Eau sur Mars: la Nasa gonfle sa communication

La NASA a intrigué le monde entier il y a quelques jours, en annonçant qu’elle avait une déclaration extraordinaire à faire concernant les résultats de son exploration de Mars.

L’information annoncée est arrivée cet après midi à 17h30 et c’est un “flop” total car elle n’apporte rien de nouveau. Il s’agissait simplement de dire que le spectromètre CRISM embarqué à bord de l’orbiteur MRO (NASA), avait confirmé la présence d’eau liquide dans les “Recurring Slope Lineae” (“RSL”), ces lignes sombres qui apparaissent à la saison chaude sur les pentes des cratères martiens exposées au soleil.

Les RSL ont été observées en 2011 et, en février 2014, une recherche publiée dans la revue scientifique Icarus, de David Stillman et al. établissait que leur cause ne pouvait être que des écoulements d’eau très salée (pour accroître la plage de liquidité), donc a priori sursaturée en perchlorates (anion ClO4), sels omniprésents en surface et très hydrophiles.

On n’est donc pas plus avancé! Ceci dit, il est vrai que cela confirme l’intérêt qu’il y aurait à aller étudier le sol à la source de ces RSL et de forer au dessus pour atteindre des nappes phréatiques proches de la surface (ou du moins un sous sol à forte humidité).  Quand on parle d’eau, on pense évidemment à la vie. La difficulté, pour la vie martienne, peut venir de ce que les perchlorates sont extrêmement agressifs pour les molécules organiques. Il faudrait donc que les éventuelles formes de vie martiennes se soient adaptées. Ce n’est pas impossible (il y a sur Terre une archée qui y est parvenu!).  La difficulté pour la vie terrestre (les astronautes) serait la même. Il faudrait donc purifier parfaitement cette eau avant de pouvoir la consommer.

Cette dernière remarque suggère un problème qu’Andy Weir, l’auteur du roman The Martian (dont s’inspire le film Seul sur Mars sur le point de sortir en salles), ne traite pas du tout. Le héros du film est plus qu’imprudent de ne pas “nettoyer” le sol qu’il utilise avant d’y faire pousser ses pommes de terre!

NB (février 2017): Il est apparu, par la suite, que les écoulements d’eau pourraient résulter d’un phénomène de “déliquescence” et qu’en conséquence l’eau ne viendrait pas du sous-sol mais d’une rupture d’équilibre entre les conditions extérieures (hausse de la température car les pentes sont exposées au soleil) et concentration de l’humidité atmosphérique par les sels de perchlorates recouvrant le sol. Cela ne change rien à l’intérêt d’examiner l’environnement de ces écoulements pour voir s’il pourrait provoquer des réactions prébiotiques…et bien sûr pour la culture des pommes de terre!

Photo: Recurring Slope Lineae sur le bord du cratère Newton (août 2011). NASA/JPL-CalTech/Uni Arizona

 

Voyage!

A côté de l’astronomie qui permet d’observer les astres d’après la lumière où les autres radiations qu’ils émettent, l’astronautique permet d’aller vers les astres proches (ceux de notre système solaire) et éventuellement de s’y poser. Dans les deux cas, le messager est une forme d’énergie. Le problème avec l’astronautique est que l’énergie dont elle se sert est affectée d’une masse importante d’autant que, pour le moment, on ne sait utiliser que la propulsion chimique et, en balbutiant, l’énergie électrique ou l’énergie solaire (outre l’énergie nucléaire en appoint pour les missions très loin du soleil). Dans le cas de la propulsion chimique, la masse des ergols (carburants et comburants) constitue l’essentiel de la masse totale qu’il convient d’arracher à la gravité terrestre et la charge utile (« payload » comme disent les Anglo-saxons), l’accessoire. Ainsi le Space Launch System (« SLS ») de la NASA en cours de préparation, pourra mettre 70 tonnes en orbite basse terrestre (« LEO ») pour une masse au sol de 2500 tonnes. Il nous faudra 130 tonnes en LEO (comme du temps de la Saturn V du programme Apollo) pour mener des missions habitées lunaires ou martiennes. Le SLS nécessaire est prévu. Il sera très lourd (3000 tonnes au sol)!

