Compétences en études martiennes

Dans le cadre de la controverse sur le livre de Sylvia Ekström, certains m’ont critiqué parce que j’étais a priori moins qualifié qu’elle pour parler de Mars puisqu’elle est astrophysicienne et que je suis économiste. Je reviens sur le sujet parce que je pense qu’il est important que mes lecteurs réalisent certaines vérités (certains l’ont déjà fait mais je m’adresse à tous).

Ce qui est aujourd’hui l’objet de réflexions et de discussions concernant Mars, ce n’est plus l’identification d’un objet dans le ciel par étude de la lumière qu’il réfléchit et que l’on reçoît dans nos télescopes, c’est l’astronautique pour y aller…et en revenir ; c’est les sciences de l’énergie pour savoir comment l’extraire d’une planète sans pétrole et sans eau liquide ou, si l’on doit l’importer de la Terre, ce qui fonctionnera le mieux dans l’environnement particulier de Mars ; c’est la géologie et l’exobiologie pour comprendre l’histoire de la planète et ce que contient son sol, le comparer à celui de notre Terre et mieux comprendre le phénomène de la vie (que l’on en trouve ou non des traces sur Mars) ; c’est la mesure de la force des radiations et la connaissance du corps humain ; c’est bien sûr la médecine pour prendre soin de la machine la plus précieuse que nous ayons, notre propre corps ; c’est l’ingénierie chimique pour savoir comment exploiter les ressources minérales locales ; c’est l’agriculture pour savoir comment faire pousser des plantes, sous serre, en surface d’une planète dont le sol est stérile mais qui reçoit une quantité non négligeable de lumière du Soleil et qui dispose d’eau, cet élément si précieux, en phase solide et donc liquéfiable ; c’est l’ingénierie de la construction pour savoir comment édifier des habitats qui devront être conditionnés pour être vivables ; c’est les télécommunications pour obtenir la meilleure liaison possible avec la Terre et pour atteindre n’importe quel point de la planète en dépit de la ténuité de l’atmosphère et de l’absence d’ozone (ce qui devrait imposer le choix de satellites géostationnaires plutôt que de flottes de satellites en orbite basse, le problème des distances étant atténué du fait de la plus petite masse de Mars) ; c’est l’impression 3D pour pallier l’impossibilité d’importer en masse des objets usuels et l’impossibilité de le faire en dehors des fenêtres éloignées de 26 mois ou les transports sont possibles ; c’est enfin l’économie pour savoir comment financer le démarrage d’une implantation et comment ensuite y favoriser des activités qui rendront la vie possible sur le long terme sans que les gens soient obligés de vivre avec l’assistance de la Terre pour l’« éternité » (ce qui serait impossible).

Donc aujourd’hui Mars, est un objet interdisciplinaire qui est devenu un sujet d’étude et de réflexion pour un économiste ou un agronome ou un ingénieur, en quelque sorte un « polytechnicien », mais qui n’est plus que très partiellement un sujet où un astrophysicien puisse apporter une contribution dominante pour ne pas dire exclusive. Le seul sujet qui reste de son domaine est celui des radiations, mais seulement sur le plan des sources, des doses et des probabilités de variations d’intensité, pas sur celui des dommages qu’elles peuvent causer, ni des protections nécessaires et suffisantes, ni sur celui des traitements réparateurs. Ceci n’exclut évidemment pas qu’une personne qui a démontré ses capacités d’intelligence, de réflexion et de travail, en passant avec succès des diplômes dans une discipline difficile, puisse s’intéresser utilement au sujet, comme très certainement madame Ekström. Mais il n’y a malheureusement pas (encore) de diplôme d’études martiennes pour reconnaître les compétences générales et suffisantes des uns et des autres, pour permettre de dire qui est habilité à en parler avec autorité et qui ne l’est pas.

Donc quand Mme Ekström choisit pour titre de son livre « Nous ne vivrons pas sur Mars ni, ailleurs », elle exprime une opinion, son opinion. J’ai exprimé l’opinion contraire tout au long de ce blog. Comme nous sommes à l’aube de l’ère spatiale et que nos technologies sont toujours dans une phase d’élaboration, et bien que cette phase soit aujourd’hui très avancée, la certitude n’est pas possible. Nos arguments, à elle et à moi-même, ne peuvent reposer que sur des faits et une logique pour les extrapoler. Elle a une approche a priori pessimiste. Je pense que mes anticipations sont meilleures que les siennes car plus équilibrées. L’avenir donnera raison à l’un ou à l’autre.

