L’assaut du politiquement-correct sur l’exploration spatiale, une vraie menace liberticide

Cette semaine je publie un article de Robert Zubrin qui critique un texte absolument effarant qui montre à quel point le politiquement-correct est en train de pervertir l’intelligentsia américaine. Un des objets de l’attaque de ces gens qui ne voient le monde qu’à travers le prisme déformant de l’« EDI » « équité, diversité, inclusion » (« Equity, Diversity, Inclusion ») est l’exploration spatiale avec intervention de l’homme, considérée comme une entreprise néocoloniale. Vous avez bien lu, « néocoloniale » !

Les auteurs de ce brulot que Robert Zubrin tente d’éteindre dans son article, ne sont pas n’importe qui. Ce sont des gens qui pour une bonne partie, portent une étiquette de scientifique et sont reconnus comme des interlocuteurs valables par la NASA et l’Académie des Sciences des Etats-Unis. Ce sont des gens que ces organismes doivent traiter avec égards car ils défendent des principes qui sont devenus presque sacrés en Amérique et qu’il n’est pas du tout question de blasphémer. Personne n’en a le droit, même des institutions aussi prestigieuses que les deux susmentionnées. Les redoutables EDIWG (Equity, Diversity, and Inclusion Working Group) ou assimilés, qui pullulent, notamment dans les universités, sont l’équivalents des délateurs de l’époque McCarthy de triste mémoire ou des cellules du parti communiste (dans les pays communistes bien sûr, non aux Etats-Unis !), ceux qui ont seuls le droit de « penser » (selon une ligne bien définie) et de s’exprimer et contre lesquels nuls ne peut s’élever au risque de se faire mettre au ban de la société.

Ce serait risible si ce vent de folie n’était porté par une partie non négligeable de l’électorat du nouveau président des Etats-Unis, Joseph Biden. Pourra-t-il agir de manière sensée dans le domaine du spatial (en particulier mais pas seulement) sans se retrouver englué par ces gens dans toutes sortes de « bonnes causes », est LA question et je dois dire que je doute un peu…beaucoup, qu’il le puisse.

Je me sens le devoir moral d’insister pour passer le message qu’il y a vraiment de quoi s’inquiéter (mais je n’ai pas de solution à proposer sauf à continuer à écrire et à défendre mes idées) plutôt que de se réjouir béatement d’être passé d’un président à l’ego certes un peu boursouflé mais dont toute la politique (notamment spatiale) n’est pas à jeter aux orties, à un président « normal » mais peut-être prisonnier de gens nuisibles au progrès (notamment dans le domaine spatial). Après avoir évité Charybde peut-être allons nous devoir vivre avec Scylla! Je pensais que nous avions une fenêtre technologique pour nous « lancer à la conquête des étoiles » mais j’espérais que cette fenêtre ne se refermerait pas trop vite. Je crains maintenant que dès cette présidence, l’Espace ne soit plus considéré que pour son utilité étroite et directe pour la Terre et que les projets hors de notre horizon et par essence « polluants » (quel que soit le degré de pollution réelle impliquée) ne soient bannis. Les vols habités dans l’Espace risquent donc fort de prendre fin assez rapidement (d’autant que l’ISS arrive à son terme, en principe en 2024). La recherche scientifique devrait subsister quelques temps mais tôt ou tard il y a un risque non négligeable qu’un « homme de cœur » politiquement « bien placé » proclame que l’argent public pourrait être mieux dépensé ou que décidément on doit absolument respecter les croyances des derniers Hawaïens qui considèrent qu’installer un télescope sur le Mauna Kea est une offense à leurs dieux (qu’en pense la vice-présidente Kamala Harris ?). Et les Savonaroles modernes qui sont en train de « prendre le dessus » aux Etats-Unis intimideront tellement une majorité plus ou moins silencieuse de leurs concitoyens qui n’oseront pas enfreindre les interdits moraux, que ce « saint homme » sera écouté et obéi.

Si le secteur public fait défaut, restera Elon Musk, toujours déterminé à aller sur Mars avec son SpaceX. Mais que pourra Elon Musk s’il n’a plus les marchés publics américains ? Espérons encore qu’il parvienne à mettre au point son Starship avant le blocus. Cela lui permettrait toujours de le lancer d’un astroport non-américain avec l’autonomie financière qu’il pourrait obtenir grâce à ses autres activités terrestres et « propres » (Tesla ?). Mais rien n’est moins certain. NB: Pour ceux qui penseraient à Jeff Bezos et à son Blue Origin, je répondrais que dans la Nouvelle-Amérique son sort n’est pas plus assuré car les anticapitalistes du camp Démocrate veulent aussi démanteler les GAFAM.

Si Elon Musk et Jeff Bezos étaient obligés de déclarer forfait, nous entrerions alors vraiment dans un nouveau Moyen-Age où les critères de reconnaissance sociale et politique donc économique, seraient redevenus des critères religieux et non plus rationnels et scientifiques et où les foules de plus en plus appauvries seraient obligées de retourner travailler la terre…avec des méthodes « bio », bien entendu. En clair ce serait le retour à la misère et à l’obscurantisme généralisés, un peu comme décrit dans le magnifique film Interstellar de Christopher Nolan (2014). Certains bien sûr s’en réjouiraient, y compris en Europe gagnée par la contagion. Moi pas.

J’espère me tromper!

Je vous laisse lire l’article de Robert Zubrin. En dessous, vous avez un lien vers le “manifeste” de l’EDIWG de la NASA.

Illustration de titre :

McCarthy témoignant sur l’organisation du parti communiste aux Etats-Unis, crédit Bettmann/Getty images

Article de Robert Zubrin

Publié le 14 Novembre 2020 dans la National Review

Traduction de Pierre Brisson

Robert Zubrin a fondé la Mars Society aux Etats-Unis en 1998. Il est ingénieur en astronautique, président de Pioneer astronautics et auteur de The Case for Mars (1995).

Les auteurs d’un papier soumis à un comité de la NASA mettent en garde contre l’exploration spatiale par vols habités et contre le principe de mettre des « pratiques coloniales violentes » en orbite.

EN octobre 2020, le comité « Planetary Science and Astrobiology Decadal Survey 2023-2032 » (Enquête décennale sur les sciences planétaires et l’astrobiologie) *, organe de l’Académie des Sciences des Etats-Unis a reçu un « manifeste » du « Groupe de travail sur l’équité, la diversité et l’inclusion » (EDIWG) de la NASA. Écrit par Frank Tavares, spécialiste des communications publiques du NASA Ames Research Center – avec un groupe de onze co-auteurs comprenant des personnes connus, issues des domaines de l’anthropologie, de l’éthique, de la philosophie, de la théorie décoloniale et des études féministes – et soutenus par une liste de 109 signataires. Le manifeste dont le titre est, « L’exploration éthique et le rôle de la protection planétaire pour nous débarrasser des pratiques coloniales » présente peu de qualité technique. Il est néanmoins d’un grand intérêt clinique, car il démontre avec brio comment les idéologies responsables de la destruction de l’enseignement universitaire des « arts-libéraux » aux Etats-Unis, peuvent être mises à contribution pour interrompre également l’exploration spatiale.

