Synchronisation et coévolution ; nos chances de rencontrer des extraterrestres sont quasi nulles

J’ai évoqué récemment le phénomène de coévolution de la vie et de la matière minérale. Je voudrais aujourd’hui insister d’une part sur l’inévitabilité de la synchronisation de ces deux lignes d’évolution entre elles sur une même planète et d’autre part sur l’impossibilité de la synchronisation de notre évolution avec celle d’autres formes de vie qui pourraient exister ailleurs dans l’Univers. Cela a des conséquences déterminantes sur la possibilité que nous avons de rencontrer un jour dans l’Espace une forme de vie intelligente et communicante n’appartenant pas à l’espèce humaine.

Il faut d’abord bien avoir conscience que la vie tout comme les minéraux sont des formes d’organisation de la même matière. Ensemble, nous sommes la Terre.

Il faut aussi bien voir qu’il n’y a nul automatisme pour aller de la matière d’une planète quelconque jusqu’à notre équivalent (un organisme vivant et a fortiori un être de type humain) ou plutôt que s’il y a automatisme, c’est-à-dire possibilité de répétition, il résulte de l’interaction simultanée et/ou échelonnée dans le temps d’un grand nombre de facteurs dont nous ne comprenons pas encore suffisamment les composants et les processus. Autrement dit, pour simplifier à l’extrême, il ne suffit pas de verser de l’eau liquide sur une roche stérile pour déclencher le processus de vie mais il ne suffit pas non plus pour l’obtenir, de projeter quelques éclairs dans une atmosphère d’hydrogène, de méthane et d’ammoniac (comme voulait le démontrer Stanley Miller en 1953). Et il ne suffit pas davantage qu’une exoplanète soit située dans la zone dite habitable d’une étoile proche ou lointaine pour qu’elle soit habitée de petits-hommes-verts (ou autres).

La combinaison nécessaire est à considérer à plusieurs niveaux : présence des éléments chimiques et environnementaux indispensables, accès à une énergie suffisante, durée suffisante permettant à l’évolution de se développer et d’aboutir, accidents endogènes ou exogènes créant les embranchements permettant l’orientation adéquate de l’évolution; persistance suffisante dans le temps du phénomène, pour permettre la coexistence et la communication entre plusieurs processus biotiques similaires sur des planètes différentes.

Concernant les éléments et l’énergie (on pourrait presque dire « les ingrédients »), si la vie n’était pas possible dans un Univers jeune donc pauvre en « métaux » (puisque ceux-ci ont été accumulés par les nucléosynthèses stellaires au fil de l’Histoire), on peut supposer qu’elle a/aurait pu se manifester ailleurs à notre époque (au sens large), sur une planète tellurique dans la zone habitable d’un système comparable au nôtre (étoile de masse moyenne c’est-à-dire suffisamment stable et durable dans le temps, ce qui exclut d’une part les naines rouges et d’autre part les étoiles géantes). Cette similitude nécessaire doit être étendue à la présence suffisante d’eau, ce qui suppose déjà une anomalie dans l’histoire planétaire : la réhydratation du disque des planètes proches de leur étoile (i.e. en recevant suffisamment d’énergie) après leur accrétion et un certain refroidissement de leur croûte, par averses provoquées de météorites glacées*. Nous avons bénéficié du rebroussement du couple Jupiter-Saturne mais un phénomène ayant le même effet est-il si fréquent ailleurs dans l’Univers ?

*même si aujourd’hui certains (comme Laurette Piani du CNRS) pensent que l’eau provient surtout de roches très riches en hydrogène (chondrites à enstatite -CE) incorporées à la Terre lors de son accrétion. Il faut peut-être attendre un peu avant d’en être vraiment certains. Quoi qu’il en soit les planètes voisines, Vénus et Mars, soit n’ont pas bénéficié des mêmes apports (ce qui semble peu crédible), soit n’ont pas su les transformer en eau par réaction des CE avec les roches riches en oxygène (on ne voit pas pourquoi), soit on perdu très tôt leur eau (la totalité pour Vénus et une très grande partie pour Mars) pour une raison ou une autre; ce qui fait toujours de la Terre une planète probablement exceptionnelle.

Dans ce contexte il a fallu passer par plusieurs étapes, possibles puisqu’elles ont été franchies sur Terre, mais elles étaient non prévisibles ou programmables. Une des plus importantes, celle que je prendrai comme exemple en la développant ci-dessous, est la formation de notre LUCA, Last Universal Common Ancestor, ou peut-être de son semblable, antérieur mais sans descendance.

Pour qu’elle soit possible, il a fallu certains éléments chimiques, principalement du carbone et de l’hydrogène mais aussi de l’oxygène, de l’azote, du phosphore, du souffre et autres, de l’énergie, un dispositif de réplication (ARN), une compartimentation (cavité puis membrane), un dispositif d’évacuation des rejets métaboliques hors du « compartiment ». Mais il a fallu aussi un environnement favorable : de l’eau liquide en flux continu (dès le début, le mouvement c’est la vie !), à une certaine pression et à une certaine température et un différentiel de pH accélérant les échanges d’électrons, dans un environnement riche en minéraux catalyseurs (comme du fer ferreux ou certains sulfures métalliques).

De plus en plus, l’hypothèse que les conditions nécessaires et suffisantes au démarrage du processus biotique conduisant à la vie se seraient déroulées sur Terre au fond de l’Océan dans l’environnement des « fumeurs gris », apparait comme la plus séduisante. Je parle ici non pas des « fumeurs noirs », cheminées qui courent le long des dorsales océaniques, crées dans la violence par l’eau enrichie de minéraux mafiques provenant quasi directement du sous-sol magmatique, mais de ces autres « fumeurs », concrétions plus discrètes mais plus pérennes se développant sur des périodes beaucoup plus longues, des dizaines de millénaires, à quelques km de ces lignes de monstres noirs. Les flux d’eau provenant par fissures proches des dorsales du sous-sol qui en est imprégné, auraient interagi avec divers silicates (très abondant dans l’écorce terrestre) dont l’olivine pour donner de la serpentinite et pour en même temps libérer de l’hydrogène dans des fluides alcalins chauds contenant des hydroxydes de magnésium. Encore aujourd’hui, puisqu’ils sont chauffés par un magma peu éloigné (mais plus que celui sous-jacent aux fumeurs noirs !), ces flux montent vers la surface alors que l’eau de l’Océan, froide, chargée en sels divers et relativement acide, descend. Au contact, les sels précipitent et des édifices se forment (la première de ces formations, découverte en 2000, fut nommée « Lost City »). Comme les flux de liquides sortant des fumeurs gris sont beaucoup moins violents que ceux qui sortent des fumeurs noirs, les structures sont plus délicates et elles sont microporeuses (des éponges plutôt que des cheminées). Le milieu est idéal pour la concentration de certaines molécules organiques lourdes (carbone avec hydrogène et « autres ») et la dissipation à l’extérieur d’autres molécules plus légères et bien sûr les interactions de tous ordres entre elles. C’est très probablement ce qui a dû se passer…mais qui ne pourrait plus se passer aujourd’hui pour conduire à l’aboutissement qu’a été notre LUCA.

Vous avez vu la particularité du processus. Déjà beaucoup de facteurs différents et très particuliers sont impliqués. Mais comme je l’évoquais, ce n’est pas tout car aujourd’hui ce milieu serait loin d’être aussi incitatif qu’il l’était. Ce qui a changé entre la fin de l’éon Hadéen (il y a 4 milliards d’années) et aujourd’hui ce n’est pas le flux d’eau chaude alcaline du sous-sol vers l’Océan, c’est le pH de l’eau de mer…et c’est très important. Dans l’Océan primitif il n’y avait pas d’oxygène mais beaucoup de gaz carbonique (100 à 1000 fois plus). Le fer porté par les flux s’échappant des fumeurs noirs s’y dissolvait sous forme de fer ferreux (« BIF », formations de fer rubanées) et précipitait sous forme d’hydroxyde et de sulfure de fer, excellents catalyseurs. Avec sa teneur en gaz carbonique, l’eau de l’Océan était acide (pH 5 à 6) alors qu’elle est neutre à légèrement basique aujourd’hui. On avait donc à la fin de l’Hadéen entre les flux alcalins provenant des fumeurs gris et l’eau acide de l’Océan, un différentiel important (d’au moins 4 nombres) qui facilitait l’échange d’électrons entre l’hydrogène et le gaz carbonique pour permettre la formation d’énormément de matières organiques. Aujourd’hui après l’oxygénation de l’Océan, ce différentiel est devenu très faible et la réaction chimique n’est plus possible avec la même intensité. Mais le créneau pendant lequel ce même différentiel a été optimum (suffisamment incitatif) a été très court puisque l’interaction entre la roche et l’eau l’a rapidemment modifié.

Tout ce long développement pour mettre en lumière le fait que « les choses changent » et que l’évolution de l’environnement n’a pu interagir avec celui de la vie que si le processus y conduisant a commencé quand les conditions étaient favorables et qu’il ait eu le temps de se développer. Imaginez une planète plus sèche que la Terre primitive ou une planète dont la croûte est devenue rapidement plus épaisse que celle de la Terre (Mars peut-être ?), et on n’aurait pas eu suffisamment de temps pour que ces molécules s’assemblent dans les porosités des fumeurs gris avec suffisamment d’essais et d’erreurs et de transformations / enrichissements pour qu’un jour une cellule autoreproductrice apparaisse et amorce le processus dont nous venons et que nous perpétuons, nous tous les êtres vivants, générations après générations. La synchronisation efficace suppose non seulement une coévolution mais aussi une abondance de matière susceptible d’être utilisée par l’énergie mise en œuvre par le réacteur planétaire et un temps d’évolution suffisant.

L’histoire de la vie, notre Histoire, est jalonnée de passages comme celui-ci : d’abord l’accumulation d’oxygène par rejet métabolique des algues bleues-vertes proliférant dans l’Océan atteignant un pic et déclenchant une glaciation planétaire parce que l’irradiance solaire n’est pas encore suffisamment forte ; deux milliards d’années après la fin de l’Hadéen, l’« invention » extraordinaire des eucaryotes, êtres symbiotiques improbables utilisateurs de cet oxygène, solution énergétique miracle pour gagner en puissance et permettre la constitution de métazoaires puis d’animaux il y a environ 600 millions d’années ; par ailleurs, un peu après la fin de l’Hadéen, le déclenchement d’une tectonique des plaques horizontales plissant la croûte terrestre pour y créer des surfaces émergées; depuis l’apparition des premiers continents, leur dérive continue à la surface du globe, modifiant les interactions atmosphériques avec cette surface et le climat ; et de temps en temps un astéroïde pour réorienter le rôle ou l’importance des taxons d’espèces vivantes les uns par rapport aux autres.

Ces différents passages ou événements ont entraîné la coévolution vie/minéraux sur une certaine trajectoire. La synchronisation de l’évolution de la vie avec celle des minéraux est parfaite, à terme, car à chaque écart « intolérable » par l’environnement, le réajustement se fait brutalement après une certaine latence. Cette trajectoire nous est donc propre. Maintenant si nous parvenons à greffer notre vie sur une autre planète, une nouvelle coévolution commencera et de nouveaux ajustements dans la synchronisation de ses deux branches d’évolution se fera inévitablement (taille des futurs martiens, puissance de leur pompe cardiaque, etc…sans oublier une nouvelle évolution de la minéralogie martienne à partir de l’existant et des éléments que nous apporterons par notre vie même et notre action sur la matière locale).

