Retour sur la Terre…et vers Mars

Après les incursions des semaines précédentes dans les immensités astronomiques extérieures à notre propre système stellaire, retournons dans notre environnement proche, celui de notre soleil nourricier. Nous voyons bien le confort qu’il nous offre (étoile de taille moyenne et de vie longue, née après les turbulences des origines et située dans l’anneau habitable de notre galaxie) et les événements extraordinaires qui ont permis dans sa zone habitable l’émergence de la vie : (1) rebroussement de Jupiter; (2) hydratation des planètes du système intérieur par la projection par Saturne repoussée par Jupiter, d’Uranus et de Neptune dans le réservoir de glace de la Ceinture de Kuiper; (3) stabilisation de notre planète et génération de marées importantes par une Lune relativement énorme; (4) déclenchement et maintien d’une dynamo interne génératrice d’une magnétosphère protectrice; (5) hydratation du manteau suffisante pour que sa ductilité permette l’amorce puis la perpétuation d’une tectonique des plaques favorisant la complexification des roches, l’entretien d’un volcanisme régénérateur continu de l’atmosphère et un bouillonnement chaud et nourricier au niveau des dorsales océaniques.

Nous habitons une planète extraordinaire dans un système stellaire improbable et sur cette planète une histoire également improbable a permis à une certaine époque, dans des conditions de températures et de pH particulières, compte tenu d’une longue évolution géologique et prébiotique préalable, qui ont aujourd’hui disparu, l’émergence d’un phénomène matériel autoreproductible tout à fait particulier que l’on appelle la Vie. Il a fallu ensuite toute une série d’évènements accidentels pour que cette vie évoluant selon des lois lui permettant l’adaptation à son environnement changeant, conduisent à l’apparition d’êtres conscients du monde et d’eux-mêmes, capables d’agir physiquement sur ce monde, de se déplacer pour s’organiser et entreprendre ensemble, de communiquer et de transmettre, que l’on appelle les hommes.

En sommes-nous bien conscients ? Nous rendons nous bien compte de la chance que nous avons, de la merveille que représentent notre corps et notre esprit issus de cette évolution erratique et imprévisible ? A regarder les trésors créés par nos civilisations depuis le début de l’histoire humaine on peut en tirer une réponse plutôt positive mais à regarder les horreurs également produites périodiquement par nos disputes et nos passions, en particulier pour des systèmes d’explications du monde irrationnels et insensés, on peut en douter. En fait depuis toujours le bien et le mal s’équilibrent à peu près. Et aujourd’hui les menaces de destructions totales sont de plus en plus grandes compte tenu du développement de nos technologies au service du mal comme du bien et compte tenu aussi du simple développement de la vie. Comment en effet anticiper sereinement qu’une dizaine de milliards d’hommes habitent un jour ce monde déjà intensément exploité sinon pillé ? On voit déjà les effets de cette surpopulation et de cette suractivité sur la pollution des eaux et de l’atmosphère, et sur le climat. Dans quel état sera l’Afrique lorsqu’elle sera peuplée de deux milliards d’êtres humains ? Que sera devenue la grande forêt tropicale ? Et les girafes ? Faudra-t-il que tout aille encore beaucoup plus mal avant que nous devenions raisonnables ? Trop tard ?

Notre responsabilité à nous les hommes qui vivons aujourd’hui, est de ne pas baisser les bras. Il faut défendre nos acquis, il faut lutter contre le mal, il faut refuser les tendances et les pressions des porteurs des ignorances et des superstitions qui veulent les faire triompher au prix de la mort des autres, ou de ceux qui tout simplement se moquent de tout et qui pensent et disent « après nous le déluge ». Ce monde est autant le nôtre que le leur et nous ne devons pas les laisser le détruire ni les laisser embrumer les esprits qui s’éveillent. Il faut éduquer sans relâche, sans respect humain inutile et injustifié, faire progresser nos capacités technologiques pour vivre mieux en consommant moins les ressources rares dont nous disposons, et contrôler l’explosion démographique.

Maintenant il est possible que, malgré nos efforts, la brutalité et la bêtise soient victorieuses, définitivement ou temporairement mais pour plusieurs siècles. Nous avons l’expérience des âges sombres. Les Romains déjà nous ont montré à la fin du IVème siècle, que la tolérance ou la faiblesse, le doute dans ses propres valeurs, pouvaient conduire à la « compréhension », puis à la compromission, à la soumission, au renoncement et à l’abandon. Soyons intransigeants, « ne nous laissons pas faire », gardons la maîtrise de notre destin. Maintenant, si un jour tout s’avère perdu, et que nous nous retrouvions dans le contexte dans lequel se déroule le très beau film Interstellar de Christopher Nolan (2014) où l’on voit si bien la Terre finalement épuisée par l’homme, nous serions heureux de disposer d’une sortie, un espoir, une possibilité de survie, une arche de Noé pour certains d’entre nous. Cette possibilité, c’est Mars puisque malgré toute la dureté de son environnement et les défis technologiques qu’elle pose, cette planète est quand même la seule « Terre » de rechange qui s’offre à nous aujourd’hui.

Mars se trouve à portée de nos lanceurs et son aménagement à la portée de notre technologie. Il faudra longtemps avant qu’une éventuelle implantation humaine y devienne autonome mais il n’y a aucune autre alternative aujourd’hui disponible pour tenter cette bouture qui pourrait sauver les merveilles qu’a créées notre esprit. Alors, pourquoi ne décidons nous pas d’entreprendre une première implantation qui pourrait prospérer ? Il y a urgence ; nous le devons à nos « frères humains qui après nous vivront » (selon la belle expression de François Villon).

Image à la Une : photo extraite du film Interstellar de Christopher Nolan. L’actrice Jessica Chastain face à la catastrophe climatique.

Image ci-dessous : Mars, Crater Gale, sol 631, 16 Mai 2014, vue vers le rempart extérieur du cratère. Crédit image : NASA/JPL-CalTech/MSSS

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

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