* NdT : Produit à la demande de la NSF (Fondation Nationale pour la Science) et de la NASA, le Planetary Science Decadal Survey est utilisé pour définir les investissements dans le domaine de la recherche astronomique et sélectionner les missions spatiales interplanétaires.

Avec une clarté louable quant à leur parti pris et leur intention, les auteurs de l’EDIWG disent que l’exploration par vols habités doit être arrêtée car elle représente une continuation de la tradition occidentale de développement des ressources par la libre entreprise. « Toute l’humanité est partie prenante dans la façon dont nous, la communauté des sciences planétaires et de l’astrobiologie, nous engageons auprès d’autres mondes », disent-ils. « Les pratiques et structures coloniales violentes – génocide, appropriation des terres, extraction de ressources, dévastation environnementale, etc. – ont gouverné jusqu’ici l’exploration sur Terre et, si elles ne sont pas activement démantelées, elles définiront les méthodologies et les mentalités que nous porterons demain dans l’exploration spatiale. Il est essentiel que l’éthique et les pratiques anticoloniales fassent partie intégrale et centrale de la protection planétaire. Nous devons travailler activement pour empêcher l’extraction capitaliste sur d’autres mondes, respecter et préserver leurs systèmes environnementaux, et reconnaître la souveraineté et l’interconnectivité de toute vie. »

Les auteurs de l’EDIWG sont tout aussi clairs sur les moyens par lesquels l’exploration par les vols habités et le développement peuvent être stoppés : la bureaucratie de « protection planétaire ».

« Notre principale recommandation est…d’élaborer des politiques de protection planétaire…pour entreprendre une réévaluation solide de l’éthique des futures missions sur la Lune, Mars et d’autres corps planétaires, avec et sans équipage, dans l’intention de développer des pratiques anticoloniales. [Caractères gras dans l’original]

La « protection planétaire » a été initialement proposée pour deux objectifs. L’un était de s’assurer que les expériences de détection de la vie envoyées dans d’autres mondes ne renvoient pas de faux positifs résultant du transport de microbes terrestres dans le vaisseau spatial. L’autre était d’éviter la possibilité que de dangereux microbes d’autres mondes soient transportés sur la Terre. Ces deux contingences sont appelées respectivement « back contamination » et « forward contamination ».

Le risque de back-contamination – par des organismes pathogènes renvoyés sur Terre par les missions martiennes en particulier – est le problème de protection planétaire qui génère le plus de couverture dans les média grand public. Il n’a cependant aucune base scientifique rationnelle. Il ne peut y avoir d’agents pathogènes sur Mars car il n’y a pas de plantes ou d’animaux à infecter. En ce qui concerne les micro-organismes vivants libres qui pourraient vraisemblablement exister sur Mars, nous savons qu’ils ne peuvent constituer une menace pour la biosphère terrestre, car il y a eu un transport naturel de milliards de tonnes de matières martiennes vers la Terre au cours des 4 derniers milliards d’années. En fait, on estime que chaque année, environ 500 kg de roches éjectées de Mars via des impacts météoriques atterrissent sur notre planète. Un examen attentif de ces roches a montré qu’une grande partie d’entre elles n’ont jamais été portées à une température supérieure à 40°C pendant tout leur périple, éjection de Mars, vol dans l’espace, rentrée et d’atterrissage sur Terre. Ils n’ont donc jamais été stérilisés, et si des microbes y avaient existé lorsqu’ils ont quitté la planète rouge, ils auraient facilement pu survivre au voyage. S’il y a ou s’il y a eu des microbes à la surface de Mars, ils sont arrivés ici en grand nombre, depuis longtemps et continuent à le faire encore aujourd’hui. Ainsi, les adaptations très coûteuses de la mission de retour d’échantillons martiens exigées par le Bureau de protection planétaire de la NASA pour empêcher la libération de microbes martiens à la surface terrestre sont aussi absurdes que d’ordonner à une patrouille frontalière de fouiller toutes les voitures traversant la frontière nord des Etats-Unis pour s’assurer que personne ne fait l’importation d’oies blanches du Canada.

La question de la forward-contamination est une préoccupation plus sérieuse pour la communauté scientifique planétaire. Il est vrai qu’une bonne expérience de détection de la vie nécessite un équipement stérile. Mais cela peut être obtenu par une bonne discipline expérimentale plutôt qu’en tentant de stériliser ou de mettre en quarantaine une planète entière. En effet, la mise en quarantaine de Mars n’est pas davantage possible que la mise en quarantaine de la Terre car tout comme les matériaux martiens arrivent sur Terre, les roches terrestres parviennent jusqu’à Mars depuis l’aube du système solaire.

Afin de permettre à quelque mission scientifique que ce soit en surface de Mars de se dérouler, le Bureau de la protection planétaire de la NASA (« PPO ») a assoupli ses exigences de stérilisation pour celles qui ne comprennent pas d’expérience de détection de la vie. Mais pour celles qui ont précisément cet objet, les exigences plus strictes du PPO, plutôt que d’aider à la recherche de la vie, tout simplement les empêchent. De ce fait aucune expérience de détection de la vie n’a été envoyée sur Mars depuis 1976. La situation est devenue si mauvaise qu’un groupe d’éminents astrobiologistes souhaitant envoyer une telle expérience, a dû la proposer comme un test de certification de stérilité, pour identifier un lieu sans vie afin qu’il puisse être utilisé comme un lieu sans science par les astronautes !

L’idée qu’après un demi-siècle sans qu’une mission de détection de la vie ait été envoyée sur Mars, la NASA doive dépenser des milliards de dollars de l’argent des contribuables et après une décennie d’efforts d’une équipe talentueuse de scientifiques et d’ingénieurs pour en créer une, seulement pour l’envoyer dans un endroit où elle est la moins susceptible de la trouver, est manifestement absurde. C’est pourtant à cela que le programme de protection planétaire nous a réduits.

La jeune Mars était une planète chaude et humide, un peu comme la Terre primitive l’a été. Cela aurait pu faire émerger la vie, mais est-ce arrivé ? Si c’est le cas, cette vie est-elle toujours là et utilise-t-elle le même système d’information ADN / ARN qui gouverne la conception, la reproduction et les capacités d’évolution de toute vie terrestre ? Ou utilise-t-elle un système entièrement différent ? Ce sont des questions d’un intérêt scientifique et philosophique extraordinaire portant sur la prévalence potentielle et la diversité de la vie dans l’Univers.

En conséquence, nous devrions certainement envoyer des expériences de détection de la vie sur Mars, ciblées, bien sûr, dans des endroits où elles seraient le plus susceptibles de trouver la vie, et non le moins susceptibles de le faire. Et si elles détectent de la vie, c’est précisément là que nous devrions envoyer des astronautes, pour faire, sur place, le genre de recherche complexe nécessaire pour caractériser correctement la vie martienne comme seuls des scientifiques humains agissant sur le terrain peuvent le faire.

