Utopie, science-fiction, fantasy ; l’imagination est le moteur de notre action

Pendant la majeure partie de son histoire, l’homme a imaginé l’« ailleurs » en dehors de toute considération scientifique car le progrès était suffisamment lent pour être pratiquement imperceptible. L’essentiel était de mettre en place sur le papier des structures sociales et politiques permettant de mieux se représenter des relations personnelles et un état psychologique souhaités (l’Utopie de Thomas More) ou simplement utiles à la démonstration (l’Eldorado de Candide), la comparaison (les Lettres persanes) ou la critique (Les voyages de Gulliver). Le XIXème siècle a changé tout cela avec l’accélération des découvertes scientifiques. Les tendances technologiques extrapolées et ce que nous laisse entrevoir l’astronomie, ont donné une autre dimension au cadre dans lequel peut se déployer notre imagination et ce cadre lui-même fait l’objet de spéculations beaucoup plus riches et parfois exubérantes. Du fait de ce changement majeur, la production littéraire a elle aussi changé et on peut aujourd’hui distinguer plusieurs genres dont l’action se situe dans ce vaste « ailleurs » ci-dessus évoqué. L’utopie (ou la dystopie) c’est la société idéale (ou pervertie), sciemment située « nulle part » ; la science-fiction c’est une variation sur l’utilisation de nouveaux moyens technologiques, souvent dans des ailleurs de commodité mais parfois sur des planètes identifiées ; la « fantasy » (terme américain difficilement traduisible en Français) c’est une histoire dans un cadre onirique agrémenté de suggestions pseudo-scientifiques (pour le moment et peut-être pour toujours en dehors de nos capacités) avec souvent une pincée de magie.

La science-fiction connaît aussi des variantes selon le degré de vraisemblance. On dit qu’elle est d’autant plus « dure » (« hard ») qu’elle se rapproche de la réalité. Beaucoup de scientifiques s’y sont essayés, par exemple Robert Forward dans « The Flight of the Dragonfly » où il brode sur son idée de voile solaire (toujours plus d’actualité comme le montre le projet Breakthrough Starshot).  Dans cette catégorie d’ouvrages, ceux qui ont choisi la planète Mars pour cadre, se doivent d’être aussi réalistes que possible quant à l’environnement puisqu’il est de mieux en mieux connu. Omettre cet aspect reviendrait à rendre l’histoire racontée non crédible. Ainsi la planète Mars des « Chroniques Martiennes » de Ray Bradbury qui pouvait être une possibilité à l’époque où l’auteur l’a imaginée, ne l’est plus du tout aujourd’hui même si la qualité poétique de l’œuvre reste intacte. Les fameuses « Chroniques » sont de ce fait devenues une fantasy.

Richard Heidmann, diplômé de l’Ecole Polytechnique, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique, ancien directeur à la SNECMA (l’un des concepteurs des moteurs d’Ariane puis directeur « Orientation Recherche et Technologie » du groupe) et fondateur de la branche française de la Mars Society (« Association Planète Mars »), vient précisément d’écrire « Alerte à Mars City », roman de science-fiction-dure se situant dans une centaine d’années sur Mars. Il décrit une future société martienne crédible technologiquement et déroule une histoire logique dans ce cadre technologique, et compte tenu des contraintes posées par l’environnement martien.

En 2143, un journaliste est envoyé en reportage d’investigation dans la colonie martienne qui compte alors une cinquantaine de milliers de personnes, pour tenter d’élucider des événements anormaux et incompréhensibles (on pourrait dire « des signes faibles ») peut-être liés à la prise de conscience des martiens de leur particularité et de leurs intérêts propres. Je n’en dirai pas plus mais ce qui est remarquable c’est la justesse de l’analyse psychologique. On peut tout à fait se mettre aussi bien dans la peau du journaliste que dans celle de ses hôtes. On entre ainsi facilement dans une histoire qui « tient la route » dans un milieu humain tout à fait spécifique qui ne peut être que celui de ces pionniers, vivant une expérience très différente de celle de leurs contemporains sur Terre mais qui partagent des sentiments évidemment universels. Le héros est très astucieux et réactif, un peu le Tintin du 22ème siècle, ce qui lui permet de déjouer les traquenards qui lui sont tendus. Il n’en reste pas moins que l’histoire pleine de rebondissements (causés en partie par l’évolution des sentiments entre le journaliste et sa guide martienne) prend plusieurs fois des tours imprévus et qu’on reste toujours dans le vraisemblable.

Un autre roman que vous pourriez lire en cette fin d’été est « Genèse martienne » de Jean-Marc Salotti, Professeur des universités en informatique à l’Ecole Nationale de Cognitique de l’Institut Polytechnique de Bordeaux, secrétaire du groupe de travail de l’ Académie Internationale d’Astronautique chargé de faire le point sur les missions martiennes habitées et d’établir une liste de recommandations pour les agences spatiales internationales, et également membre du Conseil de direction de l’Association Planète Mars. Ici il n’est pas question de société martienne car l’auteur traite de la première mission habitée. On est toujours dans la science-fiction-dure mais davantage dans sa variante technologie. L’histoire est une application de sa théorie de mission habitée qui est dérivée de celle de Robert Zubrin, fondateur de la Mars Society. Les contraintes essentielles ici mises en valeur sont l’atterrissage de masses lourdes, les difficultés de déplacement en surface et l’hostilité de l’environnement. On est presque dans l’actualité, celle que de courageux pionniers pourraient vivre dans dix ans si on décidait demain d’aller sur Mars. Ils sont deux et partagent une magnifique aventure dans des conditions extrêmement éprouvantes, tout à fait réalistes. On est très loin de la fantasy d’Andy Weir (« Seul sur Mars ») dont l’environnement technologique et planétaire ne peut être acceptée que par des personnes peu au fait des réalités. Les conditions extrêmes qu’ils affrontent suscitent leur courage, stimulent leur inventivité et exaltent les sentiments d’amitié et de solidarité.

Ces deux romans sont les meilleurs que j’ai jamais lus sur les sujets respectifs de la première mission habitée et de la société martienne naissante, et je ne le dis pas parce qu’ils ont été écrits par des amis. On attend un metteur en scène et un producteur. Qui se lance ?

Pour conclure, je pense que ces variations sur le futur dans le genre science-fiction-dure, constituent le nuage virtuel dans lequel se crée notre réalité de demain. Les esprits scientifiques et les ingénieurs ont besoin, comme les autres, de jouer, de visualiser et quoi de mieux pour réfléchir que d’imaginer une histoire utilisant les concepts sur lesquels on travaille de manière abstraite. De leur côté les lecteurs vont s’imprégner de ces concepts et certains d’entre eux vont les exploiter et les prolonger avec le point de vue et les connaissances qui leurs sont propres. Il suffit de quelques graines pour faire avancer l’humanité toujours plus loin.

lectures:

« Alerte à Mars City », Editions 2A, avril 2017 ;

« Genèse martienne, Objectif Mars », Editions Amalthée, 30 mai 2016;

Un autre livre, que l’on peut classer dans le domaine scientifique, est à lire :

« Embarquement pour Mars » (3ème édition), écrit par un collectif de spécialistes de Mars (dont Richard Heidmann, Jean-Marc Salotti et moi-même), tous membres de l’Association Planète Mars ; diffusé en Suisse par Payot. Il s’agit de décrire pourquoi on doit et comment on pourra aller s’établir sur Mars.

image à la Une: couverture du livre de Richard Heidmann

Ci-dessous: couverture du livre de Jean-Marc salotti

Le robot sera-t-il l’avenir de l’homme ?

Le robot humanoïde pourra-t-il un jour remplacer l’homme ? La question se pose aujourd’hui du fait des progrès importants que nous effectuons en informatique. En anticipant, on parle d’Intelligence Artificielle. En utilisant ce terme, ne prête-t-on pas à nos créations plus de qualités qu’elles n’en peuvent avoir et surtout qu’elles n’en peuvent acquérir ?

Sur le plan de l’exploration spatiale, les robots de ce type présenteraient l’avantage par rapport aux robots actuels, de pouvoir prendre des initiatives, de s’adapter à des situations imprévues et, par rapport à nous-mêmes, de pouvoir être adaptés plus facilement à des conditions environnementales qui nous posent problème : la pression atmosphérique, la composition gazeuse de l’atmosphère, la température, la gravité, les radiations, l’alimentation, la longueur des voyages, les conditions psychologiques découlant de l’éloignement, de l’exiguïté des lieux de vie, etc…

Depuis l’aube des temps, la vie terrestre se transmet selon des gènes, segments codants de brins d’ADN eux-mêmes constituants essentiels de nos chromosome(s). Nous avons compris que cette vie remonte à un seul (petit groupe) d’individu(s), notre Last Universal Common Ancestor (LUCA) qui a vécu il y a peut-être quelques 3,8 milliards d’années. Au-delà elle remonte à la cellule prébiotique et à ses éléments constituants, dont les premières molécules d’ARN. Si l’homme, à partir de son esprit, était à l’origine d’une nouvelle forme de vie, c’est à dire, plus précisément, d’un être auto-reproductible(1), conscient, doué de raison, capable de sentir, d’agir et de communiquer, il accomplirait un saut prodigieux, que seul l’Univers (certains diraient « Dieu ») a réussi à accomplir sur Terre (et peut-être nulle part ailleurs) à l’issue d’un processus de plusieurs milliards d’années. Il s’agirait en effet d’une vie utilisant d’autres éléments primordiaux, entièrement différents de ceux qui nous constituent, que j’ai évoqués, et qui nous animent. C’est imaginable mais est-ce possible ?