Si le phénomène de la vie a émergé « ailleurs » que sur Terre, des accidents différents par rapport à une base planétaire forcément différente, ont créé une Histoire différente. Il serait « miraculeux » qu’elle ait donné un « produit fini » ayant la plupart des caractéristiques de l’espèce humaine (ce qui n’exclut pas a priori des organes sensoriels ou moteurs ayant les mêmes fonctions chez ces hypothétiques êtres vivants « semblables »).  Mais imaginons que tel soit le cas, il n’y a quasiment aucune chance que dans notre petit coin du ciel (disons à moins d’une dizaine d’années-lumière pour que nous puissions communiquer), une coévolution ait produit une espèce intelligente et communicante au même moment que sur Terre. Cette autre espèce, si elle existe, peut être apparue il y a une centaine de millions d’années ou n’apparaitra que dans une centaine de millions d’années. Cela ne change rien si, voulant être plus optimiste on ne « prend » que 10 millions, c’est-à-dire l’équivalent d’une seule de nos secondes sur des échelles de temps qui s’allongent sur quelques milliards d’années. Notre espèce ne s’est séparée du singe qu’il y a un peu plus de 7 millions d’années. Il y a cent millions d’années les dinosaures étaient « en pleine forme » ; que serons-nous devenus dans 100 millions d’années ou dans 10 !

La synchronisation avec la planète où nous vivons est obligatoire et elle ne garantit pas l’éclosion de la vie. La synchronisation de notre parcours biologique avec une vie intelligente et communicante sur d’autres planètes accessibles par un moyen de communication quelconque, apparaît extrêmement improbable.

Illustration de titre : la spirale des temps géologiques vue par Graham, Joseph, Newman, William and Stacy, John (United States Geological Survey);

Lectures :

The vital question par Nick Lane, University College, Londre, Dept de Génétique, Evolution et Environnement, publié chez Profile Books, Angleterre, 2015.

L’Unique Terre habitée ? par le Professeur André Maeder (Université de Genève), publié chez Favre, 2012.

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Cinq ans de blog et toujours la même passion de comprendre

Il y a cinq ans exactement j’écrivais et publiais mon premier article dans ce blog.

Je vous invitais, chers lecteurs, « à vous placer par la pensée à mes côtés pour considérer la Terre sous nos pieds et la voûte céleste où brillent tous ces astres qui nous intriguent, nous émerveillent et nous appellent depuis l’aube des temps ». Il s’agissait et il s’agit toujours ici, ensemble, « de regarder, de réfléchir, pour tenter d’appréhender et de comprendre les grands mystères auxquels est confrontée l’humanité dans l’Univers, où elle n’est que poussière infime ».

J’espère avoir, tout au long des 270 articles publiés, fait un point utile sur nos connaissances, et sur les réponses qu’on peut apporter à ces grandes questions qui se posent ou plutôt qui s’imposent à nous, concernant l’Univers et notre place dans icelui, sans avoir bien entendu la prétention d’avoir maîtrisé ces connaissances dans toutes leurs complexités. Je m’y suis efforcé, sérieusement et sans crainte d’un « qu’en dira-t-on » quelconque relatif à ma présomption et je pense, avec l’aide bienveillante des nombreux spécialistes qui ont accepté de répondre à mes questions, en avoir bien perçu les grandes lignes. En dépit des difficultés et du temps passé que cela représente, j’ai osé me plonger dans des matières connues séparément par ces spécialistes qui utilisent pour communiquer entre eux, à l’intérieur de chacun de leur domaine, des présupposés et un langage élaboré comme véhicule de leur science, qui sont largement impénétrables aux profanes tant la Recherche s’est approfondie et en s’approfondissant s’est segmentée, chaque segment s’allongeant et s’élargissant considérablement comme les branches puis les ramures d’un arbre de plus en plus gigantesque. Je ne leur reproche pas cette complexité ; elle leur est nécessaire pour leur permettre de bien se comprendre entre eux, c’est-à-dire de se comprendre avec précision et efficacité dans leur communication « interne », mais elle a malheureusement pour effet négatif de compartimenter de plus en plus la communication générale entre les praticiens des différentes disciplines. Ma plus grande satisfaction personnelle aura été de parvenir à faire sauter ces cloisons pour obtenir une vue d’ensemble sur ce que l’on sait aujourd’hui, me rapprochant ainsi, en esprit, des humanistes de la Renaissance. J’espère avoir en même temps « clarifié les choses » pour mes lecteurs.

Je ne vois évidemment pas l’Univers comme le voyaient ces hommes des 15ème et 16ème siècles. Pour résumer, il est beaucoup plus étendu, complexe et surtout évolutif qu’ils pouvaient le penser. Giordano Bruno puis Galilée avait retrouvé dans l’observation ou/et le raisonnement la voie entrouverte par Aristarque de Samos et refermée très vite par Aristote et l’Eglise, mais que de chemin parcouru depuis ! Que de chemin parcouru même depuis Einstein, Lemaître, Hubble au début du 20ème siècle quand mes propres parents étaient jeunes ! Ce n’est pas que ces très anciens et moins anciens prédécesseurs ne concevaient pas l’infini mais que n’ayant pas eu les possibilités technologiques d’observation que nous avons développées avec une rapidité prodigieuse ces dernières décennies et les connaissances que nous avons pu de ce fait accumuler, ils ne pouvaient imaginer l’impressionnante complexité de l’Espace et en déduire avec la finesse absolument extraordinaire dont nous sommes aujourd’hui capables, les lois qui en gouvernent l’évolution, ni concevoir notre si particulière situation en tant qu’êtres pensants en son sein.

Il ressort de tout cela, en ce qui me concerne, un sentiment mêlé d’émerveillement, d’admiration et de révérence que je ne puis éprouver qu’avec ferveur, comme devant le plus beau spectacle éducatif que l’on puisse imaginer et qui satisfait tous les sens et l’esprit, non pas jusqu’à satiété car l’esprit humain ne peut être rassasié de l’infini, mais jusqu’à une sorte de débordement, comme devant quelque chose en mouvement qui défile devant les yeux (par exemple les eaux d’un puissant fleuve tropical ou les nuages précurseurs de l’orage dans un ciel tumultueux), qu’on ne peut appréhender en totalité et dont on attend toujours la suite pour voir encore de plus près ce qu’il y a de plus lointain et/ou pour tenter de connaître ce qui dans le temps vient encore toujours « avant ».

Je pense que je resterai dans cet état d’esprit, insatiable, progressant sans cesse mais voulant toujours savoir plus, jusqu’à la fin non pas des temps, évidement, mais de mon temps à moi, possédé et emporté comme par une drogue, en tout cas une force irrésistible, jusqu’à ce tunnel de lumière que l’on dit être « la dernière perception que l’on a de ce monde », sans finalement pouvoir savoir ce qui éventuellement se révèlera ensuite.

C’est alors qu’apparaît naturellement dans la réflexion, le besoin de l’explication ultime et que beaucoup de nos contemporains utilisent, comme nos ancêtres, la réponse bien pratique pour tranquilliser son esprit, d’un Dieu « créateur de toutes choses ». La réalité c’est qu’honnêtement, on ne peut plus sortir ce « joker » si facilement aujourd’hui. La Science nous a appris à douter, à remettre en cause, à critiquer, à chercher toujours plus, avant d’adhérer. La pertinence de ce Dieu s’éloigne donc sans disparaître toutefois, au fur et à mesure que l’on s’approche c’est-à-dire que nos connaissances s’étendent, et il n’est plus acceptable comme explication ultime aux niveaux où on le faisait intervenir dans les temps plus anciens. Alors peut-être est-il dans son essence même de reculer indéfiniment, de se dissiper comme un brouillard au fur et à mesure que la Science progresse et finalement de ne pas être là-bas, à la sortie du tunnel de lumière ou « d’y être sans y être tout en y étant quand même », comme une sorte de phénomène quantique dont la réalité est insaisissable avec précision ou comme le vide que les spécialistes nous disent être riche d’une infinité de virtualités…A moins que ?

Nous verrons bien ou nous ne verrons rien !

Illustration de titre: image en tête d’article: Photo choisie pour les 25 ans du lancement du Télescope Spatial Hubble (le 24 avril 1990). Crédit: NASA (Hubble) :Amas d’étoiles « Westerlund 2 » de la nébuleuse « Gum 29 », dans la constellation de la Carène (à 20.000 années lumières de notre système solaire).

…”à moins que” à l’autre bout du tunnel, de l’autre côté du miroir du vide de l’espace-temps, le Christ en majesté ne nous empoigne pour nous arracher à la mort, comme sur la sublime fresque de la coupole de l’église Saint-Sauveur in Chora à Constantinople…mais nous ne saurons qu’après!

Crédit : Wikipedia commons.  NB : Les descendants des barbares qui ont pris et pillé la Ville en 1453 menacent aujourd’hui de détruire ce joyau de notre culture européenne sans que le gouvernements des Etats qui en sont les dépositaires aient le courage de riposter sinon de protester, sauf en Grèce bien entendu mais la Grèce seule n’est pas assez puissante pour empécher le crime.

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Index L’appel de Mars 20 08 22

Un monde idéal mais pas du tout politiquement correct

Imaginons que dans le contexte actuel, un gouvernement propose ou décide (selon le degré de démocratie des institutions du pays) que des ressources publiques importantes seront affectées à l’implantation de l’homme sur Mars. Ce serait un tollé dans une bonne partie du monde politique et dans les media !* Mais que nos opposants se rassurent, cela n’arrivera pas et c’est bien cela qui personnellement me désole et m’inquiète car les Etats ponctionnent de plus en plus leurs résidents et disposent de plus en plus des richesses qu’ils produisent, les empêchant de développer librement et en responsabilité leur propre projet (comme par exemple celui que j’évoque) puisque dans la plupart des pays, ils ne peuvent plus le réaliser avec leurs seuls moyens.

*j’ajoute évidemment un bémol pour les Etats-Unis, à retirer ou à introduire selon la présidence et je ne parle pas de la Chine!

Le problème c’est que notre communauté humaine est devenue dans son ensemble, frileuse, repliée sur elle-même et plus intéressée « par son nombril » que par les grands espaces. Ce qui prime aujourd’hui, c’est la défense de la vie à tout prix (jusqu’à l’absurde), la protection sanitaire (« la santé ») et sociale (la « solidarité »), l’égalité « à tous crins » (« à chacun selon ses besoins »), le ruminement d’un passé apparemment non digéré car mal connu ou compris (la destruction des statues par nos « bovins » contemporains !), le principe de précaution (la peur). Pour résumer nous ne sommes plus à l’époque de John Kennedy !

