Elon Musk confirme : son premier vaisseau spatial atterrira sur Mars en 2022

Le 28 septembre à Adelaïde (Australie) dans le cadre du 68ème IAC*, Elon Musk a fait le point sur l’avancement de son projet annoncé il y a un an de créer une colonie terrienne sur Mars. Le public n’a pas été déçu. L’objectif de 2022 pour l’atterrissage des premiers vaisseaux (cargo), est confirmée. Le premier vol habité devrait avoir lieu lors de la fenêtre suivante, en 2024.

*International Astronautical Congress

Cette année, certains tests nécessaires pour atteindre ces objectifs ambitieux ont été effectués avec succès, d’autres sont en cours. (1) L’énorme réservoir d’oxygène liquide (cryogénique) en fibre de carbone (1000 m3) a résisté à la pression nécessaire plus marge de sécurité. (2) Le moteur « raptor » dont 31 exemplaires doivent équiper le lanceur « BFR » (pour « Big Fucking Rocket » !), peut donner l’impulsion nécessaire pour le temps nécessaire pour la mise en orbite basse terrestre (« LEO ») et à l’atterrissage sur Mars. (3) Le système de récupération du lanceur a fonctionné 16 fois de suite sans échec (sur la fusée plus petite en service actuellement, « Falcon 9 »). (4) L’automatisation de la manœuvre de rendez-vous en orbite (qui sera nécessaire pour le remplissage des réservoirs avant le saut vers Mars) est en cours avec les vaisseaux-capsules Dragon-1 qui desservent l’ISS. Elle se déroule correctement. La prochaine étape, qui conduira à l’automatisation totale, doit se faire en décembre de cette année avec le vaisseau Dragon-2. (5) La technologie de protection thermique par bouclier contre les températures extrêmes que le vaisseau devra supporter pendant les rentrés atmosphériques, est également testée avec les Dragons.

Par rapport au projet martien présenté l’année dernière il y a deux différences importantes. Le lanceur BFR avec son vaisseau sera plus petit que l’ITS (« Interplanetary transport System »), 106 mètres de hauteur et 9 mètres de diamètre au lieu de 127 mètres et 12 mètres. Compris dans ces dimensions, le vaisseau proprement dit, « Mars Transit », sera à peu près de même hauteur (48 m / 49,5 m) mais plus fin (9 mètres au lieu de 17 mètres). Surtout le lanceur proprement dit sera nettement plus petit (58 mètres au lieu de 77 mètres). Le groupe moteurs sera donc nettement moins puissant (31 moteurs raptors au lieu de 42). Le résultat c’est que la poussée sera de 5.400 tonnes (au lieu de 13.000 tonnes !) pouvant emporter 4400 tonnes (au lieu de 10.500 tonnes !). Le vaisseau ne pourra donc monter que 150 tonnes en orbite basse terrestre (LEO) au lieu de 550 tonnes. Cette réduction de puissance est très importantes mais le Saturn V qui a permis les missions Apollo sur la Lune et qui était jusqu’à présent le plus gros lanceur, ne pouvait lever que 135 tonnes. La nouvelle configuration (complétée par 6 moteurs au lieu de 9 pour la partie vaisseau du système) permettra quand même d’emporter, comme précédemment, 100 tonnes ou 100 passagers plus leur support vie à la surface de Mars. Après l’arrivée sur l’orbite basse terrestre, le vaisseau sera réapprovisionné en carburant (méthane et oxygène) pour lui permettre de donner l’impulsion pour atteindre Mars (au moyen de quatre BFR tankers). Une fois l’impulsion donnée, le BFR lanceur retournera sur sa base et sera réutilisé. La partie vaisseau continuera seule vers Mars et pourra en repartir avec l’impulsion de ses seuls moteurs car la gravité martienne est seulement d’un tiers de celle de la Terre (vitesse de libération de 5 km/s au lieu de 11,2 km/s). La poussée pourra lui permettre de remporter jusqu’à 50 tonnes sur Terre.

Les conditions de voyage seront assez confortables puisque le volume pressurisé du vaisseau sera de 825 m3 soit plus que celui d’un A380). Les passagers pourront disposer de 40 cabines (pour 2 ou 3 personnes) et d’espaces communs assez vastes.

La deuxième différence par rapport au projet présenté en 2016 c’est que le système lanceur plus vaisseau sera non seulement 100% réutilisable mais aussi universel. Elon Musk veut simplifier, pour rationnaliser, modulariser, produire en chaîne, afin de réduire les coûts. A terme, il n’y aura plus de Falcon 9, de Falcon Heavy (dont le premier vol n’aura lieu qu’en décembre !) ou de capsule Dragon mais un seul lanceur et un seul vaisseau (version cargo ou habitable). Cette structure unique pourra être utilisée pour n’importe quelle mission dans l’espace, soit mise en orbite de satellites de quelque taille que ce soit (10 fois Hubble !), soit récupération de satellites en fin de vie, soit missions vers d’autres destinations dans l’espace (Lune !) et même vols intercontinentaux sur Terre. Elon Musk a conclu sa présentation en montrant que n’importe quel point de la Terre serait accessible en moins d’une heure. Avec cette versatilité, le coût unitaire des lancements quels qu’ils soient, vont plonger. Elon Musk estime qu’il coûtera moins que celui du Falcon 1 pourtant aujourd’hui le moins cher et qui ne peut lever que 0,7 tonnes en LEO. La réutilisabilité a déjà donné à SpaceX un avantage compétitif extraordinaire. La croissance du nombre de ses lancements est exponentielle. En 2020 la société devrait réaliser 20 lancements et en 2018, 30 lancements soit la moitié de tous les lancements effectués dans le monde. Les grandes agences (dont l’ESA) vont souffrir !