Il faut bien voir que pour le moment les robots sont des êtres programmés. Ils effectuent les tâches qu’on leur a demandé d’effectuer. A la limite, ils peuvent sembler exprimer des sentiments mais ces sentiments sont ceux qu’on leur a demandé de simuler en réponse à certaines incitations précisément décrites. Ils sont prévisibles et dépendants.

Le robot peut capter de l’information et peut l’utiliser mais il ne peut pas choisir et décider par-lui-même de faire ou ne pas faire, et ensuite d’interpréter en vue d’un objectif dont l’intérêt pourrait n’apparaître que fortuitement. Ce qui manque au robot c’est l’affect. C’est cela qui nous « anime ». Ce sont les sentiments en général et entre autres (avec toutes sortes de nuances) l’envie, la curiosité, la peur, l’admiration, l’estime de soi, la passion, toutes pulsions qui fondamentalement sont à la base de nos actions c’est-à-dire les leviers qui nous font in fine agir. Pour nous la finalité n’est pas établie entièrement par des données, pour les robots, elle l’est. Pour eux il n’y a pas de volonté propre de faire car il n’y a aucun intérêt à faire, aucune satisfaction à tirer de l’action, simplement un programme à dérouler.

Alors, toute la question est de savoir si nous pourrons jamais inculquer cette sensibilité(2), cette personnalité, cette âme à nos robots.Il s’agit non pas d’une progression quantitative mais d’un saut qualitatif. Si nous y parvenons ils deviendront les véritables enfants de notre esprit. C’est à dire qu’ils seront nos dignes continuateurs, non pas une mutation de notre espèce vers une nouvelle, puisqu’ils ne porteront jamais aucun de nos gènes mais ils seront néanmoins tout aussi proches de nous que les autres hommes de chair et de sang, comme les « draags » de la planète Ygam du magnifique film de René Laloux, « La planète Sauvage »(3), et nous pourrons alors sans état d’âme leur céder notre place dans toutes les aventures trop difficiles que nous rêverions d’entreprendre. Ils seront dignes d’être considérés comme nos égaux et comme avec d’autres êtres humains, nous pourrons vivre à travers leur sensibilité ce qu’ils vivront et qu’ils nous transmettront.

Cette évolution nous ouvrirait des domaines d’exploration absolument fantastiques. Nous pourrions par l’intermédiaire de ces créatures, nos créatures, vivre dans l’enfer de Vénus ou les nuages de Jupiter, aller jusqu’à Proxima Centauri en « état déconnecté » (« switched off ») et visiter ensuite des planètes sans atmosphère respirable tant que nous pourrons exploiter sur place l’énergie diffusée par l’étoile étrangère. Doués de sensibilité et de sentiments, ces enfants de notre intelligence partageraient avec nous non seulement leurs études scientifiques et leurs reportages documentaires mais aussi leurs odyssées et les romans de leurs aventures.

Je rêve…Nous ne savons pas vraiment comment insuffler l’esprit à nos créatures(2). Le saurons-nous jamais ? En attendant, continuons notre chemin. Avoir des assistants de plus en plus compétents, des prolongements de plus en plus habiles (suite du silex taillé primitif et de tous nos outils) est aussi, pour nous, une grande satisfaction. N’ayons surtout pas peur du progrès et des possibilités considérables d’épanouissement qu’il nous offre.

Image à la Une : image du film de René Laloux, La Planète Sauvage. Les draags conçoivent leurs enfants par union de leurs esprits.

Note et Liens :

(1) Une différence essentielle du robot humanoïde avec l’homme restera le mode de « production ». Il n’y aura pas de fusion sexuée. Le robot humanoïde sera fabriqué à l’extérieur de ses « géniteurs », en usine, laboratoire et atelier (et non pas dans une matrice féminine à partir de la division des cellules d’un ovocyte fécondé) et il aura dès sa « naissance », sa taille adulte. L’apprentissage n’accompagnera pas la croissance mais sera déchargée (« unloaded ») dans l’objet. Le mode de production humain qui impose affectivité et proactivité (le robot me semble devoir être totalement passif lors de l’apprentissage), n’est-il pas indispensable à l’émotivité, à la sensibilité et au caractère de la personne ?

(2) http://emoshape.com/ Une société britannique qui veut apprendre aux robots à comprendre et réagir aux sentiments humains. Notez que cela ne signifie pas que les robots puissent ressentir ou plus précisément, générer en eux-mêmes ces sentiments.

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Planète_sauvage Le film date de 1973. Il a un peu vieilli dans la technologie de l’animation mais il ne faut pas s’arrêter à cet obstacle. Les dessins de Topor sont une succession de petits chefs-d’œuvre oniriques. Il n’est pas dit dans le film que les draags sont des robots mais, vus leur mode de reproduction, je suppose fortement qu’ils le sont !

Lire: “Je cherche à comprendre… les codes cachés de la nature »” de Joël de Rosnay (éditions “Les liens qui libèrent”, octobre 2016)

Les Tables de la Loi

Les règles qui s’appliquent à une société quelconque doivent évidemment tenir compte de son environnement. Il en ira sur Mars comme ailleurs. L’Universel sera tempéré, aménagé, en fonction des Circonstances de la vie sur la Planète-rouge, qui sont, comme vous avez pu le remarquer, très particulières. A partir de là on peut envisager ce qui sera écrit sur les « Tables de la Loi » locales. Il y aura pour les Martiens beaucoup d’obligations et quelques droits.

La première règle sera le droit au retour sur Terre. Tout arrivant sur la planète et aussi sa famille, devront avoir un billet gratuit pour exercer le choix de revenir vivre sur leur planète d’origine. Ce n’est pas une disposition de confort mais une nécessité sociale. Sans ce droit qui donc voudrait partir sinon quelques inconscients ? Mais ce droit va beaucoup plus loin. Il est la condition d’un traitement décent sur Mars. En cas de proposition de travail ou de traitement jugé inacceptable, tout résident martien pourra revendiquer cette liberté et, soit exercer son droit au retour, soit obtenir une proposition qui lui semblerait convenable. Ce droit est en fait un élément constituant essentiel de liberté et de rétablissement de l’équilibre dans les relations économiques.

La deuxième règle sera l’obligation de respecter les normes d’hygiène et de recyclage imposées par la communauté. Le danger de déséquilibre microbien sera en effet considérable dans un volume viabilisé petit et isolé et les conséquences de gâchis d’éléments organiques aussi bien que d’éléments manufacturés seront extrêmement dommageables*. Tout contributeur à cet environnement aura une responsabilité très forte à son maintien en bonnes conditions, beaucoup plus, proportionnellement, qu’un homme sur Terre qui ne représente individuellement qu’une partie infime d’un tout et qui peut compter sur un effet tampon immense.

*Le contrôle par des moyens “naturels” de l’équilibre de cet environnement microbien est l’objet de la recherche MELiSSA dont j’ai parlée dans d’autres articles de ce blog.

La troisième règle sera l’obligation d’effectuer la tâche confiée par la communauté, pour laquelle le séjour sur Mars aura été contracté. On est dans le même esprit que précédemment. Une personne dans une petite communauté a, par son action ou son inaction, un impact beaucoup plus grand sur celle-ci qu’un homme sur Terre perdu au sein d’une humanité de 7 milliards d’individus. Si l’on compte sur quelqu’un, on ne pourra s’offrir le luxe de sa défaillance. Il faudra bien sûr tenir compte des circonstances mais une personne responsable devrait au moins avertir ses compagnons aussitôt que possible de tout problème professionnel qui surviendrait et dont il serait conscient.

La quatrième règle sera l’obligation de respecter les contraintes de sécurité imposées par la communauté. Compte tenu de l’environnement martien, toute action mettant en danger la sécurité de la Colonie pourrait avoir des conséquences encore plus catastrophiques que de manier des substances toxiques ou explosives sur Terre car elle pourrait mettre en péril la poursuite même de l’établissement de l’homme sur Mars. Les protocoles de sécurité, à commencer par ceux d’entrée et de sortie des éléments viabilisés de la base, devront être scrupuleusement respectés.

La cinquième règle sera le devoir d’assistance à toute personne en détresse. Chaque vie humaine sur Mars sera précieuse, non seulement moralement mais aussi pratiquement, pour les raisons déjà exposées. Il n’y aura donc pas de sortie en solitaire, pas de sortie sans vérification préalable du fonctionnement des scaphandres, pas de sorties en période dangereuse ou douteuse (annonce de tempêtes de poussière ou de vent solaire) et celles qui devront avoir lieu la nuit seront exceptionnelles.

La sixième règle sera l’obligation d’accepter les contrôles médicaux, y compris psychologiques, et les traitements qui seront demandés par la communauté. Selon le principe déjà énoncé, la communauté aura besoin de tous et son intérêt sera de tout faire pour éviter qu’un de ses membres la mette en danger.

La septième règle sera le droit de chacun à l’oxygène, à l’eau, à la nourriture, aux soins vitaux et à un espace vital minimum. L’air que l’on respirera, l’eau que l’on boira, l’espace que l’on occupera ne seront pas des biens libres. Ils seront difficiles et coûteux à produire/à construire et à entretenir. Il faudra les faire payer par les utilisateurs pour éviter les gaspillages mais d’un autre côté on ne pourra pas envisager d’en priver des résidents puisque ce serait les condamner à mort. Une aide (un crédit ?) devra donc être donné à ceux qui ne pourraient se payer continûment ces « commodités » (alors qu’ils auraient dû en principe le pouvoir, d’après l’examen de leur candidature avant de quitter la Terre). On devra cependant demander un travail en contrepartie (dans la mesure où la santé de la personne le permettra).