PS: Dans les prochaines semaines je prendrai un à un les arguments de Mme Ekström pour y répondre avec mes propres arguments. Le lecteur jugera.

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 21 03 06

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

22 réponses à “Compétences en études martiennes

  1. Il faut en effet se garder dans un domaine comme celui de l’exploration martienne de toute affirmation péremptoire et définitive sur les possibilités techniques, humaines et économiques de réaliser ce vieux rêve de l’Humanité: s’établir sur une planète qui n’est pas notre berceau d’origine. Et cela que ce soit dans un sens positif ou négatif. Le fait que tant d’intelligences travaillent actuellement à concrétiser des missions habitées martiennes dans un avenir relativement proche montre qu’on est sorti ici de la science fiction. Mais bien sûr, rien n’est encore absolument acquis et il reste à faire la démonstration que les techniques actuellement développées permettront effectivement d’atteindre l’objectif visé et dans les délais annoncés. Affirmer cependant aujourd’hui de manière catégorique (ou serait-ce “dogmatique”?!) que “nous ne vivrons pas sur Mars” me fait penser à cet expert en astronautique français dont, heureusement pour lui, j’ai oublié le nom ( 🙂 ), qui en été 1968, soit environ 6 mois avant Apollo VIII et une année avant Apollo XI, prétendait de manière tout aussi affirmative et sans discussion dans une revue spécialisée que le programme Apollo était une aberration, qu’il ne tenait pas suffisamment compte de nombre des dangers auxquels les astronautes auraient à faire face dans leur voyage vers et sur la Lune, et qu’il était de ce fait voué à l’échec! En matière de progrès scientifiques et techniques, il est prudent de ne “jamais dire jamais” (ou “impossible”)!

    1. Qu’il s’agisse de la Lune ou de Mars, il ne s’agit pour l’instant que de “visites” (voyage aller-retour et pas aller simple). Dans un avenir envisageable (100 ans ?) Je serai tenté de partager l’avis des astrophysiciens. Maintenant on peut toujours rêver d’avoir des cousins sur Mars qui nous regarderaient comme le font les Américains le font pour les Anglais.

      1. On en discutera à l’occasion des différents points soulevés par Mme Ekström mais d’ores et déjà je peux vous dire que je ne suis pas du tout d’accord. Le préalable est la finalisation du Starship (d’Elon Musk) ou a défaut d’un autre vaisseau spatial de grande capacité. Si on y parvient, le début d’une base permanente pourrait très bien commencer dans les années 2030 car on aura intérêt à assurer très vite une maintenance des équipements (y compris des premiers habitats construits avec des matériaux martiens) et surtout l’accueil des visiteurs arrivant affaiblis après six mois de voyage en apesanteur.

    2. Absolument M. Haldi. Les techniques avancent pas à pas et abonnés à plusieurs sites astronautiques, je suis fasciné de voir les petits et grands progrès chaque mois incluant en 2021 la production de nourritures fraîches en Antarctique et en Station spaciale. Dans la fable du lièvre et la tortue, l’exploration spatiale était lièvre jusqu’en 1969. Elle est tortue maintenant mais avant sûrement. Le Quand sur Mars est vraiment inconnu mais le si c’est possible devient de plus en plus, probable comme l’avancée de la légendaire tortue vers son but.

  2. Pour une mission habitée vers Mars, des compétences techniques et multidisciplinaires sont évidemment indispensables, mais elles ne sont pas suffisantes. Le “moteur” de la mission sera la concurrence entre États rivaux, et je pense en priorité aux USA et à la Chine, même si d’autres acteurs pourraient apparaître.
    La motivation réelle de la mission ne sera donc pas – n’en déplaise aux beaux esprits – le progrès de la science ou une approche philosophique, mais bien la rivalité entre États. Triste, mais vrai.

