Alimentation équilibrée mais frugale et peu variée

L’homme n’étant ni un pur esprit ni un robot, devra se nourrir d’autres choses que de programmes informatiques et d’un peu d’huile pendant les missions habitées dans l’espace profond.

Un séjour dans l’ISS ou une mission sur la Lune ne posent pas de problème puisque les voyages sont possibles à toutes dates de l’année et ne durent que quelques jours. Il n’en sera pas de même dans le cadre d’une mission sur Mars puisque les lancements de vaisseaux spatiaux ne seront possibles que tous les 26 mois en raison de la configuration des planètes. Il faudra donc prendre avec soi tout ce dont on aura besoin pour s’alimenter pendant 30 mois (aller+séjour+retour !) et, dans la perspective d’un établissement permanent sur Mars, entreprendre dès que possible, des cultures et de l’élevage sur Mars. La problématique est donc double et dans les deux cas, elle est soumise à des contraintes de volume, de diversité et de masse.

Pendant le voyage, les contraintes de volume et de masse sont claires. Le vaisseau que l’on peut concevoir aujourd’hui (type SLS 130 tonnes en orbite basse terrestre, de la NASA) ne pourra emporter qu’une masse « utile » d’une vingtaine de tonnes (déposables sur Mars), et le module pressurisé et climatisé ne pourra pas dépasser les dimensions d’un cylindre d’une centaine de m3 (au retour un module Bigelow B330 de 330 m3 serait possible mais “cela n’arrange pas nos affaires”) . On emportera donc, outre de l’eau potable (recyclable) des aliments en grande partie lyophilisés, en partie hydratés mais pasteurisés, sous vide. On pourra les conserver au froid. Contrairement aux vaisseaux du XVème siècle qui affrontaient l’Océan, il n’y aura pas d’animaux vivants, du moins au début. Les problèmes vétérinaires rendraient les risques sanitaires trop importants pour les humains. Il n’y aura pas non plus les traditionnelles bouteilles de rhum qui sont allègrement vidées dans les films « de l’époque ».

Pendant le séjour sur Mars, dans le cadre d’une mission de « courte » durée (18 mois en surface) les contraintes seront quasiment les mêmes et l’équipage vivra sur les provisions emportées de la Terre. Il sera possible cependant d’y ajouter de l’eau martienne (glace fondue ou eau résultant du traitement du gaz carbonique de l’atmosphère avec de l’hydrogène) et les quelques produits végétaux obtenus d’une culture sous serre menée à titre expérimental. On peut prévoir à cet effet de lancer, avant la mission habitée et sur le site choisi pour celle-ci, la construction de coques de régolite en impression 3D qui seront isolées, pressurisées, chauffées et équipées d’un système hydroponique par l’équipage lors de son arrivée.

Lors des missions ultérieures et pour les séjours plus longs ayant pour objectif la création d’établissements permanents, il faudra bien entendu se lancer dans la production locale d’aliments la plus abondante et la plus diversifiée possible. Il faudra construire des serres pour les végétaux, des bacs pour l’élevage de poissons (tilapia) et des enclos pour l’élevage de petits animaux (gallinacées, lapins). Ce sera « lourd ». On estime que, rien que pour les végétaux, il faudra, par personne, 12 à 15 mètres d’un tube de 6 mètres de diamètre utilisé sur plusieurs niveaux (bacs de culture). Ce sont évidemment les petits animaux qui poseront le plus de problèmes puisqu’il faudra les emporter vivants depuis la Terre et les maintenir en bonnes conditions de survie pendant les 6 mois du voyage en recyclant leurs rejets métaboliques et en évitant bien entendu le développement de pathologies éventuellement transmissibles à l’homme.

D’une manière générale on peut penser que les astronautes pourront difficilement jouir d’une grande variété d’aliments pendant la période des premières missions habitées. Il faudra veiller avant le départ à prévoir la meilleure diversification à l’intérieur des contraintes posés par la durée du voyage (et donc les possibilités de conservation), le volume et la masse des produits. Les critères seront plus les qualités nutritionnelles que les qualités organoleptiques bien que ces dernières ne puissent être ignorées et elles devront prendre en compte les différences culturelles des membres de l’équipage car les Européens auraient sans doute du mal à ingérer du peanut butter à tous leurs petits déjeuners. En fonction des limitations, il faudra autant que possible, prévoir des compléments alimentaires (vitamine D notamment !) pour éviter les carences.

Sur le long terme, on pourra prévoir la constitution d’une banque de semences…mais cela est une autre histoire (et un prochain billet).

Image à la Une : Culture par hydroponie dans un module spatial, Concept artistique, crédit NASA.

 

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

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