Good-by Saturn!

Le 15 septembre 2017, à 13h55, notre heure en Suisse (11h55 TU), la sonde Cassini s’est abimée dans les nuages de Saturne après avoir étudié la planète géante et ses satellites pendant 13 ans (et 20 ans après avoir quitté la Terre). C’est une destruction volontaire, la sonde n’ayant plus assez de propergol pour manœuvrer et ses pilotes ayant décidé d’éviter qu’elle ne s’écrase “n’importe où” (c’est-à-dire sur la surface d’une des lunes qu’elle aurait risqué de contaminer avec nos microbes terriens). Une des plus belles pages de l’exploration de notre système solaire vient d’être tournée.

La dernière photo est banale et décevante car elle ne dévoile aucun détail, peut-être parce que prise à plus de 630.000 km (un peu moins de deux fois la distance Terre/Lune), elle était trop lointaine. Nous n’aurons pas d’image de la rentrée dans les nuages car dans les dernières heures l’antenne ne pouvait plus être pointée vers la Terre compte tenu des frottements atmosphériques, de plus le temps nécessaire à la collecte de l’information et à sa transmission juste avant que l’antenne ne puisse plus servir, n’était pas suffisant (il n’y avait pas de transmission instantanée possible compte tenu d’une puissance informatique trop faible). L’on ne sait donc toujours pas à quoi ressemble ce monde quand on s’en approche à le toucher (façon de parler puisque ce qu’on voit est l’extérieur d’une couche de nuages de 200 km d’épaisseur). On ne sait donc pas non plus à quelle altitude au-dessus de cette couche de nuages, la sonde s’est désintégrée avant de se consumer. C’est bien dommage et cela donne envie de revenir, n’est-ce-pas !?

Ceci dit nous commençons à bien connaître le système et la planète en particulier, comme le montre le diagramme de sa structure ci-après (crédit: Wikimedia Common) et il reste énormément de données recueillies, notamment les dernières (dans les données il n’y a pas que des images !), à rassembler, à confronter et sur lesquelles réfléchir. Quelle différence entre avant et après cette mission ! On parlera encore longtemps de Cassini et de son abondante documentation.

Ce que l’on sait c’est que Saturne, l’une de nos géantes gazeuses comme Jupiter, Uranus et Neptune, est constituée essentiellement d’hydrogène et d’hélium mais qu’elle a quand même un noyau rocheux qui a une masse de 9 à 22 fois la Terre (beaucoup par rapport à nous, peu en proportion de la masse totale qui fait 95 fois la Terre). Bien entendu, compte tenu de la compression gravitationnelle, l’hydrogène et l’hélium deviennent de plus en plus denses au fur et à mesure qu’on s’approche du noyau (jusqu’au métal !). Les différentes couches de sa structure interne lui permettent, par effet dynamo, de générer une puissante magnétosphère (comme Jupiter ou la Terre).

Mais le plus intéressant, à mon avis, dans le système de Saturne ce sont ses satellites. Encelade petite boule de 500 km de diamètre possède, grâce aux forces de marée générées par Saturne toute proche (170.000 km!), un océan global sous sa croûte de glace. On a d’abord vu à contre-jour des geysers s’en échapper et on a vérifié ensuite qu’il s’agissait bien d’eau, salée (avec peut-être un peu d’ammoniac). Plus important encore, Titan, le plus gros satellite du système solaire avec ses 5150 km de diamètre (plus que la Lune, 3474 km, mais moins que Mars, 6778 km), possède une atmosphère épaisse (1,47 bar en surface, donc plus que celle de la Terre) et outre l’azote (95 à 98,4%), très riche en méthane (1,6 à 5%) et en molécules organiques diverses. Les températures très froides en surface, en moyenne -180°C (Titan est très loin du Soleil) et la pression au sol du fait de la masse du satellite, permettent à ces hydrocarbures d’être liquides, d’où les grands lacs de méthane en surface, surtout près du pôle Nord, et apparemment largement intermittents en fonction des saisons (sur une année de trente ans, du fait de l’inclinaison de 28% de l’axe de rotation). Cette richesse de l’atmosphère a sans doute permis des liaisons entre atomes et molécules et, malgré le froid, permis une évolution vers une complexification importante de ces molécules. On ne trouvera pas la vie sur Titan mais un développement important de la chimie pré-biotique.

