Avec le programme Artemis, Les Américains s’apprêtent à revenir physiquement sur la Lune ! Quel en est l’intérêt ?

Dernière nouvelle (29/08/22 à 14:38): le lancement du SLS a été annulé pour aujourd’hui car les ingénieurs ne sont pas parvenus à refroidir suffisamment l’un des quatre moteurs du lanceur. Ce refroidissement est indispensable pour que les moteurs puissent supporter l’arrivée des gaz ultrafroids (hydrogène et oxygène) qu’ils utilisent. La prochaine tentative aura lieu le 3 septembre entre 20h17 et 22h17 (heure suisse).

Si tout se passe bien, la fusée géante « SLS » (« Space Launch System ») de la NASA devrait faire son premier voyage dans l’espace ce lundi 29 août*. Ce sera la première mission du programme Artemis qui comprend outre le lanceur, son second étage et sa capsule Orion, une station spatiale lunaire, le « Lunar Gateway » et un camp de base, au sol de la Lune. Pour joindre ces deux derniers en navette, un transport doit être assuré par SpaceX avec une version spécifique de son Starship.

*lancement de Cap Canaveral prévu à 14h38 (heure Suisse). Vous pourrez suivre ce lancement en regardant la chaîne YouTube de la NASA : https://www.nasa.gov/press-release/nasa-sets-launch-coverage-for-artemis-mega-moon-rocket-spacecraft

Mais ce vol, « Artemis I », n’est qu’un vol préparatoire. Il doit tester la capacité de lancement du SLS construit par « ULA » (« United Launch Alliance », groupe d’industriels américains dirigés par Boeing) et la capacité de retour sur Terre d’une distance au moins aussi éloignée que celle de la Lune, de la capsule Orion. Cette dernière n’a déjà été testée qu’une seule fois, en 2014, et dans des conditions « plus douces » puisqu’en orbite basse terrestre (deux orbites, rentrée à 8,9 km/s). La mission Artemis I doit, elle, durer 26 à 42 jours, le temps de décrire les orbites prévues et de vérifier que tout fonctionne avant le retour au sol. Le problème majeur est, au-delà du bon fonctionnement du second étage qui fait peu de doute (voir plus bas), la résistance à l’agression thermique de l’atmosphère sur Orion qui sera beaucoup plus forte qu’au retour de l’ISS. Pour mieux simuler les conséquences d’une rentrée sur Terre à une vitesse au moins aussi grande que celle d’un retour de la Lune, Orion sera envoyé sur une orbite qui l’entrainera à 450.000 km de la Terre (Lune 385.000 km). Sa vitesse au retour dans l’atmosphère terrestre sera de plus de 39.600 km/h (11 km/s) et la chaleur sur sa coque de 2.760°C. Ce n’est pas rien ! Il y aura par ailleurs trois passagers fictifs à bord, dont deux féminins, bourrés de capteurs pour enregistrer les effets des accélérations/décélérations et aussi des radiations. La très bonne idée est d’avoir pour les deux “femmes”, un mannequin portant un gilet-antiradiations et l’autre non. A noter que le gilet anti-radiations est l’Astrorad de la société israélienne Stemrad que je suis particulièrement fier d’avoir identifiée dès Novembre 2016 (voir mon article de blog).

Illustration ci-dessus: architecture de la mission Artemis I, crédit NASA.

Le premier vol avec de vrais astronautes à bord, « Artemis II », est prévu pour 2024. Ce sera un vol autour de la Lune, toujours en capsule Orion. Le « premier second pas » sur la Lune (Artemis III) est lui prévu pour 2025. En 2020, la date cible pour ce n°3 était 2024 avec un relai en orbite lunaire, le Gateway, à partir duquel une version lunaire du Starship devait descendre sur la Lune. Le dispositif, très lourd (et pas forcément nécessaire) est loin d’être prêt et l’on peut douter qu’il le soit dans les délais. Si tel était le cas, Artemis III aurait quand même lieu dans des conditions similaires à celles d’Apollo XI le 20 juillet 69, avec un module restant en orbite avec deux personnes (Orion) et un module descendant au sol avec deux autres personnes (voir l’architecture du vol dans l’illustration de titre).