    1. Oui et non. Il est indéniable que sans la rivalité USA-URSS à l’époque, on ne serait peut-être toujours pas allé sur la Lune. Mais si la “course à l’espace” s’est bien ralentie, elle ne s’est quand même pas arrêtée après la chute de l’URSS, et cela avant même que la Chine commence à y jouer un rôle significatif. L’ISS est aussi la preuve que l’on peut faire de grandes réalisations dans ce domaine dans un esprit de collaboration internationale et pas nécessairement d’antagonisme (ou d’égoïstement et “chauvinistiquement” “my country first”, suivez mon regard :-)!). Ce sera d’ailleurs peut-être aussi le cas pour l’exploration de la planète rouge.
      Cela dit, tant que cela reste pacifique, le principe d’une certaine compétition n’est pas mauvais en soi. Dans la plupart des domaines (prenons l’exemple, dans un tout autre type de domaine, des exploits sportifs), c’est bien la compétition qui a au moins accéléré, si ce n’est été le moteur principal, des avancées humaines Il en a toujours été ainsi; rien de neuf sous le soleil … ou dans le système solaire :-)!).

  3. Ce qui me plaît beaucoup, dans cette perspective d’aller sur Mars, c’est que ce sera, si tout se passe bien, « pour y faire sa vie » et même plus, « la construire ». Je crois que, depuis des milliers d’années, les peuples humains ont voulu agir sur d’autres pour les contraindre à se plier à leurs croyances, modes de vie, traditions. Puis dans les populations qui ont réussi à construire et maintenir une vraie démocratie, cela a été un heureux progrès pour plus de liberté sans chaos. Il semble pourtant qu’aujourd’hui se révèlent à nouveau des esprits s’octroyant des droits qu’ils justifient en invoquant des causes majeures. On voit de plus en plus cette volonté de vaincre dans le domaine de l’écologie, avec parfois même la folle idée qu’il nous faudra connaître le malheur pour mieux rebâtir. Autrement dit, les générations qui ont précédé se sont trompées complètement… Je pense que ces sauveurs acharnés de la planète nous affaiblissent plus qu’ils nous protègent.

    Une nouvelle et vraie vie humaine sur Mars, c’est pour le futur, mais elle sera déjà possible pour quelques-uns. Ce début constitue à mon sens un sérieux espoir, une échappée, pour commencer ailleurs où il n’y a presque rien, sur de bonnes bases. Les imbéciles sur terre qui scient la branche sur laquelle ils sont assis, entraînant de plus en plus de monde avec eux, ne seront pas invités sur Mars. Les constructeurs ne les auront pas dans les pieds, là-bas ils pourront au moins se consacrer pleinement à un travail difficile mais gratifiant.

    L’imagination, les rêves qui nous donnent des ailes, ne nécessitent pas d’avoir un haut quotient intellectuel, mais en disposer rend plus possible la réalisation de ses projets. Une minorité de personnes réunissent les deux, l’imagination et les capacités de concevoir dans la réalité. Au début, quand l’homme se débattait pour vivre, rêvait d’avoir tout ce qu’il lui manquait, il n’y en a eu peut-être qu’un seul dans la tribu à découvrir comment allumer un feu. Était-il le plus intelligent de tous ? Probablement pas, il doit y en avoir eu des plus intelligents pour venir tout de suite éteindre la flamme ! Et ensuite des très bêtes pour la rallumer parce qu’ils n’avaient pas envie de crever de froid… Alors je pense à ceux qui ne savent rien, ou tout, c’est pareil, et sont donc au bout de leur parcours. À ceux qui savent peu mais déjà réellement quelque chose, comme les enfants curieux qui veulent savoir plus, toujours plus… Et à d’autres encore, qui dans ce qu’ils savent, même experts de leur domaine, ne veulent rien connaître dans d’autres directions : ils ne rêvent pas, n’ont pas le plaisir de découvrir. Pour eux les rêveurs qui veulent aller sur Mars perdent leur temps. Il est alors utile de s’efforcer à démontrer que nous ne vivrons jamais sur cette planète, cela doit rester raisonnablement impossible…

    1. Merci Dominic. Très beau texte, magnifiquement écrit et vecteur d’espérance. En ce qui me concerne, je revendique d’être un “rêveur de Mars” et, plus généralement, je pense que ce qui fait de nous humains, des êtres particuliers, différents de la plupart des animaux (mais pas tous) ou des robots, c’est que certains d’entre nous pensent “en dehors de la boîte”. Comme vous le dites, il se font taper sur les doigts par les gens “raisonnables” mais il n’en ont rien à faire car c’est dans leur nature, de spéculer et d’essayer…Et certains réussissent!

