Elon Musk confirme : son premier vaisseau spatial atterrira sur Mars en 2022

Le 28 septembre à Adelaïde (Australie) dans le cadre du 68ème IAC*, Elon Musk a fait le point sur l’avancement de son projet annoncé il y a un an de créer une colonie terrienne sur Mars. Le public n’a pas été déçu. L’objectif de 2022 pour l’atterrissage des premiers vaisseaux (cargo), est confirmée. Le premier vol habité devrait avoir lieu lors de la fenêtre suivante, en 2024.

*International Astronautical Congress

Cette année, certains tests nécessaires pour atteindre ces objectifs ambitieux ont été effectués avec succès, d’autres sont en cours. (1) L’énorme réservoir d’oxygène liquide (cryogénique) en fibre de carbone (1000 m3) a résisté à la pression nécessaire plus marge de sécurité. (2) Le moteur « raptor » dont 31 exemplaires doivent équiper le lanceur « BFR » (pour « Big Fucking Rocket » !), peut donner l’impulsion nécessaire pour le temps nécessaire pour la mise en orbite basse terrestre (« LEO ») et à l’atterrissage sur Mars. (3) Le système de récupération du lanceur a fonctionné 16 fois de suite sans échec (sur la fusée plus petite en service actuellement, « Falcon 9 »). (4) L’automatisation de la manœuvre de rendez-vous en orbite (qui sera nécessaire pour le remplissage des réservoirs avant le saut vers Mars) est en cours avec les vaisseaux-capsules Dragon-1 qui desservent l’ISS. Elle se déroule correctement. La prochaine étape, qui conduira à l’automatisation totale, doit se faire en décembre de cette année avec le vaisseau Dragon-2. (5) La technologie de protection thermique par bouclier contre les températures extrêmes que le vaisseau devra supporter pendant les rentrés atmosphériques, est également testée avec les Dragons.

Par rapport au projet martien présenté l’année dernière il y a deux différences importantes. Le lanceur BFR avec son vaisseau sera plus petit que l’ITS (« Interplanetary transport System »), 106 mètres de hauteur et 9 mètres de diamètre au lieu de 127 mètres et 12 mètres. Compris dans ces dimensions, le vaisseau proprement dit, « Mars Transit », sera à peu près de même hauteur (48 m / 49,5 m) mais plus fin (9 mètres au lieu de 17 mètres). Surtout le lanceur proprement dit sera nettement plus petit (58 mètres au lieu de 77 mètres). Le groupe moteurs sera donc nettement moins puissant (31 moteurs raptors au lieu de 42). Le résultat c’est que la poussée sera de 5.400 tonnes (au lieu de 13.000 tonnes !) pouvant emporter 4400 tonnes (au lieu de 10.500 tonnes !). Le vaisseau ne pourra donc monter que 150 tonnes en orbite basse terrestre (LEO) au lieu de 550 tonnes. Cette réduction de puissance est très importantes mais le Saturn V qui a permis les missions Apollo sur la Lune et qui était jusqu’à présent le plus gros lanceur, ne pouvait lever que 135 tonnes. La nouvelle configuration (complétée par 6 moteurs au lieu de 9 pour la partie vaisseau du système) permettra quand même d’emporter, comme précédemment, 100 tonnes ou 100 passagers plus leur support vie à la surface de Mars. Après l’arrivée sur l’orbite basse terrestre, le vaisseau sera réapprovisionné en carburant (méthane et oxygène) pour lui permettre de donner l’impulsion pour atteindre Mars (au moyen de quatre BFR tankers). Une fois l’impulsion donnée, le BFR lanceur retournera sur sa base et sera réutilisé. La partie vaisseau continuera seule vers Mars et pourra en repartir avec l’impulsion de ses seuls moteurs car la gravité martienne est seulement d’un tiers de celle de la Terre (vitesse de libération de 5 km/s au lieu de 11,2 km/s). La poussée pourra lui permettre de remporter jusqu’à 50 tonnes sur Terre.

Les conditions de voyage seront assez confortables puisque le volume pressurisé du vaisseau sera de 825 m3 soit plus que celui d’un A380). Les passagers pourront disposer de 40 cabines (pour 2 ou 3 personnes) et d’espaces communs assez vastes.