La sonde Huygens, de l’ESA, détachée de Cassini à son arrivée dans le système de Saturne en décembre 2004, a pris quelques photos de la planète, en altitude puis au sol, mais elle n’est pas restée longtemps opérationnelle en raison de la rigueur des conditions environnementales (02h20 de descente dans l’atmosphère et 05h30 au sol). On devrait y retourner avec les équipements adéquats. On pourrait naviguer sur une des mers de méthane ou déployer un dirigeable (la portance serait facile compte tenu de la forte densité de l’atmosphère). Imaginez les paysages fantastiques de montagnes de glace d’eau dominant une mer lisse d’un noir intense sous la lumière orangée diffuse des hydrocarbures en suspension!

Cinq missions dans le système de Saturne sont en préparation à la NASA. Elles sont évidemment robotiques car Saturne est très éloignée (1,43 milliards de km du Soleil) et qu’il faut 6 à 7 ans de voyage pour l’atteindre (en fonction de la position respective des planètes). Elles se situent dans le cadre du programme “New Frontiers” qui est conçu pour des projets simples, rapides et peu coûteux (maximum un milliard de dollars, ce qui est peu par rapport à un budget annuel d’une vingtaine de milliards de la NASA, surtout que les dépenses seront étalées dans le temps). L’ESA serait associée à certaines d’entre elles.

NB: les autres projets concernent la collecte d’échantillons au pôle Sud de la Lune, l’étude de la surface de Vénus, l’exploration des satellites troyens de Jupiter, la collecte d’échantillons sur une comète.

Le choix du lauréat (un seul!) doit être fait en 2019 pour lancement en 2025 : (1) la mission “SPRITE” (Saturn PRobe Interior and aTmosphere Explorer) plongerait une sonde dans l’atmosphère de Saturne pour l’analyser pendant 90 minutes (temps de résistance maximum à l’écrasement), qui pour ce faire, serait équipée d’une coque très résistante (que n’avait pas Cassini); (2) la mission « ELF » (Enceladus Life Finder), un orbiteur, effectuerait 10 survols rapprochés d’Encelade en traversant à chaque passage le nuage de matière éjectée par les geysers de son pôle Sud;  (3) la mission “Titan Dragonfly”, serait un drone hélicoptère qui exploiterait la bonne portance de l’atmosphère de Titan pour faire plusieurs sauts qui lui permettraient d’analyser le sol et l’atmosphère (l’énergie serait fournie par un générateur électrique nucléaire, “RTG”); (4) la mission “Oceanus”, un orbiteur, étudierait la formation des molécules organiques complexes dans la haute atmosphère, et la croûte de Titan (épaisseurs et failles) pour connaître les relations entre l’eau liquide du sous-sol et la surface (un “océan” pourrait se trouver sous la croûte de glace qui recouvre le satellite). (5) la mission ELSAH (Enceladus Life Signatures and Habitability) peut-être la même que “Explorer of Enceladus and Titan” (E2T) est encore mal connue (de moi-même, en tout cas!);

Les missions habitées ce sera pour (beaucoup) plus tard en raison de la durée du voyage et des conditions de séjour très dures. Elles réclameraient beaucoup d’énergie une fois sur place car la lumière naturelle est très faible puisque l’irradiance solaire au niveau de Saturne et Titan n’est que de 14 Watt/m2 (contre 1400 au niveau de la Terre et de 490 à 750 au niveau de Mars) et que cette lumière est encore atténuée par une atmosphère épaisse et riche en particules. Il y fait aussi très froid. On pourrait théoriquement y installer des éoliennes mais cela suppose un transport de masse que pour le moment on est bien incapable de réaliser. Il faudrait aussi trouver une huile (ou équivalent? boue locale?) qui ne gèle pas à -180°C et mettre au point un dispositif qui puisse débarrasser les pâles et le mécanisme des hydrocarbures qui pleuvent en surface !