  4. Ce qui est vrai est que M. Brisson ne fait pas autorité sur ce sujet : on trouve des centaines de spécialistes à travers le monde beaucoup plus compétents …
    Il a le droit comme tout le monde d’avoir son opinion, mais elle n’est pas autant argumentée que celles des personnes ayant suivi une formation adéquate pour en comprendre toute la complexité …
    Même Elon Musk se fait beaucoup d’illusion sur la capacité de construire une civilisation sur la planète rouge en quelques décennies, il faudrait plutôt parler en siècles , et encore , rien ne dit que les hommes puissent s’habituer à un environnement qui ne lui correspond en rien , comme de recréer des environnements artificiels pour les poissons tropicaux dans des aquariums géants qu’il faut bichonner à grands frais …
    La vie sur Mars ne serait rien d’autre qu’un aquarium pour humains à entretenir depuis la Terre …

    1. Ce qui est bien avec vous, Monsieur Giot, c’est qu’on n’est jamais surpris. Vous êtes toujours aussi aimable, bienveillant et optimiste (c’est de l’humour, noir, bien sûr).
      J’aime particulièrement la phrase (c’est aussi de l’humour, noir): “…elle n’est pas autant argumentée (l’opinion de Pierre Brisson) que celles des personnes ayant suivi une formation adéquate pour en comprendre toute la complexité”. Je ne vois pas du tout à qui vous faites référence et je me demande même si vous avez lu mon article de ce samedi. Je viens de vous exposer (et avec quelques arguments très clairs) pourquoi, à mon avis, aucun spécialiste ne peut valablement se prévaloir de sa spécialité pour parler d’un sujet totalement pluridisciplinaire comme celui de l’installation de l’homme sur Mars, et vous venez me parler de “personnes ayant suivi une formation adéquate pour en comprendre toute la complexité”. Mais de qui parlez-vous? Le problème est précisément qu’il y a très peu de personnes qui se sont imprégnées du sujet et qui s’efforcent d’en comprendre toute la complexité. En tout cas, personne n’a suivi une formation adéquate (qui n’existe pas!) pour traiter ce sujet et il ne peut l’être que par quelques généralistes (ou spécialistes qui sont sortis de leur sujet, ce qui revient au même car alors ils deviennent généralistes) qui se sont attachés à le comprendre tout en restant aussi prés que possible des réalités.
      Quant au reste, vous pataugez dans votre pessimisme habituel. Lisez attentivement le commentaire de Dominic, cela vous aérera l’esprit.

      1. c’est justement à que vous vous trompez : on en apprend de plus en plus sur les difficultés de la vie sur Mars . Pour ne donner qu’un exemple , j’ai suivi un documentaire concernant l’impact des rayons cosmiques et un scientifique , dont j’ai publié ne nom, a dans un laboratoire exécuté des centaines d’expériences avec des rayons artificiels sur des cellules humaines pour identifier les dégâts sur l’ADN . Personne n’est plus qualifié pour parler de ce sujet que cette personne et on ne connait pas encore de bonnes méthodes pratiques pour y remédier sinon des idées loufoques comme recouvrir les parois des habitacles par ses propres déjections !!!
        Ce n’est qu’un exemple parmi des centaines de défis à résoudre … mais le défi ultime reste le confinement prolongé dans des abris restreints dans un environnement hostile et distant de toute vie : tous les astronautes sans exception ont décrit ces difficultés et le moment magique du retour .
        Vous ne pouvez pas rivaliser avec ces exemples !!! Votre discours est purement imaginaire !!!

        1. Monsieur Giot, ce n’est pas parce que vous ignorez un sujet que les autres l’ignorent. Cette idée de recouvrir les parois des habitats de ses propres déjections est parfaitement stupide et je ne l’ai jamais défendu. Votre procédé d’amalgame n’est absolument pas constructif et il est difficile de dialoguer avec vous.
          Comme je l’ai exposé à de nombreuses reprises dans ce blog, il y a deux façons de se protéger des radiations: (1) contre les rayonnements particulaires de HZE (noyaux d’éléments lourds) des GCR (rayons cosmiques), une certaine épaisseur de régolithe. Deux mètres est estimée comme une bonne épaisseur et c’est d’ailleurs pour cela que le rover Rosalind Franklin (ESA) qui doit partir lors de la prochaine fenêtre de lancements (en Septembre 2022), est équipé d’un foret qui doit aller jusqu’à deux mètres sous la surface du sol. (2) contre les protons des GCR et les SeP, Solar energetic Particles (qui sont quasi exclusivement des protons), une couche de glace d’eau est très efficace car les protons de l’eau bloquent les protons des rayonnements. 40 cm de glace donnent une protection parfaite mais on est assez bien protégé avec 20 cm.
          Quant au problème du confinement, je crois assez qu’il ne sera pas agréable dans un vaisseau spatial (mais certainement pas insupportable en raison de la perspective de se retrouver sur Mars ou sur la Terre au bout de 6 mois) mais j’y crois beaucoup moins sur Mars compte tenu d’un environnement planétaire extrêmement vaste et relativement accessible.
          Votre discours constamment négatif et méprisant à mon égard, commence à me fatiguer!