L’autre contrainte majeure du voyage est celle de la distance et donc du temps. Il faut six à neuf mois pour aller sur Mars dans les meilleures conditions, 3 ans pour aller dans le domaine de Jupiter, 6 ans dans celui de Saturne. Comme cette contrainte est évidemment liée à celle de l’énergie consommée, on retombe sur la première (celle de la masse) si l’on veut réaliser des déplacements physiques.

L’homme se trouve donc aujourd’hui vis-à-vis de l’espace comme il se trouvait vis-à-vis de l’océan au temps des caravelles. Il peut y faire quelques incursions mais il doit utiliser toutes les finesses de son imagination pour utiliser au mieux par des capacités limitées, des forces qui le dépassent infiniment. Il va donc jouer avec la gravité des astres, avec l’énergie qu’il peut libérer et avec les dates du temps (les « fenêtres de tir »). L’astronautique est la science qui combine ces possibilités et ces contraintes.

De ce fait, la ligne droite n’est pas la trajectoire d’un voyage spatial. En effet, après s’être hissé en « orbite de parking » au prix d’une « vitesse de satellisation minimale » de 7,9 km seconde, le vaisseau va attendre l’opportunité pour donner une impulsion supplémentaire (énergie !) pour gagner au moins 3,2 km/s de vitesse et ainsi atteindre la « vitesse de libération » de 11,2 km par seconde minimum pour la quitter (à la vitesse minimum de 3,2 km/s) en vue d’atteindre sa destination. Pour cela il va attendre de se trouver en position de bénéficier au maximum de la vitesse de la Terre par rapport au soleil pour profiter de cette dernière (sauf évidemment s’il ne va que vers la Lune qui fait partie de son propre système) comme un petit caillou dans une fronde.

Le vaisseau va donc se trouver « libéré » mais toujours pendant un certain temps sous influence résiduelle terrestre (qui va le freiner un peu) et surtout sous influence solaire qui va le contraindre beaucoup plus longtemps (le seul vaisseau construit de la main de l’homme, à s’en échapper est Voyager 1 lancé en Septembre 1977 par la NASA et qui se trouve aujourd’hui à quelques 19,8 milliards de km de la Terre, soit seulement 18h20 lumière). La contrainte solaire s’exprimera par une courbe, qui est un arc d’ellipse autour du soleil. C’est ainsi que l’on peut dire que telle sonde martienne a atteint Mars après 567 millions de km (et 8 mois 11 jours de voyage) alors que la distance maximale en ligne droite (lumière) n’est que de 400 millions de km et que les deux planètes étaient distantes de 204 millions de km lors du lancement. La rectitude relative de la trajectoire dépendra de l’impulsion spécifique donnée au départ, c’est-à-dire de la poussée donnée par le moteur pendant un certain temps.

La vitesse initiale ne sera que très peu freinée car le vaisseau voyagera dans le vide. Ainsi une fusée partie de la Terre avec une vitesse par rapport au soleil de quelques 33,2 km par seconde (30+3,2) aura encore quelques 20 km par seconde en approchant de Mars.

Ensuite, le vaisseau spatial, s’il ne va pas vers les astres voisins immédiats de la Terre (ou s’il se  trouve dans une configuration qui le lui permet), pourra bénéficier de leur puissance gravitationnelle pour accélérer et changer de direction. Ainsi on va chercher à utiliser Vénus pour rentrer sur Terre à partir de Mars si on repart avant 18 mois, ou bien Jupiter si on veut aller jusqu’à Saturne. C’est là où l’on se rend compte que la date de départ est essentielle car on doit la choisir en fonction de la position où l’astre que l’on veut atteindre (ou utiliser) se trouvera quand arrivera l’engin qu’on envoie.

Ensuite, si l’on veut se poser, il faudra entreprendre la manœuvre très délicate de l’atterrissage (« EDL ») également grande consommatrice d’énergie.

L’astronautique n’a rien de simple mais elle obéit à des règles extrêmement précises comme un merveilleux mécanisme d’horlogerie, qui en fait toute la beauté !

Pierre Brisson

Orbites de Cassini dans le système de Saturne, entre 2004 et 2017. Crédit image NASA/JPL-CalTech (image en titre);

Trajectoire Terre/Mars de la mission MSL (Curiosity). Crédit image : NASA/JPL-Caltech (ci-dessous).