La deuxième différence par rapport au projet présenté en 2016 c’est que le système lanceur plus vaisseau sera non seulement 100% réutilisable mais aussi universel. Elon Musk veut simplifier, pour rationnaliser, modulariser, produire en chaîne, afin de réduire les coûts. A terme, il n’y aura plus de Falcon 9, de Falcon Heavy (dont le premier vol n’aura lieu qu’en décembre !) ou de capsule Dragon mais un seul lanceur et un seul vaisseau (version cargo ou habitable). Cette structure unique pourra être utilisée pour n’importe quelle mission dans l’espace, soit mise en orbite de satellites de quelque taille que ce soit (10 fois Hubble !), soit récupération de satellites en fin de vie, soit missions vers d’autres destinations dans l’espace (Lune !) et même vols intercontinentaux sur Terre. Elon Musk a conclu sa présentation en montrant que n’importe quel point de la Terre serait accessible en moins d’une heure. Avec cette versatilité, le coût unitaire des lancements quels qu’ils soient, vont plonger. Elon Musk estime qu’il coûtera moins que celui du Falcon 1 pourtant aujourd’hui le moins cher et qui ne peut lever que 0,7 tonnes en LEO. La réutilisabilité a déjà donné à SpaceX un avantage compétitif extraordinaire. La croissance du nombre de ses lancements est exponentielle. En 2020 la société devrait réaliser 20 lancements et en 2018, 30 lancements soit la moitié de tous les lancements effectués dans le monde. Les grandes agences (dont l’ESA) vont souffrir !

Sur ces bases, les perspectives financières sont bonnes et le rêve devient possible. Les deux vaisseaux cargos de 2022 rechercheront des sites où la glace d’eau sera exploitable, vérifieront les risques (radiations ou microbes martiens), mettront en place les équipements pour produire l’énergie, extraire les matières premières et l’infrastructure de support vie pour les premiers colons. En 2024 les quatre vaisseaux suivants (deux cargos et deux habités) débarqueront l’usine de production d’ergols (méthane et oxygène) à partir de l’atmosphère et de l’eau martienne et les premiers colons commenceront à construire la première base. Ce sera la première page de l’histoire humaine sur Mars. Je le verrai peut-être malgré mon âge !

NB : vous aurez remarqué que lors de cette conférence, le nom du COSPAR et des règles de précaution biologique ultra-strictes que ce docte organisme international a édictées, n’ont même pas été mentionnés ! A trop demander, on obtient rien.

Image à la Une :  Le premier vaisseau Mass Transit se pose sur Mars (illustration SpaceX).

Lien vers la présentation d’Elon Musk : http://www.spacex.com/mars

Images ci-dessous : le vaisseau Mars-transit et la comparaison des coûts de lancements (images SpaceX)

Lire aussi dans le Temps:  https://www.letemps.ch/economie/2017/09/29/big-fucking-rocket-elon-musk-prepare-conquete-mars

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

26 réponses à “Elon Musk confirme : son premier vaisseau spatial atterrira sur Mars en 2022

  1. une fusée de même puissance que la Saturne V n’est pas suffisante pour envoyer des hommes sur Mars . 31 moteurs fusée à gérer en même temps augmente la probabilité de panne. De plus le problème des rayons cosmiques ne sera jamais résolu, la vie y est impossible pour une durée au delà de quelques semaines.
    Et puis, utiliser ce modèle pour transporter des personnes d’un point à un autre sur Terre est problématique :
    – comment réutiliser un engin pareil des centaines de fois comme un avion ? jamais été testé .
    – comment contrôler des centaines (voire milliers) de missiles dans le ciel terrestre ? casse-tête sécuritaire.
    encore très utopique !

    1. Il ne faut pas être aussi péremptoire, Monsieur Giot. Contrairement à ce que vous dites une fusée un peu plus puissante que la Saturn V pourrait déposer une vingtaine de tonnes en surface de Mars et si elle était complétée par un autre vol préparatoire de même tonnage, cela suffirait pour une mission habitée. Vous n’avez qu’à lire “The Case for Mars” de Robert Zubrin, publié en 1996 (et j’en ai eu la confirmation par de nombreux ingénieurs en propulsion).
      Vous avez aussi tout faux sur les radiations. Grâce à l’atmosphère martienne (bien que faible) les radiations reçues au niveau du sol au fond du Cratère Gale ne sont pas supérieures à celles reçues dans l’ISS (la mesure à été effectuée par Curiosity). Sur Mars on pourra de plus protéger les habitats par de la glace d’eau ou du régolithe.
      Pour ce qui est de la gestion de 31 moteurs fonctionnant ensemble, je suis d’accord pour dire que cela pose problème mais Elon Musk en est forcément conscient. Donc attendons sa solution et surtout attendons les tests. Quant à la gestion de la coordination des vols balistiques intercontinentaux, je ne vois pas pourquoi elle serait impossible. Ces vols dureront chacun très peu de temps et donc l’encombrement de l’espace aérien sera plutôt moindre qu’aujourd’hui avec les vols très longs.