Je n’aime pas ces « nouveaux » principes. Je suis personnellement partisan d’un autre système de valeurs et, en particulier, de l’inégalité financière, conservée* ou construite par la capacité et le travail, pourvu qu’elle soit assortie, au départ, de l’égalité des chances de chacun assurée par l’éducation obligatoire pour les enfants et adolescents et qu’elle s’exprime dans le cadre d’une compétition loyale c’est à dire de l’égalité des droits (y compris celui à l’information). Le corollaire est de cantonner la solidarité (donc l’« assistance »), certes indispensable, à son minimum nécessaire. Je chéris la liberté plus que tout ; l’Etat ne devrait exister que pour faciliter son expression, collecter les quelques impôts (proportionnels et non progressifs) utiles au fonctionnement des services publics indispensables, et faire respecter l’ordre et la loi. L’inégalité n’est pas une supériorité ni une infériorité mais une différence, c’est la vie même, c’est ce qui force à changer, à échanger, à apprendre, à se comparer, à progresser. L’inégalité financière c’est, de fait, la possibilité d’initiatives individuelles consistantes pour ceux qui disposent des moyens susceptibles d’en permettre la réalisation. C’est aussi la possibilité pour un individu ou un groupe d’individus librement associés, de faire des choix différents de ceux d’une collectivité représentée imparfaitement par une administration au service d’un pouvoir politique souvent démagogique, et de pouvoir mener à bien ces choix en en prenant seul(s) la responsabilité (donc le risque de perte ou la chance de succès et le droit de disposer de ses fruits pour continuer ou recommencer).

*NB: je ne critique pas les héritiers. Ils bénéficient certes d’avantages « au départ » mais quels parents ne souhaitent pas aider leurs enfants? D’autre part, dans le courant d’une vie, les avantages hérités sont rapidement remis en cause par la compétition et maintenir une « fortune » est presque aussi difficile que de l’acquérir. On le constate dans les familles. La troisième génération n’a le plus souvent plus beaucoup d’avantages par rapport à ses contemporains qui n’ont pas eu la même chance, même dans les pays libéraux où les impôts sur les successions sont moins lourds qu’ailleurs. Vouloir persécuter les héritiers relève plus de la jalousie que du souci de l’efficacité économique d’autant que certaines dynasties (celle des Rockefeller par exemple) ont eu un impact économique et social remarquablement positif pour tous.

Je reprends:

Malheureusement l’Etat moderne ou plutôt le groupe de ceux qui l’incarnent, « ces Messieurs de l’Etat » comme disait Frédéric Bastiat, prélève de plus en plus d’impôts et il le fait inéquitablement en ponctionnant toujours davantage « les plus riches », c’est-à-dire ceux qui pourraient investir indépendamment du « groupe »*. Son premier objectif est en effet de réduire les inégalités puisque la masse des électeurs (dont certains ne payent même pas d’impôts directs et ne vivent que d’aides ou de subvention) croit, à tort, que contraindre « tout le monde » à l’égalité est dans son intérêt. Son second objectif, qui découle du premier, est de gérer collectivement la richesse créée par tous, selon la fiction d’un gouvernement démocratique agissant pour le bien commun puisque élu par une majorité de la population, et incarnée par des fonctionnaires désintéressés. Or laisser l’affectation du capital produit, aux décisions d’une administration sous le contrôle d’un pouvoir politique démagogique (pente naturelle de la démocratie, comme le dit très bien Tocqueville), c’est le gage de la continuité dans la médiocrité. Cette caste de gens qui n’ont rien gagné mais simplement prélevé, ne veulent que répartir sans construire (ou, au mieux, ne pas plus construire que répartir). Leurs projets sont par nature principalement consensuels, curatifs, palliatifs, très peu innovants. Et lorsqu’ils tentent d’être innovants, ils se préoccupent d’abord de ce qu’ils appellent le « bien commun », l’emploi, la sécurité pour tous, toutes préoccupations tièdes, peu créatrices de richesses mais débilitantes et appauvrissantes, non seulement pour les personnes ponctionnées mais pour l’ensemble de la population. En effet tous ne peuvent bénéficier suffisamment de la création de ces nouvelles richesses forcément limitées au niveau de chacun, du fait d’une dynamique trop faible car sans perspective séduisante ou trop diluée. Les fonctionnaires non seulement n’aiment pas les projets audacieux (pour ne pas utiliser le terme « fou » qu’ils emploieraient volontiers), mais ils n’ont pas davantage le souci de la fructification (i.e. de la rentabilité) puisqu’ils savent que par leur capacité à prélever ils disposeront toujours des ressources nécessaires et que personnellement ils resteront rémunérés. Ni le goût de l’aventure, ni l’espoir de gain pas plus que le risque de perte ne sont des motivations, au contraire du souci de plaire** qui reste constant.

*bien entendu tous les hommes politiques ne sont pas égalitaristes donc totalitaristes mais les tendances à toujours plus d’étatisme et de socialisme qui conduisent à un état obèse, véritable cancer qui pompe toute la substance de l’être social, sont extrêmement lourdes. Les vrais libéraux sont extrêmement rares, surtout en France mais même en Suisse et surtout en Romandie, ces jours.

**à leurs supérieurs hiérarchiques ou aux dirigeants politiques, eux-mêmes et indirectement à la masse de leurs électeurs. Cela est d’autant plus vrai me semble-t-il, que la structure étatique est hiérarchisée et centralisée et que les hommes politiques n’exercent aucune profession en dehors de la poursuite de leur carrière politique, comme en France (ce qui n’est pas le cas en Suisse) et sont donc coupés des réalités. 

Tout au contraire, la personne privée qui s’est enrichie par son travail et/ou qui veut préserver un capital acquis ou hérité, ne va pas chercher à en faire profiter tous « les autres » indistinctement. Elle va s’efforcer de le préserver ou de l’augmenter et, pour le maintenir au moins à son niveau, de le faire fructifier par l’investissement tout en satisfaisant, souvent, une passion ou un désir de création. Mais l’investissement va être « pesé » avant d’être réalisé, en fonction des risques et de l’intérêt qu’il présente (financiers mais non seulement). Dans cet esprit, la personne privée ne va en faire profiter avec précaution et attention que ceux qui contribuent efficacement à ses côtés à son projet car elle sait que celui-ci ne sera validé, ou sanctionné, que par le succès, ou par l’échec, qu’il recueillera sur le marché. Un mauvais projet meure s’il ne recueille pas l’adhésion d’une demande. Une personne riche perd sa richesse et, tout aussi grave, elle ne peut réaliser son rêve, si elle ne sait pas la gérer.

Le système capitaliste ainsi décrit est un gage d’efficacité (gestion du risque pour le moindre coût), de justice (échec des mauvais projets, récompense des bons) et in fine d’avantages pour tous (les gens productifs qui travaillent avec perspicacité sont recherchés et récompensés par les détenteurs de capitaux, les autres sont incités à faire aussi bien qu’eux).

Je rêve d’un monde ou les Bill Gates, les Jeff Bezos ou les Elon Musk, quel que soit leur pays (car il est certain qu’il y en a potentiellement ailleurs qu’aux Etats-Unis), auraient carte blanche, c’est-à-dire où ils n’auraient pas à payer d’impôts pour toutes sortes de causes inutiles. Je rêve d’un monde où l’Etat ne s’occuperait que des fonctions régaliennes et que pour le reste, il « laisserait faire » ! Je rêve d’un monde d’initiatives et de responsabilité. Dans ce monde je paierais un GAFA parce qu’il me rend service, plutôt qu’un Etat qui se goinfre sans contrepartie. Dans ce monde, la recherche, l’astronautique, l’exploration, mais aussi le soin des autres ou de l’environnement, toutes les passions humaines auraient toute leur place pour s’épanouir pour autant qu’elles soient portées par des individus, un monde où il suffirait de vouloir pour décider de faire.

NB: cet article a été écrit à titre strictement personnel et ne peut absolument faire présumer l’adhésion des autres membres de la Mars Society Switzerland aux idées exposées.

Illustration de titre : détail du panorama pris en Novembre 2019 depuis Vera Rubin Ridge sur les pentes du Mont Sharp au centre du Cratère Gale par la caméra Mastcam de Curiosity, crédit NASA/JPL-Caltech/MSSS. Cette Terre est vierge, elle nous attend pour donner ses fruits.

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Index L’appel de Mars 20 08 22

Les femmes aussi s’intéressent à Mars

En février 2021, un « équipage » de six jeunes femmes, dont la « commandante », Julie Hartz, suisse, est diplômée de l’Université de Lausanne, va effectuer une « mission » dans une des bases de simulation de la Mars Society.

L’équipage est multinational, multi-universitaire et multidisciplinaire. En dehors de Julie Hartz, les membres sont issues de Macquarie University (Australie), de l’Universitat Autonoma de Barcelona, de l’ESILV (Ecole Supérieure d’ingénieurs Léonard de Vinci, Paris) et de Cranfield University (Nord de Londres). Leur point commun est évidemment leur passion pour l’espace mais par ailleurs elles sont différentes et complémentaires comme devront l’être les membres d’un équipage pour une vraie mission sur Mars. Julie Harz a choisi l’exobiologie, après une formation en physique, géosciences et géochimie. Cristina Vazquez-Reynel est ingénieure en astronautique (réalité augmentée) et a commencé à travailler en entreprise (L3Harris). Laurene Delsupexhe, est ingénieure système en astronautique. Elle a rejoint le programme des petits lanceurs, VEGA, de l’ESA. Marta Ferran-Marques après des études en nanosciences et nanotechnologies et un master en matériaux pour l’aérospatial, travaille chez Sensor Coating Systems ltd sur les techniques de mesure des températures de surfaces. Paula Peixoto est diplômée en nano-médecine et travaille à l’Hôpital de Vall d’Hébron, en Catalogne, sur les désordres neuronaux causés par les pathologies de l’immunité. Kelly Vaughan-Taylor, la plus jeune, termine son Master en « sciences de la Terre », combinant géophysique et géochimie.

La mission, dénommée « WoMars » (dont chacun comprendra le sens), se déroulera dans un environnement aussi martien qu’il est possible d’en trouver sur Terre, le désert de l’Utah. Il a été choisi en fonction de ce critère par la Mars Society américaine pour y établir une de ses deux bases de simulation (l’autre est en Arctique) il y a 20 ans. C’est ce qu’on appelle la « MDRS » (Mars Desert Research Station »), située à 1300 mètres d’altitude, pas très loin de Hanksville (220 habitants, 20 minutes de voiture), c’est-à-dire au milieu de « nulle part ». On y est dans un endroit totalement isolé, sans eau liquide courante (sauf celle évidemment apportée pour les besoins des « astronautes analogues »), l’atmosphère y très sèche et il n’y fait pas chaud en hiver (surtout la nuit !). Géologiquement il y a beaucoup de similitudes ou comme on dit, d’« analogies » avec l’environnement martien. La mission durera quinze jours (c’est la 241ème qui se déroulera à la MDRS). Pendant cette période, chacune des six membres étudiera un projet ressortant de sa spécialité et bien préparé auparavant.

Laurène Delsupexhe a choisi le transport en surface de Mars (« planétaire ») en utilisant l’atmosphère. Il s’agit d’étudier les possibilités d’UAV (« Unmanned Aeronautic Vehicle ») pour transporter des instruments commandés à distance et d’ULM pour transporter un astronaute avec quelques équipements.

On connait les difficultés de tels transports dans l’environnement martien puisque la pression atmosphérique n’est que de 6,10 millibars au Datum (altitude moyenne). En même temps il faut rappeler que les déplacements sur le sol martien sont difficiles (pas de route, des sables mouvants et des pierres qui présentent souvent des arrêtes beaucoup plus tranchantes et perçantes que sur Terre). Bien sûr l’utilisation de la rétropropulsion sera toujours possible mais il est évident que ce qu’on pourra faire en utilisant l’atmosphère donc en consommant moins d’énergie produite par l’homme (et qui devrait être transportée !), sera à privilégier.  