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L’eau liquide, si rare et si précieuse.

Explorer l’espace c’est chercher à comprendre l’Univers et c’est aussi tenter de trouver dans l’immensité, des êtres vivants semblables à nous. C’est donc chercher l’eau car nulle vie, telle que nous la concevons, ne pourrait s’en passer.

Mais il faut être plus exigeant car ni sa forme gazeuse ni sa forme solide ne permettent les échanges ou les transports nécessaires entre molécules. L’eau doit être active (liquide et ni trop acide ni trop basique). Elle doit donc d’abord se trouver dans un environnement où la température et la pression lui permettent de couler.

On connait les paramètres. Il faut que la pression soit supérieure à 6,11 millibars et la température supérieure à 0°C. A ces coordonnées, dites « point triple de l’eau », on se trouve à la limite de ses trois états possibles, solide, liquide, gazeux. Au-dessus, en températures positives, le point d’ébullition monte progressivement avec la pression, même au-delà de 100°C si la pression augmente au-dessus de 1 bar, laissant une marge de températures de plus en plus grande pour la liquidité.

Dans notre système solaire, deux environnements seulement permettent l’eau liquide en surface : celui de la Terre bien entendu et, très marginalement, celui de Mars. La pression moyenne, à l’altitude « 0 », y est de 6,11 millibars mais les Basses terres du Nord, le fossé d’effondrement Valles Marineris et le grand bassin d’impact Hellas, descendent à plusieurs km sous ce niveau ce qui leur permet de jouir de pressions atmosphériques supérieures (jusqu’à 11 millibars). Dans ces régions il existe encore donc aujourd’hui une très faible possibilité d’eau liquide lorsque les températures sont positives. Mais surtout, au début de son histoire, jusqu’à il y a 3,5 milliards d’années, puis ensuite épisodiquement lorsque le volcanisme densifiait l’atmosphère, l’eau a coulé sur Mars, en abondance comme en témoignent les nombreux lits de rivières observés depuis nos télescopes et satellites et comme le montrent les observations géologiques au sol avec nos laboratoires mobiles (Curiosity).

Ailleurs, les conditions de températures et de pressions se retrouvent sous la croûte de glace de quelques satellites de Jupiter (Europe) ou de Saturne (Encelade) qui doivent contenir des océans globaux. On parle de « zone habitable » pour la bande comprenant la Terre et allant jusqu’à Mars car elle permet précisément l’eau liquide en surface mais l’habitabilité pourrait être étendue au sous-sol de ces astres glacés plus lointains. Cette possibilité reste à vérifier car l’accès de l’eau liquide au rayonnement solaire direct pourrait être essentiel. Si cette condition se confirmait, on se trouverait dans une gamme de possibilités très limitées car la présence d’eau en zone habitable n’a rien d’évident. Dans le cas du système solaire, nous la devons probablement au comportement très spécial de Jupiter et de Saturne au tout début de notre Histoire.

En effet, alors que les planètes n’étaient pas encore formées, les radiations du jeune soleil ont repoussé l’eau et les éléments volatiles contenus dans le nuage de poussière qui orbitait autour de lui, au-delà de 2,7 unités astronautiques (« UA »), notre « Ligne de glace » (la Terre se trouve à 1 UA et Mars entre 1,38 et 1,68 UA). Ensuite le mouvement des planètes géantes, Jupiter puis Saturne, en dehors de leur orbite d’origine, en descendant vers le soleil puis surtout en s’en éloignant (le « Grand Tack » selon son concepteur Alessandro Morbidelli*), créa d’énormes perturbations dans les nuées d’astéroïdes et de comètes au-delà de cette limite, au sein de ce qui allait devenir, vers l’intérieur, la Ceinture d’Astéroïdes et, vers l’extérieur, plus loin qu’Uranus et que Neptune, la Ceinture de Kuiper. Ce fut la déstabilisation et la chute vers le soleil de myriades de petits astres riches en glace. Ils rapportèrent dans notre région les éléments gazeux et liquides dont elle avait été privée et que, maintenant constituées, les planètes internes pouvaient retenir autour d’elles du fait de leur gravité nouvellement acquise.