      1. D’autant plus que, même si ça n’a rien à voir avec l’aérospatial, on pourrait modifier l’ADN des colons pour les rendre résistants aux radiations (à la manière des tardigrades) … même si les problèmes éthiques sont une entrave.

        1. Franchement je ne me lancerai pas sur ce terrain. On peut étudier les tardigrades et les raisons de leur résistance aux radiations mais avant de modifier l’ADN des colons, je pense que “de l’eau coulera sous les ponts”. Je pense que pour longtemps, les dangers présentés par les radiations pour les êtres évolués comme les hommes, resteront élevés (cancers mais aussi toutes sortes de détériorations résultant de la rupture de molécules importantes pour la vie ou pour le bon fonctionnement de certains organes comme le cerveau) et qu’on devra s’en protéger au maximum sans recourir à des réparations hasardeuses. Pour voir les choses autrement, posez vous la question de savoir comment fonctionne un tardigrade sur le plan intellectuel après avoir été fortement irradié.

  2. Aller sur Mars est un beau projet, mais quel serait l’impact environnemental sur terre d’une colonie terrestre sur Mars ?

    Vols balistiques intercontinentaux de 1h? Non ! Ne polluons pas notre planète de la sorte!

    1. Je suis également soucieux de la détérioration de notre environnement (vous pouvez lire mon article https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2017/09/12/message-dun-habitant-de-la-planete-rouge-a-ses-contemporains-de-la-planete-bleue/). Je pense que la difficulté que nous aurons à vivre dans l’environnement martien sera une excellente démonstration du caractère extraordinairement précieux de notre environnement terrestre et donc de la nécessité de le préserver. D’autre part les technologies que nous devrons développer pour vivre sur Mars pourront être utilisées pour moins polluer la Terre (récupération et réutilisation de toutes molécules organiques). Par ailleurs on évitera toujours de transporter de la masse d’une planète à l’autre. Les échanges seront pour l’essentiel immatériels et tout ce qu’on pourra produire sur Mars sera produit sur Mars, pour des raisons simplement économiques.
      En ce qui concerne les vols balistiques d’un point de la Terre à un autre, ils n’auront d’intérêts que pour les distances les plus grandes et resteront probablement coûteux donc de pratique limitée. Les vols des avions qui vont aujourd’hui de l’Europe à l’Australie polluent également beaucoup. Par ailleurs, je pense que nous approchons d’un pic de déplacements. Les voyages en avion sont de moins en moins agréables et on communique de plus en plus par Internet. A mon avis les contacts physiques seront de moins en moins utiles et de plus en plus les voyages seront une perte de temps.

  3. Je partage votre scepticisme Monsieur Giot concernant en particulier le nombre de moteurs du premier étage du nouveau BFR. C’est à une unité près (31 contre 30) le même nombre de moteurs que celui de la tristement célèbre N1 soviétique (“fusée lunaire»), dont quatre tentatives de lancement se sont toutes soldées par un échec, dont une explosion au sol qui a pratiquement détruit la base de lancement et causés de nombreux morts. Et on parle ici d’un vaisseau devant transporter de l’ordre d’une centaine de “passagers” (et non d’astronautes professionnels) ! J’avais déjà fait des calculs élémentaires de fiabilité (un de mes domaines d’enseignement à l’EPFL) pour la version précédente du super-lanceur de Space X (42 moteurs) qui montraient que la fiabilité demandée à chaque moteur dans une telle configuration atteint des niveaux qui paraissent difficiles à réaliser surtout, je le répète, pour un système de transport “de masse”, sans même prendre en compte les “défaillances de cause commune” ou les “effets domino” dont le risque augmente dans une telle configuration. Et les lanceurs de Space X, même s’ils montrent une relativement bonne fiabilité, ont quand même connu des échecs. Or le moindre échec dans ce cas aurait des conséquences proprement catastrophiques.
    On peut en tout cas constater qu’Elon Musk a déjà, au moins partiellement, “corrigé” des aspects de son projet qui dès sa présentation de l’année dernière paraissaient peu réalistes et problématiques. Attendons donc la suite pour voir; j’ai l’impression qu’on pourrait bien enregistrer encore d’autres redimensionnements à la baisse des ambitions de Space X, aussi bien concernant la configuration du système proposé que le calendrier de sa mise en service. Néanmoins, si Elon Musk est en mesure de concrétiser ses promesses, nous en serions évidemment tous enchantés. Mais Robert Zubrin avait bien rappelé l’année dernière qu’Elon Musk a une certaine tendance à “sur-promettre” des résultats qu’il ne parvient pas ensuite toujours à .atteindre. Attention donc à ne pas “s’emballer” trop vite, tout en espérant être “déçus en bien” comme on dit dans le canton de Vaud !