L’objection des spécialistes de la protection planétaire selon laquelle si des astronautes se rendaient sur Mars, il n’y aurait aucun moyen de savoir si des microbes qu’ils pourraient trouver seraient indigènes ou transportés depuis la Terre, est sans fondement. Les explorateurs humains sur Mars pourraient savoir que quelque vie que ce soit qu’ils trouveraient, était là avant eux par le même moyen que les explorateurs humains sur Terre savent qu’il y avait de la vie ici avant nous : les fossiles. Toute vie native de Mars trouvée dans le présent doit également y avoir été dans le passé, et si elle l’a été, elle aura laissé des fossiles ou d’autres résidus biomarqueurs. Pour pouvoir nier que de tels fossiles prouvent l’existence d’une vie antérieure à l’homme, les protectionnistes planétaires devraient argumenter, comme le font les créationnistes, que Mars a été créé avec des fossiles intégrés dans sa géologie afin de tester notre foi. Plutôt que de s’exposer à la moquerie en défendant une telle théorie, ils ont simplement choisi d’agir de manière totalement arbitraire.

Les règles de protection planétaire existantes empêchent principalement les hommes d’atterrir sur Mars, parce qu’il n’y a aucun moyen de garantir qu’un vaisseau spatial avec équipage ne s’écraserait pas, disséminant des microbes qu’il transporte dans tout l’environnement. C’est un réel problème pour les ambitions d’exploration humaine de la NASA. En effet le programme Apollo d’atterrissage sur la lune de la NASA aurait été tout à fait impossible en appliquant les directives de protection planétaire actuelles. C’est pour cette raison que Jim Bridenstine, l’Administrateur de la NASA, a créé une commission dirigée par le Dr Alan Stern, le scientifique responsable de Pluton dans le cadre de la mission New Horizon. Cette commission a produit un ensemble de recommandations pour libéraliser les règles de protection planétaire afin de rendre à nouveau possibles les missions lunaires habitées. Les auteurs de l’EDIWG sont clairement hostiles à cette évolution et craignent qu’elle ne soit étendue pour permettre également des missions habitées sur Mars. Cependant, comme la protection planétaire ne peut pas vraiment être défendue sur des bases scientifiques, ils insistent pour que d’autres critères soient adoptés. Plus précisément, ils recommandent une combinaison de mysticisme panthéiste passéiste et de pensée socialiste postmoderne.

En tant que méthodologie pour comprendre le monde naturel, le mysticisme a été remplacé depuis un certain temps par le rationalisme occidental. Les auteurs de l’EDIWG consacrent donc une bonne partie de leur article à diffamer la civilisation occidentale, en se basant sur l’autorité du « Projet 1619 »* et de recherches post-rationnelles similaires. « L’expansion coloniale et la traite transatlantique des esclaves ont été à la base de notre monde actuel », disent-ils, ignorant le fait que ce sont en fait les révolutions scientifiques et industrielles qui ont été fondatrices de notre monde actuel en libérant l’humanité des diverses formes d’esclavage qui caractérisait toutes les sociétés précédentes. « Ce que nous appelons la mondialisation », poursuivent-ils, « est le point culminant d’un processus qui a commencé avec la constitution de l’Amérique et le capitalisme eurocentré colonial / moderne en tant que nouvelle puissance mondiale. Le résultat est un monde où les systèmes politiques et économiques, à savoir le capitalisme, donnent la priorité au profit sur le bien-être humain, produisant une crise environnementale et de vastes inégalités aggravées par le changement climatique », etc., etc.

*NdT: Commémoration de l’arrivée des premiers esclaves noirs en Amérique du Nord, occasion saisie par le New-York Times en 2019 pour réévaluer l’histoire des Etats-Unis.

La civilisation occidentale n’est certainement pas innocente de tout crime, en particulier contre les populations indigènes des régions coloniales. Mais la racine de ces crimes fut l’incapacité de l’Occident dans certains cas à respecter ses propres principes révolutionnaires établissant des droits inaliénables pour toute l’humanité. En revanche, tout en adoptant une posture anti-impérialiste, les auteurs de l’EDIWG dégradent profondément les peuples autochtones en les décrivant comme faisant partie d’un écosystème, faisant des délits contre eux-mêmes non pas des violations des droits de l’homme mais une forme de dommage environnemental. Sur cette base, ils avancent la thèse selon laquelle nuire aux microbes serait aussi immoral que tout ce qui a été fait aux Amérindiens ou aux Africains. « Il doit y avoir une discussion plus approfondie sur la considération morale dont la vie microbienne sur d’autres mondes devrait bénéficier, au-delà de sa signification scientifique », disent-ils. « Savoir si l’être vivant est doué ou non d’intelligence ne doit pas être utilisé comme guide dans cette discussion. Non seulement les déterminants biologiques de l’intelligence ont une histoire raciste mais ils n’ont pas de mérite scientifique. Il est clair que la microbiologie est fondatrice de la Terre telle que nous la connaissons, et les microbes méritent une considération morale. »

Ayant adopté un système éthique qui empêcherait l’utilisation d’antibiotiques, mettant ainsi en péril la civilisation moderne sur Terre, les auteurs proposent de l’avorter complètement sur Mars :

« Une présence humaine sur Mars apporterait des bio-contaminants et contaminerait irréversiblement la planète, à la fois avec des organismes entiers et avec leurs constituants chimiques. Cela est extrêmement préoccupant pour la capacité de mener une astrobiologie saine pour identifier la vie ancienne ou présente, mais cela introduit également une préoccupation morale plus large…Par conséquent, il est de la plus haute importance de tenir compte de l’éthique de toute mission avec équipage sur Mars avant une telle expédition, y compris de procéder à une évaluation des structures soutenant le projet et de leur intention, pour s’assurer que la conception de la mission puisse être si nécessaire impactée par ces considérations. » [Caractères gras dans l’original.]

Mais que se passerait-il s’il s’avérait qu’il n’y ait aucune présence de vie sur Mars ? Pourrions-nous alors passer outre ces précautions ? Désolé, on ne peut pas jouer ! « Même s’il n’y a pas de vie microbienne sur Mars ou même plus loin, nous devons considérer les impacts de nos actions sur une échelle de temps géologique », disent-ils. « Une présence humaine sur un monde astrobiologiquement significatif pourrait perturber les processus évolutifs déjà en place. Quelle obligation morale avons-nous envers la vie future potentielle que notre présence sur Mars pourrait impacter, ou envers les formes de vie hybrides que notre présence pourrait potentiellement créer ? Ces questions doivent être traitées par une politique de protection planétaire. »

Mais il faut encore aller plus loin ! La politique de protection planétaire, disent les auteurs, ne doit pas se limiter à la prise en compte de la vie réelle ou potentielle. « L’esthétique doit également être envisagée. Si l’extraction minière sur la Lune doit être une entreprise de grande envergure, comme prévu, les changements seront visibles depuis la Terre », affirment-ils, « modifiant fondamentalement l’une des rares expériences partagées par tous les êtres humains, la contemplation de la Lune. De plus, la Lune et d’autres corps planétaires sont sacrés pour certaines cultures. Serait-il possible que ces croyances soient respectées si nous nous engagions dans l’utilisation des ressources présentes sur ces mondes ? »

En posant cette question, les auteurs de l’EDIWG adoptent les arguments d’autres éthiciens putatifs contemporains qui affirment que les corps extraterrestres tels que la Lune ont le « droit » de rester inchangés. Mais clairement la Lune est un rocher mort. Elle ne peut rien faire, ni vouloir faire quoi que ce soit. Ainsi, de telles discussions ne visent pas vraiment à établir des droits pour la Lune, mais à les refuser aux êtres humains.