        2. @H. Giot: “on en apprend de plus en plus sur les difficultés de la vie sur Mars”. Ah oui? Avec toutes les sondes envoyées autour ou à la surface de notre voisine planétaire, il y a un moment déjà que l’on connaît très précisément les conditions qui attendront les futurs astronautes qui fouleront le sol martien. Et ces conditions SONT DUMENT PRISES EN COMPTE dans les projets EN COURS DE REALISATIONS CONCRETES des futurs missions martiennes habitées. Il y a plus d’un siècle aussi qu’on connaît et étudie les effets des radiations sur l’être humain et on sait comment il faudra s’en protéger sur la planète Mars (et c’est possible … sans avoir à utiliser ses propres déjections 🙂 !).
          Comme je l’ai indiqué dans un précédent commentaire, en 1968 également il y avait des “experts” qui démontraient par “a+b” que débarquer sur la Lune était impossible, … avec des arguments d’ailleurs curieusement très similaires aux vôtres pour Mars!

        3. Voici ce que me disait un chef de service de l’université de Genève, docteur en géologie, auprès duquel j’avais postulé en vain pour un poste d’assistant:

          – Je suis descendu au fond du Grand Canyon du Colorado, j’ai gravi des six milles, parcouru des failles sismiques bien connues. Eh bien vous voyez, maintenant je brasse de la paperasse. Dites-vous bien que dans notre domaine, nous sommes irremplaçables. En dehors, ne valons pas plus que des balayeurs.

          Monsieur Brisson, lui, écrit pour un quotidien pour faire partager sa passion, ses articles sont destinés au grand public. S’il voulait s’adresser en exclusivité à des experts – et nul doute qu’il en a toutes les compétences -, il soumettrait un mémoire à l’Académie.

          Petit rappel en passant: le mot “amateur” vient du latin “amare” – aimer.

          Et vous, à part dénigrer toutes les pointures qui vous dépassent, quel est votre passe-temps favori?

  5. Sans aller jusqu’à prétendre que l’astrophysique n’a plus rien de nouveau à nous apprendre concernant Mars, je pense quand même que le plus gros est réalisé. Restent donc, comme l’expose Pierre Brisson, les autres problèmes. Et ce sont les mêmes qu’on connus et résolus les premiers colons arrivés dans les nouveaux territoires quand les problèmes purement géographiques ont été résolus.

    Qu’allons-nous faire là où nous venons d’arriver ? Comparée aux anciens “nouveaux territoires”, Mars présente déjà l’avantage d’être inhabitée. Il n’y aura donc personne à devoir tuer et/ou convertir à notre culture. Nous ne devrons pas non plus nous protéger de prédateurs tels que grizzlys ou crocodiles mais nous n’y trouverons pas non plus de protéines comestibles. Nous devrons donc rapidement apprendre à cultiver et à élever ce qui est nécessaire à la survie de la colonie ce qui imposera la création et l’apprentissage d’une nouvelle agronomie et ce ne sera là qu’une des nouvelles compétences à mettre au point.

    Reste le problème de l’énergie locale. L’auteur de l’article parle d’une planète sans pétrole et ça me paraît probable également. Mais peut-on affirmer la même chose à propos du charbon ? Le but prétendu des vaisseaux et autres rovers que nous envoyons sur Mars depuis quelques années n’est-il pas justement de rechercher des traces d’une vie ancienne ? Si cette vie ancienne a existé, même si c’est il y a plus de trois milliards d’années, il doit effectivement en rester des traces et le chimiste que je suis prétendra que, si vie il y a eu, elle était forcément carbonée. Donc les traces que nous pourrions y découvrir pourraient être du charbon ou, du moins, une sorte de lignite. À défaut de pouvoir le brûler puisque l’atmosphère martienne ne contient pas d’oxygène, on pourrait au moins l’utiliser pour consommer, ne serait-ce que partiellement, les perchlorates du sol qui sont un obstacle à toute terraformation.