Ces 3 premiers vols Artemis seront portés par un second étage provisoire ou « intérimaire » comme disent les Américains, nommé « ICPS » (« Interim Cryogenic Propulsion Stage »). Ce n’est qu’après les trois premières missions Artemis que l’on disposera d’un second étage « définitif », l’« EUS » (« Exploration Upper Stage ») également construit par ULA. L’ICPS n’est pas un « perdreau de l’année » et c’est pour cela qu’on peut être tranquille sur son fonctionnement. Il s’agit en effet de la version modifiée d’un second étage plus connu, le DCSS (Delta Cryogenic Second Stage), qui a volé 24 fois depuis 2004 sur des missions portées par le lanceur Delta IV (avec 100% de réussites).

Nous ne sommes donc pas encore au vrai « retour sur la Lune » mais au « retour vers la Lune ». Ce qui va se passer en août/septembre 2022, pendant la durée de la mission Artemis I, est néanmoins très important parce que cela signifiera que (1) les Américains concrétisent leur envie de reprise des vols habitées au-delà de « LEO », l’orbite basse terrestre (là où évolue la Station Spatiale Internationale qui vit ses dernières années), dans ce que l’on appelle « l’espace profond » ; (2) que leur lanceur « SLS » fonctionne, ce qui n’est pas toujours pas évident aujourd’hui. Je rappellerais seulement qu’ils (plus précisément l’ULA) y travaillent depuis 2005 (la première version du projet SLS s’appelait ARES), ce qui est particulièrement laborieux, et qu’il n’y a eu aucun essai en vol. Pendant le même temps SpaceX a énormément développé la technologie aéronautique notamment la récupération de ses lanceurs « Falcon » devenus de ce fait réutilisables (ce qui ne sera pas le cas du SLS) en procédant selon une méthode très différente (multiplication des essais avec la philosophie « trial and error »).

La concrétisation de l’intention n’est donc pas assurée. Mais quel en est l’intérêt ?

L’esprit de l’époque aidant, la NASA met en évidence que le « premier second pied » sera celui d’une femme et qu’elle sera noire. Si ce n’était que cela, on pourrait au choix en rire ou en pleurer. Mais comme je l’évoquais plus haut, il y a plus. Il y a la reprise du rêve américain de « frontière », d’exploration et d’aventure. Je m’en réjouis tout en craignant qu’encore une fois la Lune ne face écran à Mars. Je m’explique :

D’abord il s’agit de faire mieux que les ronds dans l’eau qu’étaient les allers-retours « vers » et « de » l’ISS.  Dès le début les investissements dans cet ISS ont paru surdimensionnés par rapport aux bénéfices scientifiques qu’on pouvait en tirer. Il y a des années qu’on cherche presque désespérément à occuper les astronautes à des expériences intelligentes à bord de ce « machin » qui à l’origine avait surtout un sens politique : la coopération avec les Russes (et marginalement les Européens). On finit par trouver quelques expériences utiles mais on aurait aussi bien trouvé et davantage, si on avait institué une routine de voyages sur la Lune qui, au moins, aurait permis d’en continuer l’exploration.

Avec le programme Artemis on va évidemment apprendre beaucoup plus de la Lune que ce que l’on en sait aujourd’hui. Cet astre qui a très peu changé depuis qu’il a été formé à l’aube de notre propre histoire, n’a en effet pas tout dit de l’environnement dans lequel nous sommes nés, notamment de l’arrivée de l’eau dans une région du système solaire de laquelle le jeune Soleil aurait dû en chasser (presque) toute molécule. L’eau très ancienne que l’on trouvera dans les cratères perpétuellement à l’ombre du pôle Sud de la Lune (et très difficilement accessible) nous donnera des renseignements très intéressants à ce sujet. On peut aussi apprendre des vagues destructrices d’astéroïdes qui ont à plusieurs reprises changé le cours de notre histoire et conduit jusqu’à l’homme. Les astéroïdes se fragmentent souvent avant l’impact sous l’effet des forces gravitationnelles et l’on pourrait peut-être trouver des témoins de certains qui ont été importants pour nous mais dont les traces ont été effacés sur Terre par l’érosion de l’eau ou par la tectonique des plaques. On pourra examiner avec plus d’attention qu’au cours des quelques furtives missions Apollo la face exposée à la Terre et surtout la face cachée beaucoup plus cratérisée et qui nous a servi de bouclier.