De plus, si le représentant autoproclamé de n’importe quelle tribu quelque part dans le monde peut arrêter le développement spatial en affirmant qu’il viole ses anciens enseignements sacrés, il est peu probable qu’un tel développement puisse se produire. Les auteurs de l’EDWIG sont d’ailleurs tout à fait d’accord avec cela. Comme ils le disent, « [cela] vaut la peine de se demander si notre mode actuel de capitalisme extractif est quelque chose que nous devrions emporter avec nous lorsque nous interagissons avec d’autres mondes. » En outre, aider à répondre aux besoins de l’humanité par le développement entrepreneurial des ressources spatiales serait une mauvaise chose, car « permettre à ceux qui sont riches de s’engager à titre privé dans une entreprise d’exploration spatiale pourrait exacerber dans un avenir immédiat les inégalités de richesse déjà extrêmes. »

La question fondamentale en jeu, nous disent clairement les auteurs, n’est pas simplement de supprimer l’entreprise humaine dans l’espace, mais aussi sur Terre. « En fin de compte, nous devons construire un meilleur avenir, un avenir qui soit moral et vivable, car c’est ainsi que nous pourrons survivre sur notre propre planète…Mettre à bas les structures qui gouvernent notre monde actuel et en construire de nouvelles ne sera pas facile. Nous appelons le comité décennal à s’engager dans ce combat. »

Dans sa pièce « Les Oiseaux », le satiriste grec de l’Antiquité, Aristophane, décrit un complot aviaire visant à conquérir l’Univers en construisant un mur au travers du ciel. Ceci, espéraient les oiseaux, isolerait les dieux de leur nourriture essentielle, la fumée sacrificielle, les forçant ainsi à se rendre.

Les oiseaux voulaient empêcher les dieux d’entrer, les auteurs de l’EDIWG veulent enfermer l’humanité. Mais comme le montre l’échec du complot des oiseaux, ce travail ne peut pas être fait avec des briques…La protection planétaire est donc la réponse.

Liens :

Article de Robert Zubrin publié dans la National Review du 14 Novembre :

https://www.nationalreview.com/2020/11/wokeists-assault-space-exploration/

Manifeste (« white paper ») de l’« Assessment Group (AG) committee », « Equity, Diversity, and Inclusion Working Group (EDIWG) » de la NASA remis au « Planetary Science and Astrobiology Decadal Survey » de l’Académie des Sciences pour la période 2023 à 2032 :

https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/2010/2010.08344.pdf

Planetary Science and Astrobiology Decadal Survey 2023-2032:

https://www.nationalacademies.org/our-work/planetary-science-and-astrobiology-decadal-survey-2023-2032

Lire dans Le Temps :

https://www.letemps.ch/sciences/programme-spatial-tres-terre-terre-joe-biden

Pour (re)trouver dans ce blog un autre article sur un sujet qui vous intéresse, cliquez sur :

Index L’appel de Mars 20 11 09

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

29 réponses à “L’assaut du politiquement-correct sur l’exploration spatiale, une vraie menace liberticide

  1. Merci de partager M. Brisson. Il y a clairement des mouvements semblable a des attaques “auto-immunitaires” dans notre civilisation, et vu la nature globalisée de celle-ci, on peut craindre une effondrement globale. Mais nous n’en sommes pas encore la! Il y a encore une certaine imperméabilité entre différent blocs de civilisation comme l’Occident et la Chine, ou l’Inde. Et si l’Occident ressemble chaque jour un peu plus a un vieillard dépressif et sénile, d’autres pays comme la Chine ou des programmes spatiaux et peut-être pourront reprendre le flambeau et ouvrir de nouvelles colonies dans l’Espace.
    Peu importe que la Chine soit une dictature fasciste, peu importe de quel pays viennent les premiers “spatiens”: de lors que l’Humanité aura pose ses premiers œufs hors de la Terre, elle sera beaucoup plus résiliente et moins vulnérable a un retournement de situation quelconque sur la planète-mère.

    En gros je ne crois pas que la fenêtre dont nous disposons ne se soient refermées.

    1. Vous me coupez l’herbe sous les pieds, j’allais dire à notre ami Pierre que les premiers sur Mars seront sûrement les chinois.

      A part ça, on espère que ce magnifique projet ne repose pas sur les épaules des deux hommes américains, les plus riches de la planète, ça me décevrait!

  2. Mr Pierre Brisson, effectivement, l’obscurantisme scientifique est à notre porte, sur mon groupe Facebook (“Mars et au delà”) que j’ai créé il y a peu pour luter contre cela, J’ai conscience de cela. Je me bas contre cet obscurantisme qui est là si présent parmi les scientifiques. Effectivement, l’esprit de conquête de nouveaux territoires a toujours existé, alors aller sur Mars n’est qu’une étape. Les Chinois, même si ce régime est totalitaire, poseront peut-être les premiers leurs pas sur Mars et peut-être iront-ils s’installer sur la Lune en premier. Est ce que les Américains se laisseront dépasser ? Je n’en suis pas si sûr. En tout cas mon souhait est que le Starship soit suffisamment développé pour qu’un vaisseau puisse se poser sur Mars en 2024… (sans équipage). J’espère que nous réussirons à battre en brèche leurs discours, mais le combat s’annonce difficile !

  3. Mais quelle drôle d’idée de s’obstiner à vouloir envoyer des toilettes dans l’espace alors que des robots font tellement mieux le boulot et pour tellement moins cher.

    1. Je vois que vous n’avez rien compris de la motivation des gens qui veulent mener une exploration spatiale par vols habités. Vous n’êtes pas le seul et c’est bien dommage. Ce blog a pour objet de démontrer cet intérêt mais probablement vous n’avez pas lu d’autres articles que j’ai écrit sur le sujet car l’argument que vous utilisez est vraiment très pauvre.
      Oui il y a des gens qui veulent aller dans l’espace parce qu’un robot a une effcicacité beaucoup plus grande quand un homme est à côté de lui (dans ce cas il y n’y a, au moins, aucun décalage de temps du fait de l’éloignement). Oui il y a des gens qui veulent tenter de s’installer ailleurs que sur Terre pour permettre l’éventuelle survie de notre civilisation et cela ne se fera pas “du jour au lendemain”. Oui il y a des gens qui veulent ressentir le plaisir de l’effort, de la performance et de la beauté de l’espace et satisfaire ce plaisir n’est pas une entreprise honteuse.