Marta Ferran-Marques veut étudier les conséquences de l’environnement martien sur les process (impression 3D en gravité réduite et culture des plantes sur sol infertile de type martien) et sur les tissus utilisés pour la couche extérieure des scaphandres (téflon et composite de type « ortho-fabric »).

Ces problèmes sont spécifiques à Mars. Il est vrai que la gravité joue un rôle dans la fonction de dépôt de matériaux par les imprimantes 3D (et sans doute dans la solidité de ce qui est réalisé). Par ailleurs les météorites ne sont pas autant consumées par l’atmosphère terrestre que par l’atmosphère de Mars (mais évidemment plus que sur la Lune et dans l’espace profond). En plus de ses recherches, Marta tiendra aussi ce qu’on peut appeler le « journal de bord » de l’équipage.

Julie Hartz veut 1) tester la représentativité statistique de différents échantillons de minéraux dans un terrain de type martien afin d’estimer ce qui permet le mieux la reconstitution stratigraphique la plus exacte de la géologie du lieu ; 2) tester la détectabilité sur le terrain d’éventuelles biosignatures dans un échantillonnage de roches de type martien.

La question se pose car le programme de la mission Mars 2020 de la NASA prévoit la collecte dans quelques années, d’échantillons d’une certaine taille (compatible avec leur retour sur Terre) mis de côté (en « cache ») dès l’année prochaine. Ce choix a des conséquences pour les biais qu’il peut introduire. Par ailleurs identifier un biomorphe d’une vie très ancienne (a priori plus de 3,5 milliards d’années) et inconnue, dans un environnement très différent de celui de la Terre et ayant subi une histoire très différente, est quelque chose que géologues et taphonomistes doivent se préparer à appréhender.

Cristina Vazquez-Reynel veut évaluer les applications possible et l’intérêt de la réalité augmentée pour l’entrainement des astronautes et pour la maintenance d’une base martienne.

La réalité augmentée sera un outil très utile sur un monde où les sorties hors des habitats seront toujours difficiles et dangereuses (faible pression atmosphérique, radiations, port du scaphandre nécessaire). Beaucoup d’actions ou d’interventions à l’extérieur des habitats seront donc menées à distance et la réalité augmentée permettra d’évaluer les évolutions, les problèmes, les besoins et même de guider les constructions ou les réparations d’équipements ou de structures.

Kelly Vaughan-Taylor veut 1) étudier la possibilité de mieux comprendre les structures géologiques dans le sol, par l’utilisation de la sismologie « ambiante » (à l’aide des signaux faibles provenant de l’interaction de l’atmosphère avec la surface) ; 2) comparer la composition d’échantillons de roches martiennes à leurs équivalents sur Terre.

Nous connaissons la Terre, sa géologie et en particulier sa minéralogie. Le milieu martien étant différent et ayant évolué dans le cadre de contraintes environnementales différentes, donnera des « produits » différents. Il faut se préparer à ces différences pour mieux les percevoir et les comprendre.

Paula Peixoto veut étudier les effets épigénétique, au jour le jour, d’une mission spatiale (rythme circadien, tissu osseux, tissu musculaire).

La vie sur Mars aura sur les organismes humains et plus précisément sur nos gènes, des conséquences du fait des contraintes environnementales spécifiques à la planète. Il faut s’y préparer pour pouvoir chercher à remédier à ce qui serait nuisible à la santé des astronautes.

Comme vous le voyez ces projets d’études très sérieux font partie de ce sur quoi il est utile de travailler et de réfléchir avant d’aller sur Mars. Les missions « réelles » seront coûteuses et longues. Il faudra emporter les équipements indispensables et utiliser au mieux le temps disponible pour que les recherches scientifiques soient menées le plus efficacement possible. Rappelons-nous qu’il n’y aura pas d’approvisionnement intermédiaire possible sur une durée de 26 mois (durée de la période synodique). Des missions de préparation comme celle que vont accomplir ces jeunes femmes sont donc à encourager. Nous les soutenons, en tant que Mars Society Switzerland mais si vous êtes intéressé pour le faire de votre côté, « you are quite welcome » comme on dit aux Etats-Unis (voir les possibilités sur le site de WoMars dont je donne le lien ci-dessous). Ce serait aussi un moyen de soutenir la « cause des femmes » en aidant ces jeunes chercheuses et ingénieures à démontrer qu’elles peuvent très bien mener à bien une mission scientifique dans un milieu difficile, seules, sans aucune assistance masculine…ce dont je ne doute absolument pas.

Illustration de titre: vue de la station de simulation MDRS, crédit Mars Society USA.

liens :

http://womars.co.uk/

https://mdrs.marssociety.org/about-the-mdrs/

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Index L’appel de Mars 20 08 21

 

Rêverie sous la voûte étoilée un soir d’été

Le Soleil s’est dissous « dans son sang qui se fige » après avoir joué de tous les instruments composant l’atmosphère pour y déployer une symphonie splendide de couleurs et de formes.

C’était un prologue avant ouverture. Notre petite Terre venait d’occulter le Soleil et c’était comme si la Nuit ayant subtilisé le rideau de scène, nous avait donné accés subitement au véritable décor.

Profitant de la douceur du temps, je me suis allongé dans l’herbe les yeux tournés vers le ciel comme il y a plus de cinquante ans sur la pelouse de « mon » Université de Virginie. Juste un léger souffle de vent dans les feuilles des arbres et des lumières encore allumées dans quelques appartements faisaient ressentir la vie du monde alentour. Comme alors, mon regard s’est évadé hors de notre cocon planétaire pour tenter d’approcher l’infini de plus en plus profond qui l’aspirait. Comme alors, cette progression vertigineuse, on pourrait dire ce sentiment de projection dans le vide à l’intérieur même de l’Univers, me conduisit vers un lent et profond épanouissement mêlant contemplation, interrogations, philosophie et rêverie, en somme un grand moment de volupté.

Les étoiles sont là comme elles ont toujours été, depuis bien avant ma naissance, et comme elles le seront encore bien après ma mort. Leur stabilité apparente les unes par rapport aux autres astres (à l’exception de nos quelques planètes visibles, de la Lune et des météores!) sur une voûte céleste évoluant selon un cycle majestueux et immuable, est l’illustration la plus parfaite de ce qu’on appelle l’éternité. A notre petite échelle tout est immobile et tranquille. Pourtant l’on sait aujourd’hui qu’à plus grande échelle, que de vitesse, que de puissance, que de violence ! Mais toujours, que de beauté !

Vis-à-vis de ce spectacle, de l’histoire grandiose et merveilleuse qu’il représente par son image à cet instant précis où on le contemple, et de ces potentialités figées mais immanentes, l’homme n’est physiquement « presque rien » mais quand même « quelque chose ». Imperceptible vu des autres planètes proches du même système lui-même imperceptible d’un autre point quelconque de notre propre galaxie, il n’est qu’un passage fugace, une étoile filante par le court temps de vie qui lui est imparti, une trace seulement par les transformations qu’il apporte à son environnement et ses minuscules excursions dans l’espace. Et cependant il est au contrôle d’un esprit capable d’appréhender et de comprendre, de réfléchir, de projeter, d’organiser et de créer dans plusieurs dimensions, aussi bien des constructions mathématiques complexes que des créations esthétiques pouvant satisfaire pleinement ses cinq sens, capable de ressentir une gamme presqu’infinie d’émotions découlant de ce spectacle, de ses créations et de ses relations avec ses semblables, les autres formes de vie et la matière même.

Nous avons la chance d’être l’un de ces êtres extraordinaires mais en sommes-nous bien conscients. Profitons-nous vraiment pleinement de cette chance et nous conduisons nous, chacun d’entre nous, à la hauteur de ce corps et de cet esprit, chacun unique et périssable mais tellement polyvalent et riche des potentialités qui nous ont été données ? Utilisons-nous au mieux ces deux talents comme il est recommandé par le Christ dans l’évangile selon Saint-Matthieu ?

C’est très certainement ce à quoi il faut nous appliquer. Respectez les autres et « profiter de la vie » mais développer au maximum nos potentialités créatrices individuelles, en elles-mêmes et en communion avec celles des autres, pour les rendre plus efficaces collectivement et individuellement.

Alors, continuons à travailler et à créer le jour, à contempler les étoiles la nuit, comme lorsque nous étions enfants, avec dans nos têtes leurs noms qui viennent de la profondeur du temps et qui portent notre imaginaire, la Voie Lactée, Bételgeuse, Antarès, Sirius, les Constellations ou le Nuage de Magellan. Montrons-nous dignes de ce que nous avons reçu des Babyloniens ou des Mayas mais aussi de tous ces astronomes extraordinaires qui se sont succédés depuis Galilée. Ce sont non seulement des noms et des images mais une somme de connaissances prodigieuses que nos ancêtres, les meilleurs d’entre nos contemporains et peut-être nous-mêmes avons accumulées par la raison et par l’effort. En effet, ce que nous voyons est encore plus beau lorsque nous le comprenons; il n’y a pas de « fruit défendu ». Nous avons droit à tout ce à quoi nous pouvons accéder et ce sont simplement les limites de nos capacités qui fixeront les limites de ce que nous pourrons appréhender.

Un jour nous irons dans l’espace profond et depuis le sol de Mars nous contemplerons la Terre dans la lumière bleutée du Soleil couchant.

Illustration de titre: La Voie Lactée vue depuis le Sol de Mars; photo prise par Curiosity. Crédit NASA. Vous ne voyez pas grand chose mais regardez un peu plus et vous verrez davantage.

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Index L’appel de Mars 20 08 05

L’île de Pâques, “loin de tout” mais, de ce fait, un peu plus près des étoiles

Fatu Hiva, Mangareva, Rapa Nui, ces noms d’iles perdues dans l’Océan ont fait rêver des générations de voyageurs sinon d’explorateurs. Là-bas on est toujours sur Terre mais déjà presque sur une autre planète, en tout cas « ailleurs » tant on est loin et isolés du monde. Pourtant des hommes y sont parvenus il y a presque 1000 ans, s’aventurant sur leurs « va’a », esquifs qui le plus souvent aujourd’hui sont des pirogues à balancier et à rameurs mais qui en l’occurrence étaient aussi à voiles. Ils se guidaient avec les étoiles et les moindres indices observables, tels les vents, le vol des oiseaux ou les lignes sinueuses des bancs de plancton, dans l’immensité qui les entouraient. Il fallait beaucoup d’imagination, beaucoup d’espoir, beaucoup de confiance en soi et toujours du courage pour quitter de vue la terre en se lançant vers l’inconnu.