Ensuite, la Lune est notre « premier pied dehors ». Nous pourrons tester certains des équipements que nous utiliserons ensuite pour Mars, les générateurs d’énergies, les scaphandres, le recyclage de l’oxygène ou de l’eau, l’utilisation des engins de travaux publics dans un milieux de gravité réduite et où la poussière est extrêmement agressive du fait que les particules n’ont pas été agglomérées par l’eau et qu’elles n’ont pas non plus été émoussées par l’érosion. Nous pourrons aussi tester le Starship puisque c’est une version de ce merveilleux vaisseau qui sera (en principe) utilisée pour aller du Gateway à la Lune. Nous nous exercerons à le faire atterrir sur un support brut (ce ne sera pas une plate-forme toute lisse, de densité soigneusement égalisée). Nous nous entrainerons aussi à décharger des masses non négligeables depuis une hauteur de 30 mètres (hauteur du plancher bas du sas du Starship, au-dessus des moteurs et des réservoirs). Nous apprendrons encore à vivre et surtout travailler avec la lumière sans ombre du Soleil (pas d’atmosphère) et surtout malgré les radiations (pas d’atmosphère !). Nous verrons comment constituer rapidement des abris en les creusant dans le sol ou en accumulant le régolithe au-dessus de constructions imprimées en 3D ; et bien sûr comment cultiver dans des serres les produits frais indispensables à une vie saine…quoique, il sera sans doute plus facile de les apporter de la Terre puisqu’on n’y vivra que de courts séjours (30 jours maximum au début) et que la Terre sera facilement accessible.

Car la Lune n’est pas vraiment Mars. Cette dernière ne peut être rejointe depuis la Terre que tous les 26 mois (rapport changeant entre la position de ces planètes autour du Soleil) alors que l’on pourra apporter des vivres tous les mois sur la Lune et aller y chercher les malades et les blessés en cas de besoin. Sur Mars les cultures sous serre seront indispensables, une présence médicale lourde également. Sur Mars on devra vivre avec un vrai décalage temporaire avec la Terre. Sur la Lune ce décalage sera très léger et à peu près constant.

Mars présente donc des inconvénients mais aussi des avantages : jours de 24h39 contre 14 jours (la moitié de 28 !), atmosphère qui limite les impacts de micrométéorites, présence de glace d’eau relativement accessible, possibilité de produire sur place les ergols nécessaires au retour des fusées sur Terre (ce qui réduit considérablement les masses à y apporter), diversité minérale beaucoup plus grande que sur Terre puisqu’il y a eu travail de l’eau, volcanisme beaucoup plus actif et brassage des poussières sur une très longue période ce qui a diffusé la minéralisation un peu partout en surface.

La différence c’est aussi que Mars est une vraie planète, avec une histoire géologique beaucoup plus riche et qu’elle peut nous apprendre beaucoup plus sur le processus d’évolution des matières organiques vers la vie, que la Lune qui est pratiquement morte depuis toujours.