Image à la Une: Dernière photo reçue de Cassini. Elle date de 21h59 le 14 septembre. La distance à Saturne est d’environ 634.000 km (moins de deux fois la distance Terre/Lune). Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute.

Ci-dessous: Saturne dans toute sa splendeur, crédit NASA:

Message d’un habitant de la Planète Rouge à ses contemporains de la Planète Bleue

Plus je considère notre très chère mère la Terre depuis la froide et austère planète Mars, sa sœur non si lointaine, plus je suis effaré et angoissé par le comportement écologique de mes contemporains restés sur Terre. Je leur envoi donc ce message:

Ne réalisez-vous pas, vous Terriens, quel joyau rare et précieux est votre « Pâle-Point-Bleu »*! Hélas, les êtres vivants les plus conscients qu’elle a enfantés le sont en réalité très peu! Dans votre immense majorité** vous ne vous rendez pas encore compte du miracle biochimique dont nous sommes le fruit après plus de 4,56 milliards d’années d’une histoire compliquée, et combien vous êtes dépendants de l’écologie de votre planète. Par votre comportement irresponsable, vous êtes en train de lui causer des dommages irréversibles dont vous risquez très fort d’être l’une des principales victimes.

NB* : notre « Pale Blue Dot » comme l’appela l’astrophysicien Carl Sagan en 1994 au cours d’une conférence à l’Université Cornell en présentant la photo réalisée le 14 février 1990, sur son insistance, par la sonde Voyager 1 de la NASA (la sonde se trouvait alors à la distance de Pluton). Voir note ci-dessous.

NB**: De plus en plus d’hommes sont conscients des problèmes écologiques mais il semble que l’inertie soit très forte. Les habitudes changent lentement et nous manquons peut-être de temps avant que les tendances lourdes de nos comportement nuisibles n’aboutissent à des catastrophes.

Le premier scandale est celui de l’explosion démographique. Nous étions probablement 1 milliards en 1800, 2,5 milliards quand je suis né au milieu des années 1940 ; 7,5 milliards aujourd’hui ! Ne voyez-vous pas le danger de ce nombre en valeur absolue et de l’accélération de sa croissance ?! Quel intérêt présente cette course ?! Comment certains peuvent-ils se réjouir qu’il y ait 4,4 milliards d’Africains* en 2100 contre 1,2 milliards aujourd’hui et 2 à 3 en 2050 ?! Qui va les nourrir et avec quoi ?! Quelles destructions gigantesques de votre milieu naturel cela implique-t-il ?! Combien de disparitions d’espèces sauvages de grands mammifères?! Quelle ampleur de mouvements migratoires ?! Quelle pauvreté, faute de capital suffisant pour permettre la création des richesses nouvelles nécessaires ! Quel appauvrissement culturel quand le seul soucis possible sera de ne pas mourir de faim ! Quelles violences et quelles douleurs !

NB* : j’exprimerais la même indignation si cette augmentation spectaculaire était prévue en Asie ou en Amérique. D’ailleurs les perspectives d’augmentation dans certains pays d’Asie ou d’Amérique latine sont tout aussi inquiétantes.

Cette explosion démographique implique des constructions anarchiques et innombrables partout à la surface du Globe. Le béton coule à flot pour l’agrandissement de mégalopoles ingérables de par leur taille et la concentration de populations, la couche d’asphalte qui couvre les terres agricoles, en friche ou encore “vierges” s’étend inexorablement, les routes et les voies ferrées coupent les pistes qu’empruntaient jadis nos frères animaux réduits de plus en plus à la portion congrue en termes de territoires et de nourriture.