Sur ces bases, les perspectives financières sont bonnes et le rêve devient possible. Les deux vaisseaux cargos de 2022 rechercheront des sites où la glace d’eau sera exploitable, vérifieront les risques (radiations ou microbes martiens), mettront en place les équipements pour produire l’énergie, extraire les matières premières et l’infrastructure de support vie pour les premiers colons. En 2024 les quatre vaisseaux suivants (deux cargos et deux habités) débarqueront l’usine de production d’ergols (méthane et oxygène) à partir de l’atmosphère et de l’eau martienne et les premiers colons commenceront à construire la première base. Ce sera la première page de l’histoire humaine sur Mars. Je le verrai peut-être malgré mon âge !

NB : vous aurez remarqué que lors de cette conférence, le nom du COSPAR et des règles de précaution biologique ultra-strictes que ce docte organisme international a édictées, n’ont même pas été mentionnés ! A trop demander, on obtient rien.

Image à la Une :  Le premier vaisseau Mass Transit se pose sur Mars (illustration SpaceX).

Lien vers la présentation d’Elon Musk : http://www.spacex.com/mars

Images ci-dessous : le vaisseau Mars-transit et la comparaison des coûts de lancements (images SpaceX)

Lire aussi dans le Temps:  https://www.letemps.ch/economie/2017/09/29/big-fucking-rocket-elon-musk-prepare-conquete-mars

Les éruptions solaires, expression de la puissance de notre étoile

Début septembre, notamment le 6 et le 10, notre père le Soleil était en colère. Il nous a bombardé de flux de radiations intenses qu’on appelle tempêtes solaires. Le 10, il a même envoyé une bouffée de matière ultra chaude (sous forme de plasma) qu’on appelle CME (Coronal Mass Ejection) qui a touché les Amériques (très atténuée!). Cet événement est inhabituel. Il met en évidence que le soleil est un astre qui vit et donc qui varie dans son rayonnement, qu’il est dangereux de par sa puissance, aussi bien que bénéfique, et qu’il ne peut être facilement prévisible.

Le soleil est une énorme boule d’hydrogène et d’hélium, comme 98% de l’univers actuel. En dehors de cette composition chimique, le fait le plus important qui le caractérise est sa masse : 1,9891 x 10³⁰ kg soit 330.432 fois la masse de la Terre. C’est cette masse qui détermine la pression en son centre (on parle de « compression gravitationnelle ») et donc le niveau de nucléosynthèse (par fusion nucléaire) qu’elle effectue continûment. Le soleil étant une étoile moyenne (de type « G2 » dans une classification spectrale progressant selon les lettres  OBAFGKM), cette nucléosynthèse consiste à transformer son hydrogène en hélium (d’autres étoiles plus massives produisent du carbone et, en fin de vie, des éléments plus lourds). Cette fusion dégage de la chaleur (elle est exothermique), de la lumière (diverses longueurs d’onde dont la lumière visible et les UV) et un vent de particules ionisées, principalement des protons (c’est-à-dire des noyaux d’hydrogène privés de leur unique électron).

L’activité solaire est rythmée par des cycles durant entre 8 et 14 ans et de 11,2 ans en moyenne (qui ne sont pas encore totalement expliqués même si on a fait récemment de grands progrès*). Ceci veut dire qu’elle est en principe plus intense en haut de cycle. Cette intensité, qui peut varier du simple au triple, se manifeste par des éruptions plus fréquentes (à partir des fameuses « taches noires »), qui peuvent donner lieu à des phénomènes très violents de CME (comme les 6 et 10 septembre), à l’occasion desquelles de la matière solaire dépasse la vitesse de libération du soleil (617 km/s contre 11,2 km/s pour la vitesse de libération de la Terre). Ils peuvent durer de quelques minutes à une heure ou un peu plus.

*article d’Olivier Perrin dans le Temps du 14 /07/ 2017 .

Les émissions solaires, résultant de l’activité « normale » de notre étoile, nous chauffent et nous éclairent. Si nous n’avions pas plusieurs couches de protection naturelle (atmosphère épaisse, couche d’ozone, champs magnétique déterminant une magnétosphère qui piège les radiations et particules ionisées dans la Ceinture de Van Allen), nous recevrions outre les particules ionisées mentionnées ci-dessus, des UVc (les UV les plus dures) et beaucoup plus d’UVa et UVb ; autant dire que la surface terrestre nous serait impraticable sans scaphandre protecteur, comme l’est celle de la planète Mars et encore plus l’espace profond. Toutefois au cours des tempêtes solaires et ceci d’autant plus qu’elles sont plus fortes, nous subissons des dommages : perturbation des communication, des réseaux électriques et des appareils électroniques. Dans l’espace les particules ionisés peuvent détruire les molécules organiques et causer des lésions dans le corps des astronautes (donc des dérèglements, induisant des cancers, des dommages neurologiques, des maladies dégénératives des tissus ou même la mort par syndrome radiatif aigu). On peut supporter quelques lésions mais pas une abondance de lésions en même temps. Il faut donc se protéger.