Mars est plus difficile à atteindre et plus exigeante au point de vue de la « solidité » des technologies qui devront être employées pour y vivre mais Mars est beaucoup plus intéressante. En commençant par la Lune on risque de se focaliser sur la Lune et d’y rester « collés ». C’est un peu ce qui se dessinait déjà sous la présidence de Georges W Bush, quand le programme (évidemment inachevé du fait de l’arrivée de Barrack Obama) était « The Moon and Beyond », le « beyond » voulant dire, in petto, « Mars ». Très vite, dès le début de la présidence, on ne parlait plus que de la Lune alors que Michael Griffin l’Administrateur de la NASA alors en poste avait été un des membres fondateurs de la Mars Society US. Le lobby lunaire est puissant et la routine s’installe très vite dans les grosses maisons ! Ce fut la même chose avec l’ISS qui devait être un instrument pour se préparer à vivre dans l’espace et qui devint très vite une fin en soi dont on ne savait trop que faire (combien de vidéo montrant des astronautes jouant avec des boules d’eau, ou regardant la Terre en rêvant par la coupole d’observation !). Je crains donc que le passage par la Lune maintenant programmé, occulte vite et pour longtemps l’objectif Mars, même si la suite d’Artemis, « Moon to Mars » existe déjà dans la tête des « Martiens…quoi qu’on en dise.

Illustration de titre : le SLS surmonté d’Orion de la mission Artemis I sur sa plateforme de lancement. Photo NASA

Illustration ci-dessous: architecture de la mission Artemis III (2025). Crédit NASA.

Liens :

https://actu.orange.fr/monde/a-houston-la-nasa-en-ordre-de-marche-pour-retourner-sur-la-lune-CNT000001RjJUx/photos/une-replique-de-la-capsule-orion-de-la-nasa-servant-a-l-entrainement-des-astronautes-le-3-aout-2022-au-centre-spatial-johnson-de-houston-au-texas-58a2cd488a077dda73e62ce6f8b0e493.html

https://www.ulalaunch.com/interim-cryogenic-propulsion-stage-(icps)

https://www.ulalaunch.com/

https://www.nasa.gov/sites/default/files/atoms/files/artemis_plan-20200921.pdf

https://en.wikipedia.org/wiki/Artemis_3

Pour comprendre la complexité des contraintes qui s’imposent pour la date, mois, jour et heure du lancement vers la Lune (“fenêtre de lancement”), je vous invite à regarder cette passionnante vidéo de la NASA: https://www.youtube.com/watch?v=ic8CqTDzn3A

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 22 08 17

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

35 réponses à “Avec le programme Artemis, Les Américains s’apprêtent à revenir physiquement sur la Lune ! Quel en est l’intérêt ?

    1. Bonsoir et oui merci de pouvoir exprimer
      mon opinion !
      Au jour d’aujourd’hui, réchauffement climatique, hausses des tarifs énergétiques et +, comment accepter que l’on envoie des fusées faire le tour de la lune et dans quel but, voir notre planète de haut se consumer avec tous les *feux” de cet été ou assister aux destructions massives autour de l’Ukraine ?
      Mais money is money !!! Au détriment…

      1. Le réchauffement climatique n’est pas le seul sujet auquel on puisse s’intéresser dans la vie! Par ailleurs l’impact du lancement des fusées d’exploration sur la diffusion de CO2 dans l’atmosphère est infinitésimal par rapport à d’autres activités humaines. Si vous êtes vraiment préoccupé par la pollution atmosphèrique, allez d’abord dire aux Chinois ou aux Indiens de fermer leurs usines qui fonctionnent au charbon, on verra après.
        Quant à votre allusion à l’argent comme LA motivation qui ferait qu’on s’intéresserait à l’espace elle est soit stupide soit obsessionnelle (ou les deux).
        Si vous ne voyez pas l’intérêt de l’exploration spatiale, je ne peux rien pour vous et je ne vais pas perdre mon temps à vous l’expliquer.

        1. Ma motivation qui ferait qu’on s’intéresserait à l’espace est selon moi “soit stupide soit obsessionnelle (ou les deux)” ?
          Et non je ne vois pas l’intérêt de l’exploration spatiale au jour d’aujourd’hui, et dommage que vous ne puissiez rien pour moi mais je ne vous en demande pas autant ! Je pense simplement que cette exploration a le temps d’être dans le futur de mes petits enfants qui vont subir nos déficiences !