La huitième règle sera le respect de la vie privée. Les contraintes de vie en commun et des risques encourus seront d’autant plus lourdes qu’il faudra que l’on donne à chacun un droit à la vie privée autant qu’il sera possible en dehors des obligations posées par ces contraintes. C’est une condition indispensable pour que la vie en promiscuité relative soit supportable. Cela implique en particulier la liberté d’opinion et de communication avec la Terre. Il ne saurait être question pour autant de tolérer quelque pression, quelque prosélytisme que ce soit. La liberté de chacun s’arrêtera strictement là où elle pourrait empiéter sur celle d’autrui. Dans cet esprit les personnes faibles devront être protégées de tout harcèlement et tout signe extérieur d’appartenance à une idéologie jugée dangereuse devrait être strictement banni (la société martienne sera évidemment une société laïque). Les Martiens ne vivront pas sur Terre et il faudra tout faire pour éviter d’importer sur Mars les conflits terrestres.

La neuvième règle sera le droit à l’accès aux bases de données de la Terre et de la Colonie. La créativité et simplement le bon fonctionnement de la base requerront un accès aussi totale et rapide que possible à toutes données existantes. Cependant, comme dit ci-dessus, des restrictions imposées pour la sécurité seront inévitables. L’administration de la Colonie devra connaître l’identité des utilisateurs des réseaux de communication (interdiction des pseudo et accès à internet restreint aux seules identités vérifiées). Cela rendra impossible la consultation régulière des sites dangereux et permettra éventuellement de remonter aux causes des problèmes.

La dixième règle sera l’obligation de respecter l’environnement de la planète hôte. Mars est une planète fragile, en quelque sorte moribonde. Il n’est pas question de la brutaliser. Le passé des Terriens doit les inciter à ne pas recommencer le gâchis et les destructions perpétrés sur Terre. D’autre part, l’étude de Mars restera pendant très longtemps un objectif essentiel et précieux pour l’humanité. Il conviendra donc de préserver au maximum la virginité de ce nouveau monde. Ceci implique non seulement un recyclage aussi parfait que possible (principe de non-pollution) mais aussi le renoncement à tout projet de terraformation (toujours porté par l’hubris de quelques-uns de mes amis).

Voici donc mes « dix-commandements ». Comme je ne prétends pas me comparer à l’auteur des originaux d’il y a près de quatre mille ans (cf. image à la Une), j’accepte leur discussion !

Image à la Une :

Détail du code des lois d’Hammourabi, daté d’environ 1750 avant JC, gravé sur une stèle taillée dans un monolithe de basalte de 2,25 mètres de haut (Musée du Louvre). On peut imaginer que les premiers Martiens auront à cœur de marquer leur arrivée sur leur nouvelle planète par un monument quelconque. Une stèle de ce genre serait une excellente idée (et il y a beaucoup de basalte sur Mars)! Voir photo de la stèle entière, ci-dessous. Crédit image : Mbzt — CC BY 3.0https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16931676

NB : Le code d’Hammourabi comprend 282 articles. Il n’est pas le premier code juridique. Le plus ancien dont nous ayons trace est celui du roi sumérien Ur-Nammu (vers 2100 avant JC) mais la stèle du roi babylonien Hammourabi est plus spectaculaire. En se plaçant strictement sur le plan du format, les fameux “Dix commandements” transmis par Moïse aux Hébreux (avant l’an 1000, peut-être vers 1300 avant J.C.), dans leur concision “lapidaire”ont évidemment beaucoup plus de force et devraient (comme ici) rester une source d’inspiration.

Partir pour Mars à la recherche du bonheur (2 – satisfactions)

La semaine dernière je vous ai présenté les aspects négatifs qu’entrainerait pour l’homme le choix de vivre sur Mars. Il est certain que si on s’arrêtait là, il y aurait peu de volontaires…mais ce n’est pas le cas. On le voit lorsqu’un projet aussi fou que Mars-One, impliquant des vols sans retour, est plébiscité par des centaines de milliers de personnes. Qu’est-ce donc qui suscite un tel enthousiasme ?

Il s’agit d’abord de participer physiquement à la découverte d’un monde nouveau et je pense que l’homme a dans ses gènes une pulsion de curiosité, de besoin de comprendre, qui concerne tout ce qu’il peut appréhender par sa raison et au plus près, par ses sens. Pendant longtemps, sauf pour quelques esprits particulièrement imaginatifs, audacieux et brillants, (Giordano Bruno, Bernard le Bouyer de Fontenelle), la surface du globe terrestre était le seul domaine possible où pouvait s’exprimer le monde des hommes, les astres n’étant que des objets périphériques appartenant au domaine des dieux et donc par nature, interdits à la vie « ordinaire ». Ce n’est que depuis les derniers siècles et surtout depuis la fin du 19ème (Camille Flammarion, Constantin Tsiolkovski) que l’on pressent une nouvelle vague d’exploration et d’expansion, dans le même esprit qu’à l’époque des Grandes Découvertes, « to boldly go where no man has gone before » (selon les belles paroles introductives de chaque épisode de la saga Star Trek). Dans cette perspective Mars s’impose comme la première étape et comme la première source de satisfaction de ce besoin profond.

Il s’agit ensuite de pénétrer les terres les plus vierges que l’on puisse concevoir. Mars est un monde dont la surface est restée intacte, où très probablement nulle vie « supérieure » (au-delà de l’équivalent des bactéries) ne s’est manifestée jamais. On le voit bien à certaines structures d’apparence fragile restées en équilibre depuis qu’elles ont été formées par les forces primaires de la nature, les volcans, les torrents, les tempêtes, le passage du temps.  Cette possibilité de parcourir ce monde pour la première fois, présente pour beaucoup quelque chose d’exaltant comme de contempler dans le silence les ondulations du sable des grandes dunes de nos désert, leur étendues pierreuses ou leur canyons desséchés (même si leur apparente virginité n’est en fait que la rareté de la présence de l’homme). Le monde de Mars est aride et ses paysages sont austères mais ils sont aussi beaux et grandioses que peuvent l’être ceux de nos grands déserts. On peut se laisser prendre de vertige et de pensées mystiques devant les montagnes du Hoggar ; on ressentira les mêmes appels et les mêmes émotions devant la hauteur des parois du rift immense de Valles Marineris. L’attrait sera considérable pour les habitants d’une planète saccagée, surpeuplée et suractive.

Il s’agit aussi de relever les défis les plus difficiles que l’on puisse se lancer tant sur le plan du caractère que des moyens technologiques. Rien ne sera facile sur Mars mais le simple fait de survivre dans cet environnement extrême sera en soi une réussite extraordinaire, à savourer continûment. L’homme sur Mars aura à sa disposition toutes sortes d’outils, d’instruments, de logiciels et de machines, robotisées ou non, provenant de technologies anciennes aussi bien que nouvelles, qu’il sera constamment incité à améliorer et à développer, plus qu’aucun autre homme resté sur Terre et non sollicité par un environnement aussi exigeant que le sien. Il sera « à la pointe » de la connaissance et du progrès et pourra apprécier et profiter directement de toute amélioration ou nouveauté engendrées par son imagination dans la mesure où (et d’autant plus que) son ingéniosité le lui permettra. En fait, en dehors de l’indisponibilité de machines intermédiaires ou de matières temporairement impossibles à produire sur Mars, ses seules limites seront ses propres capacités intellectuelles et physiques (et le temps nécessaire à se faire livrer un élément manquant depuis la Terre, pourvu qu’il ne soit pas trop massif).

Il s’agit encore de vivre au sein d’une communauté d’exception. Dans sa vie quotidienne le Martien ressentira la fierté et le plaisir de se trouver dans une société de pionniers. La première Colonie martienne sera la fleur de l’élite intellectuelle de la Terre, composée de personnes qui auront été choisies en fonction non seulement de leurs qualifications techniques ou scientifiques mais aussi de leur force de caractère et de leur aptitude à vivre en société. Bien entendu ces qualités ne seront pas génétiquement transmissibles et la qualité de la société évoluera avec les générations mais on peut imaginer que la première sera soucieuse de donner la meilleure éducation à ses enfants et le pourra. Elle sera un modèle pour les suivantes et ce modèle devrait s’imposer compte tenu de la nécessité résultant de tous les dangers environnants. Sur le plan strictement intellectuel, la mission d’éducation sera facilitée par la très haute capacité de tous dans des domaines complémentaires et couvrant tout l’éventail des activités humaines car la présence et l’exercice de ces métiers ensemble sur Mars sera une nécessité pour le maintien et le développement des infrastructures et le bon fonctionnement de la communauté.

Il s’agit enfin de jouir d’une situation extraordinaire, où aucune génération précédente d’hommes ne se sera trouvée, d’être au sommet d’une projection vers le futur et l’infini. Lorsqu’il donnera la vie, le nouveau Martien aura le sentiment de participer à la création d’une nouvelle branche de son espèce, la plus prometteuse et chargée d’espérance. Tous ensemble, ces Martiens auront le sentiment de porter la mémoire de la Terre et, par leur vie même en dehors de leur planète d’origine, d’en être la bouture, la seconde chance potentielle. Ce sentiment pourra être renforcé par l’existence et le maintien sur Mars d’un conservatoire de l’image des trésors de la Terre (fermes de serveurs informatiques, dont la pollution thermique n’aura aucune conséquence négative) et du plus grand nombre possible de ses graines ou semences (Global Seed Vault, comme celui du Svalbard).