L’intensité varie beaucoup d’un événement à l’autre. On remarque en particulier qu’une abondance de taches est beaucoup moins grave qu’une énorme tache. Les Etats-Unis suivent le temps solaire avec leur « SWPC » (« National Oceanic and Atmospheric Administration’s Space Weather Prediction Center »). L’avantage que nous avons c’est que les taches naissent et croissent sur une certaine durée. On peut donc les observer, tenter de prévoir les éruptions et d’évaluer quand elles pourraient nous frapper, en prenant en compte que le soleil tourne sur lui-même en 27 jours (ce qui donne un préavis). L’éruption est directionnelle, mais elle diffuse son jet de radiations ou de particules en spirale (il est donc difficile de savoir quel endroit de la planète elle va toucher). L’inconvénient est que les émissions se déplacent extrêmement vite dans l’espace ; les radiations photoniques, les moins dangereuses, bien sûr à la vitesse de la lumière (300.000 km/s), mais les particules avec masse, les plus dangereuses, moins vite ; le plasma d’une CME à une vitesse de seulement 400 à 800 km/s (il a été freiné au départ par la gravité solaire).

Ce qui est surprenant dans l’événement dont nous venons d’être témoins le 10 septembre, c’est qu’il se soit produit en période de moindre activité par rapport au pic qui devait avoir lieu en 2013 (le cycle de onze ans a commencé en janvier 2008), et aussi que sa force est inhabituelle (événement « X », sur une échelle A, B, C, M, X), le plus fort depuis 12 ans, d’autant plus que le cycle était réputé « calme ».

La leçon à tirer est que nous avons encore beaucoup à apprendre du soleil et qu’en conséquence la science de la prévision des événements solaires est aussi difficile (sinon plus !) que celle des prévisions météorologiques. Il est toujours préférable de savoir le temps qu’il va faire avant de sortir et nous nous apprêtons à le faire beaucoup plus que par le passé puisqu’après les missions lunaires d’il y a quarante ans, nous nous préparons à repartir physiquement dans l’espace profond (au-delà des Ceintures de Van Allen). Ce qui complique la problématique c’est (1) que lorsqu’une fusée est lancée, il n’est pas possible d’interrompre la mission dont elle est le vecteur ; (2) qu’un voyage vers la Lune dure 3 jours mais qu’un voyage vers Mars dure 6 mois ; (3) que dans l’espace profond nous sommes exposés en même temps aux radiations solaires et aux radiations galactiques ; (4) que prises individuellement les particules lourdes galactiques sont beaucoup plus dangereuses que les particules solaires (y compris les protons) ; (5) que lorsque l’activité solaire est forte, elle repousse et nous protège des radiations galactiques ; (6) que la densité des averses de protons lors d’une tempête peut facilement être mortelle à très court terme tandis que c’est plutôt sur la durée que les radiations galactiques (constantes) sont nuisibles ; (7) qu’on peut se protéger d’un bombardement de protons mais qu’on ne peut pas se protéger du rayonnement galactique.

Alors que faire ?

Il vaudra mieux malgré tout voyager pendant les périodes de pics d’activité solaire en espérant ne pas avoir à subir de tempêtes avant d’arriver à destination, sur Mars par exemple (on y bénéficiera de la protection de l’atmosphère martienne qui donnera la même protection que celle dont on bénéficie dans la Station Spatiale Internationale et on peut aussi, comme sur la Lune se mettre sous la protection d’une couche épaisse de régolithe ou dans une cavité du sol). En temps « normal » on pourra toujours porter des gilets antiradiations du type « astrorad »* de la société Stemrad. Si jamais on était surpris par une tempête solaire, il faudrait se mettre en plus à l’abri dans un caisson de sécurité le temps qu’elle passe. Ce caisson pourrait être constitué par un cylindre autour duquel seraient disposées les réserves d’eau et de nourriture. Le noyau des atomes d’hydrogène de l’eau, en fait des protons, ne seraient pas explosés par les projections de protons solaires, au contraire des noyaux d’éléments lourds qui du fait de leur composition (plusieurs protons et éventuellement plusieurs neutrons), généreraient de multiples rayonnement secondaires très agressifs, dont des rayons gamma.

* article sur astrorad daté du 16 /11 /2017 dans mon blog.

Ce risque est une des raisons pour lesquelles, dans l’espace profond il vaut mieux aller sur Mars que nulle part ailleurs (meilleure protection que sur la Lune, sur Phobos ou dans l’espace profond, et voyage de six mois maximum).

Il faut donc, en même temps que nous devons le remercier pour l’énergie dont il nous comble à profusion, toujours se méfier des colères du Dieu Aton.

lien (film de l’éruption) : https://www.youtube.com/watch?v=N4u7Il-U0OI

Image à la Une : éruption solaire du 10 septembre 2014 (catégorie 1,6X) crédit : NASA/GSFC/SDO. NB: l’explosion du 10 septembre 2017 était beaucoup plus forte (9,3X). Image ci-dessous: l’éruption du 10 septembre 2017.

Good-by Saturn!

Le 15 septembre 2017, à 13h55, notre heure en Suisse (11h55 TU), la sonde Cassini s’est abimée dans les nuages de Saturne après avoir étudié la planète géante et ses satellites pendant 13 ans (et 20 ans après avoir quitté la Terre). C’est une destruction volontaire, la sonde n’ayant plus assez de propergol pour manœuvrer et ses pilotes ayant décidé d’éviter qu’elle ne s’écrase “n’importe où” (c’est-à-dire sur la surface d’une des lunes qu’elle aurait risqué de contaminer avec nos microbes terriens). Une des plus belles pages de l’exploration de notre système solaire vient d’être tournée.