  4. Moi j ‘ y crois à tous ces projets. c’est possible. il n’y a qu’a voir ce que l’homme à fait depuis la nuit des temps jusqu’à maintenant, je parle bien sur du domaine de la science technique.
    Continuez, ça fait rêver !
    An.

  5. En matière de science ou de technique, la question n’est pas de savoir si l’on croit ou ne croit pas, mais de se forger une opinion sur la base d’une analyse lucide et sans a priori des forces et, surtout, des éventuelles faiblesses d’un projet (ou d’une théorie) pour qu’il soit alors possible d’y remédier. C’est ainsi que les choses progressent dans ces domaines ; Elon Musk a d’ailleurs lui-même souhaité une telle analyse critique (constructive) de son projet présenté l’année dernière et on peut penser que les modifications apportées depuis à celui-ci ne sont pas étrangères à un tel processus.
    Pour revenir uniquement sur la question du nombre de moteurs au premier étage, j’ai été frappé par l’aveu d’Elon Musk que le développement du Falcon Heavy s’était révélé “bien plus complexe que nous (note: Space X) l’avions pensé” alors qu’il “semblait a priori facile de combiner un Falcon 9 avec 2 premiers étages de ce même lanceur ajoutés comme boosters, Falcon Heavy s’est révélé être bien plus un nouveau véhicule que nous l’avions réalisé, raison pour laquelle son développement a nécessité plus de temps que prévu”. Et il s’agissait dans ce cas “simplement” de combiner 3 corps d’un lanceur déjà éprouvé (chacun à 9 moteurs Merlin 1D), ce qui limite les risques de défaillances de cause commune ou d’effets domino par rapport au BFR. Si les ingénieurs de Space X n’y ont vraiment pas encore pensé (mais j’ai peine é l’imaginer), on peut déjà leur prédire que faire fonctionner ensemble 31 moteurs assemblés de manière compact dans un premier étage de lanceur risque de leur réserver encore plus de “mauvaises surprises” !
    Je suis d’ailleurs toujours surpris d’une certaine “candeur” dans les présentations d’Elon Musk. L’année dernière, il avait par exemple bien insisté sur le fait que les illustrations présentées n’étaient pas des vues d’artiste mais une réelle image de comment se présenterait le système de transport interplanétaire de Space X. Il était pourtant évident à des yeux d’ingénieurs que sur bien des points le design présenté n’était guère réaliste, … et d’ailleurs ce design a effectivement bien évolué depuis, et dans le sens que l’on pouvait attendre.

    1. Je comprends que l’on se pose des questions sur le nombre de moteurs fonctionnant ensemble et je ne peux pas imaginer que les ingénieurs de SpaceX ne se les soient pas posées. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont du en réduire le nombre de 42 à 31.
      Il n’est pas étonnant qu’il y ait des évolutions et des ajustements dans un tel projet. Cela procède logiquement de la réflexion et du travail de conception. Maintenant attendons les fruits de ce travail de conception et faisons confiance tout de même à des gens qui ont déjà prouvé leur compétence et leur inventivité (je pense ici à la réutilisation des lanceurs).
      Pour ce qui est de l’irréalisme de certaines vues d’artistes présentées l’année dernière (panneaux solaires dans l’environnement de Jupiter ou Saturne supposés alimenter en énergie un énorme vaisseaux), il faut noter qu’elles ne concernaient pas les vols vers Mars et que donc elles ne sont pas d’actualité.