Mars sera donc à la fois un immense laboratoire, une arche de Noé, une université, une pépinière d’innovations et de nouvelles entreprises pour les porter et, par la douceur, l’intensité et la qualité de ses relations humaines, une véritable Abbaye de Thélème. Comme toujours dans un choix, les candidats au départ et surtout ceux qui voudront rester dans le nouveau « Nouveau-monde », devront « peser le pour et le contre ». Comme on l’a vu les « contre » ne sont pas négligeables mais les « pour » que nous venons de présenter, apparaîtront tellement importants que suffisamment d’hommes (et de femmes !) devraient accepter les premiers (les “contre”) qui deviendront simplement des « moins », insister pour surmonter les difficultés, persévérer dans cet environnement hostile jusqu’à l’humaniser suffisamment et que les seconds (les “pour”)  devenus des « avantages » s’affirment comme des évidences.

Image à la Une : Contemplation du Mont Sharp (cratère Gale), photo de Curiosity (Mastcam) crédit image NASA/JPL-CalTech/MSSS 

Partir pour Mars à la recherche du bonheur (1- contraintes)

Comme ceux qui me lisent régulièrement l’ont sans nul doute déjà remarqué, j’appelle de mes vœux les plus fervents l’établissement de l’homme sur Mars. Je voudrais maintenant vous convaincre que la décision de partir répondra chez beaucoup à la recherche du bonheur. Je pense d’ailleurs que ce sera la vraie raison, profonde, d’une telle décision. La notion de bonheur est vague mais dans le cas présent, elle devrait correspondre à la satisfaction d’une pulsion immédiate et à la contemplation d’une vision à long terme. La pulsion c’est celle qui anime tout homme qui cherche à « comprendre ». En allant sur Mars, il s’agit de découvrir un nouveau monde et de le comparer à la Terre pour chercher à en percer les secrets et notamment ceux qui concernent l’émergence de la vie. Quoi de plus passionnant ? La vision c’est celle, pour chaque voyageur, de participer éventuellement, selon son choix, à une aventure extraordinaire, dans la ligne de celle que vécurent les pionniers européens qui partirent « vers l’Ouest » ouvrir une « nouvelle frontière », pour développer une nouvelle société dans le cadre de laquelle, il (se) donnera à lui-même et à l’espèce humaine, une « seconde chance ». Quoi de plus exaltant ?

Le problème est de savoir si cette pulsion et cette vision suffiront pour que des hommes se portent candidats à un voyage aussi dangereux, à un exil aussi lointain et acceptent de prendre des risques aussi importants puisque vitaux. Ce sont eux que nous allons considérer cette semaine. Ce n’est pas trop difficile car, contrairement aux colons qui autrefois partaient sans (presque) rien savoir de ce qui les attendait, ces risques ou ces points négatifs, aujourd’hui on les connaît.

Il s’agit d’abord de l’isolement. Au début le « village » humain sur Mars sera petit et les relations sociales de proximité à la fois réduites et intenses avec, de ce fait, de nombreuses possibilités de frictions. Le corollaire de l’isolement sera l’éloignement. Les colons n’auront la possibilité de revenir sur Terre qu’à des dates très espacées, de plus de deux ans (en fonction de la position respective de chaque planète sur son orbite) et après un voyage de plusieurs mois (minimum trois). Les communications radio et vidéo pallieront cet inconvénient mais la distance combinée à la vitesse de la lumière fera que les conversations directes seront entrecoupées d’un « time-lag » de 3 à 22 minutes dans chaque sens. L’impossibilité de liaison physique avec la Terre entre deux révolutions synodiques aura des conséquences pour les pièces de rechange. On pourra certes faire des réparations et remplacer des pièces en les reproduisant par impression 3D mais cela aura quand même des limites, surtout au début de la colonie (les matières utilisées supposent le développement de toute une industrie chimique, d’une industrie minière et d’une métallurgie, avec des degrés de pureté extrêmes).

L’environnement sera dangereux. Il faudra constamment s’en protéger. L’air extérieur sera irrespirable (absence d’oxygène et très faible pression) et contiendra des éléments toxiques (gaz carbonique, poussières très fines, sels de perchlorates). Le port du scaphandre sera obligatoire en extérieur ce qui pourra être considéré comme une gêne (ne serait-ce que pour passer sa main sur son visage !). Toute perforation de cette protection aura des conséquences graves et les procédures de sortie et de rentrée dans les bases seront longues et fastidieuses mais devront évidemment être scrupuleusement respectées (et les ballades en solitaire seront exclues !). Dehors il fera froid. Pendant la journée cela ne posera pas problème car la température pourra osciller autour de zéro degré Celsius mais pendant la nuit on atteindra facilement les -80°C (c’est le cas aujourd’hui dans le Cratère Gale). Il ne sera pas impossible de se protéger de ces températures extrêmes mais cela implique une importante consommation d’énergie (risque de panne ou de réserve insuffisante) donc des sorties courtes aux heures les plus froides et il ne sera pas question d’envisager une nuit entière « dehors ». L’exposition aux radiations spatiales représentera une autre contrainte. Les « Martiens » ne seront pas plus exposés que le sont les astronautes dans l’ISS mais ils seront quand même susceptibles de recevoir sans beaucoup de préavis (quelques heures) les rayonnements peu atténués des tempêtes solaires (protons). Ils devront donc se soucier avant chaque sortie, de la météo de notre étoile, porter sur eux un compteur de dose de radiations reçues et éventuellement pouvoir se mettre rapidement à l’abri dans des bunkers judicieusement répartis dans les régions qu’ils parcourront.

L’espace habitable sera limité. Les locaux de secours, juste mentionnés, seront exigus, d’un volume juste suffisant pour y passer le temps de la tempête (quelques heures, un jour ?). La base sera évidemment plus vaste, autant que possible. Elle devra l’être pour que la vie en commun soit supportable et pour abriter les différentes fonctions qui devront être assurées, sans oublier les laboratoires, les ateliers, certaines zones de stockage et les espaces de détente. On peut imaginer un ensemble de dômes de dix à vingt mètres de diamètre maximum (on ne peut envisager davantage compte tenu de la masse des structures) et de couloirs les reliant. A l’intérieur de ces dômes il faudra faire pousser des végétaux, cultiver des algues (spirulines) et sans doute faire ruisseler de l’eau (pour le plaisir). La couleur et l’eau manqueront en effet cruellement à un paysage ocré et aride (que l’on verra au travers de fenêtres protégées ou plus vraisemblablement sur des écrans captant les images de l’extérieur en temps réel). Au-delà de l’aspect visuel, l’alimentation de tous les jours risque d’être monotone. En effet il faudra « faire avec » les ressources locales et si on peut certes imaginer des serres (d’une surface estimée à 200 m2 par personne), elles devront être aussi « compactes » que possible et la variété des cultures sera faible, fonction du nombre des habitants, permettant les alternances d’espèces. Ces cultures devront être pratiquées avec le plus grand soin, très probablement en hydroponie pour faciliter les contrôles. Des épidémies pourraient frapper tout ce petit monde. Il faudra donc le cloisonner par petites surfaces et éviter l’intrusion de vecteurs de contamination. Les plantes sur Mars seront manipulées par des robots et davantage à regarder à travers des vitres qu’à caresser (sauf les quelques plantes d’agrément que l’on pourra faire pousser dans les lieux de vie).

Le risque de dérèglements microbiens existera aussi bien sûr pour les humains. Le plus grand soin devra présider au nettoyage et au recyclage de toutes les surfaces et de tous les volumes (qui devront être accessibles et modulaires) ainsi qu’aux équilibres microbiens et aux interactions des divers microbiotes au sein du microbiome commun de la Colonie. Comme on devra déjà donner beaucoup d’attention aux microbiotes des êtres humains, les animaux ce sera pour plus tard lorsqu’on pourra mieux contrôler leurs microbiomes spécifiques. Les soins à donner aux hommes seront assurés au mieux grâce notamment à la télémédecine mais il ne pourra y avoir d’intervention chirurgicale en direct par ce moyen compte tenu du “time-lag” entre la Terre et Mars. Il faut espérer qu’il y aura quelques bons médecins sur place et aussi qu’ils disposeront des stocks de médicaments  et des instruments d’intervention adéquats.

L’énergie sera difficile à obtenir car bien sûr il n’y aura pas de pétrole, ni suffisamment de vent ou d’eau courante pour actionner des turbines. Les seules possibilités proviendront du soleil, de l’atome et de la géothermie. Elle sera aussi précieuse car aussi essentielle pour la préservation de la vie que les diverses protections déjà mentionnées. Aucune panne ne sera acceptable au-delà d’un temps minimum de sécurité et ce minimum sera élevé pendant la nuit (froid) et les tempêtes de poussière qui pourront durer plusieurs mois. Il y aura bien sûr des redondances mais les systèmes d’alimentation (pompes, batteries, circuits) ou de régulation (jauges, radiateurs) fonctionneront dans des conditions extrêmes, tout à fait inhabituelles.

Les hommes qui iront sur Mars devront être des adultes responsables. Ils devront « faire face ». Dans une petite communauté « loin de tout », pas question de se défausser ou de se lamenter. Il sera souvent question de vie ou de mort, toujours de réactivité et d’inventivité. Mars sera un milieu particulièrement exigeant. Il n’y aura pas d’excuse ni de pardon. Les règles de sécurité seront donc strictes et il faudra absolument les respecter. Enfin vivre sur Mars sera un choix qui oblige et qui engage. L’environnement gravitaire est différent de celui de la Terre et comme nous l’avons vu, rien ne pourra vraiment empêcher la divergence entre populations terriennes et martiennes sur ce plan. Un Martien ayant vécu plus de dix ans sur sa nouvelle Terre ou né sur place, aura le plus grand mal à supporter la vie dans l’environnement d’une gravité terrestre dans l’hypothèse d’un retour. Il faudra choisir.