Deux chercheurs du laboratoire mexicain LANGEBIO (Laboratorio Nacional de Genomica para la Biodiversidad), le généticien Andrés Moreno-Estrada et l’anthropologue Karla Sandoval viennent de découvrir ou plutôt de confirmer (publication dans Nature, ce mois de juillet 2020) que ces navigateurs, « hardis » s’il en fut, étaient peut-être allés beaucoup plus loin que ces iles « de rêve », jusqu’en Amérique du Sud. Il me semble intéressant de faire remarquer que les Vikings à la même époque étaient symétriquement parvenus en Amérique du Nord, tout en reconnaissant que le défi pour traverser le Pacifique fut autrement plus impressionnant pour les Polynésiens, compte tenu de la distance à franchir sans escale. A moins que, arrivés au bout de leur monde d’îles et d’archipels, ils aient rencontré sur Rapa Nui (notre future « Île de Pâques » et pour eux, après qu’ils s’y soient installés, “Te Pito o te Henua”, “le nombril du monde”) quelques autres hommes venus eux-mêmes des côtes américaines sur des radeaux de type Kon-Tiki comme imaginé par Thor Heyerdahl. A moins qu’ils aient été les premiers sur Rapa Nui et que ce furent les Amérindiens qui abordèrent ensuite les rivages qu’ils venaient de s’approprier, à l’occasion d’une expédition exploratoire et éventuellement conquérante.

L’étude menée à partir de 2014 par les chercheurs du LANGEBIO, est fondée sur le génome de 166 natifs de Rapa Nui comparés à 188 génomes d’autres habitants de Polynésie. Il apparait que le génome des Pascuans comprend outre une base polynésienne, des éléments résultant de la période coloniale et quelques éléments appartenant à une population du Nord de la Colombie, les Zenus, faisant partie, comme plus tardivement les Incas, de la grande civilisation andine. Les séquence de ces derniers gènes sont courtes et presque identiques. Elles expriment plus un contact ponctuel il y a 28 générations (d’où le millier d’années estimé), qu’un contact continu. Mais cela confirme ce qu’on pouvait déduire de la culture de la patate douce dans certaines des iles les plus orientales du Pacifique comme de la présence de roseaux totora dans le lac du cratère du volcan Rano-raraku de l’Ile de Pâques, les mêmes que ceux qui poussent dans le lac Titicaca ou, provenant de ce lac, dans certains endroits de la côte péruvienne (comme à l’ile de Pâques ils sont utilisés pour flotter dans ou sur l’eau) ou encore ce qu’on pouvait déduire de la technique de construction de certains édifices. Ce qui est certain c’est qu’il y a eu contact. Pour le moment l’échantillon humain est petit mais la voie est ouverte pour une étude plus approfondie.

Aucune mention n’est faite de Thor Heyerdahl par les deux chercheurs, ni par la revue Nature ou par la revue Science qui les citent. Cependant je vois le résultat comme une revanche de ce Norvégien excentrique qui se conduisait au milieu du XXème siècle comme un explorateur du XIXème siècle alors qu’il n’y avait presque plus rien à découvrir sur Terre. NB : On peut remarquer à cette occasion qu’une fois que la Terre a été connue quasiment dans son entièreté, les hommes ont disposé comme par miracle de progrès technologiques qui leur ont permis de regarder encore plus loin en envisageant l’exploration dans une autre dimension, celle de l’Espace. Thor Heyerdhal avait gagné la confiance des indigènes et il avait beaucoup appris d’eux. Il avait compris que la population de l’île bien que toute petite (au plus quelques milliers d’habitants sur 163 km2) n’était pas homogène culturellement et surement en partie non-polynésienne génétiquement. Il avait été beaucoup moqué pour cela par l’« establishment » des ethnologues de son temps auquel il n’appartenait pas. Un de ses contempteurs était (hélas!) le grand professeur Alfred Métraux (né à Lausanne) qui avait séjourné dans l’île dix ans auparavant et qui n’avait rien vu. Je voudrais donc ici rendre hommage à Thor Heyerdhal, en étendant cette expression d’admiration et de respect à tous les hétérodoxes et passionnés qui, par leur sensibilité et leur travail non encadré, non diplômé mais très approfondi, on fait avancer la Science, dans ce domaine comme dans d’autres. C’est grâce à eux souvent, qui ont forcé l’« Académie » à changer de paradigmes, qu’on a pu progresser dans la connaissance et la compréhension du monde.

Revenons à Rapa Nui. Que s’est-il passé ? qu’est-ce que ce contact découvert par les chercheurs ? Où a-t-il eu lieu? J’opte plutôt pour l’hypothèse d’une incursion unique d’Amérindiens à Rapa Nui commandés par le héros Hotu Matua sur un radeau de type Kon-Tiki juste après que les premiers polynésiens y soient parvenus. Les Amérindiens purent ainsi apporter quelques pratiques culturelles de l’Amérique latine dont les techniques de construction en gros blocs lisses et parfaitement ajustés les uns aux autres qu’on retrouve dans les terrasses cultuelles un peu partout dans les îles les plus orientales du Pacifique et dans les temples des Incas aussi bien que de leurs prédécesseurs. Et comme c’étaient les apporteurs de ces technologies « avancées » qui faisaient travailler les autres, ce furent probablement eux les ancêtres des « longues oreilles », ethniquement différents des « courtes oreilles », qui impressionnèrent tant les premiers Européens.

Nous sommes un peu après l’an mille. Deux générations après Hotu Matua et ses compagnons, sont nées et ont grandi sur l’île. Les adolescents sont rassemblés sur la plage d’Anakena où leurs grands-parents ont débarqué et ils se racontent l’histoire de la grande traversée qui leur a permis d’être là. Mieux que leurs parents, ils connaissent tout de ce qui est en train de devenir pour eux le nombril du monde. « Ils en ont fait le tour » et ils ont soif d’ailleurs. Ils contemplent les restes du grand radeau de balsa qui a transporté leurs aïeux et ils se disent : « Nous sommes des hommes nous aussi maintenant. Nous sommes donc des marins comme ils l’ont été et nous allons partir comme ils sont partis, pour aller plus loin. Nous trouverons une terre immense, plus vaste et plus riche que toutes les terres que racontent leurs légendes. Ayons confiance en nos aku-aku* et en notre dieu Kon-Tiki. Si nous sommes courageux et tenaces, ils nous permettront de survivre et de réussir. » Certains partirent et nous ne savons pas ce qu’ils sont devenus. Peut-être sont-ils retournés en Amérique ou ont-ils essaimés dans d’autres îles du Pacifique. Peu importe, ils sont partis loin, bien au-delà de la portée du regard des géants de pierre qui juchés sur les plateformes construites avec une infini délicatesse par ceux qui sont restés, observent pour l’éternité l’océan de leurs yeux grands ouverts.

*petit esprit personnel évoluant autour de chaque Pascuan (et probablement de chaque homme). On ne le voit pas mais il est toujours là. C’est un peu notre “ange gardien” mais il n’est pas toujours bienveillant et il a tendance à être facétieux. Il faut savoir se le concilier. En tout cas, il sait “tout” et peut beaucoup.

Nous sommes dans la même situation que ces jeunes Pascuans des temps anciens, sur la plage regardant les étoiles et ce point rougeâtre dans le ciel. Un jour nous monterons à bord de nos fusées, les va’a d’aujourd’hui, et nous irons là-bas, où personne n’est encore jamais allé, jusqu’à ce point au-delà de l’océan du vide qui nous sépare, parce que c’est un défi qui nous est posé et que notre plaisir suprême serait de le remporter.

Ce qui compte c’est le rêve, la préparation et l’effort. L’île de Pâques est notre dernier appui sur Terre avant le saut vers Mars. D’autres que nous construiront des îles dans l’espace.

Illustration de titre: un moai regarde l’Océan: Photo Géo. En fait ceux qui regardent l’Océan sont rares même si tous ceux qui sont “arrivés à destination” depuis leur carrière de “naissance”, sont situés sur les rivages de l’île. Sans doute pour faciliter leur culte, ou pour les assimiler aux ancêtres qui sont arrivés de la mer.

PS à l’attention des premiers lecteurs de mon précédent article (sur le départ de la mission Mars 2020) publié jeudi 30 juillet: j’ai modifié cet article le Samedi 1er août à midi, en y ajoutant quelques précisions utiles sur la suite du voyage et vous invite donc à le relire.

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Index L’appel de Mars 20 07 27

Le rover Perseverance est parti pour Mars, il y arrivera le 18 février

Lancement vers Mars réussi ! Les Américains ont l’habitude du succès mais amateurs et professionnels en astronautique ont toujours une appréhension car l’opération est évidemment délicate. Voici la séquence des événements qui se sont succédés ce 30 juillet (heure Europe Occidentale) puis, ensuite, les perspectives du voyage :

13h50, mise à feu et décollage effectués à l’heure prévue de la fusée Atlas V emportant la mission Mars 2020 (Cap Canaveral, Floride) ;

13h52, séparation du propulseur d’appoint (SRB pour « Solid Rocket Booster ») nécessaire au décollage ;

13h54, ouverture et éjection de la coiffe (fournie par RUAG*) protégeant la charge utile, dans ce cas le « vaisseau spatial » comprenant le module de service, l’atterrisseur avec son bouclier thermique et à l’intérieur, le rover (laboratoire mobile) Perseverance ; NB la structure du rover est identique à celle de Curiosity, les instruments sont un peu différents.

*Quand vous lisez « coiffe de fusée », pensez à RUAG. Les Suisses sont LES spécialistes mondiaux et en fournissent 8 sur 10 à l’industrie spatiale, que ce soit pour les Européens ou pour les Américains d’ULA (donc pour l’Atlas V employé pour ce vol mais pas pour SpaceX)

13h55, séparation du 1er étage (CCB pour « Comon Core Booster ») et libération du second étage « Centaur » porteur du vaisseau spatial, mise à feu de ce second étage ;

14h04, fin de la première combustion du Centaur ;

14h43, fin de la seconde combustion du Centaur qui injecte le vaisseau spatial dans sa trajectoire interplanétaire vers Mars à la vitesse de 3,5km/s en plus de la vitesse de la Terre autour du Soleil (environ 30 km/s);

14h48, séparation du deuxième étage de la fusée d’avec le vaisseau spatial qui fonce alors à 39.600 km/h ;

Le vaisseau est placé sur une trajectoire vers Mars, un arc d’ellipse de 480 millions de km qu’il parcourra en 202 jours en perdant progressivement un peu de vitesse en raison d’un résidu d’attraction terrestre, jusqu’à la sortie de la sphère dite de « Hill » ou de « Roche », à l’intérieur de laquelle cette attraction est dominante par rapport à celle du Soleil (1.500.000 km) puis d’une faible attraction solaire (freinage et courbure de la trajectoire), jusqu’à atteindre la sphère de Hill de Mars (à 1.000.000 de km de Mars) où l’attraction de cette dernière deviendra dominante sur celle du Soleil. Vous pouvez suivre le parcours sur le lien en fin d’article*.

15h17 établissement du contact radio entre la Terre et le vaisseau spatial.

Après un petit problème de température interne (un capteur l’a mesurée légèrement trop froide dans l’ombre de la Terre) la mission est passée en « safe mode », c’est-à-dire que les systèmes non-essentiels ont été suspendus pour permettre de mener rapidement un contrôle total des circuits, bien que la température soit redevenue normale très rapidement. Le contrôle ayant été effectué et aucune défectuosité décelée, la mission est repassée en mode « nominal ».