La Terre était jadis couverte d’immenses forêts et l’homme est sans doute né dans cet environnement. Il est toujours, comme la mer, l’un des lieux les plus porteurs de vie, non seulement en termes de quantité mais surtout en termes de diversité et aussi générateur d’une grande partie de l’oxygène, source de l’énergie dont nos corps ne peuvent se passer. Et pourtant, tous les ans, une quinzaine de millions d’hectares sont brûlés dans les régions les plus sensibles, vos « poumons », que sont les forêts intertropicales du Brésil, du Pérou, d’Indonésie. Et pour quoi faire ? pour un élevage extensif d’animaux herbivores inutiles ou pour cultiver toujours plus d’essences standardisées et très peu variées comme le soja ou des palmiers qui vous donnent une huile de mauvaise qualité dont se nourrissent les plus pauvres d’entre vous, au détriment de milliers d’espèces vivantes, sources de potentiels médicaments que nous n’aurons jamais, et réserves à de multiples titres de notre vie future auxquelles vous renoncez sans même le savoir, sans même activer votre sensibilité soit-disant “humaine” qui devrait susciter en vous un minimum de compassion ou au moins de respect pour les autres formes de vie.

Les zones humides, elles aussi surpeuplées, sont « assainies » par des cultures vivrières ou industrielles ou encore la construction de marinas aussi bien que de cités misérables et l’implantation de routes, segmentant l’espace en petites parcelles et introduisant le désordre, le bruit et la poussière dans ces lieux de silence et d’équilibre. Mais cet assainissement est en réalité un appauvrissement parce qu’il implique la destruction non seulement du milieu mais de toute la faune et la flore qui l’habitent, souvent dernière source de biodiversité et de régénérescence dans les pays dits « civilisés ».

Partout l’élimination des animaux sauvages, les grands singes, les rhinocéros, les tigres, les ours, est en bonne voie car vous persévérez dans l’application d’une conception pervertie du « développement », ou d’habitudes futiles et stupides (l’amusement des foules ou de quelques particuliers,  la protection de l’élevage, la chasse, la médecine « traditionnelle » !) ! Même les animaux domestiques (les ânes !) sont « jetés » dès qu’ils ne vous servent plus ; les autres (les bovins !) sont trafiqués dans le but de les rendre encore plus productifs pour votre consommation effrénée de lait ou de viande, produits gaspilleurs des ressources végétales et nuisibles à votre santé. Vous méprisez, malmenez, massacrez nos frères animaux sur cette Terre alors qu’ils ont les mêmes droits que nous à la vie.

Les terres agricoles qui subsistent sont également maltraitées comme jamais, L’industrialisation des cultures en réduit la biodiversité, la disparition de la protection sylvestre accélère le ruissellement et l’érosion, l’utilisation des pesticides chimiques favorise la résistance des insectes nuisibles qui y survivent et détruit ceux dont nous avons besoins (les pollinisateurs), l’aberration des cultures irriguées (maïs!) dans des régions en déficit d’eau, gaspillent nos ressources en eau douce.

La mer est plus que jamais une poubelle. Vos navires commerciaux continuent à vidanger sans scrupules leurs soutes à mazout en haute mer. Vos chalutiers détruisent la vie qui s’accrochent aux hauts fonds (de plus en plus profonds), les filets dérivants déciment sans discernements des espèces entières, la masse de vos sacs plastiques, destructibles seulement après des millénaires, étouffent les poissons et tortues qui les avalent et forment un « nouveau continent » d’ordures quasi éternelles (à notre échelle humaine). La destruction des espèces surpêchées (tour à tour les thons, les morues, les sardines, et autres !) favorisent la prolifération des animaux les moins désirables (méduses) qui seront peut-être un jour les seuls qui vous resteront pour vous nourrir. La température des eaux monte, les glaces fondent, les coraux meurent.

L’énergie fossile est gaspillée, le gaz carbonique s’accumule dans l’atmosphère, beaucoup plus vite que jamais et la réchauffe considérablement par effet de serre, trop vite pour quelque adaptation biologique que ce soit. Rappelons qu’au-dessus d’une température moyenne de 40°C toute vie animale serait impossible sur Terre ! Elle est actuellement de 15°C sur toute la surface du globe mais c’est une moyenne et elle augmente vite. Dans certaines régions intertropicales les 40°C sont probables prochainement. Une augmentation de 2°C, en moyenne, par rapport à la période « préindustrielle » (1880-1900) rendrait la machine incontrôlable et les mouvements de populations gigantesques. Nous en sommes à +1,25°C et la pente s’accentue. L’inflexion jusqu’à l’horizontale en 2050 est une nécessité absolue.