La semaine prochaine je vous parlerai de ce qu’on peut mettre sur l’autre plateau de la balance. Ne vous inquiétez pas, il y a aussi du « pour » et, pour beaucoup de Terriens, son poids sera tellement importants qu’il n’y aura pas à hésiter !

Image à la Une :

Quelque part en surface de Meridiani Planum, photo prise par le rover Opportunity, crédit NASA.

Concordance des temps

Il fait beau, le soleil brille, avec une irradiance de 1366 W/m2, l’eau coule dans les ruisseaux, l’atmosphère de 1 bar au niveau de la mer contient 21% d’oxygène et 400 ppm de gaz carbonique. C’est un peu trop mais tout va (encore) bien ! Nous sommes sur Terre…il faudrait préciser « 4,567 milliards d’années après qu’elle se soit formée » car l’environnement terrestre n’est pas immuable et ces conditions ne sont exactes qu’à notre époque. Quand on parle de la Terre en termes planétologiques, il est très important de la situer non seulement dans l’espace mais aussi dans le temps.

Dans 500 millions d’années, si tout se passe bien, notre soleil sera devenu trop chaud et la vie telle que nous la concevons sera devenue impossible sur notre chère planète. Symétriquement, il y a 500 millions d’années, l’évolution du processus de vie, même s’il avait déjà abouti à l’explosion cambrienne, n’aurait absolument pas permis l’émergence d’un être aussi complexe que l’homme (les mammifères ne sont apparus qu’il y a 220 millions d’années et leurs ancêtres reptiles il n’y a que 320 millions d’années). La composition atmosphérique n’était pas, hier, et ne sera pas, demain, la même (notamment variation des pourcentages d’oxygène ou de gaz carbonique). La biosphère n’était et ne sera pas la même (nous serons au mieux des sortes d’australopithèques* pour nos descendants, s’il y en a encore !). Nous sommes sur une trajectoire. Les branches et les fleurs de l’arbre phylogénétique poussent dans toutes les directions et la planète évolue comme tous les corps vivant, de concert avec la vie qu’elle a enfantée, assistée par le soleil qui fournit l’essentiel de notre énergie.

*pour être plus imagé mais je devrais plutôt parler de trilobites tant l’évolution peut être considérable sur une telle durée. 

Tant que nous resterons sur cette Terre, nous continuerons à en être dépendants tout comme elle l’est devenue de nous-mêmes, espèce aujourd’hui dominante. Nous devrons notamment nous adapter à notre environnement forcément changeant. Si nous la quittons (du moins certains d’entre nous), nous prendrons non seulement notre envol mais aussi notre liberté. Cela ne veut pas dire que nous ne resterons pas dans notre lignée biologique en continuant à évoluer, par mutations involontaires ou par nos actions (résultant de notre compréhension du monde, de notre organisation sociale et de nos technologies), mais que nous pourrons choisir ou agir mieux sur notre évolution, en quelque sorte la piloter. En nous affranchissant de la planète de nos origines, nous desserrerons dans une certaine mesure l’emprise du temps, notamment dans ses conséquences pour nous-mêmes sur le vieillissement de cette planète. Le fruit de l’humanité est mûr, les graines qu’il contient peuvent maintenant être emportées par le vent (ou plutôt par les vaisseaux de notre astronautique).

Le même problème de temps qui se pose pour la Terre se pose naturellement partout ailleurs dans l’Univers. Longtemps (un milliards ou seulement quelques centaines de millions d’années ?) avant que le soleil ne naisse, il y a 4,6 milliards d’années, les supernovæ n’avaient peut-être pas créé suffisamment d’éléments chimiques lourds qui permettraient, il y a environ 3,8 milliards d’années, la naissance de la vie sur une planète orbitant à bonne distance (CHZ1) d’une étoile de taille moyenne dans la zone relativement calme d’une galaxie (GHZ2) quelconque. Si nous sommes parmi les premiers êtres conscients à sortir du « laboratoire » biologique de l’univers, pourrons nous un jour communiquer avec nos homologues ailleurs ? Comme ils sont probablement très rares* et comme ils ont dû « sortir de l’œuf » à peu près en même temps que nous (à moins qu’à quelques millions, quelques dizaines de millions d’années près, ils ne soient pas contemporains et qu’ils aient déjà disparu), rien n’est moins sûr. En effet les canaux de communication que peuvent utiliser nos moyens électromagnétiques sont irrémédiablement courbés par le temps. La vitesse de la lumière est un maître implacable qui nous empêche de dialoguer avec nos contemporains si, pratiquement, ils sont plus loin de nous que la durée de la moitié de notre propre vie consciente. Si nous recevons un signal provenant d’une source distante de quelques 1000 années-lumière (ce qui est relativement notre proximité immédiate au sein d’une galaxie d’un diamètre de 120.000 années-lumière), qu’en ferons-nous ? Nous saurons certes qu’il existe (ou « a existé ») d’autres êtres conscients ailleurs et c’est déjà beaucoup, mais c’est aussi très peu. C’est encore une raison pour laquelle, au-delà de la nécessité de comprendre l’univers, et pour agir en faveur de la préservation de notre espèce et de sa civilisation, il faut prioriser l’étude et l’écoute de notre voisinage spatial proche, celui qui nous entoure dans un rayon de quelques petites dizaines d’années-lumière et qui nous est soit accessible par des moyens astronautiques, soit susceptible d’échanges par ondes électromagnétiques sur une durée raisonnable, ou dont on pourrait analyser la composition atmosphérique des planètes par nos télescopes. NB : en sélectionnant celles qui sont de type terrestre dans la CHZ d’étoiles de type solaire (et on ne recherchera pas que la présence d’oxygène mais plusieurs mélanges de gaz correspondant à divers stades d’évolution de la vie, incluant l’hydrogène sulfuré, le méthane, le gaz carbonique, l’ammoniac et la vapeur d’eau, en fonction de l’âge apparent de la planète).

*Je reste sur ma position antérieurement exprimée: la probabilité d’une autre vie “ailleurs” reste extrêmement faible. Mais cela n’empêche évidemment pas de la rechercher, ne serait-ce que pour mieux comprendre comment elle a pu apparaître puis s’épanouir sur Terre.

On revient donc à Mars, première « terre » possible où se poser pour continuer à observer et à vivre. Là aussi nous resterons sous l’emprise du temps. Nous arriverons tard sur cette planète, après qu’elle ait perdu la majeure partie de son atmosphère et de son eau et que son volcanisme, source de renouvellement de ses éléments gazeux et liquides, se soit sans doute épuisé. Mais il y reste suffisamment de ressources pour que notre technologie nous permette, en les exploitant, de satisfaire à nos besoins. Nous apprendrons ainsi à vivre sur un autre sol aussi bien qu’avant sur Terre et avec moins de matière et d’énergie, en étant plus économes et plus habiles. Mars est notre première étape. Si nous nous y installons, nous aurons fait le « premier pas » et apprendrons ainsi, toujours avec le temps, à faire le deuxième et les suivants, pour essaimer encore plus loin dans des « ailleurs » aujourd’hui inimaginables.

(1) CHZ = Circumstellar Habitable Zone ; (2) GHZ = Galactic Habitable Zone

Image à la Une : Horloge astronomique de Saint-Omer (Cathédrale Notre-Dame de Saint Omer, Nord de la France, diamètre de 2,10 m, œuvre de Pierre Enguerrand, année 1559).

Lecture: toujours l’excellent A new history of Life de Peter Ward et Joe Kirschvink (Bloomsbury Press 2015).

L’oxygène, poison et élixir de puissance

Sur cette photo vous voyez le témoignage d’une des plus anciennes formes de vie, remontant à l’époque où l’oxygène, rejeté par son métabolisme, commençait à diffuser dans l’eau des océans mais pas encore dans l’atmosphère (vers -2,450 milliards d’années). A cette époque, alors que la vie était apparue sur Terre depuis déjà bien longtemps (il y a 3,7 milliards d’années), la planète était très différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Les jours étaient plus courts, les températures du sol et de l’air plus élevées, l’atmosphère plus épaisse. Elle évoluait lentement à partir d’un mélange que nous considérerions pour le moins nauséabond de gaz carbonique, d’hydrogène sulfuré, de vapeur d’eau, de méthane et d’ammoniac (ayant sans doute commencé à libérer pas mal d’azote). Pas un souffle d’oxygène !

Aujourd’hui ce dernier constitue 21% de notre atmosphère. C’est le plus puissant des oxydants, celui qui permet de libérer le maximum d’énergie du sein d’un couple redox (réduction/oxydation). Mais, étant le plus puissant, il est aussi le plus dangereux. Il peut brûler et épuiser, comme un alcool trop fort ou un comburant trop explosif. Exploité comme source d’énergie par les organismes vivants les plus dynamiques (aérobies), il nous est devenu indispensable (même si nos contemporains cherchent parfois à en réduire l’ardeur par des prises d’antioxydants !) mais au début de notre histoire, encore très rare à l’état libre, c’était un poison violent.