      1. Certes il y a des gens qui veulent aller dans l’espace mais est-ce que cela en fait une bonne raison?Aujourd’hui si l’on exclus les résultats sur la physiologie humaine en apesanteur, qu’avons nous appris de scientifiquement pertinent grâce à la présence d’êtres humains dans l’espace?

        À faire des bulles sphériques et les voir en direct plutôt qu’avec une caméra?

        Ce n’est certainement pas une entreprise honteuse mais également ne nécessite pas un centime de financement publique. Les crédits investis dans cette sois-disant “recherche” scientifique seraient bien plus utiles sur terre pour financer des programmes plus en liens avec les problématiques pertinentes du moment.

        1. On est au début de l’action de l’homme, personne physique, dans l’espace. Ce serait quand même très injuste de juger sans attendre, cette action qui ne fait que commencer. J’ai déjà écrit à de multiples reprises l’intérêt qu’il y aurait à avoir un homme à côté d’un robot sur Mars. Par exemole, cela ferait une énorme différence en raison de la suppression du “time-lag” ce décalage incompressible résultant de la limitation de la vitesse de la lumière.
          Par ailleurs les gens et les peuples sont libres de faire ce qu’ils veulent de leur argent et il y a beaucoup de projets pour lesquels moi et mes amis ne donnerions pas un sou.

  4. Bonjour M. Brisson,
    Constat de main mise d’une nouvelle forme d’obscurantisme, déjà indubitable dans un nombre croissant de disciplines (culture, industrie, environnement, médecine, etc), très inquiétante si elle déborde désormais sur la politique spatiale. Merci pour cette alerte.
    Rien à ajouter ni à retrancher sur la dictature de la bien-pensance et, par exemple, la naïveté européenne ayant majoritairement accueilli le résultat de l’élection américaine.
    Je pense qu’internet, en associant sur-simplification et instantanéité de transmission et en supprimant réflexion de groupe (comme celle qu’apportent partis et associations traditionnelles) est responsable de cette intoxication qui prend des allures de pandémie. La case “intelligence” est remplacée par celle “facilité”.
    Pour nous détendre, juste une remarque : le Moyen-âge, cité en fin d’article, fut dans sa majorité respectueux, gardien et même parfois défendeur des idées d’autrui ou d’autres temps, en tout cas en occident. Thomas d’Aquin n’a pas “jeté aux orties” le païen Aristote, c’est même le contraire. C’est plutôt vers l’Âge de pierre vers lequel nous dirige tout droit ce nouvel obscurantisme.
    Pierre Baland
    Société astronomique de France

    1. Merci M. Baland de votre commentaire. Votre observation sur le fait que dans notre monde la case “intelligence” soit remplacée par celle de “facilité” est très juste. Tout le monde a droit à la parole (ce qui est bien), toute parole se vaut (ce qui est beaucoup moins bien), qu’elle soit étayée par une reflexion logique ou non, qu’elle repose sur des faits vérifiés ou non, qu’elle repose sur les acquis de la Science ou non. Nous traversons peut-être une époque de “défoulement” général qui prendra fin assez rapidement, ou plutôt, j’en ai peur, beaucoup plus lentement. Le problème c’est que pendant ce temps de “défoulement”, la culture générale et l’esprit critique s’émoussent (pour ne pas dire disparaissent). Et surtout ce sont ceux qui sortent les idées les plus simples et les plus démagogiques qui prennent le dessus parce qu’ils crient le plus fort. C’est sur ces bases que se construit le nouveau monde et cela me consterne et m’effraie.
      Pour ce qui est du Moyen Age, vous avez raison sur Thomas d’Aquin et Aristote. Ceci dit, beaucoup de penseurs de l’Antiquité n’ont pas connu le “repéchage” d’Aristote et beaucoup de “sorcières” et d'”hérétiques” ont été brulés (et je dois à l’honnéteté intellectuelle de préciser, un peu plus longtemps que pendant le Moyen Age – Giordano Bruno a été brulé en 1600!).

  5. L’univers est trop vaste pour restreindre l’espèce humaine à une seule planète !
    Si sur Terre , nous n’avons pas pris toutes les mesures pour préserver toutes les espèces , nous avons acquis un savoir et une conscience suffisante pour sauvegarder la grande majorité restante, et en parcourant la planète et ses océans , nous pouvons encore découvrir certaines formes de vie primitives telles qu’elles existaient voilà des milliards d’années . Ce qui nous devrait nous encourager à penser que nous pouvons aussi préserver des formes de vies extraterrestres lorsque nous les découvrirons …
    Poser le pied sur Mars n’est pas synonyme de destruction , d’autant que la vie ne peut pas/plus tenir à sa surface et c’est probablement le cas des autres astres potentiels de renfermer la vie dans le système solaire.
    Cette posture extrême de vouloir limiter nos actions de découvreurs révèle juste une méconnaissance de la vie : tenir une graine dans ses mains ne conduit pas fatalement à sa perte ! On peut assister à la fécondation du corail sans pour autant le mettre en péril ou changer sa nature et son évolution .
    Là où le tourisme de masse perturbait certains biotopes , il a juste fallu juste quelques mois de confinement pour les faire revivre. La vie est plus résiliante que certains essaient de nous le faire croire !
    ( ….)
    Je pense qu’un peu de bon sens suffira à infléchir ce courant intellectuel surfant sur des considérations sans rapport avec la réalité … ce n’est qu’une mode passagère …

  6. En tant que scientifique, l’exploration spatiale m’a souvent fait rêver. Mais jusqu’ici, à part la récolte de quelques kilos de roches lunaires et la pose de “lunettes” sur ce malheureux téléscope Hubble dont Perkin-Elmer avait caché la myopie, la quasi totalité des résultats scientifiques obtenus dans l’espace l’ont été — et n’auraient pu l’être que— par des vols inhabités. Les clichés inoubliables de Pioneer, Voyager 1 et 2, Cassini-Huygens, et autres Rosetta-Philae me font bien plus rêver, et à un coût bien moindre, que ces images de cosmo- astro- taïko-nautes, pauvres athlètes partis en pleine forme dans la station spatiale internationale et revenus quelques mois plus tard dans une condition physique de vieillards quasi grabataires. J’attends avec impatience les images du télescope James Webb et le retour des échantillons qui seront collectés par le robot de la mission Mars 2020, mais le vol habité vers Mars ne m’apparaît que comme un désastreux gaspillage de ressources combiné à une mise en danger impardonnable de la vie humaine. Quant à Elon Musk, dont vous semblez saluer les initiatives, le moins qu’on puisse dire, c’est que les perturbations que causera aux observations la nuée de satellites de son projet Starlink sont loin de réjouir la communauté des astronomes.