Par égoïsme, bêtise et ignorance, vous êtes peut-être appelés à disparaître après avoir détruit autour de vous toute forme de vie supérieure. Il est tard mais peut-être pas encore trop tard. Vous n’avez pas le choix, soyez raisonnables ! Certains le sont déjà mais ils ne sont pas assez nombreux. Il nous faut ensemble apprendre à tout prix à ceux de nos contemporains qui s’en moquent encore, le respect de l’environnement et des autres êtres vivants, limiter le gâchis, systématiser le recyclage*, lutter contre les croyances irrationnelles, utiliser la science et le progrès quand il vont dans le bon sens*, inculquer à chacun la responsabilité qu’il a vis-à-vis de sa propre descendance. Tant que nous sommes vivants, nous sommes co-responsables.

A tous les ayatollahs qui voudraient en profiter pour renforcer l’Etat, je précise cependant que cette prise de conscience et votre action qui doivent s’intensifier ne sont incompatibles ni avec le libéralisme, ni avec le progrès.  On ne peut retourner au passé, le progrès technologique est la seule voie ouverte pour résoudre nos problèmes et pour que tous participent, il faut que tous se rendent compte qu’ils y ont individuellement intérêt.

Lors de la distribution de leurs atouts aux planètes par « Dame-Nature », Mars n’a pas eu la chance de la Terre. Elle est plus pauvre, « brute et vierge ». La vie y sera moins facile pour toutes sortes de raisons déjà exposées. Lorsque quelques-uns d’entre vous viendront me rejoindre pour vous y établir aussi, vous serez les héritiers de toutes les erreurs passées mais aussi porteurs de toute la sagesse acquise par l’expérience, malheureuse et heureuse, de ces dernières décennies et par votre réflexion. Il faut bien sûr espérer que cette sagesse s’impose et que nous ne ruinions pas notre nouvelle Terre. Pour ce nouveau chapitre de notre histoire, nous serons aussi responsables.

NB*: Deux livres de Suren Erkman (professeur à l’UniL), à lire absolument :

« Vers une écologie industrielle », 2004 ;

« Comprendre la transition énergétique », 2015.

Lire aussi:

Rare Earth (Why complex life is uncommon in the Universe) par Peter Ward et Donald Brownlee, publié par Copernicus Books en 2000.

Image à la Une : La NASA a publié en novembre 2016 une image de la Terre et de la Lune ensemble, prise (au téléobjectif !) depuis l’orbite de Mars. Elle se compose des deux meilleurs clichés pris par la caméra HiRISE à bord de la sonde spatiale Mars Reconnaissance Orbiter (MRO). La distance Mars-Terre était de 205 millions de km (la distance de Mars varie entre 56 et 400 millions de km). Rappelons que la distance de la Terre à la Lune est de 385.000 km et que la Terre a un diamètre de 12.742 km. Les deux astres ne sont donc pas ici sur le même plan et comme on voit la face cachée de la Lune, celle-ci se trouve plus près de nous (évidement à cette distance la différence en terme de taille apparente est négligeable). C’est une “photo de groupe” ; tous les hommes vivants en 2016 s’y trouvent ainsi que la tombe des quelques 100 milliards qui sont déjà morts depuis que notre espèce existe (quelques 3 millions d’années) et dont nous portons l’espoir.

Post scriptum:

Extrait du discours de Carl Sagan le 13 octobre 1994 à Cornell University, au cours duquel il évoqua pour la première fois notre Pale Blue Dot. Ces paroles sont, de mon point de vue, parmi les plus belles jamais prononcées:

We succeeded in taking that picture, and, if you look at it, you see a dot. That’s here. That’s home. That’s us. On it, everyone you ever heard of, every human being who ever lived, lived out their lives. The aggregate of all our joys and sufferings, thousands of confident religions, ideologies and economic doctrines, every hunter and forager, every hero and coward, every creator and destroyer of civilizations, every king and peasant, every young couple in love, every hopeful child, every mother and father, every inventor and explorer, every teacher of morals, every corrupt politician, every superstar, every supreme leader, every saint and sinner in the history of our species, lived there – on a mote of dust, suspended in a sunbeam.