      1. Je faisais plus référence, entre autre, à l’immense verrière présente sur ces illustrations, totalement irréaliste pour un vaisseau devant traverser l’atmosphère martienne, … et qui a d’ailleurs disparu dans la nouvelle version; même si je reste sceptique sur le nombre de hublots dessinés, autant de points inutilement faibles dans la structure du vaisseau. Et même si on fait référence aux panneaux solaires, effectivement complètement “fantaisistes”, cela reste gênant lorsqu’on présente explicitement des figures comme n’étant absolument pas des vues d’artiste, et jette un doute sur l’ensemble de la présentations y compris alors pour ce qui concerne la configuration “martienne”.
        Je trouve étonnant aussi les déclarations d’Elon Musk sur les “surprises” qu’a révélées la mise au point du Falcon Heavy, qui risquent bien d’être encore plus importantes pour le BFR (passer de 42 moteurs à 31 ne change pas fondamentalement le problème de fiabilité requise des moteurs).
        Par contre le concept de lanceur réutilisable est effectivement un point extrêmement fort du concept de Space X, comme peut-être celui de la versatilité des applications. Mais dans ce dernier cas, cela demande d’être examiné de plus près; l’expérience montre que les système polyvalents ont souvent le défaut de n’être optimaux dans aucune de leurs applications particulières.

        1. On peut,peut-être, imaginer un dispositif de communication indirecte à l’intérieur, d’une image captée à l’extérieur, du moins avant la phase la plus dure de rentrée dans l’atmosphère…mais je ne vois pas l’intérêt de s’arrêter à ces détails. La communication est nécessaire aussi pour recueillir l’adhésion.

          1. “Détails”?! C’est à ce genre de “détails” précisément que l’on mesure la crédibilité d’une présentation, … en tout cas dans les milieux scientifiques.

          2. Comme vous voulez mais je considère que ce genre de considération n’est pas fondamentale. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, “the proof of the puding is in the eating” et le “pudding” c’est le vaisseau spatial qui fonctionne et qui va jusqu’à se poser sur Mars. Si une belle photo entraîne le public à soutenir l’aventure martienne que m’importe si dans la réalité le vaisseau spatial aura une grande baie vitrée ou n’en aura pas! Ce n’est pas parce qu’on réussira ou non à réaliser une telle baie vitrée qu’on pourra aller sur Mars.

  6. Je suis bien moins sceptique sur les questions techniques que sur l’équation économique. Si on a arrêté les vols habités vers la Lune et si on n’a jamais construit de base lunaire il y a une raison et cette raison n’est pas d’ordre technologique.

    Que feront les futurs astronautes une fois sur Mars ? Il n’y aucune richesse exploitable sur place à un coût compétitif…peut-être que la pression démographique et l’épuisement des ressources sur Terre justifieront un jour le voyage mais pour l’instant on en est très très loin. Même le Sahara ou l’Antarctique sont infiniment plus hospitaliers que la Planète Rouge.

    Bien sûr Musk peut tenter de financer l’exploration sur ses fonds propres et il peut même lancer une souscription publique pour envoyer des gens sur Mars…mais après ? Je ne vois vraiment pas comment ça pourrait finir autrement que le programme Apollo. La réalité économique est cruelle mais on ne peut pas l’ignorer.

    1. Ce qui n’est pas compétitif dans l’Antarctique sera compétitif sur Mars en raison du coût des transports et du fait qu’ils ne seront possibles que tous les 26 mois. Donc tout ce qu’on pourra produire sur Mars sera préférable du point de vue économique à ce qu’on pourra importer.
      Ne vous inquiétez pas il y aura d’excellentes raisons pour aller vivre et travailler sur Mars. Brièvement (ces sujets ont été plusieurs fois traités sur ce blog et vous pouvez les retrouver): la recherche astrobiologique, planétologique, en astronomie, sur la résistance des matériaux, en robotique, sur le recyclage. L’offre de résidence, pour les personnes qui viendront effectuer les recherches ou les touristes ou encore les personnes qui voudront tenter l’aventure de vivre sur Mars et y offrir leurs compétences à la collectivité (contre rémunération, bien entendu!).
      Il faut bien voir qu’il sera beaucoup moins difficile de vivre sur Mars que sur la Lune: jour de 24h38 et non de 28 jours, gravité double de celle ressentie à la surface de la Lune, présence d’eau un peu partout sous forme de glace, mêmes ressources minéralogiques que sur Terre, atmosphère de CO2 donnant une certaine protection contre les radiations et exploitable pour sa partie oxygène ou sa partie carbone.