    1. Comme je l’ai écrit dans ma réponse à un autre commentaire, la présence de l’homme sur Mars au côté des robots ferait une énorme différence car il serait possible de les commander en direct, n’importe où sur la planète alors qu’aujourd’hui nous devons attendre entre 6 et 50 minutes, au minimum, pour savoir si un ordre qu’on a donné a bien été exécuté. Par ailleurs un géologue sur place pourrait avoir un jugement et une facilité d’action ou de réaction à l’imprévu beaucoup plus rapide et pertinente qu’un robot. Imaginez l’efficacité qu’aurait la collecte d’échantillons martiens dans ces conditions (sans compter qu’un premier examen pourrait être mené dans un laboratoire embarqué avec beaucoup plus d’options que celles qui peuvent être opérées par des robots, par exemple la possibilité de répéter un examen sur des prélèvements mal faits où fait un tout petit peu à côté d’un endroit plus intéressant ou dont les résultats n’auraient pas été tout à fait clairs).
      Je ne partage donc évidemment pas votre condamnation des vols habités sur le plan strictement scientifique. Il y a d’autres motivations, comme par exemple celle de l’établissement de l’homme sur Mars, mais je ne vais pas chercher à vous convaincre qu’elles sont valables puisque vous semblez y être opposé par principe.
      Je ne comprends pas pourquoi vous dites qu’envoyer un vol habité vers Mars serait une entreprise de « mise en danger de la vie d’autrui ». Les astronautes sont des adultes. S’ils sont candidats pour partir dans de tels vols, et en toute connaissance de cause, c’est qu’ils sont d’accord pour en assumer le risque (sauf peut-être en Chine ?). De plus je n’aime pas cette position morale, la vôtre, qui prend pour principe qu’on ne doive pas prendre de risque. Vivre est un risque et se termine toujours par la mort. Les gens doivent être libre de faire de leur vie ce qu’ils veulent (si bien sûr leur action ne met pas « en danger la vie d’autrui »).
      Quant à vos considérations économiques sur le coût de telles missions, elles prêtent à sourire si on le compare à d’autres dépenses qui ne « valent pas mieux » et souvent beaucoup moins. Par ailleurs si des gens ont l’argent qui leur permet d’assouvir leur passion, vous n’avez pas à décréter qu’elles ne valent rien. Elles valent à leurs yeux et c’est le principal pourvu, encore une fois, qu’elles ne nuisent pas à autrui.
      Cela me conduit à votre dernier point, la pollution par Starlink. Là je vous rejoins totalement. Je pense qu’Elon Musk a tort de lancer les milliers de satellites de ses constellations dans l’espace proche. Ils vont nuire à l’observation astronomique à partir de la Terre (donc à autrui) et c’est une catastrophe. Autant je soutiens Elon Musk dans son projet de Starship/SuperHeavy, autant je le condamne pour son Starlink. Je l’ai d’ailleurs écrit plusieurs fois dans ce blog, sans restriction. Comme quoi on peut avoir un jugement nuancé sur un homme.

  7. Et si les recommandations de l’EDIWG concernaient une planète comme la Pandora du film “Avatar”, ne seraient-elles pas alors parfaitement fondées? Pour la Lune et Mars, c’est clairement aberrant, car ce sont des astres morts. Se poser certaines questions n’est cependant pas totalement inutile, tant il est vrai que l’exploitation humaine de notre monde a passablement dégradé celui-ci. Le capitalisme est ici en cause, car c’est la base de notre société et, c’est hélas vrai, a eu recours à grande échelle dans le passé à l’esclavage puis à l’exploitation d’un prolétariat pour se développer. Sans de saines précautions, je pense que très nombreux sont ceux qui seraient prêt à répéter sans scrupules les mêmes erreurs avec les Na’avis de Pandora. De toute façon, avec les technologies actuelles, on n’est pas prêt à aller sur Mars ni même à retourner facilement sur la Lune. Vu la longueur du voyage avec un séjour sur Mars, ce serait envoyer de façon profondément immorale des êtres humains à une mort quasi certaine, car les dangers sont réellement immenses, l’organisme humain n’étant notamment pas du tout adapté à vivre longtemps dans l’espace ou sur des astres dont les environnements sont sans aucun rapport avec celui de la Terre. Le gouvernement chinois peut toujours essayer avec son idéologie totalitaire très appropriée pour formater à un tel voyage quelques inconscients, mais je suis convaincu que ça ne sera jamais possible sans le concours des autres nations technologiquement avancées. Mais c’est vrai que Mars est un monde fascinant où de futures missions d’exploration trouveront sans aucun doute de très anciennes traces de vie fossilisées dans des roches sédimentaires, des stratifications sont en effet très bien visibles à l’arrière-plan (colline à gauche de l’image) sur https://mars.nasa.gov/embed/24797/
    Je reconnais moi-même que je donnerais fort cher pour être physiquement présent juste un moment au sein des fabuleux paysages martiens (comme dans le film “Seul sur Mars”). Excusez-moi, cher Monsieur Brisson, si je vous ai un peu contrarié. Pour me faire (un peu) pardonner, vous trouverez ici la fascinante carte géologique de Mars (sans qu’une présence humaine n’ait été nécessaire sur place pour l’établir) :
    https://www.researchgate.net/publication/264326838_Geologic_Map_of_Mars
    https://astrogeology.usgs.gov/search/map/Mars/Geology/Mars15MGeologicGISRenovation

    1. Certes les recommandations de l’EDIWG seraient fondées si Mars était Pandora mais ce n’est hélas pas du tout le cas. Je dis « hélas » car j’adorerais qu’une planète telle que Pandora soit accessible. Mais ne nous faisons pas d’illusion, il n’y a aucune chance que nous rencontrions des Na’avi ou l’équivalent sur Mars, ni d’ailleurs sur aucune autre planète du système solaire. Et comme actuellement il n’est pas envisageable d’aller faire un petit tour en dehors de ce système solaire parce que nous n’en avons pas les moyens technologiques ni énergétiques, cette peur du « néocolonialisme » est tout simplement ridicule (surtout quand nos « victimes » potentielles sur Mars seraient des microbes dont l’histoire phylogénétique montrerait très clairement au premier examen, qu’ils ne sont pas d’origine terrestre) .
      Par contre, contrairement à ce que vous pensez, il est ou sera très prochainement possible d’aller sur Mars. Déjà avec la Saturn V nous aurions eu la puissance nécessaire pour déposer 20 tonnes sur Mars et 40 tonnes suffiraient pour mener une mission habitée (donc deux vols dont l’un avant l’arrivée de l’homme pour produire les carburants/comburants nécessaires au retour sur Terre du second vol qui lui serait habité). L’expédition sera à nouveau possible quand le SLS (ULA) ou le Starship (SpaceX) ou une version « super lourde » du lanceur Blue Origin seront/sera prêt(s). Donc c’est pour demain, si on le veut bien entendu.
      Le voyage aller (comme le voyage retour) ne durerait que 6 mois et le séjour sur Mars, 18 mois, la durée de l’expédition (30 mois) serait donc supportable/acceptable. Ne parlez pas de moralité s’agissant de l’envoi d’astronautes dans ce type d’expédition. Comme je le disais dans un commentaire précédent, personne ne sera « obligé » d’y participer et ceux qui accepteront le feront de leur plein gré, en toute liberté et en toute connaissance de cause. Ne faites pas l’injure aux astronautes de penser qu’ils ne savent pas ce qu’ils font quand ils acceptent d’aller dans l’Espace et qu’ils ne connaissent pas les dangers d’une mission pour Mars.
      Merci pour la carte géologique de Mars..que je connais évidemment depuis déjà quelques années. Bien sûr que l’on peut faire beaucoup de choses avec des robots ! Je ne dis pas le contraire mais, comme je l’écrivais aussi précédemment, l’homme sur place avec les robots les rendrait beaucoup plus efficaces (notamment en raison de l’absence de « time-lag ») et aussi par ce qu’on peut vouloir aller sur Mars pour d’autres raisons que scientifiques, comme je l’ai écrit aussi de nombreuses fois dans ce blog (voyez l’index).