La dernière photo est banale et décevante car elle ne dévoile aucun détail, peut-être parce que prise à plus de 630.000 km (un peu moins de deux fois la distance Terre/Lune), elle était trop lointaine. Nous n’aurons pas d’image de la rentrée dans les nuages car dans les dernières heures l’antenne ne pouvait plus être pointée vers la Terre compte tenu des frottements atmosphériques, de plus le temps nécessaire à la collecte de l’information et à sa transmission juste avant que l’antenne ne puisse plus servir, n’était pas suffisant (il n’y avait pas de transmission instantanée possible compte tenu d’une puissance informatique trop faible). L’on ne sait donc toujours pas à quoi ressemble ce monde quand on s’en approche à le toucher (façon de parler puisque ce qu’on voit est l’extérieur d’une couche de nuages de 200 km d’épaisseur). On ne sait donc pas non plus à quelle altitude au-dessus de cette couche de nuages, la sonde s’est désintégrée avant de se consumer. C’est bien dommage et cela donne envie de revenir, n’est-ce-pas !?

Ceci dit nous commençons à bien connaître le système et la planète en particulier, comme le montre le diagramme de sa structure ci-après (crédit: Wikimedia Common) et il reste énormément de données recueillies, notamment les dernières (dans les données il n’y a pas que des images !), à rassembler, à confronter et sur lesquelles réfléchir. Quelle différence entre avant et après cette mission ! On parlera encore longtemps de Cassini et de son abondante documentation.

Ce que l’on sait c’est que Saturne, l’une de nos géantes gazeuses comme Jupiter, Uranus et Neptune, est constituée essentiellement d’hydrogène et d’hélium mais qu’elle a quand même un noyau rocheux qui a une masse de 9 à 22 fois la Terre (beaucoup par rapport à nous, peu en proportion de la masse totale qui fait 95 fois la Terre). Bien entendu, compte tenu de la compression gravitationnelle, l’hydrogène et l’hélium deviennent de plus en plus denses au fur et à mesure qu’on s’approche du noyau (jusqu’au métal !). Les différentes couches de sa structure interne lui permettent, par effet dynamo, de générer une puissante magnétosphère (comme Jupiter ou la Terre).

Mais le plus intéressant, à mon avis, dans le système de Saturne ce sont ses satellites. Encelade petite boule de 500 km de diamètre possède, grâce aux forces de marée générées par Saturne toute proche (170.000 km!), un océan global sous sa croûte de glace. On a d’abord vu à contre-jour des geysers s’en échapper et on a vérifié ensuite qu’il s’agissait bien d’eau, salée (avec peut-être un peu d’ammoniac). Plus important encore, Titan, le plus gros satellite du système solaire avec ses 5150 km de diamètre (plus que la Lune, 3474 km, mais moins que Mars, 6778 km), possède une atmosphère épaisse (1,47 bar en surface, donc plus que celle de la Terre) et outre l’azote (95 à 98,4%), très riche en méthane (1,6 à 5%) et en molécules organiques diverses. Les températures très froides en surface, en moyenne -180°C (Titan est très loin du Soleil) et la pression au sol du fait de la masse du satellite, permettent à ces hydrocarbures d’être liquides, d’où les grands lacs de méthane en surface, surtout près du pôle Nord, et apparemment largement intermittents en fonction des saisons (sur une année de trente ans, du fait de l’inclinaison de 28% de l’axe de rotation). Cette richesse de l’atmosphère a sans doute permis des liaisons entre atomes et molécules et, malgré le froid, permis une évolution vers une complexification importante de ces molécules. On ne trouvera pas la vie sur Titan mais un développement important de la chimie pré-biotique.

La sonde Huygens, de l’ESA, détachée de Cassini à son arrivée dans le système de Saturne en décembre 2004, a pris quelques photos de la planète, en altitude puis au sol, mais elle n’est pas restée longtemps opérationnelle en raison de la rigueur des conditions environnementales (02h20 de descente dans l’atmosphère et 05h30 au sol). On devrait y retourner avec les équipements adéquats. On pourrait naviguer sur une des mers de méthane ou déployer un dirigeable (la portance serait facile compte tenu de la forte densité de l’atmosphère). Imaginez les paysages fantastiques de montagnes de glace d’eau dominant une mer lisse d’un noir intense sous la lumière orangée diffuse des hydrocarbures en suspension!

Cinq missions dans le système de Saturne sont en préparation à la NASA. Elles sont évidemment robotiques car Saturne est très éloignée (1,43 milliards de km du Soleil) et qu’il faut 6 à 7 ans de voyage pour l’atteindre (en fonction de la position respective des planètes). Elles se situent dans le cadre du programme “New Frontiers” qui est conçu pour des projets simples, rapides et peu coûteux (maximum un milliard de dollars, ce qui est peu par rapport à un budget annuel d’une vingtaine de milliards de la NASA, surtout que les dépenses seront étalées dans le temps). L’ESA serait associée à certaines d’entre elles.

NB: les autres projets concernent la collecte d’échantillons au pôle Sud de la Lune, l’étude de la surface de Vénus, l’exploration des satellites troyens de Jupiter, la collecte d’échantillons sur une comète.