  7. (1) Si aller sur mars signifiait seulement construire une BFR, on y serait depuis 40 ans.
    (2) Quid de la dégénérescence musculo-squelettique qui commence dès les premières semaines d’impesanteur ?
    (3) Quid du problème des radiations inacceptables pour l’équipage (le voyage complet de 30 mois aller retour représente plusieurs fois ce qu’un humain de l’industrie nucléaire a droit de prendre dans toute sa vie) ?
    (4) Rien que ces deux problèmes (pour ne citer qu’eux dans la longue liste) sont des obstacles rédhibitoires a une conquête (soyons sérieux et ne parlons surtout pas de colonisation) de Mars.
    (5) Sans parler de l’idée de refuel dans l’espace, qui glace le sang de tout spécialiste en la matière, car TOUT reste a inventer dans ce domaine extrêmement risqué, en particulier de la part d’une entreprise qui a déjà eu des problème de remplissage lors de simples activités au sol.

    (6) Non : ces histoires de Mars dans 5 ans ne sont bonnes qu’a être gobées par les mêmes personnes qui ont gobé Musk lorsqu’il promettait de faire voler le Falcon Heavy en 2012.
    5 ans après on l’attend toujours, mais 5 ans après on a toujours des gens qui croient au miracle pour demain matin.

    (7) Continuez de croire sans essayer de comprendre pourquoi tout ceci n’est que du vent ne représente que la manifestation d’un désir (de poser le pied sur mars) au mépris de toute logique et réalité basique.
    Il est tellement simple de faire comme si il n’y avait qu’a écouter le messie Elon Musk pour que le rêve devienne réalité en éliminant tout les problèmes techniques comme par magie. Soyons clair : les personnes qui pensent que l’homme va mettre le pied sur mars d’ici 7 ans (2024 annoncé) sont des bonnes poires qui gobent de la propagande, qui méconnaissent cruellement le secteur et qui n’ont pas vraiment un bon sens très développé.
    Et c’est sur ce genre de personnes que surfe la communication bien rodée d’Elon Musk, afin de continuer encore et encore a leur faire prendre des mirages pour des réalités.

    (8) La seule chose qu’a réussi Musk, c’est de faire une fusée réutilisable, SANS communiquer précisément sur sa vraie rentabilité, et de ne JAMAIS respecter UNE SEULE FOIS une date qu’il a indiqué pour une avancée technique.
    Quel exploit !

    1. Pour la compréhension de mes réponse, j’ai mis des repères dans votre message que je reprends ci-après:
      (1) votre commentaire: Si aller sur Mars signifiait seulement construire une BFR, on y serait depuis 40 ans.
      ma réponse: Pas du tout ! Si « nous » ne sommes pas allés sur Mars, c’est que personne n’a voulu dépenser la somme nécessaire. La nouveauté c’est que de grands capitalistes américains (Elon Musk mais pas seulement) ont décidé de se lancer dans l’aventure même si la NASA reste très frileuse sur le sujet des vols dans l’espace profond. Si après Apollo on avait décidé d’aller sur Mars au lieu de construire la Station Spatiale Internationale (ISS), nous y serions aujourd’hui.
      (2) Votre commentaire:Quid de la dégénérescence musculo-squelettique qui commence dès les premières semaines d’impesanteur ?
      ma réponse: Evidemment, mais la Mars Society propose depuis des années que l’on pallie l’absence de gravité naturelle par la mise du vaisseau en gravité artificielle. Il s’agit de mettre en rotation le couple dernier étage du lanceur avec vaisseau spatial, les éléments étant reliés entre eux par un filin (ou une tubulure fixe). C’est théoriquement possible. En attendant les astronautes pourront quand même supporter un séjour de 6 mois dans l’espace. Ça c’est déjà fait. Une fois sur Mars les astronautes jouiront d’une gravité de 0,38 g ce qui permettra peut-être une récupération plus rapide qu’en revenant sur Terre.
      (3) Votre commentaire: Quid du problème des radiations?
      ma réponse: Le problème des radiations n’est pas ignoré. Je l’ai d’ailleurs traité à plusieurs reprises sur ce blog. Pour commencer il ne faut pas parler de 30 mois mais de deux fois 6 mois de voyage et d’un séjour de 18 mois sur Mars. Pendant le séjour sur Mars, les radiations sont à peu près égales à celles qu’on reçoit dans l’ISS. Cela a été mesuré par Curiosity. Pour les tempêtes solaires, il faudra se mettre à l’abri mais on pourra rester sous un abri de régolithe ou de glace d’eau ; dans l’espace, il faudra se mettre pendant quelques heures dans des caissons protégés par les réserves d’eau et de nourriture et le flux normales de radiations galactiques sur 6 mois, sera supportable. Compte tenu des précautions particulières à prendre pendant les tempêtes solaires, un homme pourrait faire deux ou trois voyages dans sa vie sans pour autant se suicider. S’il reste sur Mars il n’aura pas beaucoup souffert d’un seul voyage.
      (4) votre commentaire: Soyons sérieux et ne parlons surtout pas de colonisation.
      ma réponse: Précisément, soyons sérieux et parlons de colonisation, avec des arguments qui tiennent la route ce qui n’est pas le cas des vôtres. Lisez mon blog.
      (5) votre commentaire: Le refueling dans l’espace est impossible.
      ma réponse: Evidemment que le système de refueling est délicat mais contrairement à ce que vous dites, il n’est pas impossible. Il y a des pompes pour cela et des parois de réservoir à contre-pression.
      (6) votre commentaire: il n’y a que les ignorants qui gobent la faisabilité des projets d’Elon Musk.
      ma réponse: Rendez-vous lors de l’essai de Falcon Heavy qui doit avoir lieu dans les mois qui viennent. Le moteur raptor qui doit le propulser a déjà été testé avec succès.
      (7) votre commentaire: Les personnes qui pensent que l’homme va mettre le pied sur mars d’ici 7 ans (2024 annoncé) sont des bonnes poires qui gobent de la propagande.
      ma réponse: Vous êtes bien dédaigneux, bien arrogant et bien agressif. Des experts de mon entourage sont d’un avis tout à fait contraire au vôtre.
      (8) votre commentaire: la réutilisabilité est ruineuse et les délais n’ont pas été respectés.
      ma réponse: La réutilisabilité est une avancée technique considérable et maintenant qu’Elon Musk l’a réussie, tous ses concurrents veulent pouvoir la maîtriser. Comme toutes les avancées techniques, elles coûtent cher au début mais sont rentables sur la moyen terme, c’est une question d’économie d’échelle et après 16 vols avec récupération du lanceur, on ne peut pas dire que le défi n’ait pas été relevé et gagné. Maintenant quand on se lance dans une nouveauté technologique, les dates qu’on donne dans les prévisions de réalisations sont forcément indicatives, autrement il n’y aurait pas d’incertitude donc pas de nouveauté.