      2. Des fusées qui rejettent essentiellement de la vapeur d’eau, avec par ailleurs quelques lancements par an au grand maximum, n’ont quasiment aucun impact sur les problèmes qui vous préoccupent. De même les budgets sont d’un tout autre ordre de grandeur que les sommes “investies” dans les armements par exemple, dont on voit aujourd’hui tous les “bienfaits” 🙁 ! Il ne faut pas se tromper de cible. Et le but de l’exploration spatiale est simple, celui qui a de tous temps motivé notre espèce: apprendre et connaître. Ou auriez-vous préféré qu’on en reste à Néandertal (ce qui ne lui a pas trop réussi d’ailleurs)?!

  1. Ce vieux fonds de pessimisme! pourquoi serions-nous “collés” sur la lune? Un proverbe terrien dit: “l’appétit vient en mangeant”. Si l’on s’aperçoit que la lune rapporte de l’argent, de nouvelles connaissances, des trouvailles technologiques motivées par la nécessité… dans des conditions de sécurité satisfaisantes, je peine à croire qu’on se contentera de ce qu’on a. Les problèmes sont ailleurs: y aura-t-il des guerres qui scotcheront tout l’argent et réclameront tous nos efforts en nous privant de beaucoup d’ingénieurs et aussi quelle sera la vitesse des progrès: nouveau lanceurs, protection médicale et tous les engins de terrassement dont vous parlez? La lune a son intérêt, Mars a son intérêt. Ils ne sont pas les mêmes mais les deux nous enrichiront de façons différentes. C’est vrai que Mars a un avantage avec son atmosphère, sa plus grande gravité et peut-être son histoire. Cependant on peut craindre que beaucoup de temps s’écoule entre le voyage vers la lune et celui vers Mars, plus cher, plus difficile

  2. A ma connaissance, le Starship HLS n’est retenu que pour Artémis III. Le ou les atterrisseurs des vols suivants ne sont pas encore choisis. Ou avons-nous des informations plus récentes ?

    L’avenir du SLS est également incertain. Si les informations circulant sur son coût sont confirmées, 1,5 à 2 milliards de dollars par lancement, le lanceur est mort-né. Il sera difficile de justifier son maintien auprès des contribuables américains.

    Ce qui, par ricochet, peut ouvrir un boulevard au seul lanceur comparable restant, justement le Starship et surtout son 1er étage le Super Heavy. Ce pourrait être une raison de la NASA de l’avoir choisi pour l’atterrissage d’Artémis III : lui permettre de le tester dans l’optique d’une future substitution. Simple supposition de ma part.

    1. Vous avez raison, je crois que la direction de la NASA a vu l’intérêt du Starship et pense à lui pour la suite. Le fait que le SLS ne soit pas réutilisable est un énorme désavantage.
      Pour le moment la visibilité au-delà d’Artemis III est extrêmement faible et pour cette mission, la NASA a même envisagé de ne pas disposer encore du Starship HLS puisqu’un atterrissage et retour de la Lune serait possible sans ce transporteur.

  3. Un article pour le 20ème anniversaire de présence permanente à bord de l’ISS montre qu’il y a eu presque 3.000 expériences scientifiques à bord:
    https://www.nature.com/articles/d41586-020-03085-8
    L’une d’elle est extrêmement utile pour réutiliser l’eau (MELiSSA):
    https://www.esa.int/Space_in_Member_States/Belgium_-_Francais/MELISSA_de_la_recherche_spatiale_utile_sur_la_Terre

    C’est vrai que l’ISS a d’abord servi pour de la géopolitique, mais puisqu’elle est là, même en tournant en rond, elle se trouve dans un environnement d’où la recherche peut en tirer profit !

    1. On aurait pu mener les expériences effectuées sur l’ISS, au cours de n’importe quel voyage dans l’espace profond, à commencer par des voyages aller et retour sur/de la Lune.