Le choix du lauréat (un seul!) doit être fait en 2019 pour lancement en 2025 : (1) la mission “SPRITE” (Saturn PRobe Interior and aTmosphere Explorer) plongerait une sonde dans l’atmosphère de Saturne pour l’analyser pendant 90 minutes (temps de résistance maximum à l’écrasement), qui pour ce faire, serait équipée d’une coque très résistante (que n’avait pas Cassini); (2) la mission « ELF » (Enceladus Life Finder), un orbiteur, effectuerait 10 survols rapprochés d’Encelade en traversant à chaque passage le nuage de matière éjectée par les geysers de son pôle Sud;  (3) la mission “Titan Dragonfly”, serait un drone hélicoptère qui exploiterait la bonne portance de l’atmosphère de Titan pour faire plusieurs sauts qui lui permettraient d’analyser le sol et l’atmosphère (l’énergie serait fournie par un générateur électrique nucléaire, “RTG”); (4) la mission “Oceanus”, un orbiteur, étudierait la formation des molécules organiques complexes dans la haute atmosphère, et la croûte de Titan (épaisseurs et failles) pour connaître les relations entre l’eau liquide du sous-sol et la surface (un “océan” pourrait se trouver sous la croûte de glace qui recouvre le satellite). (5) la mission ELSAH (Enceladus Life Signatures and Habitability) peut-être la même que “Explorer of Enceladus and Titan” (E2T) est encore mal connue (de moi-même, en tout cas!);

Les missions habitées ce sera pour (beaucoup) plus tard en raison de la durée du voyage et des conditions de séjour très dures. Elles réclameraient beaucoup d’énergie une fois sur place car la lumière naturelle est très faible puisque l’irradiance solaire au niveau de Saturne et Titan n’est que de 14 Watt/m2 (contre 1400 au niveau de la Terre et de 490 à 750 au niveau de Mars) et que cette lumière est encore atténuée par une atmosphère épaisse et riche en particules. Il y fait aussi très froid. On pourrait théoriquement y installer des éoliennes mais cela suppose un transport de masse que pour le moment on est bien incapable de réaliser. Il faudrait aussi trouver une huile (ou équivalent? boue locale?) qui ne gèle pas à -180°C et mettre au point un dispositif qui puisse débarrasser les pâles et le mécanisme des hydrocarbures qui pleuvent en surface !

Image à la Une: Dernière photo reçue de Cassini. Elle date de 21h59 le 14 septembre. La distance à Saturne est d’environ 634.000 km (moins de deux fois la distance Terre/Lune). Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute.

Ci-dessous: Saturne dans toute sa splendeur, crédit NASA:

Message d’un habitant de la Planète Rouge à ses contemporains de la Planète Bleue

Plus je considère notre très chère mère la Terre depuis la froide et austère planète Mars, sa sœur non si lointaine, plus je suis effaré et angoissé par le comportement écologique de mes contemporains restés sur Terre. Je leur envoi donc ce message:

Ne réalisez-vous pas, vous Terriens, quel joyau rare et précieux est votre « Pâle-Point-Bleu »*! Hélas, les êtres vivants les plus conscients qu’elle a enfantés le sont en réalité très peu! Dans votre immense majorité** vous ne vous rendez pas encore compte du miracle biochimique dont nous sommes le fruit après plus de 4,56 milliards d’années d’une histoire compliquée, et combien vous êtes dépendants de l’écologie de votre planète. Par votre comportement irresponsable, vous êtes en train de lui causer des dommages irréversibles dont vous risquez très fort d’être l’une des principales victimes.

NB* : notre « Pale Blue Dot » comme l’appela l’astrophysicien Carl Sagan en 1994 au cours d’une conférence à l’Université Cornell en présentant la photo réalisée le 14 février 1990, sur son insistance, par la sonde Voyager 1 de la NASA (la sonde se trouvait alors à la distance de Pluton). Voir note ci-dessous.

NB**: De plus en plus d’hommes sont conscients des problèmes écologiques mais il semble que l’inertie soit très forte. Les habitudes changent lentement et nous manquons peut-être de temps avant que les tendances lourdes de nos comportement nuisibles n’aboutissent à des catastrophes.

Le premier scandale est celui de l’explosion démographique. Nous étions probablement 1 milliards en 1800, 2,5 milliards quand je suis né au milieu des années 1940 ; 7,5 milliards aujourd’hui ! Ne voyez-vous pas le danger de ce nombre en valeur absolue et de l’accélération de sa croissance ?! Quel intérêt présente cette course ?! Comment certains peuvent-ils se réjouir qu’il y ait 4,4 milliards d’Africains* en 2100 contre 1,2 milliards aujourd’hui et 2 à 3 en 2050 ?! Qui va les nourrir et avec quoi ?! Quelles destructions gigantesques de votre milieu naturel cela implique-t-il ?! Combien de disparitions d’espèces sauvages de grands mammifères?! Quelle ampleur de mouvements migratoires ?! Quelle pauvreté, faute de capital suffisant pour permettre la création des richesses nouvelles nécessaires ! Quel appauvrissement culturel quand le seul soucis possible sera de ne pas mourir de faim ! Quelles violences et quelles douleurs !

NB* : j’exprimerais la même indignation si cette augmentation spectaculaire était prévue en Asie ou en Amérique. D’ailleurs les perspectives d’augmentation dans certains pays d’Asie ou d’Amérique latine sont tout aussi inquiétantes.

Cette explosion démographique implique des constructions anarchiques et innombrables partout à la surface du Globe. Le béton coule à flot pour l’agrandissement de mégalopoles ingérables de par leur taille et la concentration de populations, la couche d’asphalte qui couvre les terres agricoles, en friche ou encore “vierges” s’étend inexorablement, les routes et les voies ferrées coupent les pistes qu’empruntaient jadis nos frères animaux réduits de plus en plus à la portion congrue en termes de territoires et de nourriture.