Il ne va plus se passer « grand-chose » ensuite, jusqu’au 10 février (8 jours avant l’atterrissage) si ce n’est quelques manœuvres d’ajustement de trajectoire, « TCM » (Trajectory Correction Maneuver) à l’aide de petits propulseurs verticaux et latéraux. TCM-1, 15 jours après le départ (pour mieux viser Mars), TCM-2, 60 jours après le départ (pour affiner l’orientation vers Mars) puis plus rien jusqu’au TCM-3, 60 jours avant l’atterrissage (pour être certain d’arriver à la bonne vitesse en haut de l’atmosphère de Mars).

Avec les trois TCM suivants la tension va grandir. TCM-4, 8,6 jours avant atterrissage, TCM-5, 2,6 jours avant atterrissage et TCM-6, 9 heures avant atterrissage. Il s’agira à ce moment que la vitesse et l’angle d’entrée dans l’atmosphère soient parfaitement réglés. Le risque étant soit de rebondir sur l’atmosphère et de se perdre dans l’espace, soit d’y rentrer avec un angle trop fermé et de s’y consumer.

Après TMC-6 le vaisseau, ayant été capturé par l’attraction gravitationnelle de Mars, on changera de référentiel en considérant non plus la vitesse du vaisseau par rapport à la planète (forcément nulle puisqu’il aura été capturé) mais par rapport à la surface de la planète. Il se déplacera à 18.000 km/h par rapport à cette surface (un peu en dessous de la « vitesse de libération ») et  descendra en orbite de plus en plus serrée (en spirale) vers elle avec son bouclier thermique orienté dans la direction de son déplacement. Arrivé « en haut » de l’atmosphère, vers 120 km d’altitude, on abordera les fameuses « 7 minutes de terreur » dont on a déjà parlé lors de l’atterrissage de Curiosity. C’est l’« EDL » (Entry Descent Landing). Il s’agit de descendre jusqu’à la surface de la planète en se freinant au maximum en utilisant tous les moyens possibles. En l’occurrence, le bouclier thermique qui s’échauffera très vite, jusqu’à atteindre 1500°C, puis son parachute, puis des rétrofusées sur les dernières centaines de mètres (très efficaces mais couteuses en volume et en masse du fait de l’énergie – ergols – embarquée).

Les problèmes, dans cette séquence, c’est qu’au début il faut s’adapter aux irrégularités de densité de l’atmosphère martienne et à la fin, qu’il faut éviter les éventuels obstacles au sol. Or ces opérations doivent être effectuées sans intervention de l’homme, au moyen d’automatismes finement réglés au préalable, puisque la distance sera telle que la commande en direct sera impossible (décalage de temps – « time-lag » – d’une durée supérieure à celle de la manœuvre du fait de la finitude de la vitesse de la lumière et de la distance entre les deux planètes).

Jusqu’à présent seuls les Américains ont réussi leurs EDL sur Mars avec succès. Je ne veux pas classer les Russes dans la même catégorie puisque leur unique sonde qui se soit posée sur Mars (« Mars 3 », en 1972) n’a survécu que 224 secondes. On peut en déduire que « quelque chose » n’allait pas.

Ensuite l’aventure de l’exploration scientifique robotique de Mars reprendra avec Perseverance évoluant dans le cadre magnifique et passionnant (action évidente de l’eau liquide) du delta fluvial du cratère Jezero…jusqu’à l’automne 2022 où les Terriens enverront une nouvelle salve de robots. Parmi eux l’ESA devrait enfin figurer avec son beau projet Rosalind Franklin.

Illustration de titre : séparation du vaisseau spatial d’avec le second étage Centaur. Remarquez la petite taille de ce vaisseau (diamètre de 4,5 mètres, hauteur 3 mètres) par rapport à la fusée. Crédit NASA TV (capture d’écran).

Ci-dessous: le vaisseau spatial en route vers Mars. Crédit NASA/JPL-CalTech

*Vous pouvez suivre son parcours jusqu’à Mars avec, en perspective, les différentes trajectoires des astres qui nous environnent, en cliquant sur le lien ci-dessous (Site NASA). C’est très spectaculaire:

https://eyes.nasa.gov/apps/orrery/#/sc_perseverance

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Index L’appel de Mars 20 07 27

Les Chinois se posent en nouveaux « challengers » des Américains mais ils n’ont pas encore gagné !

Depuis le 23 juillet, Tianwen-1 vogue vers Mars. Les autorités chinoises peuvent se féliciter d’avoir ouvert avec succès le livre de leur « questionnement adressé au Ciel ». Les pages sont encore blanches sauf celles du premier chapitre. Il reste deux étapes très difficiles à franchir : faire descendre la masse de 250 kg de leur rover à la surface de la Planète-rouge, ensuite le faire fonctionner et communiquer avec la Terre pour dire ce qu’il observe.

Cette première action est un indéniable succès car il n’était en effet pas évident de réussir le lancement (deux étages successifs). La fusée « Changzheng 5 » (CZ-5, « Longue Marche 5 ») n’est que la cinquième de cette catégorie à être mise à feu et le deuxième vol a été un échec. Avec la CZ-5 la Chine, dans le domaine des lanceurs, joue maintenant dans la cour des grands, c’est-à-dire celle des Américains des Russes, des Européens et des Japonais. Mais en réalité leurs vrais concurrents dans le domaine plus large de l’exploration spatiale, ceux auxquels ils se mesurent, ce sont les Américains car leurs ambitions sont les mêmes, politiques plus que scientifiques.

La suite on la suivra dans 7 mois à l’approche de Mars (après que le vaisseau ait parcouru un arc d’ellipse de quelques 500 millions de km). Entre temps, quasiment rien ne se passera. En effet une fois que la fusée a été « injectée » sur sa trajectoire interplanétaire à partir de l’orbite terrestre, rien ne peut arriver. On procède deux ou trois fois à de légers ajustements de la trajectoire, par l’expulsion bien orientée de quantités très minimes d’ergols et c’est tout. Rappelons que 95% des ergols sont utilisés pour la mise en trajectoire car la surface terrestre se trouve au fond d’un véritable « puits » gravitationnel duquel il faut s’arracher.

En février 2021, Tianwen-1 sera, si tout va bien, capturée par le champ gravitationnel martien (car sa vitesse a été calculée au départ de la Terre de telle sorte qu’elle soit quasi nulle à l’approche de Mars). Pour la suite, les Chinois ont choisi de se comporter extrêmement prudemment. Ils se donnent deux mois pour choisir, à partir de l’orbite et grâce à leur caméra embarquée, le site précis de leur atterrissage et sans doute aussi, pour pouvoir profiter des meilleures conditions atmosphériques. Car il ne s’agit pas de se poser sur une pente trop forte, dans des sables mouvants ou lors d’une période de forte perturbation atmosphérique. La zone d’atterrissage, large, est déjà choisie. Ce sera Utopia Planitia, zone des basses terres du Nord, où le travail de l’eau a été important. Cà c’est le prétexte scientifique. La raison astronautique c’est l’altitude basse qui permet une portance plus longue et un relief lisse comportant peu d’accidents. La densité de l’atmosphère étant très faible (probablement en moyenne quelques 700 pascals dans la région choisie), toute perturbation (variation de densité) a des conséquences très importantes. L’atterrisseur (« lander ») portant le laboratoire mobile (« rover ») devra s’aider de l’atmosphère pour se freiner suffisamment sans pour autant se consumer, avec d’abord un bouclier thermique (la température de la surface extérieure du bouclier peut atteindre 1500°C) affrontant une force de résistance sensible à partir de quelques 120 km d’altitude, puis ensuite avec un parachute. Au dernier moment, au maximum vers 1000 mètres d’altitude (on ne peut emporter que très peu d’ergols dans ce type de vaisseau spatial) on commence à utiliser les rétrofusées et on dispose de très peu de temps pour éviter les obstacles. A ce moment là le vaisseau est seul, laissé au pilotage automatique de ses robots embarqués. Le « time-lag » entre Mars et la Terre étant de plusieurs minutes, il est en effet impossible de modifier en direct, le lieu précis d’atterrissage.

Si les Chinois franchissent cette étape qu’on peut qualifier de « dramatique », ils pourront se présenter (presque) comme les égaux des Américains. L’expérience sera toutefois à réitérer. Les Américains ont à leur actif une série impeccable d’une dizaine d’atterrissages sans crash (le dernier a eu lieu en 1999) et la dernière masse déposée (celle de Curiosity en 2012) est quatre fois plus importante que les 250 kg que veulent déposer en février les Chinois. A part eux seuls les Russes ont réussi un atterrissage. C’était en 1974, à la « belle » époque de l’Union soviétique, c’est-à-dire avant que l’astronautique russe se délite presque complètement.

Car il reste l’« après-atterrissage ». Pour être crédible, il faut en effet faire « quelque chose » de la masse déposée et le faire sur une durée de temps raisonnable. La sonde des Russes n’a survécu que 224 secondes en surface (l’atterrissage a-t-il été un peu trop rude ? Il faudra aller voir un jour). Les Chinois ont un beau petit programme scientifique (il n’est pas essentiel de le développer ici) et ils se donnent 90 jours pour le mener à bien (Curiosity fonctionne toujours !). Le contenu de ce programme n’est pas vraiment ce qui compte. Ce qui compte c’est sa réalisation et la démonstration de la capacité de ses concepteurs à le mener à bien. L’essentiel du « questionnement au Ciel » reste à écrire.

Si tout « marche » bien, les Chinois vont se poser en « challengers » des Américains (en exagérant évidemment leur performance). Sur le plan de la communication leur apparente rivalité aura un écho dans le public et il est vrai que dans la réalité, ils commenceront à « exister », en tout cas au moins autant que les Européens qui n’ont pas de lanceur dédié (faute d’avoir équipé Ariane V en conséquence et pour avoir choisi l’Espace d’abord pour les services qu’il pouvait rendre à la Terre). Cela va forcer les Américains à faire tout ce qu’ils pourront pour maintenir leur avance et faire des démonstrations de cet avantage tant il est vrai que la concurrence est le moteur de toute action. Je repense à ce sujet à tous les boniments que l’on a sortis à propos de la Station Spatiale Internationale (ISS) présentée comme le modèle de ce qu’il convenait de faire dans l’Espace qui devait être forcément le domaine de la coopération et de l’entraide internationale. En fait l’ISS n’a été choisie par les Américains que pour capturer dans leurs filets l’URSS moribonde qui se transformait en Russie. Elle n’a servi qu’à endormir les passions et justifier un minimum de dépenses pour mener quantité d’expériences en fin de compte assez peu intéressantes. Faute de concurrence, les Russes ayant quitté la partie, la « conquête » spatiale par vols habités est dès lors tombée dans la routine des ronds dans l’eau et de l’indifférence générale.

Donc, s’ils réussissent la mission Tianwen-1, les Chinois vont réveiller les Américains et on va voir qui sont les meilleurs ! Après l’exploration robotique c’est l’exploration par vols habités qui se profile. Les Chinois ont des plans à ce sujet. Je m’attends en contrepartie à un durcissement des relations entre Américains et Chinois dans ce domaine aussi. J’imagine que ces derniers seront encore moins les bienvenus aux Etats-Unis pour étudier des sujets sensibles ou considérés comme tels (et les Américains peuvent devenir un peu paranoïaques sur le sujet avec leurs « alliés » par craintes de fuites). Ceci confirmera évidemment une tendance mais il ne faut pas s’attendre à quelque cadeau que ce soit. Il est vrai que les Chinois ont sans doute très largement profité des faiblesses de leur adversaire potentiel au cours des dernières présidences précédant celle de Donald Trump.