    1. Cher Monsieur Louis, merci pour votre commentaire.
      Effectivement toute forme de vie que l’on peut imaginer de façon réaliste, est certainement carbonée et s’il y a eu vie, il y a eu évolution de la matière vivante enfouie vers le charbon ou la lignite. On verra bien et c’est tout l’intérêt de l’exploration. Personnellement je doute beaucoup qu’il y ait eu vie, comme je l’ai souvent exposé dans ce blog et s’il y a eu vie, je doute qu’elle ait jamais été abondante compte tenu des conditions environnementales peu favorables. Mais nous verrons bien!

  6. Vous avez totalement raison. Les principaux défis auxquels fait face l’installation de l’homme sur Mars relèvent plutôt des sciences économiques, de la médecine – voir de la psychologie, et de l’ingéniérie, plutôt que de l’astrophysique, c’est dire le degré de maturité du projet.
    À une époque où la plus puissante des agences spatiales – la NASA, apès avoir déposé 12 hommes sur la Lune, ne se contente plus que de mises en orbites terrestres basses (et inhabitées) et qualifie l’amarissage d’une sonde sur Mars de “succès exceptionnel” (avec “7 minutes de terreur”…) on en vient presque à se demander si elles sont encore dans la course.
    Heureusement, cette panne d’ambition des grandes agences gouvernementales, désormais plutôt dédiées à la promotions des sciences auprès du K12 et des minorités, révèle en réalité l’arrivée à maturité des “affaires spatiales”. Ce sont désormais par des initiatives privées de gens comme Elon Musk, Jeff Bezos et autres Richard Branson que la conquête spatiale – et martienne – va se poursuivre.

  7. Si chacun se limitait à définir ce qui est possible dans les seules limites de ses capacités de compréhension, l’invention de la roue n’aurait eu aucun succès parce que personne n’aurait pu croire qu’elle tourne même en la regardant, semblable à elle-même pendant que le char avance, et il n’a pas de jambes ! Le ou les inventeurs de la roue n’avaient pas étudié la physique, mais avec ce qu’ils avaient compris, peut-être en poussant sur le sol un tronc déjà bien rond, ils ont eu l’idée de le couper en tranches pour le déplacer plus vite et facilement !

    Mais pourquoi l’inventeur du phonographe, plus de 4000 ans après, n’a-t-il pas eu l’idée de couper un cylindre plein en tranches pour que ce soit tout de suite un gramophone ? Ce dernier avait une mécanique plus simple, moins de frottements, et un autre inventeur discret en avait déjà construit le prototype dix ans plus tôt !

    Est-ce que ce ne serait pas les nouvelles idées qui souvent sont les plus lourdes à transporter pour les présenter au public. Les raisonnements s’accrochent à la terre comme les anciens chars à patins, ils perturbent la vue ! Et lorsque les idées ont réussi à grandir, s’imposer puis vivre tout à fait normalement, le regard vers le passé déclenche de nouvelles réactions à surprises. J’ai un jour montré à un enfant de huit ans une image du chariot à patins, montrant cinq hommes qui peinaient à le pousser : « Oh mais ils étaient bêtes ! » Et maintenant si l’on montre à un adulte au summum de ses facultés de raisonnement ce qu’il pense du projet d’aller vivre sur Mars, il répondra soit que c’est impossible, ou possible mais bête et sans utilité !

    J’ai parlé de l’enfant plein d’imagination qui a encore beaucoup à découvrir, apprendre, étudier. Parlé indirectement de l’adulte qui transporte et présente sans complexes son savoir en équilibre sur un char à très grandes roues, et maintenant pour rire un peu sans égratigner personne, je vais donner un témoignage de mes huit ans, quand à l’école l’institutrice avait accroché au tableau noir une grande affiche en couleurs où l’on voyait se suivre, de gauche à droite, des pousseurs de char à patins dans la boue, puis à roues sur un chemin de pierres plates, et en dernier un seul homme qui tirait aisément sa remorque à pneus en caoutchouc sur le bitume… Alors moi, j’avais pensé en regardant bien ces trois scènes : « Mais pourquoi est-ce que ceux qui sont derrière n’ont pas l’idée de se fabriquer un char comme ceux qui poussent plus facilement devant ?.. »  

  8. Je n’ai pas lu le livre de Sylvia Ekström, et cela est une erreur que je vais devoir corriger pour pouvoir donner mon avis sur ce dernier.