La Terre était jadis couverte d’immenses forêts et l’homme est sans doute né dans cet environnement. Il est toujours, comme la mer, l’un des lieux les plus porteurs de vie, non seulement en termes de quantité mais surtout en termes de diversité et aussi générateur d’une grande partie de l’oxygène, source de l’énergie dont nos corps ne peuvent se passer. Et pourtant, tous les ans, une quinzaine de millions d’hectares sont brûlés dans les régions les plus sensibles, vos « poumons », que sont les forêts intertropicales du Brésil, du Pérou, d’Indonésie. Et pour quoi faire ? pour un élevage extensif d’animaux herbivores inutiles ou pour cultiver toujours plus d’essences standardisées et très peu variées comme le soja ou des palmiers qui vous donnent une huile de mauvaise qualité dont se nourrissent les plus pauvres d’entre vous, au détriment de milliers d’espèces vivantes, sources de potentiels médicaments que nous n’aurons jamais, et réserves à de multiples titres de notre vie future auxquelles vous renoncez sans même le savoir, sans même activer votre sensibilité soit-disant “humaine” qui devrait susciter en vous un minimum de compassion ou au moins de respect pour les autres formes de vie.

Les zones humides, elles aussi surpeuplées, sont « assainies » par des cultures vivrières ou industrielles ou encore la construction de marinas aussi bien que de cités misérables et l’implantation de routes, segmentant l’espace en petites parcelles et introduisant le désordre, le bruit et la poussière dans ces lieux de silence et d’équilibre. Mais cet assainissement est en réalité un appauvrissement parce qu’il implique la destruction non seulement du milieu mais de toute la faune et la flore qui l’habitent, souvent dernière source de biodiversité et de régénérescence dans les pays dits « civilisés ».

Partout l’élimination des animaux sauvages, les grands singes, les rhinocéros, les tigres, les ours, est en bonne voie car vous persévérez dans l’application d’une conception pervertie du « développement », ou d’habitudes futiles et stupides (l’amusement des foules ou de quelques particuliers,  la protection de l’élevage, la chasse, la médecine « traditionnelle » !) ! Même les animaux domestiques (les ânes !) sont « jetés » dès qu’ils ne vous servent plus ; les autres (les bovins !) sont trafiqués dans le but de les rendre encore plus productifs pour votre consommation effrénée de lait ou de viande, produits gaspilleurs des ressources végétales et nuisibles à votre santé. Vous méprisez, malmenez, massacrez nos frères animaux sur cette Terre alors qu’ils ont les mêmes droits que nous à la vie.

Les terres agricoles qui subsistent sont également maltraitées comme jamais, L’industrialisation des cultures en réduit la biodiversité, la disparition de la protection sylvestre accélère le ruissellement et l’érosion, l’utilisation des pesticides chimiques favorise la résistance des insectes nuisibles qui y survivent et détruit ceux dont nous avons besoins (les pollinisateurs), l’aberration des cultures irriguées (maïs!) dans des régions en déficit d’eau, gaspillent nos ressources en eau douce.

La mer est plus que jamais une poubelle. Vos navires commerciaux continuent à vidanger sans scrupules leurs soutes à mazout en haute mer. Vos chalutiers détruisent la vie qui s’accrochent aux hauts fonds (de plus en plus profonds), les filets dérivants déciment sans discernements des espèces entières, la masse de vos sacs plastiques, destructibles seulement après des millénaires, étouffent les poissons et tortues qui les avalent et forment un « nouveau continent » d’ordures quasi éternelles (à notre échelle humaine). La destruction des espèces surpêchées (tour à tour les thons, les morues, les sardines, et autres !) favorisent la prolifération des animaux les moins désirables (méduses) qui seront peut-être un jour les seuls qui vous resteront pour vous nourrir. La température des eaux monte, les glaces fondent, les coraux meurent.

L’énergie fossile est gaspillée, le gaz carbonique s’accumule dans l’atmosphère, beaucoup plus vite que jamais et la réchauffe considérablement par effet de serre, trop vite pour quelque adaptation biologique que ce soit. Rappelons qu’au-dessus d’une température moyenne de 40°C toute vie animale serait impossible sur Terre ! Elle est actuellement de 15°C sur toute la surface du globe mais c’est une moyenne et elle augmente vite. Dans certaines régions intertropicales les 40°C sont probables prochainement. Une augmentation de 2°C, en moyenne, par rapport à la période « préindustrielle » (1880-1900) rendrait la machine incontrôlable et les mouvements de populations gigantesques. Nous en sommes à +1,25°C et la pente s’accentue. L’inflexion jusqu’à l’horizontale en 2050 est une nécessité absolue.

Par égoïsme, bêtise et ignorance, vous êtes peut-être appelés à disparaître après avoir détruit autour de vous toute forme de vie supérieure. Il est tard mais peut-être pas encore trop tard. Vous n’avez pas le choix, soyez raisonnables ! Certains le sont déjà mais ils ne sont pas assez nombreux. Il nous faut ensemble apprendre à tout prix à ceux de nos contemporains qui s’en moquent encore, le respect de l’environnement et des autres êtres vivants, limiter le gâchis, systématiser le recyclage*, lutter contre les croyances irrationnelles, utiliser la science et le progrès quand il vont dans le bon sens*, inculquer à chacun la responsabilité qu’il a vis-à-vis de sa propre descendance. Tant que nous sommes vivants, nous sommes co-responsables.