The Earth is a very small stage in a vast cosmic arena. Think of the rivers of blood spilled by all those generals and emperors so that in glory and in triumph they could become the momentary masters of a fraction of a dot. Think of the endless cruelties visited by the inhabitants of one corner of the dot on scarcely distinguishable inhabitants of some other corner of the dot. How frequent their misunderstandings, how eager they are to kill one another, how fervent their hatreds. Our posturings, our imagined self-importance, the delusion that we have some privileged position in the universe, are challenged by this point of pale light.

[…] To my mind, there is perhaps no better demonstration of the folly of human conceits than this distant image of our tiny world. To me, it underscores our responsibility to deal more kindly and compassionately with one another and to preserve and cherish that pale blue dot, the only home we’ve ever known.

Déclencher l’aventure martienne dépend aussi de vous (« Le rôle de chacun »)

Nous sommes à la croisée des chemins ; rien n’est joué. L’homme peut décider de sortir de son berceau ou bien d’y rester. Il peut prendre son envol ou bien demeurer ici-bas dans un environnement de plus en plus difficile où il risque d’avoir à restreindre sa consommation d’énergie, sa consommation de matières premières et le nombre de ses enfants, et ceci au prix d’une bonne partie de sa liberté et sans doute de la paix. Au début du film Interstellar, le metteur en scène, Christopher Nolan, décrit bien ce genre de situation ; dans la réalité les prémices en sont perceptibles. Pourquoi attendre ?

Attention ! Tout comme le peuplement de l’Amérique n’a pas vidé l’Europe, ni l’Afrique, de ses habitants, le peuplement de Mars n’entrainerait pas une solution immédiate et directe aux problèmes d’épuisement des ressources et de surpopulation sur Terre car, lorsqu’on parle de l’essaimage hors de notre planète, il faut bien voir qu’il ne pourra concerner que quelques centaines de personnes puis quelques milliers mais ce serait comme une soupape permettant l’espoir aux plus entreprenants et le passage d’un relais à une nouvelle branche de l’humanité porteuse de tout notre savoir accumulé, de toute notre hérédité et de tout notre potentiel démographique.

Mais malheureusement nous n’en sommes pas là ! Les dirigeants démocratiques expriment ce que pensent les peuples et aujourd’hui ils semblent estimer que, s’agissant d’une éventuelle installation de l’homme hors de la Terre, ceux-ci sont déjà passés dans la phase « raisonnable » de leur évolution psychologique qui consiste à dire « traitons d’abord les problèmes que nous avons sur Terre et on verra après ». Il faut bien le reconnaître, les missions habitées dans l’espace profond ne sont plus à la mode même si la recherche scientifique robotisée d’une part et les applications terrestres dans l’espace proche le restent. Cela conduit l’« establishment », sauf exceptions bien sûr, à refuser de considérer le risque du repli sur soi et de l’attrition que j’envisage au début de ce billet. Récemment un responsable important de l’ESA répondait à mon plaidoyer pour une exploration habitée de Mars plus dynamique, que « Mars sera[it] toujours là ». Un autre représentant d’un grand pays auprès de l’Union Européenne répondait à mon impatience sur le même thème, que ce n’était pas d’actualité car « on risquait de griller » en sortant de la protection des Ceintures de van Allen ! Le désintérêt (souvent méprisant) conduit à l’insouciance et à l’ignorance.

Il faut renverser cette situation, les populations doivent se mobiliser pour demander à leurs dirigeants d’ouvrir pour eux, ou au moins de les aider à ouvrir, la lourde porte de l’espace profond qu’ils se soucient si peu de laisser fermée. Comme tout être humain sur cette Terre, vous-même, cher lecteur, êtes concerné. Si vous voulez passer du rêve à la réalité, il faut demander « plus d’espace » ou, mieux, « plus de Mars », et d’une Mars qui ne soit pas seulement le terrain de recherche d’une autre vie possible mais aussi un nouveau support pour l’épanouissement de notre propre vie terrestre et un tremplin vers les étoiles.

