La saison des lancements vers Mars revient dès le 14 juillet

Comme tous les 26 mois, cycle imposé par la mécanique céleste, les Terriens vont envoyer vers Mars une nouvelle « volée » de robots explorateurs. Ils partiront entre le 14 juillet et le 5 août et arriveront quelques 7 à 9 mois plus tard dans le voisinage de Mars. Cette fois ci les missions sont originaires des Etats-Unis, de la Chine et des Emirats Arabes Unis (avec un lanceur japonais). Les pays membres de l’ESA ont malheureusement déclaré forfait.

Toutes n’ont pas les mêmes chances de succès, c’est-à-dire de mise en orbite autour de Mars et surtout d’atterrissage à sa surface. Des trois missions, seuls l’américaine et la chinoise ont l’objectif d’atterrir et pour les Chinois cet atterrissage, s’il est réussi, sera une première. En réalité seuls les Etats-Unis ont démontré leur capacité aussi bien à la mise en orbite qu’à la descente en surface, c’est-à-dire à effectuer avec succès la difficile succession de manœuvres de l’« EDL » (« Entry, Descent, Landing »).

C’est pour cela que les statistiques sur expériences passées qui prétendent prouver les faibles chances d’atterrir avec succès sur Mars sans se référer au pays du lanceur ni à la date du lancement, n’ont aucun sens, et elles en ont d’autant moins si on prend en compte toute la série des tentatives. Tous pays du monde confondus, il y a eu 54 lancements pour Mars depuis 1960 dont 11 « flyby » et « assistances gravitationnelles » (survols simples et survols pour aller plus loin que Mars), 25 pour mises en orbite et 18 pour atterrissages. Les Américains ont effectué 23 lancements, ils ont échoué 5 fois mais la dernière fois c’était il y a très longtemps, en 1999, avec Mars Polar Lander, et sur les 5, ils n’ont échoué qu’une seule fois à se poser (le même Mars Polar Lander). Il n’y a eu aucun autre échec depuis cette date (10 lancements réussis en série). Les Russes par contre ont effectué 22 lancements, ils ont échoué 19 fois et n’ont réussi que 3 opérations dont un flyby, une seule mise en orbite (pour la mission MarsExpress de l’ESA, en utilisant leur lanceur Soyouz) et aucun atterrissage. Les Européens n’ont réussi, seuls (avec leur lanceur Ariane 5G+), qu’une seule opération, la mise en orbite de la première partie de la mission ExoMars (Trace Gas Orbiter) en 2016 tandis que la partie atterrissage (Schiaparelli) a échoué. L’autre opération, Mars Express, a (comme dit plus haut) été réalisée avec un lanceur russe. Le Japon a tenté et échoué une fois, l’Inde a tenté et réussi un fois (mise en orbite de Mangalyaan). Enfin on ne peut compter dans les mêmes statistiques les tentatives des années 1960 et celles d’aujourd’hui. Les technologies ont évolué et les Américains ont appris très vite à faire ce qu’ils ne savaient pas faire pour la bonne raison qu’ils n’avaient pas essayé ! *NB : le lancement américain se fera cette fois ci encore (comme pour la mission MSL emportant Curiosity en Novembre 2011) avec une fusée Atlas 5-541.

Toutes les missions 2020 n’ont pas le même potentiel scientifique.

Les Emirats Arabes Unis, avec la « Hope Mars Mission », doivent envoyer dès le 14* juillet, un « démonstrateur technologique ». Ils veulent montrer qu’ils sont capables de participer à une mission pour aller jusqu’à l’orbite de Mars et y déployer des instruments scientifiques. Il s’agit « simplement » d’envoyer, de placer et d’utiliser un orbiteur (satellite) ; pas question de tenter de descendre au sol pour une première mission. Officiellement Hope (ou « al-Amal », « espoir ») va étudier l’atmosphère et le climat au sol avec deux spectromètres, l’un opérant dans l’infrarouge pour mesurer la variabilité de la thermosphère et les pertes des différents gaz, l’autre dans l’ultraviolet pour étudier, dans l’atmosphère moyenne et basse, les températures, la vapeur d’eau et les variations de teneur en poussière. Le lanceur, japonais, H-IIA de Mitsubishi, est un lanceur fiable qui a propulsé de nombreuses missions dont quelques-unes dans l’espace profond. L’opération, mineure** sur le plan scientifique, a donc de bonnes chances de succès.

*En raison du mauvais temps au centre spatial Tanegashima (sud de l’archipel Nippon, latitude de Shanghai), le décollage du lanceur a été reporté pour la deuxième fois. Il est maintenant prévu pour le 19 juillet à 23h58. Le lancement a finalement bien eu lieu ce 19 juillet à 23h58. L’orbiteur est sur le chemin de Mars. Congratulations!