Quelques dizaines de millions d’années après la création du système solaire et encore plus après les perturbations du Grand Bombardement Tardif (« LHB » -4 milliards), toutes les planètes internes étaient à peu près à égalité du point de vue de l’eau mais leur situation respective ne pouvait qu’évoluer différemment en fonction de la distance au soleil et de la force de gravité particulière de chacune. Mercure (trop chaude) et la Lune (trop peu massive) perdirent très vite leur eau, Vénus ne la garda guère plus longtemps car sa proximité au soleil déclencha un échauffement de son atmosphère dense qui s’emballa et fit se vaporiser puis disparaître dans l’espace la quasi-totalité de l’eau originelle. La Terre et Mars en restèrent couvertes, un véritable cocon pour l’évolution de plus en plus complexe des molécules organiques vers la vie.

Dans d’autres systèmes stellaires, les plus nombreux connus à ce jour, les Jupiters n’ont pas été rattrapés par leur Saturnes et sont descendus jusqu’au voisinage de leur étoile, dévorant toute matière sur leur passage. Seul espoir pour la vie, dans la mesure où ils se seraient arrêtés dans leur zone habitée, la possibilité de satellite(s) rocheux évoluant autour d’eux.

Toute l’histoire de la vie dans le système solaire a donc tenu à une répartition aléatoire de la matière dans le disque proto-solaire puis à l’instauration d’un phénomène de résonance particulier entre deux planètes monstrueuses en cours d’accrétion. Peut-être une des nombreuses manifestations du Hasard et de la Nécessité ?

Crédit image : Centre d’information sur l’eau (entreprises du service de l’eau en France).

*Lecture recommandée: “A low mass for Mars from Jupiter’s early gas-driven migration”. Kevin J. Walsh, Allessandro Morbidelli et al. in Nature 475, p. 206-209 (14th July 2011) doi: 10.1038/nature 10201

NASA/Jenny Mottar

La vie ailleurs, peut-être ?

Les hommes ont d’abord cru voir dans le ciel les traces de l’activité de leurs dieux. Ils admiraient ou vénéraient les astres et les craignaient en raison de leurs déplacements alors incompréhensibles et de leur apparente éternité. Petit à petit ils ont réalisé que ces astres étaient en fait de la matière régis par les mêmes lois que la Terre et ils ont envisagé comme conséquence logique, que l’univers entier pouvait être peuplé d’êtres conscients aussi complexes qu’eux-mêmes (cf. Giordano Bruno dans « De l’infinito universo et mondi », 1584).

Cette pensée anime toujours nos contemporains comme le montre la recherche SETI (Search for Extra-terrestrial Intelligence).

Mais, avec le temps, si la conviction s’est établie que la vie est bien un phénomène résultant d’un processus d’évolution de la matière dans un environnement favorable (le nôtre puisque c’est le seul que nous connaissons et que nous comprenons le rôle du carbone, de l’eau et de l’énergie solaire), il s’avère également que ce processus a été extraordinairement complexe, ou plutôt que les conditions qui l’ont permis ont été extrêmement particulières et donc difficiles à réunir.

Ainsi on a pu avancer assez loin dans la simulation de l’évolution des molécules organiques. On y travaille depuis Alexandre Oparine (1922) et J.B.S. Haldane (1929) puis Stanley Miller et Clayton Urey (1953) qui ont montré qu’on pouvait obtenir des cellules ou des acides aminés dans une « soupe primordiale » frappée par une pluie d’impacts de foudre.  Ensuite on a découvert que les poussières, les astéroïdes ou les comètes peuplant l’espace fourmillaient de ces éléments prébiotiques relativement simples. La dernière découverte à ce sujet est celle de la sonde Rosetta qui a trouvé que la comète Churyumov-Gerasimenko était riche en éléments organiques complexes dont certains utilisables par la vie.

Mais il reste une distance énorme entre ces éléments et leur assemblage en cellules vivantes.