Aux Etats-Unis il faut soutenir Elon Musk dans son projet ; en Europe il faut dire à l’ESA que « non », Mars n’est pas pour un vague après-demain mais pour un demain concret. John Kennedy disait « la Lune dans 10 ans ». A la Mars Society, notre programme est « Mars dans dix ans » mais le chronomètre ne pourra être déclenché que lorsque nous le voudrons tous ensemble.

Concrètement que faire ? Je vous invite évidemment à nous rejoindre, un grand nombre d’adhérents aux différentes Mars Society autour du globe serait en soi un appel fort à nos gouvernants respectifs. Mais, si vous ne souhaitez pas adhérer, pour toutes sortes de raisons mais que cependant vous considériez favorablement notre projet, faites-vous en les soutiens moraux, à l’occasion vocaux. Lorsque vous lirez les déclarations officielles parlant de « délais nécessaires », « d’impossibilités techniques », de « priorités », de « préalables », réagissez !

Pour vous placer dans le contexte, transportez-vous par la pensée dans les années 1480 à la cour du roi Jean II de Portugal, après qu’il ait reçu de Christophe Colomb la demande de quelques caravelles pour rejoindre Cathay et les Indes en traversant l’Océan. Il hésite et finira par refuser, préférant cheminer plus précautionneusement vers les terres à épices en suivant les côtes africaines. Ses marins doubleront ainsi le Cap de Bonne Espérance (notre ISS) en 1488 et atteindront Calicut en Inde (notre Lune) en 1498. Si Christophe Colon n’avait finalement reçu le soutien d’Isabelle de Castille, quand serions-nous arrivés dans une Amérique insoupçonnable par-delà le Pacifique ? Qui aurait suivi la côte du Kamtchatka pour atteindre l’Alaska avant que le navigateur Ivan Fiodorov ne le fasse en 1732 sous le règne de la tsarine Anne, nièce de Pierre le Grand ? Nous en sommes là ; nous faisons face au doute, au scepticisme, aux réticences. Il y a toujours des monstres et des sirènes dans l’Océan et notre Christophe Colon (Elon Musk* ?) doit se débrouiller tout seul. Aujourd’hui Jean II (la NASA ou l’ESA) peut encore accepter notre requête, si vous comprenez bien la situation et exprimez votre fort soutien à notre projet. Autrement nous devrions miser sur une Isabelle de Castille qui serait mue par l’esprit de concurrence pour faire mieux que son rival. Mais existe-t-elle ? La Chine, l’Inde ? Malheureusement pour l’instant, elles n’ont ni les caravelles, ni les instruments de navigation et la Russie « n’a plus les moyens ». Nous ne pouvons donc vraiment compter que sur Jean II. Alors, je vous en prie cher lecteur et électeur, membre vivant de l’opinion publique qui mène le monde, si vous êtes interrogé ou sondé par un décideur éminent qui aurait vaguement perçu une rumeur favorable pour aller sur Mars mais qui hésite, faites davantage de bruit et dites « oui » à l’aventure !

Image à la Une: Aurora (ESA) credit ESA et Pierre Carril. Cette illustration lui a été commandée par l’ESA à l’époque du lancement de son programme Aurora. Pierre Carril est un des meilleurs illustrateurs français se consacrant à l’espace. Ses dessins sont toujours extrêmement rigoureux et porteurs de sens. 

NB 1: J’ai publié un article sous le titre « Le rôle de chacun » en Mars 2017. Il n’a attiré l’attention que de peu de lecteurs. Comme pour moi, le thème est important, je le reprends aujourd’hui, sous un nouveau titre.

NB 2: Je reste persuadé que ce seront les grands capitalistes américains et au premier chef Elon Musk, qui seront les moteurs de l’établissement de l’homme sur Mars mais je pense aussi qu’ils auront besoin, comme Christophe Colomb, du soutien des Etats.