**A noter toutefois que l’orbite d’Amal autour de Mars ne sera pas polaire mais inclinée par rapport à l’axe de rotation de la planète, c’est-à-dire qu’elle permettra d’observer le même lieu à des heures différentes, donc dans différentes conditions d’exposition aux rayonnements du Soleil.

La Chine est dans le même registre de la démonstration de capacité. Elle veut lancer un orbiteur et un atterrisseur « Mars Global Remote Sensing Orbiter and Small Rover », mission maintenant connue comme « Tianwen-1 » qu’on peut traduire par « recherche de la vérité céleste » (« Huoxing-1 » ou « HX-1 » durant la phase de développement). C’est aussi une première puisque jusqu’à présent ce pays n’a effectué de lancements que vers la Lune. Au-delà de la démonstration ingénieuriale et politique, l’objet sera la recherche de traces passées ou présentes de vie et l’« évaluation de la surface et de l’environnement de la planète », expression plutôt vague qui annonce un travail d’étude de l’atmosphère, du champ magnétique et de cartographie géologique (une caméra à haute résolution sera embarquée). Bien sûr le vecteur sera chinois, une fusée « Long March 5 » (ou « Changzheng 5 » ou « CZ-5 ») ; lanceur lourd dont le « track-record » est faible ; deux échecs suivis de deux succès sur quatre tentatives, le placement d’un satellite sur une orbite géostationnaire puis d’un autre satellite en orbite basse terrestre. La masse à descendre en surface de Mars est égale au quart de la masse de Curiosity ou du nouveau rover Perseverance. Le succès ou l’échec se vérifieront sur plusieurs niveaux. Réussir le lancement dans l’espace profond serait une confirmation de la fiabilité de CZ-5, ce qui serait déjà bien ; réussir la satellisation autour de Mars serait moins difficile ; parvenir à déposer en douceur la charge utile sur Mars serait une performance extraordinaire. L’objet scientifique est secondaire.

Après le retrait des Européens de l’ESA (par crainte de non maîtrise de l’EDL et d’une mauvaise coordination avec les Russes de Roscosmos), la mission la plus sérieuse et de loin la plus utile sur le plan scientifique, est la mission américaine. Le rover Perseverance (« Mars 2020 » durant la phase de développement) de la NASA est, à mon avis, relativement moins intéressant que son ex-concurrent Rosalind Franklin de l’ESA. Il est la suite de Curiosity et a pour objet de rechercher aussi les traces de vie passée (Curiosity cherchait à savoir si Mars avait été habitable, ce qui n’est pas la même chose), de préparer un futur retour d’échantillons et de préparer la venue de l’homme sur Mars. Il comprend 7 instruments qui sont pour plusieurs d’entre eux des améliorations de ceux qui équipent aujourd’hui Curiosity. Le Mastcam-Z est une caméra panoramique et stéréoscopique avec une forte capacité de zoom. Ce sera les yeux du rover et elle aura un rôle à jouer dans l’identification minéralogique. MEDA (Mars Environmental Dynamics Analyzer) est un ensemble de capteurs qui donneront toutes indications sur le temps qu’il fait (y compris le contenu en poussière de l’atmosphère et la taille des particules). MOXIE (Mars Oxygen ISRU Experiment) est un instrument qui doit tester la possibilité de produire de l’Oxygène à partir de du dioxyde de carbone de l’atmosphère martienne (une des recommandations faites par Robert Zubrin dans les années 1990). PIXL (Planetary Instrument for X-Ray Lithochemistry) est un spectromètre à fluorescence de rayons X avec un imageur à haute résolution pour déterminer la composition des roches de surface. Le but est de permettre une analyse chimique plus fine que précédemment. RIMFAX (Radar Imager for Mars’ Subsurface Experiment) est un radar qui doit permettre de déterminer la structure géologique du sol à l’échelle du centimètre (jusqu’à une profondeur d’une dizaine de mètres). SHERLOC (Scanning Habitable Environments with Raman & Luminescence of Organics & Chemicals) est un spectromètre qui doit déterminer la minéralogie à petite échelle et détecter les composés organiques. SuperCam est une sorte de ChemCam (embarquée sur Curiosity) améliorée. L’instrument pourra détecter à distance la présence de composés organiques dans le régolithe ou les roches.

