NASA/Jenny Mottar

La vie ailleurs, peut-être ?

Les hommes ont d’abord cru voir dans le ciel les traces de l’activité de leurs dieux. Ils admiraient ou vénéraient les astres et les craignaient en raison de leurs déplacements alors incompréhensibles et de leur apparente éternité. Petit à petit ils ont réalisé que ces astres étaient en fait de la matière régis par les mêmes lois que la Terre et ils ont envisagé comme conséquence logique, que l’univers entier pouvait être peuplé d’êtres conscients aussi complexes qu’eux-mêmes (cf. Giordano Bruno dans « De l’infinito universo et mondi », 1584).

Cette pensée anime toujours nos contemporains comme le montre la recherche SETI (Search for Extra-terrestrial Intelligence).

Mais, avec le temps, si la conviction s’est établie que la vie est bien un phénomène résultant d’un processus d’évolution de la matière dans un environnement favorable (le nôtre puisque c’est le seul que nous connaissons et que nous comprenons le rôle du carbone, de l’eau et de l’énergie solaire), il s’avère également que ce processus a été extraordinairement complexe, ou plutôt que les conditions qui l’ont permis ont été extrêmement particulières et donc difficiles à réunir.

Ainsi on a pu avancer assez loin dans la simulation de l’évolution des molécules organiques. On y travaille depuis Alexandre Oparine (1922) et J.B.S. Haldane (1929) puis Stanley Miller et Clayton Urey (1953) qui ont montré qu’on pouvait obtenir des cellules ou des acides aminés dans une « soupe primordiale » frappée par une pluie d’impacts de foudre.  Ensuite on a découvert que les poussières, les astéroïdes ou les comètes peuplant l’espace fourmillaient de ces éléments prébiotiques relativement simples. La dernière découverte à ce sujet est celle de la sonde Rosetta qui a trouvé que la comète Churyumov-Gerasimenko était riche en éléments organiques complexes dont certains utilisables par la vie.

Mais il reste une distance énorme entre ces éléments et leur assemblage en cellules vivantes.

En fait il a fallu la Terre, agissant comme réacteur biologique puissant et remarquablement bien « réglé », pour aller jusqu’au bout du déclenchement du processus de vie, c’est-à-dire à l’existence d’organismes puisant leur énergie et leurs éléments constituants dans leur environnement pour se reproduire presque à l’identique mais pas tout à fait, ce qui leur permet de s’adapter aux conditions extérieures et donc d’évoluer. Notre planète n’a réussi ce tour de force que dans un seul lieu, probablement quelques groupes de cheminées hydrothermales (chaudes mais pas trop), de type « Lost City », proche des dorsales océaniques (même si d’autres hypothèses ne sont pas exclues comme celle de percolations hydrothermales dans des régions ressemblant à Yellowstone). Et ce passage ne s’est réalisé qu’une seule fois (ce qui a produit notre Last Universal Common Ancestor, « LUCA » parmi d’autres tentatives qui n’ont pas eu de descendance). C’était il y a 4 à 3,5 milliards d’années dans un milieu ou le différentiel de pH était juste convenable (acidité de l’océan 5-7, flux alcalins à l’intérieur des cheminées 9-10) après que la complexification des molécules organiques (notamment la polymérisation de certaines d’entre elles) ait atteint le stade adéquat.

Maintenant il nous faut savoir si le même processus a pu aboutir sur une autre planète à des êtres semblables à nos procaryotes (cellules sans noyau, archées ou bactéries), selon une histoire forcément quelque peu différente et avec des éléments de composition chimique quelque peu différents. Le passage ultérieur au niveau de l’équivalent de nos eucaryotes (cellules avec noyau) monocellulaires puis pluricellulaires se situe encore à un autre niveau d’improbabilité.

Pour le moment ni SETI (mais il faudrait que ces autres êtres pluricellulaires aient atteint au moins notre niveau de développement) ni l’étude des astres proches accessibles à nos moyens d’investigations directs, n’ont donné de réponses positives.

Cependant Mars nous fournit des indices très encourageants, par les météorites (« SNC ») qui nous en proviennent de temps en temps et par les laboratoires mobiles (« rovers ») qui roulent sur son sol. Certaines de ces météorites présentent des biomorphes riches en carbone qui pourraient être des fossiles d’êtres unicellulaires comparables à nos procaryotes. La météorite de Tissint (étudiée par une équipe dont faisait partie le Professeur Philippe Gillet de l’EPFL) présente, elle, des inclusions carbonacées kérogènes qui pourraient résulter d’un processus biologique. Une équipe dirigée par Caroline Freissinet a analysé un échantillon prélevé dans le site de Yellowknife Bay (Sheepbed mudstone, cratère Gale) et traité par le laboratoire SAM embarqué sur Curiosity, et y a détecté des matières organiques aromatiques (benzène) qui pourraient avoir une origine biotique. Enfin la paléogéobiologiste Nora Noffke a cru voir dans des photos prises par Curiosity les restes fossilisées de tapis microbiens (l’analyse chimique n’a malheureusement pu être faite et la NASA écarte cette interprétation).

On voit donc bien ici l’importance de l’exploration spatiale pour mieux nous connaître nous-mêmes, et la révolution que pourront un jour nous apporter l’étude de certains sites martiens, notamment le sous-sol immédiat ayant connu de très longues percolations d’eau riches en minéraux utilisés par la vie.

Photo: NASA/Jenny Mottar

Lectures recommandées :

André Maeder : « L’unique Terre Habitée ? » chez Editions Favre, janvier 2012 ;

Nick Lane : « The vital question » chez Profile Books, 2015;

André Brack: La vie est-elle universelle? Chez EDP sciences, dec. 2003.