusion

La fâcheuse habitude des slogans favorise la confusion des idées.
La première page du Temps de ce jour cite, entre guillemets, une affirmation imputée à Mme le Pen, à savoir : « Le peuple a toujours raison même quand il a tort ». Voilà qui s’appelle confondre une règle d’ordre et une opinion.
La démocratie fonctionne grâce à la règle d’ordre de la majorité des votants. Sans cette règle d’ordre, ne peut régner que l’anarchie ou l’arbitraire. Cette règle d’ordre permet de mettre fin à un moment précis à un « combat d’opinions », sans conteste possible, parce que les chiffres – en dehors de l’erreur de comptage ! – sont des faits objectifs indiscutables.

Le respect de la majorité est une règle d’ordre non pas un jugement de valeur

Afin que l’ordre règne, le résultat majoritaire doit être respecté et mis en oeuvre. Que la majorité ait voté pour telle opinion permet aux autorités qui doivent la mettre en oeuvre de se prévaloir d’une légitimité démocratique, en particulier dans les relations internationales, quand elles cherchent à exécuter le choix sorti des urnes. Mais personne n’a jamais contesté le droit, voire le devoir d’une autorité, qu’elle soit politique ou judiciaire, de chercher l’interprétation d’un texte complexe et l’application de ce dernier de manière conciliable avec l’intérêt et l’esprit de la communauté que cette autorité représente. Si le texte a une portée internationale, cette recherche implique autant d’intelligence diplomatique que de fermeté. La première est une condition de l’efficacité de l’autorité sur le plan international où la « face » (= la susceptibilité nationale ou conventionnelle) importe parfois plus que le résultat ; la seconde s’appuie sur le fonctionnement de la légitimité démocratique, soit le respect du résultat du vote. Personne ne doit s’occuper vraiment de savoir si « le peuple a raison ou tort » pour la pure et simple raison que ce jugement des citoyens peut être insultant ou affaiblissant. Il est insultant s’il sous-entend que les citoyens sont stupides et affaiblissant s’il signifie que les autorités ne sont pas crédibles, c’est-à-dire ne savent pas faire passer leurs messages auprès de leurs administrés.
La démocratie, condition de la liberté, est probablement le régime qui exige le plus de bon sens et de maîtrise de soi de la part de tous les acteurs. Les populistes de gauche comme de droite et ceux qui embouchent leurs trompettes pourraient bien devenir des fossoyeurs de la liberté.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

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