      1. Bonjour Monsieur,

        Considérez-vous l’ISS comme une perte de temps dont la recherche n’a en rien tiré profit , au hasard donc de presque 3000 expériences?
        Comment auriez-vous matériellement organisé les mêmes expérimentations sous la forme d’aller-retour Lune ( équivalences de budgets, fréquences, conditions d’expérimentation…..) ?

        Vous remerciant,

        1. Pour rappel, en 1969, c’est la politique et rien d’autre qui nous a amenés sur la Lune. Cet objectif atteint, elle ne dictait pas d’aller plus loin, ni même d’approfondir ces missions. Afin de ne pas perdre l’acquis, et dans le contexte technique et financier de l’époque, décision a donc été prise de réorienter les vols habités vers la mise au point d’un système de transport supposé plus économique (navette, décision Nixon) puis, quelques années plus tard, d’une station scientifique orbitale (Reagan).

          Choix qu’on peut bien sûr toujours discuter, mais qui faisaient à l’époque l’objet d’un large consensus.

          Cette station, l’ISS, a en effet beaucoup apporté aux sciences, à commencer par celles relatives à de futurs voyages interplanétaires. Il n’est néanmoins pas sûr qu’elle ait été rentable (c.à.d. qu’on n’aurait pas pu faire moins cher sur Terre, ou renoncer à certaines expériences). Mais comme rappelé, le but était d’abord de garder l’acquis spatial dans l’attente de jours plus favorables.

          Peut-être ceux-ci sont-ils arrivés. Ou peut-être pas : en puissance propulsive, on n’a fait aucun progrès depuis 60 ans, un gros handicap pour l’espace profond.

          Quant à compacter 400 tonnes d’infrastructure orbitale et leurs expériences comme passager non payant d’un vaisseau d’espace profond, il doit s’agir d’une boutade.

          1. On n’a peut-être pas fait de progrès en force propulsive mais, grâce à l’informatique (TRN), on a fait beaucoup de progrès dans la précision des atterrissages. C’est très important.
            .
            Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi vous évoquez le compactage de 400 tonnes d’infrastructures orbitales comme passager non payant d’un vaisseau d’espace profond. On aurait pu pendant ces 20 ans faire, l’une après l’autre, toute une série d’expériences très utiles…tout en faisant payer les expérimentateurs. Est-ce que personne n’a payé le fonctionnement de l’ISS?
            .
            Je ne pense pas non plus que les 400 tonnes d’infrastructure orbitale n’auraient pas eu leur équivalent dans une succession de vaisseau spatiaux, ni que les quelques tonnes d’équipements sur les 400 tonnes strictement utiles pour les expériences scientifiques n’auraient été utilisées toutes en même temps et à l’occasion de chaque séjour.

          2. On a développé la propulsion électrique qui équipe la quasi majorité des nouveaux satellites et leur donne une durée de vie bien plus longue.
            On a développé les lanceurs réutilisables ce qui est un progrès important.
            ETC… beaucoup de nouvelles technologies on pu être élaborées grâce à l’ISS.

        2. Le but des expériences menées dans l’ISS était, me semble-t-il, de savoir comment on pourrait vivre dans l’espace. Donc au lieu de rester en orbite basse terrestre et étant donné qu’on pouvait le faire, pourquoi ne pas être retourné sur la Lune, tout en faisant à l’occasion des expériences dans l’espace en apesanteur?
          .
          Par ailleurs, depuis 1998, plus de 20 ans, on n’a pas été capable de faire une seule expérience sur la restitution de la gravité par force centrifuge, alors que le vol en apesanteur est une des deux difficultés majeures (avec les radiations) que devront affronter les astronautes en missions lointaines et de longue durée.

          1. La remarque qu’« on aurait pu mener les expériences effectuées sur l’ISS au cours de n’importe quel voyage dans l’espace profond » n’était assortie d’aucune mention réductrice, ce qui peut se comprendre sans désavantage par rapport à l’ISS. Or l’emport d’une expérience et de ses besoins en servitude dans l’espace lointain a nécessairement un surcoût par rapport à l’orbite basse. C’est pour ce surcoût, non mentionné, que je parlais de passager non payant. Ou alors il fallait préciser à coût plus élevé pour le demandeur. Et l’emport cumulé de toutes ces servitudes aurait bien requis celui peu ou prou de toutes les fonctionnalités de l’ISS venant au fil du temps s’ajouter à celles de vaisseaux existants.