A tous les ayatollahs qui voudraient en profiter pour renforcer l’Etat, je précise cependant que cette prise de conscience et votre action qui doivent s’intensifier ne sont incompatibles ni avec le libéralisme, ni avec le progrès.  On ne peut retourner au passé, le progrès technologique est la seule voie ouverte pour résoudre nos problèmes et pour que tous participent, il faut que tous se rendent compte qu’ils y ont individuellement intérêt.

Lors de la distribution de leurs atouts aux planètes par « Dame-Nature », Mars n’a pas eu la chance de la Terre. Elle est plus pauvre, « brute et vierge ». La vie y sera moins facile pour toutes sortes de raisons déjà exposées. Lorsque quelques-uns d’entre vous viendront me rejoindre pour vous y établir aussi, vous serez les héritiers de toutes les erreurs passées mais aussi porteurs de toute la sagesse acquise par l’expérience, malheureuse et heureuse, de ces dernières décennies et par votre réflexion. Il faut bien sûr espérer que cette sagesse s’impose et que nous ne ruinions pas notre nouvelle Terre. Pour ce nouveau chapitre de notre histoire, nous serons aussi responsables.

NB*: Deux livres de Suren Erkman (professeur à l’UniL), à lire absolument :

« Vers une écologie industrielle », 2004 ;

« Comprendre la transition énergétique », 2015.

Lire aussi:

Rare Earth (Why complex life is uncommon in the Universe) par Peter Ward et Donald Brownlee, publié par Copernicus Books en 2000.

Image à la Une : La NASA a publié en novembre 2016 une image de la Terre et de la Lune ensemble, prise (au téléobjectif !) depuis l’orbite de Mars. Elle se compose des deux meilleurs clichés pris par la caméra HiRISE à bord de la sonde spatiale Mars Reconnaissance Orbiter (MRO). La distance Mars-Terre était de 205 millions de km (la distance de Mars varie entre 56 et 400 millions de km). Rappelons que la distance de la Terre à la Lune est de 385.000 km et que la Terre a un diamètre de 12.742 km. Les deux astres ne sont donc pas ici sur le même plan et comme on voit la face cachée de la Lune, celle-ci se trouve plus près de nous (évidement à cette distance la différence en terme de taille apparente est négligeable). C’est une “photo de groupe” ; tous les hommes vivants en 2016 s’y trouvent ainsi que la tombe des quelques 100 milliards qui sont déjà morts depuis que notre espèce existe (quelques 3 millions d’années) et dont nous portons l’espoir.

Post scriptum:

Extrait du discours de Carl Sagan le 13 octobre 1994 à Cornell University, au cours duquel il évoqua pour la première fois notre Pale Blue Dot. Ces paroles sont, de mon point de vue, parmi les plus belles jamais prononcées:

We succeeded in taking that picture, and, if you look at it, you see a dot. That’s here. That’s home. That’s us. On it, everyone you ever heard of, every human being who ever lived, lived out their lives. The aggregate of all our joys and sufferings, thousands of confident religions, ideologies and economic doctrines, every hunter and forager, every hero and coward, every creator and destroyer of civilizations, every king and peasant, every young couple in love, every hopeful child, every mother and father, every inventor and explorer, every teacher of morals, every corrupt politician, every superstar, every supreme leader, every saint and sinner in the history of our species, lived there – on a mote of dust, suspended in a sunbeam.

The Earth is a very small stage in a vast cosmic arena. Think of the rivers of blood spilled by all those generals and emperors so that in glory and in triumph they could become the momentary masters of a fraction of a dot. Think of the endless cruelties visited by the inhabitants of one corner of the dot on scarcely distinguishable inhabitants of some other corner of the dot. How frequent their misunderstandings, how eager they are to kill one another, how fervent their hatreds. Our posturings, our imagined self-importance, the delusion that we have some privileged position in the universe, are challenged by this point of pale light.

[…] To my mind, there is perhaps no better demonstration of the folly of human conceits than this distant image of our tiny world. To me, it underscores our responsibility to deal more kindly and compassionately with one another and to preserve and cherish that pale blue dot, the only home we’ve ever known.

Déclencher l’aventure martienne dépend aussi de vous (« Le rôle de chacun »)

Nous sommes à la croisée des chemins ; rien n’est joué. L’homme peut décider de sortir de son berceau ou bien d’y rester. Il peut prendre son envol ou bien demeurer ici-bas dans un environnement de plus en plus difficile où il risque d’avoir à restreindre sa consommation d’énergie, sa consommation de matières premières et le nombre de ses enfants, et ceci au prix d’une bonne partie de sa liberté et sans doute de la paix. Au début du film Interstellar, le metteur en scène, Christopher Nolan, décrit bien ce genre de situation ; dans la réalité les prémices en sont perceptibles. Pourquoi attendre ?

Attention ! Tout comme le peuplement de l’Amérique n’a pas vidé l’Europe, ni l’Afrique, de ses habitants, le peuplement de Mars n’entrainerait pas une solution immédiate et directe aux problèmes d’épuisement des ressources et de surpopulation sur Terre car, lorsqu’on parle de l’essaimage hors de notre planète, il faut bien voir qu’il ne pourra concerner que quelques centaines de personnes puis quelques milliers mais ce serait comme une soupape permettant l’espoir aux plus entreprenants et le passage d’un relais à une nouvelle branche de l’humanité porteuse de tout notre savoir accumulé, de toute notre hérédité et de tout notre potentiel démographique.