  8. M. Cladecq, je suis d’accord avec vous que certains “s’emballent” un peu trop et trop vite, sans prendre le recul nécessaire et en ayant tendance à prendre leurs désirs pour des réalités (ou, en tout cas, pour futures réalités proches). Cela dit. Il ne faut pas non plus se montrer trop négatif, ni ” jeter le bébé avec l’eau du bain”. La seule attitude raisonnable est de procéder à une analyse lucide et sans a priori de ce genre de projet, sur la base de considérations solides, et non de croyances, et dans un esprit constructif. Mais cela prend du temps et n’est pas possible lorsqu’on réagit à chaud quelques heures à peine seulement après une présentation. Je m’étais donné la peine de faire cet exercice suite à la conférence d’Elon Musk l’année dernière et cela m’avait demandé bon nombre d’heures de réflexion et de calculs. J’en avais déduit que le projet présenté à l’IAC 2016 était certes intéressant, voire passionnant, mais peu réaliste sur certains points importants (et non pas des “détails” comme prétendu plus haut !). J’ai été heureux de constater d’ailleurs que les modifications que Space X a déjà apportées au projet initial, modifications qui ne font que commencer à mon avis, allaient pratiquement toutes dans le sens de corriger des faiblesses qu’il m’avait semblé déceler dans la conception de l’ITS présenté l’année dernière. Suite au travail en question, j’avais aussi suggéré une approche un peu différente (une première esquisse à ce stade, qui demanderait encore à être affinée évidemment), qui a d’ailleurs fait l’objet d’une publication dans ce blog (4 avril 2017). Contrairement à vous, je pense en effet que les problèmes que vous soulevez, certes importants et pertinents, ne sont pas pour autant insolubles. En particulier celui de l’apesanteur ou de la protection contre une possible éruption solaire survenant en cours de vol (voir ma proposition d’avril dernier). A ce propos, il ne faut pas exagérer le problème des doses auxquelles seront soumis les futurs “martionautes” ; il a été calculé qu’un voyage Terre-Mars ne conduirait “qu’à” une augmentation de quelques pour-cents du risque de cancers induits, ce qui est évidemment regrettable mais reste acceptable (certaines personnes sur Terre augmentent bien plus leur risque de mort prématurée par les comportements dangereux qu’ils adoptent volontairement et en toute connaissance de cause !). Mais il est vrai qu’il ne faudra en tout cas pas multiplier de tels voyages et que dans l’optique d’une colonisation, c’est un argument, parmi d’autres, pour préconiser que la grande majorité des “colons” (mais pas forcément tous bien sûr) restent définitivement (relativement) à l’abri sur Mars une fois qu’ils s’y seront installés. A noter aussi pour terminer que ma proposition incluait une alternative, moins risquée il me semble, au “plein en orbite” envisagé par Elon Musk dont vous soulignez à juste titre les possibles/probables dangers.