Après la course à la Lune, la course à Mars commence donc. Je n’ai aucun doute que le vainqueur sera les Américains. Ils ont un certain Elon Musk parmi eux et il est porteur d’un projet extraordinairement innovant et efficace. Les pays « secondaires » comme ceux d’Europe et la France en particulier, devront choisir leur camp pour y participer ou bien ils feront mine de ne pas s’y intéresser, en prétendant qu’il est plus important de retourner sur la Lune, ou que l’espace doit servir en priorité à la Terre*. Il faut toujours chercher un moyen de « sauver la face » comme disent nos amis asiatiques.

*Le nouveau gouvernement français a déplacé le contrôle de sa politique spatiale du ministère « de l’enseignement supérieur et de la recherche » à celui « de l’Economie, des Finances et de la Relance » et la France est l’un des deux plus gros contributeurs (20%) au financement de l’ESA. Tout est dit !

illustration de titre: fusée CZ-5 emportant la mission Tianwen-1 vers son destin à partir du Centre spatiale de Wenshang (Ile de Hainan) le 23 juillet. Crédit: NASA Spaceflight. com

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Index L’appel de Mars 20 07 18

En co-évolution avec la Terre, nous avons entrepris d’infléchir notre route commune. Ayons confiance en la technologie !

J’évoquais il y a quinze jours la co-évolution de la vie et de la matière. Je voudrais développer ce thème aujourd’hui dans le contexte des perspectives écologiques qui menacent aussi bien la Terre que notre espèce.

Nous les hommes, tout comme les autres êtres vivants, sommes les fruits de la Terre. Nous en sommes partie intégrante, produits de la co-évolution de sa minéralogie et de sa biologie et agents actifs de cette co-évolution. Il n’y a pas un atome de notre corps qui ne remonte à la nébuleuse protoplanétaire à partir de laquelle est né notre Soleil qui nous donne son énergie et notre planète qui nous prête sa matière. Nous sommes nés poussière et nous retournerons à la poussière, c’est bien connu, mais cette poussière du fait de notre intermédiation biologique et industrielle sera chimiquement légèrement différente de celle à partir de laquelle nous avons été formés et que nous avons utilisée et, avec le temps et l’accumulation des masses impliquées, la minéralogie qui résultera de cette vie, sera, elle aussi, différente. Souvenons-nous, le calcaire ne provient que des coquillages ou organismes à carapace !

Chaque génération d’hommes constitue l’ensemble des grains actifs de cette évolution, du côté de la vie bien sûr, et au point où nous sommes arrivés de notre histoire, nous attendons que le vent de nos fusées emporte notre semence, quelques-uns d’entre nous tel le pollen de nos pins, pour fertiliser une autre Terre. Mais le pollen n’est mobilisable qu’au printemps et tous ses grains ne réalisent pas leur potentialité. Peut-être n’y aura-t-il pas suffisamment de vent (d’ergols pour nos fusées), qu’il ne sera pas suffisamment puissant (si le projet d’Elon Musk n’aboutit pas), que nos fusées ne seront pas suffisamment nombreuses, que leur capacité d’emport sera trop réduite, que le sol sur lequel nous nous poserons ne sera pas suffisamment fertile ou que nous ne parviendrons pas à le rendre fertile en l’aménageant un minimum pour nous permettre d’y prospérer dans la fenêtre temporelle qui nous est aujourd’hui ouverte. Si tel était le cas, nous mourrons comme peut-être d’autres civilisations déjà mortes, dans notre galaxie ou ailleurs, en ce moment ou il y a bien longtemps.

Beaucoup parmi nos contemporains s’indignent de ce que l’homme ait transformé sa planète (qu’ils considèrent égoïstement comme étant à eux seuls) et continue à le faire. Ils voudraient qu’il disparaisse, qu’il s’efface, ou du moins qu’il se fasse le plus discret possible et cesse d’interférer pour créer une Terre différente de celle qu’il a trouvée en accédant à la conscience, afin que la Terre retrouve sa virginité ou sa pureté supposée d’origine. Je pense que cette attitude régressive ou inhibante est tout à fait irréaliste et dangereuse.

Quoi qu’il arrive, la Terre que nous laisserons à notre mort ne sera pas celle que nous avons trouvée à notre naissance. La Terre, comme tout l’Univers, évolue et nous n’y pouvons rien ou plutôt « presque rien ». La seule chose que nous puissions, puisque nous sommes des êtres conscients et capables de réflexion et d’action, c’est moduler notre impact sur notre environnement. Il semble évident que nous devrions le faire puisque les externalités négatives résultant de notre vie deviennent sensibles, visibles, gênantes et qu’elles sont forcément préoccupantes parce qu’elles apparaissent trop rapidement pour que nous ayons le temps de nous y adapter sans « rien » faire  (dans la mesure où comme tout être vivant nous désirons survivre en tant qu’espèce).

Notre humanité, par le nombre de ses composants et par sa masse, est comme un paquebot (pour ne pas parler du Titanic !). Sa force d’inertie rend impossible toute action immédiate ou plutôt l’obtention d’un résultat quelconque à des décisions immédiates. Et les déséquilibres néfastes pour nous, que nous créons, s’aggravent. Cependant vouloir un résultat rapide ne peut être obtenu en cassant le gouvernail en le mettant en position contraire à la route suivie ou en décidant de sauter à la mer et de nager pour continuer le voyage. La bonne approche, en fait la seule réaliste, ne peut être que l’inclinaison de quelques degrés par rapport à la direction initiale à défaut de pouvoir armer suffisamment notre coque pour pouvoir nous permettre de heurter l’iceberg (mais peut être devons nous quand même nous préparer à cette éventualité). Casser le gouvernail ne conduirait qu’à l’anarchie et à un enchainement d’accidents irrémédiables pour notre espèce (pas question de vivre à neuf milliards comme nous vivions il y a deux siècles lorsque nous n’étions qu’un seul milliard ou même comme avant la première guerre mondiale quand nous n’étions que 1,6 milliards). Se jeter à l’eau, en abandonnant toute technologie (notre navire), serait la mort certaine par noyade.

Pour la persistance de la Vie, ce ne serait pas grave. Elle est comme l’eau qui coule. Une fois versée, elle s’insinue partout où elle trouve passage. Si nous disparaissons avec les mammifères, les poissons et les oiseaux que nous avons déjà sérieusement décimés, les arachnéides, les crustacés ou les mollusques survivront sans doute, ou à défaut (si la situation devient plus grave), les champignons, les bactéries et les archées. Mais hélas, même si on leur laisse le temps, je doute que l’une quelconque des diverses formes de vie provenant de l’évolution de ces êtres primitifs devienne un jour lointain aussi intelligente que nous. Il n’y a aucune garantie, aucun automatisme qui nous disent que ce serait possible !

Soyons raisonnables. Nous sommes embarqués ; regardons devant nous et manœuvrons. Ce n’est que l’intelligence et non la panique qui nous sauvera. Et l’expression de notre intelligence, outre notre modération dans l’utilisation de nos ressources rares et dans notre prolifération, c’est notre technologie. Et le meilleur moyen de développer notre technologie c’est notre esprit créateur et notre liberté, co-évoluant avec le désir des consommateurs, autrement dit des autres hommes, s’exprimant sur un marché. L’immense majorité des êtres humains vivants a pris conscience du danger d’un dérèglement environnemental trop rapide et nulle force n’est supérieure à leur puissance économique collective. Ne cédons pas aux sirènes qui voudraient nous forcer de façon autoritaire à suivre la « bonne voie » (la leur, pas forcément la meilleure) pour atteindre l’harmonie dont nous avons besoin.

Cependant il nous faut anticiper le pire, l’arrivée au pouvoir de tous ceux qui veulent empêcher le développement des activités spatiales et autres activités (production d’électricité à partir de centrales nucléaires, par exemple !) décrétées inutiles ou nuisibles au nom de leurs principes et qui pourraient ainsi casser la machine qui nous permet de vivre. Il faut espérer qu’auparavant, le vent aura apporté quelques grains de notre pollen jusqu’à Mars et que ces grains auront eu le temps de se poser sur quelques pistils martiens que nous y aurons préparés (ISRU* !), pour accueillir et développer de nouveaux hommes sur une nouvelle Terre. L’opportunité se présente aujourd’hui. Ne la laissons pas passer !

*l’ISRU (In Situ Resources Utilization) est la théorie conceptualisée par Robert Zubrin, fondateur de la Mars Society aux Etats-Unis, s’inspirant de la traversée de l’Amérique par Lewis et Clark (1803 – 1806). Selon cette théorie, étant donné que nos capacités d’emport en volume et en masse depuis la Terre sont limitées, nous devons utiliser au maximum les ressources locales, en l’occurence martiennes. Celles-ci sont constituées par son atmosphère (CO2, N2), son eau (y compris H2 et O2), son sol (toutes sortes de minéraux et, sans limitations, tous leurs composants chimiques), dans un contexte où une certaine puissance énergétique solaire reste disponible à cette distance de notre étoile.

Illustration : vu du cratère Gale à partir du site « Glen Torridon » sur le flanc du Mont Sharp. Extrait du panorama pris par la camera Mastcam de Curiosity entre le 24 Novembre et le 1er Décembre 2019. Crédit NASA/JPL-CalTech. Au premier plan vous voyez les traces laissées au sol par les roues du rover. Jusqu’à présent il n’y a eu là aucune coévolution entre vie et matière. On nous attend pour ensemencer ce nouveau monde !

lien vers l’article mentionné en début d’article: Dans notre Univers, tout évolue, tout intéragit et tout change.

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Index L’appel de Mars 20 07 12

La saison des lancements vers Mars revient dès le 14 juillet

Comme tous les 26 mois, cycle imposé par la mécanique céleste, les Terriens vont envoyer vers Mars une nouvelle « volée » de robots explorateurs. Ils partiront entre le 14 juillet et le 5 août et arriveront quelques 7 à 9 mois plus tard dans le voisinage de Mars. Cette fois ci les missions sont originaires des Etats-Unis, de la Chine et des Emirats Arabes Unis (avec un lanceur japonais). Les pays membres de l’ESA ont malheureusement déclaré forfait.

Toutes n’ont pas les mêmes chances de succès, c’est-à-dire de mise en orbite autour de Mars et surtout d’atterrissage à sa surface. Des trois missions, seuls l’américaine et la chinoise ont l’objectif d’atterrir et pour les Chinois cet atterrissage, s’il est réussi, sera une première. En réalité seuls les Etats-Unis ont démontré leur capacité aussi bien à la mise en orbite qu’à la descente en surface, c’est-à-dire à effectuer avec succès la difficile succession de manœuvres de l’« EDL » (« Entry, Descent, Landing »).