Pendant plus d’un milliard d’années (jusque vers -2,5 milliards), la vie prospéra dans un milieu où elle avait trouvé les éléments qui lui étaient nécessaires mais qui n’étaient pas les nôtres. C’est son succès même, exprimé par sa prolifération, qui força le changement car  ses rejets métaboliques (l’oxygène!) par  leur importance, finirent par envahir, modifier son environnement et elle dû ensuite s’y adapter, « vivre avec » comme on dit. Sur Mars les conditions environnementales étaient beaucoup plus fragiles et surtout plus instables car la planète beaucoup moins massive, avait été incapable de retenir la plus grande partie de son atmosphère d’origine et restait incapable de retenir les volumes importants (dont la pression permettait l’eau liquide) renouvelées ultérieurement par les éruptions volcaniques. Il y a 4 milliards d’années, la densité était déjà descendue presqu’aussi bas qu’aujourd’hui (quelques centaines de pascals). Elle ne cessa ensuite de remonter et de redescendre sur une courbe en fin de compte asymptotique. Cette instabilité fut peut-être moins favorable à l’évolution continue d’un processus lent.

A partir de -2,4 milliards d’années, l’oxygène libre (moléculaire) étend rapidement son emprise sur la planète Terre en envahissant l’eau des océans et l’atmosphère. Il va créer de véritables catastrophes avant d’être « apprivoisé » par la vie mais son avènement en tant que gaz atmosphérique était de plus en plus prégnant dans le fonctionnement de la première vie exprimée principalement par des espèces primitives de cyanobactéries (algues unicellulaires bleues-vertes). En effet celles-ci pratiquaient en surface de l’océan, une photosynthèse anaérobie qui leur permettaient en rejetant de l’oxygène d’oxyder les ions de « fer-ferreux » (Fe2+) en solution dans l’eau qui précipitaient alors en « fer-ferrique » (rouillé), hématite (Fe2O3) ou magnétite (FeO.Fe2O3). Le fer-ferreux étant très abondant sur la Terre primitive, les réserves furent longtemps suffisantes par rapport à la vie naissante pour créer d’énormes dépôts « rubanés » de fer-ferrique, nommés « Banded Iron Formations » (“BIF”) que l’on trouve aujourd’hui un peu partout sur Terre et notamment en Australie. Ce n’est qu’avec le temps et l’épuisement du fer-ferreux (puis des ions manganèse Mn2+), que les cyanobactéries « s’attaquèrent » à l’eau, libérant de l’oxygène dans l’atmosphère en quantité suffisante pour provoquer une grande glaciation qui s’étendit à la totalité de la planète (« Snowball Earth »), du fait de l’allègement de l’effet de serre alors que le soleil n’avait pas encore la puissance radiative nécessaire pour chauffer la Terre sans cet « adjuvant ».

Grâce à cet épisode posant de nouvelles contraintes, la vie d’abord décimée, se retrouva affermie et dynamisée. Grâce à une série de nouvelles et puissantes éruptions volcaniques, l’atmosphère redevint un bouclier à effet de serre et s’emplit à nouveau d’oxygène de par l’action des cyanobactéries qui avaient survécu, mais à des niveaux jamais atteints (« Great Oxydation Event ») et nettement supérieurs aux 21% d’aujourd’hui (près de 30%). Ce n’est qu’après cet événement qui installa définitivement l’oxygène comme gaz atmosphérique (mais son pourcentage continua à fluctuer), que des espèces mutantes de cyanobactéries l’apprivoisèrent pour le respirer, ce qui permit l’avènement d’êtres fonctionnant avec beaucoup plus d’énergie, les eucaryotes unicellulaires* puis métazoaires, les animaux, qui devinrent les maîtres du monde.

*les mitochondries, organites présentes dans toute cellule eucaryote et qui, « maniant » l’oxygène, sont leur « centrales énergétiques », seraient, à l’origine, des ancêtres de nos cyanobactéries, retenues captives et finalement intégrées par des archées méthanogènes avec lesquelles elles vivaient en symbiose.

Si nous cherchons la vie ailleurs, il ne faut donc pas se focaliser uniquement sur la présence (actuelle ou passée) d’oxygène dans l’atmosphère car ce gaz ne correspond qu’à un certain type de vie ou plus précisément, au stade le plus avancé de la vie, celui qui fonctionne avec l’énergie la plus puissante. Les stades les plus primitifs seraient tout aussi passionnants à découvrir car, passage obligé vers cette vie de niveau supérieur, ils seraient le témoignage de l’apparition ailleurs de ce phénomène extraordinaire. Il faut donc s’intéresser à toute atmosphère de planète rocheuse située dans la zone habitable de son étoile et regarder avec nos spectrographes non seulement si elle contient de l’oxygène mais à défaut, un composé évoquant la Terre primitive ou toute combinaison intermédiaire.

Dans le cas particulier de Mars où aujourd’hui l’oxygène libre n’existe qu’à l’état de traces, le même processus que sur Terre a peut-être commencé. Il a pu avoir fait une brève apparition en tant que simple rejet métabolique, les organismes vivants n’ayant jamais atteint le stade où ils auraient épuisé leur environnement réducteur, mais nous ne le savons pas encore.

Selon une étude récente (2), objet de mon article précédent, les instruments de Curiosity ont constaté l’oxydation des strates supérieures du bassin d’un lac ayant occupé le fond du cratère Gale. Certains médias en ont déduit une atmosphère riche en oxygène. C’est aller beaucoup trop vite ! Cette oxydation a pu certes résulter de l’oxygénation de la surface du lac mais l’oxygène responsable de cette oxygénation a dû provenir tout simplement des impacts du rayonnement ultraviolet à la surface de l’eau (dissociant les molécules d’eau en hydrogène et oxygène). Dans ce cas l’oxygène atmosphérique devait être très peu abondant. Maintenant, il n’est pas impossible qu’en complément de cette oxydation superficielle, une oxydation complémentaire plus profonde ait eu lieu dans les premiers décimètres de l’eau du lac, du fait d’un phénomène biochimique analogue à celui causé par nos premières cyanobactéries (celles qui ont oxydé le fer-ferreux). Mais s’il y a eu vie sur Mars, il est probable qu’elle se sera arrêtée avec ces balbutiements, au début de l’éon Siderikien, il y a plus de 3 milliards d’années, compte tenu de la détérioration générale de l’environnement en surface (à commencer par la disparition pour une longue période de ce lac alors que peut-être le processus biologique de mise en spores des pseudo-cyanobactéries putatives – leur sauvegarde – n’était pas encore au point).

Si tel était bien le cas, non seulement on ne devrait trouver aucune vie active en surface de Mars mais toute l’histoire de la vie permise par la respiration aérobie ne s’y serait pas déroulée. Si la vie n’est plus active en surface mais l’a été, on pourra toujours espérer en trouver les traces laissées lors de cette lointaine époque, soit chimiques (concentration de matières carbonées kérogènes), soit physiques (biomorphes). Sur le plan chimique, cela confirmerait les conclusions de l’étude (3) de la météorite de Tissint (classée “SNC”, soit d’origine martienne) tombée tout récemment sur Terre (2011). A noter toutefois que la disparition de la vie en surface laisse la possibilité d’une vie active en sous-sol mais elle ne pourrait l’être que très peu, une survivance plutôt qu’un développement.

Image à la Une: coupe d’un fragment de “Banded Iron Formation”, en Français “gisement de fer rubané”, présenté au Western Australia Museum. Il est daté de -2,470 à -2,450 milliards d’années, période où les cyanobactéries commençaient à créer dans l’océan une couche superficielle d’eau riche en oxygène.

Référence :

(1) “Oxygen, the molecule that made the World” par Nick Lane, Oxford University Press, 2002.

(3) article sur la météorite de Tissint paru dans “News Mediacom” de l’EPFL en 2014 (le professeur Philippe Gillet est l’un des auteurs de l’étude scientifique de l’objet): https://actu.epfl.ch/news/traces-of-possible-martian-biological-activity-ins/

(2) « Redox stratification of an ancient lake in Gale crater, Mars » par J.A. Hurowitz et al. in Science, 2 juin 2017 (n°356).

(4) Schéma de l’hypothèse de l’oxydation du lac de Gale (crédit Science et auteurs, J.A. Hurowitz et al.): Seuls les bords du bassin réceptacle du lac sont oxydés (l’eau superficielle du lac a été oxydée et donc la roche qui forme la périphérie, pas le fond).

Oxydation des eaux d’un ancien lac martien

La revue Science a publié ce 2 juin le papier d’une équipe de chercheurs (1) qui établit sur la base d’informations recueillies par le laboratoire mobile Curiosity, que l’eau du lac ayant occupé par intermittence mais pendant une très longue période le fond du cratère Gale au lieu-dit « Murray formation » (« Mf »), a été très sensiblement oxydée par de l’oxygène atmosphérique.

Cette oxydation se manifeste par la présence (« faciès »), d’une part, d’hématite (Fe2O3) et de phyllosilicates (silicates combinés à des oxydes métalliques et disposés en feuilles, une sorte d’argile) dans des boues pétrifiées (« mudstone ») tout autour du lac, les plus grossières et, d’autre part, de magnétite (FeO·Fe2O3) et de silice (dioxyde de silicium, SiO2) dans les boues pétrifiées recouvrant le fond du lac, les plus fines.

Cette oxydation résulte de la rencontre d’un oxydant, et de cations (réducteurs) en solution dans l’eau du lac, le résultat étant la précipitation des molécules dissoutes. Les cations proviennent de solutés qui viennent eux-mêmes d’une part des flux d’éléments détritiques (« clastiques ») apportés avec l’eau dans le lac par les pluies ou les cours d’eau et, d’autre part, sous le niveau de l’eau, de percolations du sous-sol environnant. L’oxydation ayant visiblement diminué en intensité au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans le bassin du lac, elle a dû provenir de sa surface et l’agent générateur en est très probablement un oxydant dissout dans l’eau. Le meilleur candidat pour cet oxydant est de l’oxygène qui a dû résulter des impacts du rayonnement ultraviolet sur les molécules d’eau liquide.