  9. “Je le verrai peut-être malgré mon âge !”
    Allons Pierre, soyez plus optimiste. Elon Musk met les bouchées doubles à son projet, la médecine fait des progrès et votre hygiène de vie n’est probablement pas si mauvaise.

    Après cette note humoristique, je remarque que plus on se rapproche de la concrétisation d’un projet important et controversé, plus les supporters sont enthousiastes et plus les détracteurs agressifs.
    J’ai l’impression qu’on rejoue vieux le débat autour de la vitesse des trains. Un certain Louis Pasteur affirmait haut et fort que l’homme ne pourrait survivre à une vitesse de 100 km/h. Il confondait vitesse et accélération. En d’autres termes, ne proférons pas d’affirmations dans des domaines que nous ne maitrisons pas.
    Je soulignerais un autre travers de la psychologie humaine. C’est la proportions à exprimer des avis tranchés ou à exprimer son opposition (ou son approbation) dans des domaines qui, non seulement ne nous concernent pas mais n’ont aucun impact sur notre vie.
    Bref, ce n’est pas votre fric, ça ne vas pas changer votre vie donc mêlez vous de vos affaires.

    1. Merci Xavier. Je suis tout à fait d’accord. Les grincheux n’ont jamais mené le monde et si on s’arrêtait à ce que l’on sait faire et à ce que l’on peut faire on ne créerait jamais de nouvelles choses ni de nouvelles technologies. Il faut simplement avoir une audace raisonnable.

  10. Une fois acté la possibilité de mettre 150 tonnes en orbite basse ou 100 en orbite martienne pour un prix raisonnable. Un nouvel axe de réflexion me vient à l’esprit :
    Comment utiliser cette capacité de manière judicieuse.

    1. Elon Musk aborde la question (de même que Robert Zubrin l’a abordé). Pour les premières missions il est essentiel d’apporter les équipements de support vie qui serviront non seulement à la première mission mais aussi à la suivante. Il faut aussi apporter un generateur d’énergie (au début probablement nucléaire i.e. un “RTG”) et les premiers équipements pour faire de la ISRU (In Situ Resources Utilization) car le problème des transports entre la Terre et Mars sera toujours celui de la masse et des limitations des fenêtres de tir. Cet ISRU comprend l’utilisation de l’eau martienne et du gaz carbonique martien pour faire du méthane et de l’oxygène (réaction de Sabatier avec l’hydrogène provenant de l’eau martienne).
      Donc on n’aura jamais trop d’une capacité d’emport de 100 tonnes sur Mars et il faudra toujours produire sur Mars ce qu’il est possible d’y produire à partir des ressources locales.

      1. A noter, et c’est un des points peu réaliste de son projet à mon avis, qu’Elon Musk semble compter uniquement sur l’énergie solaire pour alimenter sa colonie martienne (et son vaisseau?). En tout cas, je ne l’ai pas entendu évoquer la possible utilisation de générateurs isotopiques ou de petits réacteurs nucléaires.

        1. En même temps, évoquer l’énergie nucléaire n’est pas très vendeur par les temps qui courent. Quand on voit comment les passions se déchaines à la moindre entreprise aventureuse, je comprends qu’Elon Musk ai passé ce point sous silence.
          Cependant, il plus que probable que les premières tête de pont humaine sur d’autres corps célestes du système solaire, disposeront de petites centrale nucléaires, de quelques dizaines de tonnes au plus.

          1. Vous avez peut-être raison, bien que de toute façon les générateurs nucléaires soient déjà largement utilisés pour les missions robotisées vers/sur Mars (“Curiosity” par exemple) ou autre corps céleste “extérieur” dès qu’il s’agit d’assurer une alimentation en énergie sûre, constante et d’une puissance raisonnable. Compte tenu de ces précédents, pourquoi cela poserait-il un réel problème pour le projet de Space X?

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