C’est pour cela que les statistiques sur expériences passées qui prétendent prouver les faibles chances d’atterrir avec succès sur Mars sans se référer au pays du lanceur ni à la date du lancement, n’ont aucun sens, et elles en ont d’autant moins si on prend en compte toute la série des tentatives. Tous pays du monde confondus, il y a eu 54 lancements pour Mars depuis 1960 dont 11 « flyby » et « assistances gravitationnelles » (survols simples et survols pour aller plus loin que Mars), 25 pour mises en orbite et 18 pour atterrissages. Les Américains ont effectué 23 lancements, ils ont échoué 5 fois mais la dernière fois c’était il y a très longtemps, en 1999, avec Mars Polar Lander, et sur les 5, ils n’ont échoué qu’une seule fois à se poser (le même Mars Polar Lander). Il n’y a eu aucun autre échec depuis cette date (10 lancements réussis en série). Les Russes par contre ont effectué 22 lancements, ils ont échoué 19 fois et n’ont réussi que 3 opérations dont un flyby, une seule mise en orbite (pour la mission MarsExpress de l’ESA, en utilisant leur lanceur Soyouz) et aucun atterrissage. Les Européens n’ont réussi, seuls (avec leur lanceur Ariane 5G+), qu’une seule opération, la mise en orbite de la première partie de la mission ExoMars (Trace Gas Orbiter) en 2016 tandis que la partie atterrissage (Schiaparelli) a échoué. L’autre opération, Mars Express, a (comme dit plus haut) été réalisée avec un lanceur russe. Le Japon a tenté et échoué une fois, l’Inde a tenté et réussi un fois (mise en orbite de Mangalyaan). Enfin on ne peut compter dans les mêmes statistiques les tentatives des années 1960 et celles d’aujourd’hui. Les technologies ont évolué et les Américains ont appris très vite à faire ce qu’ils ne savaient pas faire pour la bonne raison qu’ils n’avaient pas essayé ! *NB : le lancement américain se fera cette fois ci encore (comme pour la mission MSL emportant Curiosity en Novembre 2011) avec une fusée Atlas 5-541.

Toutes les missions 2020 n’ont pas le même potentiel scientifique.

Les Emirats Arabes Unis, avec la « Hope Mars Mission », doivent envoyer dès le 14* juillet, un « démonstrateur technologique ». Ils veulent montrer qu’ils sont capables de participer à une mission pour aller jusqu’à l’orbite de Mars et y déployer des instruments scientifiques. Il s’agit « simplement » d’envoyer, de placer et d’utiliser un orbiteur (satellite) ; pas question de tenter de descendre au sol pour une première mission. Officiellement Hope (ou « al-Amal », « espoir ») va étudier l’atmosphère et le climat au sol avec deux spectromètres, l’un opérant dans l’infrarouge pour mesurer la variabilité de la thermosphère et les pertes des différents gaz, l’autre dans l’ultraviolet pour étudier, dans l’atmosphère moyenne et basse, les températures, la vapeur d’eau et les variations de teneur en poussière. Le lanceur, japonais, H-IIA de Mitsubishi, est un lanceur fiable qui a propulsé de nombreuses missions dont quelques-unes dans l’espace profond. L’opération, mineure** sur le plan scientifique, a donc de bonnes chances de succès.

*En raison du mauvais temps au centre spatial Tanegashima (sud de l’archipel Nippon, latitude de Shanghai), le décollage du lanceur a été reporté pour la deuxième fois. Il est maintenant prévu pour le 19 juillet à 23h58. Le lancement a finalement bien eu lieu ce 19 juillet à 23h58. L’orbiteur est sur le chemin de Mars. Congratulations!

**A noter toutefois que l’orbite d’Amal autour de Mars ne sera pas polaire mais inclinée par rapport à l’axe de rotation de la planète, c’est-à-dire qu’elle permettra d’observer le même lieu à des heures différentes, donc dans différentes conditions d’exposition aux rayonnements du Soleil.

La Chine est dans le même registre de la démonstration de capacité. Elle veut lancer un orbiteur et un atterrisseur « Mars Global Remote Sensing Orbiter and Small Rover », mission maintenant connue comme « Tianwen-1 » qu’on peut traduire par « recherche de la vérité céleste » (« Huoxing-1 » ou « HX-1 » durant la phase de développement). C’est aussi une première puisque jusqu’à présent ce pays n’a effectué de lancements que vers la Lune. Au-delà de la démonstration ingénieuriale et politique, l’objet sera la recherche de traces passées ou présentes de vie et l’« évaluation de la surface et de l’environnement de la planète », expression plutôt vague qui annonce un travail d’étude de l’atmosphère, du champ magnétique et de cartographie géologique (une caméra à haute résolution sera embarquée). Bien sûr le vecteur sera chinois, une fusée « Long March 5 » (ou « Changzheng 5 » ou « CZ-5 ») ; lanceur lourd dont le « track-record » est faible ; deux échecs suivis de deux succès sur quatre tentatives, le placement d’un satellite sur une orbite géostationnaire puis d’un autre satellite en orbite basse terrestre. La masse à descendre en surface de Mars est égale au quart de la masse de Curiosity ou du nouveau rover Perseverance. Le succès ou l’échec se vérifieront sur plusieurs niveaux. Réussir le lancement dans l’espace profond serait une confirmation de la fiabilité de CZ-5, ce qui serait déjà bien ; réussir la satellisation autour de Mars serait moins difficile ; parvenir à déposer en douceur la charge utile sur Mars serait une performance extraordinaire. L’objet scientifique est secondaire.

Après le retrait des Européens de l’ESA (par crainte de non maîtrise de l’EDL et d’une mauvaise coordination avec les Russes de Roscosmos), la mission la plus sérieuse et de loin la plus utile sur le plan scientifique, est la mission américaine. Le rover Perseverance (« Mars 2020 » durant la phase de développement) de la NASA est, à mon avis, relativement moins intéressant que son ex-concurrent Rosalind Franklin de l’ESA. Il est la suite de Curiosity et a pour objet de rechercher aussi les traces de vie passée (Curiosity cherchait à savoir si Mars avait été habitable, ce qui n’est pas la même chose), de préparer un futur retour d’échantillons et de préparer la venue de l’homme sur Mars. Il comprend 7 instruments qui sont pour plusieurs d’entre eux des améliorations de ceux qui équipent aujourd’hui Curiosity. Le Mastcam-Z est une caméra panoramique et stéréoscopique avec une forte capacité de zoom. Ce sera les yeux du rover et elle aura un rôle à jouer dans l’identification minéralogique. MEDA (Mars Environmental Dynamics Analyzer) est un ensemble de capteurs qui donneront toutes indications sur le temps qu’il fait (y compris le contenu en poussière de l’atmosphère et la taille des particules). MOXIE (Mars Oxygen ISRU Experiment) est un instrument qui doit tester la possibilité de produire de l’Oxygène à partir de du dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne (une des recommandations faites par Robert Zubrin dans les années 1990). PIXL (Planetary Instrument for X-Ray Lithochemistry) est un spectromètre à fluorescence de rayons X avec un imageur à haute résolution pour déterminer la composition des roches de surface. Le but est de permettre une analyse chimique plus fine que précédemment. RIMFAX (Radar Imager for Mars’ Subsurface Experiment) est un radar qui doit permettre de déterminer la structure géologique du sol à l’échelle du centimètre (jusqu’à une profondeur d’une dizaine de mètres). SHERLOC (Scanning Habitable Environments with Raman & Luminescence of Organics & Chemicals) est un spectromètre qui doit déterminer la minéralogie à petite échelle et détecter les composés organiques. SuperCam est une sorte de ChemCam (embarquée sur Curiosity) améliorée. L’instrument pourra détecter à distance la présence de composés organiques dans le régolithe ou les roches.

En plus de ces instruments, le rover américain disposera, comme son prédécesseur, d’un bras robotique avec un foret capable de prélever des échantillons qui seront soit analysés sur place, soit préservés dans une « cache » en attendant une mission de retour d’échantillons à la fin des années 20 ou au début des années 30 (c’est loin et c’est vraiment frustrant !). Les prélèvements resteront très superficiels (le foret prévu n’est hélas pas celui de Rosalind Franklin qui aurait pu aller jusqu’à deux mètres de profondeur c’est-à-dire sous la zone irradiée avec des doses telles que la vie est très improbable !). Enfin la mission débarquera un petit hélicoptère pour tester la possibilité d’utiliser ce type de véhicule dans les explorations futures. C’est intéressant car il est vrai que l’exploration martienne rapprochée souffre de devoir être menée exclusivement avec un rover qui roule sur un sol par définition non préparé à la circulation des véhicules à roues. On a vu que Spirit est mort d’avoir pénétré dans des sables mouvants et que les roues de Curiosity ont très vite été très abimées ce qui lui a interdit pas mal d’observations intéressantes. Il est impossible d’aller observer/analyser un site intéressant même à quelques mètres s’il est inaccessible au rover et hors de portée de sa ChemCam. Ceci dit ce premier hélicoptère, nommé « Ingenuity », n’aura qu’une autonomie très limitée et n’embarquera qu’une caméra. Espérons qu’il puisse voler !

Ces missions vont s’ajouter à celles qui sont encore en cours. D’abord les orbiteur de l’ESA, ExoMars-TGO, « en pleine forme » (fin de mission prévue en 2022), et Mars Express qui continuera ses observations jusqu’à fin 2020 ; puis les orbiteurs de la NASA, MRO, le Mars-Reconnaissance-Orbiter lancé en août 2005, avec sa camera HiRISE qui nous donne toujours des photos d’une précision extraordinaire (résolution jusqu’à 0,3 mètre par pixel) et qui a été prolongé, le vieux 2001-Mars-Odyssey qui a suffisamment d’énergie pour fonctionner jusqu’en 2025 et MAVEN qui a terminé sa mission mais communique encore, sans oublier, en orbite, le démonstrateur Mangalyiaan de l’Inde, et au sol le rover Curiosity au sol ainsi que la sonde InSight qui continue à faire de la sismographie. MRO, Mars Odyssey, MAVEN et MarsExpress serviront de relais aux nouveaux rovers pour les télécommunications vers la Terre.

L’exploration de Mars continue donc. Après le retrait des Européens, la recherche de la vie est maintenant portée par les Américains tout seuls. Nous pouvons espérer de nouvelles informations passionnantes et de toute façon une meilleure connaissance de cette planète, la plus semblable à la Terre et la seule sur laquelle on puisse envisager d’aller physiquement avec les technologies d’aujourd’hui et où j’espère on finira par aller un jour pas trop éloigné. La lente progression qu’a entrepris la NASA vers cet objectif (années 2040 ?) pourrait être, heureusement, accélérée par Elon Musk qui veut mener une première expédition habitée en 2024 (mais si cette date était reculée à 2026, ce ne serait pas trop grave). Espérons qu’il pourra finaliser son lanceur SuperHeavy et son vaisseau Starship et que les tenants de la protection planétaire ne lui mettront pas des bâtons dans les roues en empêchant son décollage ou plutôt son atterrissage sur Mars ! La Chine se profile dans l’ombre. Ses capacités sont encore loin derrière celle des Américains mais le dépôt sur le sol de Mars d’un rover qui fonctionne ferait progresser fortement leur crédibilité.

Illustration : les différents équipements qui vont être envoyés vers Mars: deux rovers au sol, l’américain et le chinois, et un “orbiteur” (satellite), celui des Emirats Arabes Unis.

crédits : Pour les Etats-Unis, NASA/JPL-CalTech; pour la Chine: picture-alliance/dpa/Chinese State Administration of Science, Technology and Industry for National Defense; pour les Emirats Arabes Unis: MBRSC.