            Je rejoins votre avis sur l’absence navrante d’expérience de gravité artificielle. Mais l’ISS n’est pas le seul lieu pour le faire : sa fonction officielle n’est pas de tester le comportement de l’homme dans l’espace, ce qui serait réducteur, il est de mettre à disposition de l’industrie et de la science en général un laboratoire en environnement spatial.

  4. Bonjour Monsieur,

    Je suppose que vous avez voulu dire “sur la Lune” plutôt que
    “Car la Lune n’est pas vraiment Mars. Cette dernière ne peut être rejointe depuis la Terre que tous les 26 mois (rapport changeant entre la position de ces planètes autour du Soleil) alors que l’on pourra apporter des vivres TOUS LES MOIS SUR MARS

    1. Vous avez tout à fait raison. L’erreur m’a d’ailleurs déjà été signalée par une fidèle lectrice…et je l’ai donc corrigée dans le texte que vous pouvez lire actuellement sur mon blog.

    1. Principe (fusées à étages) défini par Constantin Tsiolkovski au tout début du 20ème siècle (“L’Exploration de l’espace cosmique par des engins à réaction”, 1903).

  5. Sincèrement, je pense que la raison qui pousse les américains à accélérer leur retour sur la Lune, c’est que les chinois s’apprêtent à y aller d’ici la fin de la décennie.
    La Chine ne cache pas son intention de s’y installer durablement et s’en donne les moyens.

    1. C’est ce qui a manqué depuis la fin du programme Apollo, un peu de compétition pour stimuler l’exploration spatiale. Les Russes n’en ayant plus la capacité. c’est aujourd’hui la Chine qui est le seul compétiteur capable à terme de battre en brèche la suprématie des “Américains” dans l’espace, et peut-être même d’arriver sur Mars avant eux (les projets US actuels, qu’ils soient basés sur le SLS ou le Starship suscitant quelques doutes sur leurs chances de succès, au moins dans les délais annoncés). Cela relance un peu le suspense et l’intérêt!

  6. Principe oui mais mis en brevet et en ACTION RÉELLE ET CONTRÔLÉE EN PLUSIEURS FOIS par l’ingénieur français ! DAMBLANC est comparable aux Frères WRIGHT tandis que la théorie de Tsiolkovski est à comparable à Clément Ader dans ce domaine, n’en déplaise aux chauvins russes…

    1. On n’est pas dans une cour d’école! Rappeler la part de chacun dans les développements qui ont conduit à l’astronautique d’aujourd’hui n’a rien à voir avec du chauvinisme (il faudrait que je sois Russe d’ailleurs pour cela, or je n’ai aucun lien avec ce pays!). Poser des bases théoriques est tout aussi important que de les utiliser ensuite pour des développements pratiques; à chacun sa contribution.

      1. Épargnez-moi votre ton condescendant. Pourquoi donc on ne cite JAMAIS la contribution de DAMBLANC dans les cercles pro-russes et que même beaucoup de chercheurs européens méconnaissent ?
        Je rend à César ce qui est a César. Le PREMIER QUI A FAIT VOLER DES FUSÉES MULTI-ÉTAGES DÉTACHABLES EST L’INGÉNIEUR EUROPÉEN FRANCOPHONE DAMBLANC. Il doit être reconnu comme le pionnier: si Jules Verne a posé le principe théorique de l’avion dans “Robur le Conquérant”, ce sont les Frères Wright qui en sont les vrais pionniers…

        1. Monsieur Donneur, je vous prie de descendre d’un ton dans vos interpellations. Oui Louis Damblanc a été un très grand ingénieur/inventeur et l’astronautique lui doit beaucoup pour avoir compris l’intérêt de la propulsion multi-étages. Mais de grâce ne soyez pas aussi véhément!