En fait il a fallu la Terre, agissant comme réacteur biologique puissant et remarquablement bien « réglé », pour aller jusqu’au bout du déclenchement du processus de vie, c’est-à-dire à l’existence d’organismes puisant leur énergie et leurs éléments constituants dans leur environnement pour se reproduire presque à l’identique mais pas tout à fait, ce qui leur permet de s’adapter aux conditions extérieures et donc d’évoluer. Notre planète n’a réussi ce tour de force que dans un seul lieu, probablement quelques groupes de cheminées hydrothermales (chaudes mais pas trop), de type « Lost City », proche des dorsales océaniques (même si d’autres hypothèses ne sont pas exclues comme celle de percolations hydrothermales dans des régions ressemblant à Yellowstone). Et ce passage ne s’est réalisé qu’une seule fois (ce qui a produit notre Last Universal Common Ancestor, « LUCA » parmi d’autres tentatives qui n’ont pas eu de descendance). C’était il y a 4 à 3,5 milliards d’années dans un milieu ou le différentiel de pH était juste convenable (acidité de l’océan 5-7, flux alcalins à l’intérieur des cheminées 9-10) après que la complexification des molécules organiques (notamment la polymérisation de certaines d’entre elles) ait atteint le stade adéquat.

Maintenant il nous faut savoir si le même processus a pu aboutir sur une autre planète à des êtres semblables à nos procaryotes (cellules sans noyau, archées ou bactéries), selon une histoire forcément quelque peu différente et avec des éléments de composition chimique quelque peu différents. Le passage ultérieur au niveau de l’équivalent de nos eucaryotes (cellules avec noyau) monocellulaires puis pluricellulaires se situe encore à un autre niveau d’improbabilité.

Pour le moment ni SETI (mais il faudrait que ces autres êtres pluricellulaires aient atteint au moins notre niveau de développement) ni l’étude des astres proches accessibles à nos moyens d’investigations directs, n’ont donné de réponses positives.

Cependant Mars nous fournit des indices très encourageants, par les météorites (« SNC ») qui nous en proviennent de temps en temps et par les laboratoires mobiles (« rovers ») qui roulent sur son sol. Certaines de ces météorites présentent des biomorphes riches en carbone qui pourraient être des fossiles d’êtres unicellulaires comparables à nos procaryotes. La météorite de Tissint (étudiée par une équipe dont faisait partie le Professeur Philippe Gillet de l’EPFL) présente, elle, des inclusions carbonacées kérogènes qui pourraient résulter d’un processus biologique. Une équipe dirigée par Caroline Freissinet a analysé un échantillon prélevé dans le site de Yellowknife Bay (Sheepbed mudstone, cratère Gale) et traité par le laboratoire SAM embarqué sur Curiosity, et y a détecté des matières organiques aromatiques (benzène) qui pourraient avoir une origine biotique. Enfin la paléogéobiologiste Nora Noffke a cru voir dans des photos prises par Curiosity les restes fossilisées de tapis microbiens (l’analyse chimique n’a malheureusement pu être faite et la NASA écarte cette interprétation).

On voit donc bien ici l’importance de l’exploration spatiale pour mieux nous connaître nous-mêmes, et la révolution que pourront un jour nous apporter l’étude de certains sites martiens, notamment le sous-sol immédiat ayant connu de très longues percolations d’eau riches en minéraux utilisés par la vie.

Photo: NASA/Jenny Mottar

Lectures recommandées :

André Maeder : « L’unique Terre Habitée ? » chez Editions Favre, janvier 2012 ;

Nick Lane : « The vital question » chez Profile Books, 2015;

André Brack: La vie est-elle universelle? Chez EDP sciences, dec. 2003.

Mars, pourquoi?

Mais pourquoi donc privilégier Mars parmi tous les objectifs possibles de l’exploration spatiale ?! Après tout ce n’est qu’une petite planète (la moitié du diamètre terrestre et seulement 1/10ème de sa masse) ; elle a une atmosphère très ténue (6 millibars au datum, son « altitude zéro ») ; sa surface est aride car, à cette pression, l’eau (saumâtre) ne peut être qu’exceptionnellement liquide ; sur cette surface, les sels de perchlorates, très agressifs pour les matières organiques, sont omniprésents ; les radiations solaires et galactiques sont relativement peu filtrées par l’atmosphère et par l’absence de magnétosphère, si bien que leur intensité est comparable à celle qui est mesurée dans l’environnement terrestre à l’altitude de l’ISS ; enfin elle évolue entre 56 et 400 millions de km (entre 3 et 23 minutes lumière) et il faut entre 6 et 9 mois tous les 26 mois pour l’atteindre dans des conditions énergétiques optimum. Certes !