      1. @Pierre Brisson
        Dans votre réponse, je m’étonne que des considérations morales aient si peu d’importance. Car dans ce très long voyage de 30 mois, les astronautes seront à la merci de n’importe quel imprévu, défaillance ou défectuosité du matériel, impacts de météorites ou de débris, éruptions solaires intempestives, sans parler des éventuels problèmes de santé et accidents physiques ou psychologiques. L’être humain en effet particulièrement vulnérable et fragile dans le cosmos est sans doute le maillon le plus faible de tout le dispositif. Rester 2 ans et demi dans un état maximal très contraignant de vigilance et de stress ainsi que des conditions de vie très inconfortables est extrêmement risqué. Le film “Interstellar” met d’ailleurs cela en évidence avec le Dr Mann (“le meilleur d’entre-nous” selon sa collègue) rendu fou par la solitude qui essaiera de tuer les autres pour pouvoir retourner sur Terre en faisant fi de sa mission. En l’absence de toute nécessité impérieuse, a-t-on le droit d’exposer à de tels périls des astronautes, même s’ils sont volontaires? La réponse de n’importe qui de sain d’esprit me semble être clairement et indubitablement : Non, absolument pas ! Le retentissement de l’échec à peu près certain d’un tel voyage habité très long et très dangereux, avec la disparition des astronautes dans l’espace ou sur Mars, entraînerait à coup sûr l’arrêt définitif de ce genre de mission et une écrasante responsabilité pour les instigateurs; ça serait aussi un ultime et cuisant échec pour notre civilisation.

        1. Cher Monsieur,
          Je comprends votre préoccupation « morale » mais je persiste dans ma position.
          D’abord, dès le premier voyage vers Mars, il est exclu de n’envoyer qu’un seul astronaute. Ce sera un équipage de 4 ou 6 personnes; la situation psychologique sera donc très différente de celle que vous évoquez. Malgré la préparation, les risques ne seront évidemment pas nuls mais je pense que des gens seront susceptibles de les accepter comme d’ailleurs les astronautes qui ont affronté, entre autres, les incertitudes des premiers lanceurs ou des navettes. Par ailleurs le Pôle Nord aussi bien que le Pôle Sud ont été atteints dans des conditions extrêmement difficiles et malgré une grande marge d’incertitude ; d’ailleurs les premières tentatives ont échoué.
          Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer le courage et l’esprit d’aventure. Je pense aussi que prendre un risque important peut être un prix acceptable à payer pour satisfaire un rêve et que l’échec des premiers qui sont d’accord pour le prendre n’empêchent pas forcément la tentative des suivants. Les vols spatiaux ont repris après le drame de Challenger.

        2. Bonsoir,
          La question de la pertinence d’envoyer des hommes dans l’espace et a fortiori vers d’autres planètes, dans les conditions de coût et risque actuels, est régulièrement posée depuis les années 1950.
          Au delà des arguments des uns et des autres, la question me semble un peu académique. L’homme veut aller dans l’espace comme il a eu envie de traverser les océans il y a 5 siècles, de découvrir de nouvelles terres précédemment, et encore plus tôt de sortir des cavernes. Il le veut car il est ainsi fait. Au delà des justifications sociales, économiques ou scientifiques, ce qui le meut, c’est finalement sa curiosité d’aller voir, sentir et toucher ce qu’il y a de l’autre côté. Sans cette curiosité gratuite et indécrottable qui, au fond, est ce qui le distingue le plus du reste du règne animal, il n’aurait pas essayé de comprendre le monde. Il n’aurait tout simplement pas été homme. Il se serait contenté de cueillir et manger ses bananes comme tout le monde.
          La question de la pertinence des vols spatiaux habités n’est donc guère dissociable de la celle de savoir si l’homme fait bien de penser et de se montrer curieux. Un paradoxe, quand cette curiosité est justement ce qui nous permet de nous en poser la question.
          Pierre Baland

    2. Nous avons deja la technologie necessaire pour envoyer des hommes sur la Lune ou sur Mars, y compris en leur evitent l’absence de gravite ou des radiations mortelles.

      Ce qu’ils manquent ce sont les moyens et/ou la volonte politique.

      Quant a ces moyens, effectivement commencer par un voyage sur Mars n’est pas forcement le plus pertinent, investir dans une reduction massive des couts de mise en orbite avec un anneau orbital et/ou des “sky hooks” serait un bien meilleur investissement: tres couteux en capital, mais une fois en place des couts d’envoi dans l’espace similaire a du fret terrestre. Et le tout avec la technologie actuelle. Et cela permettrait plein de developpements annexes utililes, comme mettre des panneaux solaires en orbites et envoyes l’electricite au sol par des cables ou autres, utilises des mirroirs pour diminuer la luminosite sur la planete,…

      Bref, je m’eloigne du sujet…

      1. Certes vous vous éloignez!
        Toutes les étapes préalables me semblent non seulement inutiles mais aussi beaucoup trop coûteuses. L’argent ne coule pas comme la pluie des nuages au Printemps. C’est déjà assez difficile de réunir les fonds nécessaires pour la moindre mission robotique (puisqu’il n’y a pas aujourd’hui de mission habitée dans l’espace profond)!

  8. Dans son article, Robert Zubrin écrit (selon votre traduction) :

    “Le manifeste dont le titre est, « L’exploration éthique et le rôle de la protection planétaire pour nous débarrasser des pratiques coloniales » présente peu de qualité technique. Il est néanmoins d’un grand intérêt clinique, car il démontre avec brio comment les idéologies responsables de la destruction de l’enseignement universitaire des « arts-libéraux » aux Etats-Unis, peuvent être mises à contribution pour interrompre également l’exploration spatiale.”

    De quelles “idéologies responsables de la destruction de l’enseignement universitaire des “arts-libéraux” aux Etats.-Unis” l’auteur de cet article parle-t-il? Comme j’ai déjà pu en faire part sur d’autres blogs, j’ai commencé mes études universitaires en Californie au milieu des années soixante, et suivi la révolte estudiantine sur les campus de l’Université de Californie (UC) depuis son début, à Berkeley, le 2 décembre 1964. Les étudiants dénonçaient alors la discrimination dont faisaient l’objet les arts dits libéraux (les filières traditionnelles des lettres, du droit et des sciences humaines en particulier) au profit des seules branches technologiques et scientifiques.