          1. Merci. De plus, la 1ère base théorique pour une fusée multi-étage vient de Lituanie…en 1650 par l’ingénieur Siemienowicz.
            Damblanc a eu le mérite d’être le 1er à la mettre en oeuvre, y compris les séparations d’étages par une minuterie tout en ayant des capteurs de suivi. Ma frustration vient du fait que l’on ne trouve rien sur Louis Damblanc dans le site de l’ESA ou sur le site officiel ROSCOSMOS (à part une photo chez l’ESA) et qu’il faille trouver l’information sur un site de nos amis du Nouveau-Mexique… De 1936 à 1940, Louis Damblanc effectua pas moins de 360 lancements de fusées dont certaines à trois étages (les plus puissantes propulsions de l’époque) et il avait déjà inventé les parachutes de descente dans l’optique de livrer des colis par fusée… https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Kazimierz_Siemienowicz

        2. C’est un fait que, dans le roman national francophone, l’espace n’occupe pas la même place que la cosmonautique en Russie. Conduisant à des postérités parfois inéquitables. Les Français préfèrent citent leurs écrivains, leurs peintres impressionnistes ou leurs grands crus classés. Chacun ses vices …

          Votre lien sur L. Damblanc renvoie à une conférence de l’A3F et, plus précisément, de sa Commission histoire. Dont un grand mérite est d’avoir largement œuvré à corriger ce travers et réhabilité nombre de figures du monde aérospatial injustement tombées dans l’oubli, notamment francophones.

          Confirmant au passage que l’astronautique est une discipline décidemment … collective. Il y a de la place pour tous.

  7. Bonjour,
    Je suis surpris de voir que le trajet aller durera entre 8 et 14 jours et le trajet retour entre 9 et 19 jours.
    Durant les missions Apollo, ces trajets duraient entre 2 et 3 jours.
    C’est très surprenant, comment expliquer cela ?
    Merci pour votre réponse.

    1. En réalité, il faut aujourd’hui ni plus ni moins de temps qu’hier pour atteindre la Lune : 3 jours hors atterrissage. La mission Artémis I dure plus longtemps car elle vise à vérifier le fonctionnement du vaisseau dans plusieurs configurations orbitales, dont certaines l’éloignent du reste encore plus que la Lune.

      Les temps sont les mêmes que pour Apollo car les principes de vol sont identiques : injection sur une trajectoire balistique qui fait rencontrer l’orbite de la Lune (« balistique » s’entendant comme tous moteurs éteints). Le vol de Tintin était plus court, de mémoire 1/2 journée environ, car motorisé sur une grande partie. Une technique conceptuellement correcte mais non disponible aujourd’hui.

          1. La première figure du blog indique dans le carré en haut à droite :
            (outbound transit 8-14 days, return transit 9-19 days)
            ( Source NASA https://www.nasa.gov/sites/default/files/thumbnails/image/artemis_i_3_28_22.jpg ).
            Selon d’autres articles, il semblerait que ce soit effectivement une trajectoire bien plus longue qui est choisie pour toutes les missions Artémis car moins consommatrice d’énergie que la trajectoire plus directe des vols d’Apollo qui ne durait que 2 ou 3 jours mais nécessitait une poussée plus importante. Cela peut se comprendre étant donnée que la fusée a une puissance quasi similaire à Saturn V et que la charge utile à envoyer vers la lune est bien plus importante.

  8. @ Little

    Outbound et return transits se réfèrent à entrée et sortie de l’orbite rétrograde lointaine. Le transit lunaire prend lui-même 3 jours comme expliqué précédemment expliqué.

    Reste que le SLS n’a pas décollé. C’est son 17ème report de lancement. Il accuse 6 ans de retard, son devis de développement a triplé, et les informations qui circulent sur son coût de fabrication sont alarmantes. Pour un lanceur qui, rappelons-le, réemploie des moteurs existants et est un tiers moins puissant que Saturn V. Ce programme n’est pas tenu.

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