Il y a donc eu non seulement de l’eau liquide, stockée dans un lac mais aussi de l’oxygène libre en surface de ce lac. L’indice d’altération chimique (« CIA ») est beaucoup plus élevé (+10 à 20%) dans ce secteur Mf que dans celui de « Sheepbed-member » (« Sm »), proche du lieu d’atterrissage de Curiosity. La différence tient peut-être à ce que le lac a subsisté moins longtemps (2) dans le site Sm (plus central et profond) que dans le site Mf (plus périphérique et moins profond) mais peut-être aussi à ce que la température de l’environnement à l’époque où le lac s’étendait jusqu’à Sm était sensiblement plus froide (3).

La présence d’oxygène et de températures relativement douces (eau liquide) est effectivement très intéressante si l’on se place du point de vue de la vie. Ceci d’autant plus qu’on a déjà trouvé dans le cratère des composés organiques (c’est-à-dire carbonés) (4), de l’azote, des phosphates, du fer et du souffre dans divers états d’oxydation. Rappelons que la vie sur Terre « fonctionne » avec les éléments chimiques principaux (en quantité) « CHON », soit Carbone, Hydrogène, Oxygène, Azote auxquels on doit ajouter Phosphore, Calcium et Souffre, Sodium, Potassium, Manganèse, Fer, Chlore. On est donc dans un environnement qui lui est chimiquement propice car la vie « ailleurs » doit logiquement utiliser les mêmes éléments chimiques (la « bonne » combinaison de ces éléments est une autre histoire plus on avance en complexité).

Attention cependant ! Il ne faut pas en déduire que la planète Mars jouissait il y a plus de 3 milliards d’années d’une atmosphère comparable à la nôtre aujourd’hui. Cet oxygène était peu abondant et les gaz les plus importants devaient avoir un fort effet de serre (gaz carbonique, hydrogène sulfuré, ammoniaque et sans doute vapeur d’eau).  Il n’est pas non plus dit que l’oxygène y ait été le produit d’une activité métabolique (bien que ce ne soit pas exclu !) ni a fortiori que des êtres vivants martiens aient pu le respirer (l’on sait de toute façon que ce stade n’a été atteint sur Terre qu’il n’y a 2,3 milliards d’années, bien après que le Lac Gale ait disparu de la surface de Mars et que la vie soit apparue sur Terre).

Les recherches devront aller beaucoup plus loin pour que l’on puisse dire s’il y a eu de la vie sur Mars (ou non !). Il faudrait trouver dans ce milieu paléo-lacustre des traces d’une activité biochimique, concentration de carbone privilégiant l’isotope le plus léger (à supposer que la vie martienne ait été comme la nôtre basée sur la chimie de cet élément), molécules organiques chirales présentant le choix d’un seul énantiomère (une structure de « main gauche » ou de « main droite ») comme le fait la vie, ou encore biomorphes de type bactérie ou archée comme ceux que l’on a déjà observés dans des météorites d’origine martienne trouvées sur Terre (« SNC ») ou mieux, car plus visibles, tapis microbiens fossiles (comme ceux qu’a cru voir la spécialiste paléo-bio-géologue Nora Noffke, sur le site « Gillespie-lake-member » – malheureusement non analysé par la NASA). Cette recherche proprement biologique sera l’objet des missions à venir en 2020 (aussi bien celle de l’ESA, « ExoMars, avec sa suite d’instruments « Pasteur », que celle de la NASA, « Mars 2020 »).

En fait, le plus important de ce qui ressort de cette étude c’est que l’habitabilité de Mars à une époque compatible avec l’apparition de la vie, est une fois de plus confortée, ce qui, par touches successives, finit par constituer un faisceau d’indices vraiment solides.

Référence : « Redox stratification of an ancient lake in Gale crater, Mars » par J.A. Hurowitz et al. Science 356, 2 juin 2017.

Notes :

(1) cette équipe de chercheurs comprend de nombreuses « stars » du monde scientifique dont notamment J.P. Grotzinger ancien responsable scientifique de la NASA pour la mission « MSL » (Curiosity) et A.R. Vasavada, son successeur.

(2) périodes de quelques dizaines de milliers d’années à quelques millions d’années à l’intérieur d’une période maximum allant de -3,8 à -3,1 milliards d’années.

(3) il n’y a pas de lien évident entre « moins longtemps / plus central et plus profond » et « plus longtemps / périphérique et moins profond » mais on peut envisager que les lacs ayant pu exister au même endroit à des périodes différentes, ce n’est pas forcément durant la période la plus chaude (celle du lac Mf) que la planète a été la plus humide (celle du lac Sm). Ce qui sous-entend une progression du climat martien vers l’aridité avec résurgence périodique d’une atmosphère génératrice d’un effet de serre.

(4) les composés organiques ne sont pas forcément d’origine biologique mais ils peuvent être utilisés par la vie.

Image à la Une : le lac du Cratère Gale (crédit image : NASA/JPL-Caltech/MSSS)

Image ci-dessous : hypothèse de l’oxydation différentielle des parois du bassin du paléo-lac de Gale, telle que développée par l’étude.

Pour une protection planétaire raisonnable

La protection planétaire paraît être une nécessité dans les deux sens (« back contamination » et « forward contamination »). Elle doit cependant être raisonnable et adaptée aux exigences découlant de l’arrivée progressive des hommes sur Mars. Les spécialistes de cette discipline doivent bien en être conscients car elle ne peut constituer un obstacle à l’exploration. A défaut d’être réalistes, les règles seront tout simplement contournées. Il s’agit de construire et d’adapter en fonction des connaissances acquises les conditions d’une arrivée de l’Homme en toute sécurité planétaire, plutôt que d’imposer a priori des règlements radicaux inadaptés.

On constate que le sujet est largement absent de la description des projets tels que ceux d’Elon Musk (SpaceX), de Robert Zubrin (Mars Society) ou de Bas Lansdorp (Mars One). En fait les ingénieurs le dédaignent et les exobiologistes « ne pensent qu’à ça ». Ce sont les ingénieurs qui vont rendre possibles les missions habitées et les exobiologistes ne pourront pas empêcher de les réaliser sauf à instiller la peur chez le grand public sur lequel s’appuie les politiques qui in fine décideront / autoriseront les lancements. Si l’exploration de Mars par vols habités était abandonnée pour ce seul motif, ce serait extrêmement regrettable pour l’avenir de l’homme dans l’espace mais aussi pour le progrès de la connaissance (car l’étude de Mars sur le plan exobiologique, dans son présent et surtout dans son passé, ne pourra vraiment se poursuivre que si l’homme débarque sur Mars avec les moyens de recherche appropriés). Il faut donc trouver un moyen terme entre l’impatience des uns et les exigences des autres.

Le COSPAR (« Committee on Space Research », groupe scientifique international qui fait autorité en matière de protection planétaire) a proposé que soient déterminées à la surface de Mars des régions spéciales (« Martian Special Regions », « MRS ») qui comprendront tout territoire « within which terrestrial organisms are likely to replicate and those potentially harboring extant Martian Life ». Il veut en exclure toute présence humaine et recommande d’envoyer les missions habitées se poser sur les « Zone of Minimal Biologic Risks » (« ZMBR ») qui sont des zones « sans carbone organique » et sans eau liquide ! Ces propositions ont été retenues par la NASA et par l’ESA. C’est beaucoup trop demander car le carbone « organique » n’est pas automatiquement la vie (loin de là !) et encore moins la vie active. Cela est de plus totalement inacceptable pour les ingénieurs qui comptent sur l’eau martienne comme l’un des éléments essentiels à l’ISPP (« In Situ Propellant Production ») dont la mise en œuvre est à son tour essentielle à un transport de masses suffisantes pour établir une base sur Mars (et surtout permettre un retour sur Terre) et pour le fonctionnement de toute base (l’eau terrestre sera recyclable mais il y aura des pertes). C’est un peu plus acceptable pour les exobiologistes car l’étude à distance, par robots interposés commandés en direct, des « spots » de vie potentielle, pourrait s’accommoder d’une présence d’opérateurs humains dans le domaine martien qui respecterait ces zones d’exclusion.

Il faudrait, au contraire de ce qui est préconisé par le COSPAR, que le vol préparatoire à la première mission habitée (dans tous les projets, il en est prévu au moins un) choisisse de se poser sur la MRS prévue pour servir d’implantation à la future base et évalue le mieux possible la dangerosité biologique du lieu. Cela implique des prélèvements d’échantillons d’eau et de roches martiennes qui seront mis en culture en présence de réactifs significatifs. On pourrait aussi évidemment convenir que lors des missions habitées, les astronautes évitent de polluer la planète (à la différence par exemple de ce qui s’est passé sur la Lune…ou de ce qui se passe dans le film « Seul sur Mars »). Ce dernier principe ne devrait pas soulever d’objection pourvu qu’il n’implique pas des niveaux de stérilisation impossible à atteindre pour les équipements en contact avec l’extérieur.