Cependant ces faiblesses, ou ces défauts, sont largement compensées par les avantages relatifs et absolus par rapport aux autres astres que nous pouvons observer.

Les atouts de la planète rouge

D’abord la planète Mars est « loin » mais elle n’est pas « si loin ». Elle est d’abord toujours, bien qu’en limite, dans la zone habitable de notre système solaire. Jupiter et sa lune Europe qui contient sans doute un océan d’eau salée sous sa croûte de glace, évoluent entre 591 et 965 millions de km et il faut 1400 années à la lumière pour nous parvenir de la planète Kepler 452b, située dans la zone habitable de sa propre étoile.

Ensuite, son atmosphère, équivalente à celle de la terre à 35 km d’altitude (l’espace est officiellement à 100 km), a au moins « le mérite d’exister ». Il n’y en pratiquement pas autour de la Lune ou de Mercure et celle de Vénus est si épaisse qu’elle maintient une pression et une température de « cocotte-minute » en surface (450°C et 90 bars).

De même la quantité d’eau sur Mars n’est pas nulle. Elle est présente sous forme de glace aux pôles et dans le sous-sol immédiat un peu partout. Surtout elle doit être liquide dans le sous-sol profond depuis toujours et on la voit parfois ruisseler en surface sous la poussière (« Recurring Slope Lineae »). Au cours des premiers âges, bien avant 4 milliards d’années (ères Phyllosienne et Theiikienne), jusqu’à il a 3,5 milliards d’années puis ensuite épisodiquement, elle a marqué le sol de son empreinte et hydraté les roches dans un environnement relativement chaud. Ce long travail de l’eau active sur une matière très semblable à la nôtre, accompagné par un volcanisme puissant, a permis une très longue géologie active.

En fait Mars a été une planète vivante au sens qu’on peut donner à ce terme sur la Terre, jusqu’à l’époque où les premières traces de vie sont apparus « chez nous ». Comme l’érosion a été très faible depuis, la surface de roches inchangées qui peuvent en porter témoignage s’élève à des centaines de milliers de km2. C’est donc là où nous avons le plus de chance de trouver un jour des traces de vie ailleurs que sur Terre et, plus même que sur Terre, des traces de l’évolution avancée de molécules organiques vers la vie.

Vénus et la Lune sont des sirènes à éviter

Rien de tel sur nos autres voisines, la Lune dont la vie géologique active n’a sans doute duré que quelques petits millions d’années  ou bien Vénus sur laquelle l’effet de serre a conduit à des conditions dans lesquels les effusions magmatiques ont effacé toutes traces géologiques vraiment anciennes et qui est très difficilement explorable. Et que l’on ne vienne pas nous parler de l’eau lunaire ! Il y a certes de la glace d’eau dans le fond de rares cratères situés aux pôles de la Lune jamais éclairés par le soleil mais les quantités en sont infinitésimales par rapport aux masses d’eau martienne.

Pour l’installation de l’homme « hors de son berceau », Mars présente des avantages certains : une protection atmosphérique, une alternance jour / nuit comparable à celle de la Terre (24h39) et qui, liée à la présence de l’atmosphère, permet de lisser les pics de température (songez aux nuits de 14 jours de la Lune !), une température adoucie (à l’équateur martien la température peut dépasser les 15°C et rester la nuit au-dessus de -60°C) ; la possibilité d’utiliser des ressources locales intéressantes, à commencer par l’atmosphère de gaz carbonique qui permettrait d’obtenir facilement de l’oxygène et du méthane (utiles pour la propulsion du voyage de retour) ; la possibilité d’utiliser l’atmosphère pour freiner la descente des vaisseaux en surface.

Cette richesse de Mars ne peut pas faire oublier l’intérêt des autres astres mais elle justifie que dans un souci de meilleur retour sur investissement on y affecte relativement plus de ressources.

Photo en tête d’article : Mars prise par le télescope Hubble lors de l’opposition 2001 (26 juin). Crédit : NASA/ESA, The Hubble Heritage Team (STScI/AURA)

Lecture recommandée: Jean-Pierre Bibring, Mars Planète Bleue ? chez Odile Jacob (Sciences) Nov. 2009.