    Sauf à vous avoir mal compris, je vois donc mal comment les révoltés de 1964 et après, dont les “redoutables EDIWG” seraient les avatars, pourraient être assimilés aux délateurs de la droite conservatrice de type maccarthyste, comme vous semblez l’entendre quand vous affirmez que “Les redoutables EDIWG (Equity, Diversity, and Inclusion Working Group) ou assimilés, qui pullulent, notamment dans les universités, sont l’équivalents des délateurs de l’époque McCarthy de triste mémoire […]”.

    Au milieu des années soixante, les délateurs étaient les agents du FBI infiltrés sur les campus de l’UC parmi les professeurs et étudiants pour y déceler les éventuels sympathisants communistes. Ceci s’explique d’abord par le contexte de guerre froide de l’époque. Déjà, dans l’entre-deux guerres, en pleine période maccarthyste, le corps professoral de l’UC avait dû jurer sous serment que ses membres n’étaient pas affiliés au parti communiste. Depuis son accession en 1950 à la présidence de cette prestigieuse institution et tout au long de son mandat, Clark Kerr, économiste de renommée mondiale, avait été fiché comme “dangereux libéral” par la droite conservatrice. Dès son entrée en fonction le 1er janvier 1967, le gouverneur républicain Ronald Reagan l’avait aussitôt limogé de son poste, le rendant responsable à titre personnel de l’agitation estudiantine sur les campus. Pour parvenir à ses fins, il avait monté une cabale contre lui avec le directeur du FBI et celui de la CIA, ancien alumnus de Berkeley et ami de Reagan. La révélation par la presse, au début des années 1970, des dénonciations de supposés communistes parmi professeurs et étudiants par les agents infiltrés du FBI a provoqué un scandale à l’échelle nationale.

    Que l’équipe démocrate qui vient de remporter les élections présidentielles soit issue en partie, sinon dans sa majorité, de la génération des années soixante, c’est une chose. Que la future vice-présidente, Kamala Harris, soit un pur produit du campus universitaire à l’origine des révoltes estudiantines de cette époque désormais historique, c’est un fait acquis. En faire les nouveaux inquisiteurs, les Torquemada de la recherche scientifique, en particulier dans le domaine spatial, et donc les égaux des flicards maccarthystes d’autrefois me paraît en revanche relever d’une curieuse confusion des genres et d’une inversion des rôles que la seule fin de la Guerre Froide ne saurait justifier à elle seule.

    S’il faut chercher des nouveaux Tarfuffe bigots et calotins, des néo-puritains intransigeants et dogmatiques, ne serait-ce pas plutôt vers certaines factions radicales des mouvements progressistes actuels qu’il faut regarder?

    1. Ce qui m’inquiète c’est l’évolution de cette jeunesse libérale que j’ai connue moi aussi dans les années 60 à l’Université de Virginie. Comme toute évolution sociale elle a conduit à des excès, le balancier (ou l’effet d’inertie) allant beaucoup trop loin dans la direction amorcée alors. Vouloir l’égalité entre les Noirs et les Blancs c’est bien mais le racialisme est une perversion de ce désir d’égalité. Vouloir l’égalité des hommes et des femmes c’est bien mais le féminisme exacerbé de l’Amérique d’aujourd’hui est une perversion de ce mouvement nécessaire et sympathique au début. Vouloir limiter la pollution par une consommation raisonnable, le recyclage partout où cela est possible, le respect de l’environnement c’est bien, vouloir la décroissance est pareillement une perversion de cette tendance qui peut conduire à la catastrophe économique. Et c’est au sein de l’Université que ces extrémismes sont hélas le plus marqués. Je le sais bien par des amis qui sont encore enseignants dans des établissements prestigieux et qui me disent la contrainte qui s’exercent sur eux (non seulement de la part des étudiants mais aussi de la faculté) dans le choix de leurs cours, de leurs auteurs, de leurs sujets.
      Quand on voit l’importance qu’à pris le redoutable mouvement Metoo, la cancel culture, BLM, les soutiens de Bernie Sanders qui sont de vrais anticapitalistes, je pense qu’on peut être inquiets car le parti Démocrate compte tous ces gens dans son électorat et ils n’accepteront pas que les modérés ne tiennent pas compte de leur soutien aux élections. Joe Biden n’est certainement pas un extrémiste et sans doute peu enclin à les suivre mais il leur est redevable et ils sont devenus une minorité agissante extrêmement forte et virulente. Quant à Kamala Harris on verra bien mais elle me semble une personne donnant l’apparence d’être prête à suivre le vent qui souffle, avec beaucoup d’arrières pensées. Elle a montré pendant les primaires lorsqu’elle combattait Joe Biden où étaient placées ces arrières pensés. Ce n’est pas elle une modérée.
      Donc nous ne sommes certes pas encore de retour au McCartisme mais il y a beaucoup d’intolérance dans la mouvance démocrate et ne pas suivre la « bonne ligne » présente déjà beaucoup d’inconvénients.
      NB: je n’aime pas les commentaires anonymes. Si vous avez quelque chose à dire, pourquoi ne pas le dire publiquement? Vous avez peur des représailles ou bien vous n’assumez pas vos opinions?!

  9. Merci pour votre réponse très complète. Dans l’ensemble, nous partageons les mêmes vues sur l’évolution de la jeunesse libérale depuis les années soixante. Je me pose les mêmes questions que vous au sujet de mouvements tels que MeeToo, la cancel culture, BLM et autres. Quant à Kamala Harris, comme vous le dites, “let’s wait ad see”.

    En ce qui concerne mon identification, elle n’a rien d’anonyme. Il ne s’agit en effet pas d’un pseudo, dont je sais qu’ils font débat chez certains, mais de mes simples initiales, telles que je les utilisais pour signer mes articles quand j’étais journaliste dans un quotidien romand, où c’était la règle pour tous les collègues, notre rédacteur-en-chef compris. Pour moi, recourir à mes seules initiales n’est en fait que la persistence d’un vieux réflexe.

    Bien sûr, je pourrais utiliser mon nom complet – il est d’ailleurs connu depuis longtemps de la rédaction -, mais je n’en vois pas la nécessité, ceci d’autant moins sur un site qui autorise l’anonymat. Si tel n’était pas le cas, je me plierais bien entendu à la règle commune. Après tout, quand nous glissons notre bulletin de vote dans l’urne, personne ne nous demande de clamer notre opinion sur tous les toits.

    Vous ne m’en voudrez donc pas trop, je l’espère, si je m’en tiens à cette pratique, car c’est toujours un réel plaisir et fort instructif de vous lire.

    Très cordialement,

    A. Ln

    1. Cher A. Ln,
      Je comprends votre position. Mon interpellation brutale n’était pas justifiée dans votre cas puisque A. Ln est votre nom de plume. Je vous prie de m’excuser et je suis heureux de constater que finalement nous partageons le même point de vue sur l’évolution de la société américaine.
      Je vous remercie aussi pour vos compliments.

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