    Toutefois je crois que l’on tombe dans un problème bien contemporain: tout le monde croit pouvoir juger tout événement. Sur le fond, c’est vrai, chacun peut donner un avis sur un sujet, même sans avoir un doctorat, toutefois cela implique d’avoir pris connaissance de la plupart si ce n’est de tous les faits disponibles.

    La question dès lors pour émettre un avis n’est pas de savoir si on a les compétences, mais plutôt de montrer que l’on a pris le temps de comprendre et d’apprendre tout ce qui est nécessaire pour donner cet avis. Un diplôme ne sert qu’à cela, mais ce n’est pas possible pour le sujet qui nous intéresse, tout simplement car il n’existe pas de formation dédiée au vol habité vers Mars.
    Au final, persnonne ne peut donc se targuer de l’élément d’autorité, car il n’y a pas d’autorité dans le domaine.

    Il faut donc en revenir au débat dans sa forme la plus simple possible où chaque assertion doit être corroborée par des faits, chaque contre-argumentation doit se passer également sur des faits. Et qui dit faits, dit référence. Voilà ce qui manque aux débats de nos jours, c’est l’origine des faits utilisés dans les débats.

    Mr Brisson, je ne peux donc vous conseiller que de bien documenter vos arguments: pour éviter l’attaque sur votre manque d’expertise dans le domaine, le seul recours revient à utiliser l’expertise des autres, votre travail n’étant que d’organiser les informations perdues dans différents contextes pour les retrouver réunies dans un seul document où leur additions permet de les valoriser.

    Je ne peux que vous conseiller de le livre de D. Rapp, “Human Missions to Mars”, qui à mon avis reste le meilleur livre sur le sujet. Le souci est que le livre date un peu (date de publication d’origine 2007) malgré la remise à jour de la 2ème édition en 2015, mais tous les problèmes y sont décrits.

    1. Cher Monsieur,
      Vous avez tout à fait raison. Au stade où nous en sommes concernant l’implantation de l’homme sur Mars, la seule possibilité pour être sérieux ce sont les faits, donc les connaissances accumulées et comprises par la réflexion, de Mars et de l’astronautique.
      Pour ce qui est de la documentation, je suis d’accord avec vous pour recommander chaudement “Human missions to Mars” de Donald Rapp, publié chez Springer. J’ai l’édition de 2008. C’est un socle extrêmement solide pour aborder les différents problèmes qui se posent et voir les pistes qu’il faut suivre pour les résoudre.

  9. Cher Monsieur Brisson,

    Nous venons à vous en tant que rédactrices du Forum Magazine, le magazine de l’association étudiante Forum EPFL. Le Forum EPFL est le plus grand salon de recrutement d’Europe et a lieu tous les ans en octobre. Nous publions chaque semestre un magazine recueillant des articles divers, écrits par des scientifiques et experts sur des sujets d’intérêt pour les étudiants de l’EPFL. Ce magazine est ensuite distribué gratuitement sur le campus.

    Ce semestre nous aborderons le thème de la conquête spatiale et notamment celle de Mars. Nous avons été fascinées par votre blog, et la richesse des réflexions et opinions que vous y partagez. Nous vous proposons donc d’écrire un article pour notre magazine.
    En particulier, nous serions intéressées par ce que vous aimeriez transmettre à des futurs ingénieurs et entrepreneurs, l’un des buts du Forum Magazine étant d’offrir un lien direct entre des experts divers d’un côté, et les étudiants, doctorants et le grand public de l’autre.

    Seriez-vous potentiellement interessé par la rédaction d’un tel article ? Si oui, vous pouvez nous écrire à l’adresse suivante : [email protected], afin que nous puissons vous donner les modalités sur le format dudit article.
    Le processus de révision qui suivra sera mené intégralement avec votre collaboration ; nous ne publierons rien sans votre accord préalable.
    Vous pourrez trouver les éditions précédentes du magazine sur notre site internet.

    N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’informations ou des questions.
    Nous vous remercions d’avoir considéré notre proposition et attendons votre réponse, en vous souhaitant une excellente semaine.

    Sincères salutations,
    Clémence Marcaillou & Amélie Martin
    Rédactrices pour le Forum EPFL
    [email protected]

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