Ouverture

Je vous invite, chers lecteurs, mes contemporains, à vous placer par la pensée à mes côtés pour considérer la Terre sous nos pieds et la voûte céleste où brillent tous ces astres qui nous intriguent, nous émerveillent et nous appellent depuis l’aube des temps. Il s’agit ici, ensemble, de lire, de regarder, de réfléchir, pour tenter d’appréhender et de comprendre les grands mystères auxquels est confrontée l’humanité dans l’univers, où elle n’est que poussière infime.

Je vais vous parler de matière et de vide, d’énergie, de masse et de vitesse, de distances et de temps.

Nous sommes un peu comme nos prédécesseurs du milieu du 15ème siècle qui spéculaient sur les terres étranges et merveilleuses au-delà de l’Océan en ne pouvant encore que faire quelques incursions sur les iles les plus proches. Nos technologies sont de plus en plus sophistiquées et puissantes et notre ingénierie de plus en plus capable mais ces moyens apparaissent aussi faibles que les leurs relativement à l’importance des nouveaux défis qui se présentent. Ils nous permettent cependant, même si les risques d’échecs restent importants, d’entrer au prix de difficultés considérables dans une nouvelle période de « Grandes découvertes ».

Il faut donc oser entreprendre collectivement cette nouvelle aventure et il ne faut pas avoir de réticence à s’intéresser à l’exploration spatiale malgré la complexité et la haute technicité du sujet, dans la perspective des développements formidables qui s’annoncent. Il s’agit d’astronomie et d’astronautique, de physique et de chimie, de planétologie et de géographie. Il s’agit aussi de biologie, la nôtre (dans l’optique des missions habitées) et celle d’un monde de particules prébiotiques qui ont pu évoluer et s’associer dans une direction comparable à la nôtre, vers la vie. Il s’agit encore de toutes les technologies que j’évoquais et qui nous permettent aujourd’hui de tendre la main vers la voûte céleste et la percer pour « découvrir » et pour « aller ».

Il s’agit dans ces domaines de considérer les idées nouvelles non en fonction de leur audace mais en fonction de leur faisabilité, de leur utilité et de leurs coûts. Pour cela il faut rejeter les a priori, être prêts à changer ses paradigmes, mais en restant ferme sur la logique et la raison. Il est recommandé de rêver, d’imaginer, de spéculer car c’est le moteur de l’action; mais il ne faut jamais se laisser aller aux fantasmes et à l’irréalisme. Jusqu’à preuve reçue, il n’y a pas de « petits hommes verts » et les sauts de puce dans l’« hyper espace » sont impossibles. L’univers tel qu’il est semble suffisamment passionnant pour ne pas aller chercher ce qui ressort aujourd’hui du domaine de la science-fiction.

Le monde réel a ses lois, patiemment et parfois soudainement comprises par nos scientifiques (ce qui n’exclut pas de toutes façons, un énorme travail). Ce sont les rocs sur lesquels tout est construit et sur lesquels tout ce qui est nouveau peut se développer. C’est sur ces bases seules, en prenant toutefois aussi en compte l’économie, que nous pouvons continuer l’exploration de notre univers et, logiquement, d’abord, de celui qui nous est aujourd’hui accessible.

Pour l’espace lointain, nos messagers sont la lumière et les radiations galactiques, pour l’espace proche, ce sont aussi les énergies que nous maîtrisons et qui permettent à nos robots et bientôt à nous-mêmes, de se déplacer pour aller « voir sur place ».

Parmi ces « places », il y en a une que je privilégie entre toutes car c’est l’astre le plus semblable au nôtre et le moins difficile d’accès, la planète Mars. C’est aujourd’hui notre « nouvelle frontière ».

A bientôt sur cette page si obligeamment ouverte par Le Temps.

image en tête d’article: Photo choisie pour les 25 ans du lancement du Télescope Spatial Hubble (le 24 avril 1990). Crédit: NASA (Hubble) :Amas d’étoiles « Westerlund 2 » de la nébuleuse « Gum 29 », dans la constellation de la Carène (à 20.000 années lumières de notre système solaire).