Les puristes de la Protection planétaire pourraient considérer cette approche comme sacrilège car ils estimeront (1) que nous risquons de contaminer le milieu martien par des bactéries terriennes qui trouveront un milieu favorable à leur reproduction et qui ensuite pourront être transportées sur toute la surface du globe par les vents martiens et (2) que le risque de contamination des astronautes par le milieu martien ne sera pas totalement levé (difficulté d’évaluer les effets d’un pathogène potentiel que l’on ignore totalement). Je ne pense pas qu’il faille céder à leur pression. En effet (1) la totalité de la surface de Mars, très hostile à notre vie terrienne, ne saurait être contaminée facilement et immédiatement par des microbes terriens qui y seraient probablement très peu actifs ; (2) les microbes martiens putatifs devant forcément présenter des caractéristiques génétiques structurelles différentes des microbes terriens, l’on pourrait toujours les identifier, même après interactions avec des êtres vivants terriens ; (3) le temps de retour des astronautes sur Terre constituera une période de quarantaine suffisamment longue pour qu’on puisse éventuellement déceler des infections et décider de différer leur retour sur Terre. On peut, si cette extrémité s’avérait nécessaire, imaginer de les laisser en observation en orbite terrestre où ils pourraient être soignés dans un vaisseau plus vaste que celui de retour de Mars, « ERV », par exemple un vaisseau gonflable de type Bigelow ba-2100 « Olympus » de 2100 m3 pressurisé (pour le moment encore un concept) qui offre un volume habitable plus de deux fois celui de l’ISS. In fine, on pourrait même choisir de ne ramener sur Terre que les astronautes, en expédiant dans l’espace le vaisseau et les équipements ayant « touché » Mars. Les astronautes qui partiront devront être conscients de ce risque et l’accepter mais il n’y en aura que très peu qui, après avoir pesé le « pour » et le « contre », refuseront l’aventure.

Au XVIème siècle les conquistadors n’avaient aucune idée (et aucun intérêt) pour l’approche scientifique que nous avons adoptée depuis longtemps ni des technologies biochimiques que nous avons développées. Ce fut dramatique pour les populations américaines décimées par les maladies communes en Europe (variole, diphtérie, typhus, grippe, rougeole) et, dans une mesure beaucoup plus réduite, pour les populations européennes qui découvrirent ainsi la syphilis. Nous n’en sommes plus à ce niveau d’inconscience et d’incompétence, et une gestion prudente ne signifie pas que « faire quand même » veuille dire « faire n’importe quoi ».

Référence :

https://planetaryprotection.nasa.gov/file_download/95/Rummel.PPHumansHistory2015.pdf

Image à la Une: Photo provenant du film “The Martian” réalisé par Ridley Scott d’après le roman d’Andy Weir. Le héros joué par Matt Damon est ici en train de charger son rover pour le grand trek qui le conduira jusqu’à son vaisseau de retour sur Terre. Le film pas plus que le roman ne prennent en compte quelque précaution de protection planétaire que ce soit. C’est un des points sur lequel ils sont totalement invraisemblables.

La protection planétaire est-elle vraiment indispensable ?

Mars ayant pu, comme la Terre, faire fonction de « réacteur biogénique », la question de l’innocuité du séjour de l’homme à sa surface peut légitimement se poser. En effet les conséquences d’une possible vie martienne doivent être envisagées aussi bien concernant l’action de cette dernière sur la vie terrestre (« back contamination ») que concernant l’action des microbes terrestres sur cette vie autochtone (« forward contamination »), étant donné que l’on suppose par principe que les astronautes reviendront sur Terre. Que peut-on faire ? Va-t-on pour autant renoncer à envoyer des hommes sur Mars ? Je ne le pense pas.

Tout d’abord il faut dire que la probabilité d’une vie active en surface de Mars aujourd’hui est extrêmement faible. Jusqu’à présent nous n’avons rien trouvé, aucun indice sauf celui d’une habitabilité passée (et cela ne veut pas dire que la planète a été habitée) et de biomorphes ou éléments carbonacées de type biologique dans certaines météorites martiennes. L’atmosphère ne contient aucun rejet métabolique évident, très peu d’oxygène, extrêmement peu de méthane (et il pourrait résulter d’un phénomène géologique). L’omniprésence des UV, des radiations ionisantes et des sels de perchlorates en surface est extrêmement agressive pour les molécules organiques.

Cela ne veut pas cependant dire qu’une vie martienne soit impossible. Elle pourrait être de type bactérien et endolithique (à l’intérieur des roches), sous protection de corniches naturelles, avec quelques excursions au dehors, en périodes favorables (épaississements de l’atmosphère lors d’épisodes volcaniques ou lors des périodes de fortes obliquités de l’axe de rotation de la planète – qui surviennent environ tous les 120.000 ans). Elle pourrait se concentrer en quelques lieux plus humides dans les régions très basses où l’atmosphère est de ce fait plus dense (fond du bassin d’Hellas ?). Surtout elle pourrait s’être réfugiée en sous-sol lorsque les conditions de surface se sont détériorées il y a quelques 3,5 milliards d’années, et y avoir persisté, en évoluant, jusqu’à aujourd’hui. Les indices trouvés dans les météorites martiennes (« SNC »), résultant d’extractions profondes dues aux chocs, pourraient être ceux de l’existence de ses lointains ancêtres. En tout état de cause, ce qu’on peut quand même dire sans trop de risque de se tromper c’est que, n’ayant pas à ce jour identifié de rejets métaboliques, cette vie putative doit être extrêmement pauvre et peu active.

Mais toutefois, à supposer qu’une vie martienne ait existé et subsisté, il faut bien voir qu’elle serait presque certainement structurée sur d’autres éléments biochimiques que la vie terrestre. En effet, celle-ci est très probablement le résultat d’un processus aléatoire (le hasard et la nécessité !), en tout cas d’un processus historique particulier et, s’il est logique que la vie martienne ait utilisé les mêmes éléments chimiques (essentiellement carbone, hydrogène, oxygène, azote + phosphore, calcium + soufre, sodium, potassium, manganèse, fer & chlore), il n’est pas vraisemblable qu’elle ait utilisé exactement les mêmes molécules complexes. On devrait peut-être retrouver des bases comme l’adénine mais plus on évolue dans la complexification, plus les combinaisons possibles deviennent nombreuses et c’est alors que des possibilités de variation se présentent dans tous les domaines. Ce pourrait être l’utilisation d’acides aminés différents (autres que les 20 protéinogènes que notre vie utilise) ou de constituants différents pour les membranes cellulaires (rappelons que c’est déjà le cas sur Terre pour ce qui est des archées d’une part et des bactéries d’autre part alors qu’elles sont cousines), des molécules de type ATP mais différentes, pour stocker l’énergie, des molécules de type ARN ou ADN mais différentes, pour stocker et transmettre l’information, des protéines constituées de chaînes polypeptidiques différentes, des enzymes différentes.

Le résultat, c’est que la vie martienne pourrait se trouver face à la vie terrestre comme une bactérie face à une voiture automobile (pour ne pas dire « une poule face à un couteau » !). Un bémol cependant : quand on ne sait pas trop quoi faire d’un véhicule, on s’intéresse aux pièces détachées et éventuellement aux matières premières dont il est constitué…et c’est malheureusement ce que pourrait faire « notre » vie martienne. Elle pourrait sans utiliser directement nos protéines, tirer parti de notre teneur en eau (relativement rare en surface) ou en certains éléments chimiques également rares sur Mars mais utiles pour elle, et nous agresser pour s’en emparer. Prudence donc !

Les durées cumulées du séjour (18 mois) et du voyage de retour (6 mois) devraient suffire comme période de quarantaine (disons au minimum 6 mois pour prendre en compte une « infection » survenant seulement la veille du retour sur Terre). Il serait donc bon qu’un médecin biologiste équipé des instruments d’analyse nécessaires fasse partie de la première expédition afin de déceler et d’étudier les éventuelles troubles sanitaires résultant de l’intrusion d’organismes martiens dans le corps des astronautes. Par ailleurs la plus grande prudence devra prévaloir lors des forages et de l’exploration des grottes ou des gouffres.

La recherche exobiologique reposera sur les mêmes considérations. Dans ce domaine, on s’inquiète beaucoup aujourd’hui de « contaminer » Mars avec des microbes terriens qui pourraient brouiller les pistes. Mais il faut bien voir (1) que le milieu surfaciel martien est extrêmement hostile aux microbes terriens et (2) que si on trouve des microbes martiens on devrait pouvoir les identifier sans peine puisque l’histoire de leur structure devrait être différente de la nôtre. Le premier point signifie que même si des microbes terriens apportés par les astronautes pourraient survivre à l’état de spores, il est assez improbable qu’ils puissent avoir une vie active. Le deuxième point signifie que même si par extraordinaire la vie martienne et la vie terrestre partageaient une origine commune (par échange de météorites ?), leur histoire auront été tellement différentes que non seulement leur ADN mais aussi leur structure même devraient en porter des traces originales rendant l’identification facile.

En conclusion je dirais que le risque est trop grave dans ses conséquences théoriques (destruction de la vie terrestre) pour être négligé mais que sa probabilité est tellement faible (en fait non quantifiable) que nous devrions pouvoir l’aborder sans hystérie (à la différence de certains opposants à l’installation de l’homme sur Mars) et le surmonter assez rapidement. Le COSPAR*, autorité internationale reconnue en la matière, et la NASA ont commencé à réfléchir au sujet et à faire des propositions. Les règles devront être réalistes. A défaut elles seront tout simplement contournées.

Image à la Une : nettoyage de l’atterrisseur Schiaparelli de la mission ExoMars 2016. Copyright : Airbus Space & Defense (27/01/2014).

*COSPAR (« Committee On SPAce Research ») : règles de protection planétaire en vigueur (oct. 2002, amendées en mars 2005) : http://w.astro.berkeley.edu/~kalas/ethics/documents/environment/COSPAR%20Planetary%20Protection%20Policy.pdf

https://planetaryprotection.nasa.gov/overview