Mais malheureusement nous n’en sommes pas là ! Les dirigeants démocratiques expriment ce que pensent les peuples et aujourd’hui ils semblent estimer que, s’agissant d’une éventuelle installation de l’homme hors de la Terre, ceux-ci sont déjà passés dans la phase « raisonnable » de leur évolution psychologique qui consiste à dire « traitons d’abord les problèmes que nous avons sur Terre et on verra après ». Il faut bien le reconnaître, les missions habitées dans l’espace profond ne sont plus à la mode même si la recherche scientifique robotisée d’une part et les applications terrestres dans l’espace proche le restent. Cela conduit l’« establishment », sauf exceptions bien sûr, à refuser de considérer le risque du repli sur soi et de l’attrition que j’envisage au début de ce billet. Récemment un responsable important de l’ESA répondait à mon plaidoyer pour une exploration habitée de Mars plus dynamique, que « Mars sera[it] toujours là ». Un autre représentant d’un grand pays auprès de l’Union Européenne répondait à mon impatience sur le même thème, que ce n’était pas d’actualité car « on risquait de griller » en sortant de la protection des Ceintures de van Allen ! Le désintérêt (souvent méprisant) conduit à l’insouciance et à l’ignorance.

Il faut renverser cette situation, les populations doivent se mobiliser pour demander à leurs dirigeants d’ouvrir pour eux, ou au moins de les aider à ouvrir, la lourde porte de l’espace profond qu’ils se soucient si peu de laisser fermée. Comme tout être humain sur cette Terre, vous-même, cher lecteur, êtes concerné. Si vous voulez passer du rêve à la réalité, il faut demander « plus d’espace » ou, mieux, « plus de Mars », et d’une Mars qui ne soit pas seulement le terrain de recherche d’une autre vie possible mais aussi un nouveau support pour l’épanouissement de notre propre vie terrestre et un tremplin vers les étoiles.

Aux Etats-Unis il faut soutenir Elon Musk dans son projet ; en Europe il faut dire à l’ESA que « non », Mars n’est pas pour un vague après-demain mais pour un demain concret. John Kennedy disait « la Lune dans 10 ans ». A la Mars Society, notre programme est « Mars dans dix ans » mais le chronomètre ne pourra être déclenché que lorsque nous le voudrons tous ensemble.

Concrètement que faire ? Je vous invite évidemment à nous rejoindre, un grand nombre d’adhérents aux différentes Mars Society autour du globe serait en soi un appel fort à nos gouvernants respectifs. Mais, si vous ne souhaitez pas adhérer, pour toutes sortes de raisons mais que cependant vous considériez favorablement notre projet, faites-vous en les soutiens moraux, à l’occasion vocaux. Lorsque vous lirez les déclarations officielles parlant de « délais nécessaires », « d’impossibilités techniques », de « priorités », de « préalables », réagissez !

Pour vous placer dans le contexte, transportez-vous par la pensée dans les années 1480 à la cour du roi Jean II de Portugal, après qu’il ait reçu de Christophe Colomb la demande de quelques caravelles pour rejoindre Cathay et les Indes en traversant l’Océan. Il hésite et finira par refuser, préférant cheminer plus précautionneusement vers les terres à épices en suivant les côtes africaines. Ses marins doubleront ainsi le Cap de Bonne Espérance (notre ISS) en 1488 et atteindront Calicut en Inde (notre Lune) en 1498. Si Christophe Colon n’avait finalement reçu le soutien d’Isabelle de Castille, quand serions-nous arrivés dans une Amérique insoupçonnable par-delà le Pacifique ? Qui aurait suivi la côte du Kamtchatka pour atteindre l’Alaska avant que le navigateur Ivan Fiodorov ne le fasse en 1732 sous le règne de la tsarine Anne, nièce de Pierre le Grand ? Nous en sommes là ; nous faisons face au doute, au scepticisme, aux réticences. Il y a toujours des monstres et des sirènes dans l’Océan et notre Christophe Colon (Elon Musk* ?) doit se débrouiller tout seul. Aujourd’hui Jean II (la NASA ou l’ESA) peut encore accepter notre requête, si vous comprenez bien la situation et exprimez votre fort soutien à notre projet. Autrement nous devrions miser sur une Isabelle de Castille qui serait mue par l’esprit de concurrence pour faire mieux que son rival. Mais existe-t-elle ? La Chine, l’Inde ? Malheureusement pour l’instant, elles n’ont ni les caravelles, ni les instruments de navigation et la Russie « n’a plus les moyens ». Nous ne pouvons donc vraiment compter que sur Jean II. Alors, je vous en prie cher lecteur et électeur, membre vivant de l’opinion publique qui mène le monde, si vous êtes interrogé ou sondé par un décideur éminent qui aurait vaguement perçu une rumeur favorable pour aller sur Mars mais qui hésite, faites davantage de bruit et dites « oui » à l’aventure !

Image à la Une: Aurora (ESA) credit ESA et Pierre Carril. Cette illustration lui a été commandée par l’ESA à l’époque du lancement de son programme Aurora. Pierre Carril est un des meilleurs illustrateurs français se consacrant à l’espace. Ses dessins sont toujours extrêmement rigoureux et porteurs de sens. 

NB 1: J’ai publié un article sous le titre « Le rôle de chacun » en Mars 2017. Il n’a attiré l’attention que de peu de lecteurs. Comme pour moi, le thème est important, je le reprends aujourd’hui, sous un nouveau titre.

NB 2: Je reste persuadé que ce seront les grands capitalistes américains et au premier chef Elon Musk, qui seront les moteurs de l’établissement de l’homme sur Mars mais je pense aussi qu’ils auront besoin, comme Christophe Colomb, du soutien des Etats.