En plus de ces instruments, le rover américain disposera, comme son prédécesseur, d’un bras robotique avec un foret capable de prélever des échantillons qui seront soit analysés sur place, soit préservés dans une « cache » en attendant une mission de retour d’échantillons à la fin des années 20 ou au début des années 30 (c’est loin et c’est vraiment frustrant !). Les prélèvements resteront très superficiels (le foret prévu n’est hélas pas celui de Rosalind Franklin qui aurait pu aller jusqu’à deux mètres de profondeur c’est-à-dire sous la zone irradiée avec des doses telles que la vie est très improbable !). Enfin la mission débarquera un petit hélicoptère pour tester la possibilité d’utiliser ce type de véhicule dans les explorations futures. C’est intéressant car il est vrai que l’exploration martienne rapprochée souffre de devoir être menée exclusivement avec un rover qui roule sur un sol par définition non préparé à la circulation des véhicules à roues. On a vu que Spirit est mort d’avoir pénétré dans des sables mouvants et que les roues de Curiosity ont très vite été très abimées ce qui lui a interdit pas mal d’observations intéressantes. Il est impossible d’aller observer/analyser un site intéressant même à quelques mètres s’il est inaccessible au rover et hors de portée de sa ChemCam. Ceci dit ce premier hélicoptère, nommé « Ingenuity », n’aura qu’une autonomie très limitée et n’embarquera qu’une caméra. Espérons qu’il puisse voler !

Ces missions vont s’ajouter à celles qui sont encore en cours. D’abord les orbiteur de l’ESA, ExoMars-TGO, « en pleine forme » (fin de mission prévue en 2022), et Mars Express qui continuera ses observations jusqu’à fin 2020 ; puis les orbiteurs de la NASA, MRO, le Mars-Reconnaissance-Orbiter lancé en août 2005, avec sa camera HiRISE qui nous donne toujours des photos d’une précision extraordinaire (résolution jusqu’à 0,3 mètre par pixel) et qui a été prolongé, le vieux 2001-Mars-Odyssey qui a suffisamment d’énergie pour fonctionner jusqu’en 2025 et MAVEN qui a terminé sa mission mais communique encore, sans oublier, en orbite, le démonstrateur Mangalyiaan de l’Inde, et au sol le rover Curiosity au sol ainsi que la sonde InSight qui continue à faire de la sismographie. MRO, Mars Odyssey, MAVEN et MarsExpress serviront de relais aux nouveaux rovers pour les télécommunications vers la Terre.

L’exploration de Mars continue donc. Après le retrait des Européens, la recherche de la vie est maintenant portée par les Américains tout seuls. Nous pouvons espérer de nouvelles informations passionnantes et de toute façon une meilleure connaissance de cette planète, la plus semblable à la Terre et la seule sur laquelle on puisse envisager d’aller physiquement avec les technologies d’aujourd’hui et où j’espère on finira par aller un jour pas trop éloigné. La lente progression qu’a entrepris la NASA vers cet objectif (années 2040 ?) pourrait être, heureusement, accélérée par Elon Musk qui veut mener une première expédition habitée en 2024 (mais si cette date était reculée à 2026, ce ne serait pas trop grave). Espérons qu’il pourra finaliser son lanceur SuperHeavy et son vaisseau Starship et que les tenants de la protection planétaire ne lui mettront pas des bâtons dans les roues en empêchant son décollage ou plutôt son atterrissage sur Mars ! La Chine se profile dans l’ombre. Ses capacités sont encore loin derrière celle des Américains mais le dépôt sur le sol de Mars d’un rover qui fonctionne ferait progresser fortement leur crédibilité.

Illustration : les différents équipements qui vont être envoyés vers Mars: deux rovers au sol, l’américain et le chinois, et un “orbiteur” (satellite), celui des Emirats Arabes Unis.

crédits : Pour les Etats-Unis, NASA/JPL-CalTech; pour la Chine: picture-alliance/dpa/Chinese State Administration of Science, Technology and Industry for National Defense; pour les Emirats Arabes Unis: MBRSC.

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

21 réponses à “La saison des lancements vers Mars revient dès le 14 juillet

  1. Les mois à venir s’annoncent passionnants pour tous ceux que l’exploration spatiale intéressent. Il y a beaucoup à apprendre sur l’histoire et l’évolution du Système Solaire et même de notre propre planète en explorant Mars. Par contre, je pense que l’on met trop l’accent sur une fort hypothétique découverte de traces de vie (passée ou présente) sur la planète rouge. On sait aujourd’hui que l’apparition de la vie sur Terre a été le résultat d’une conjonction de conditions nombreuses et très particulières (voir les articles de M. Brisson sur ce blog à ce sujet). La probabilité que ces conditions aient été réunies ailleurs dans le Système Solaire, voire même au-delà, est assez mince.

    1. @P-A Haldi
      Sur Mars, c’est vrai que c’est peu probable. Par contre, sur (ou plutôt sous) Europe, c’est à envisager.

      Évidemment c’est plus loin que Mars mais Cassini-Huygens s’est promené au travers les orbites de tous les satellites de Saturne. Bien sûr, ce ne sera pas tout d’y aller. Il faudra s’y poser et forer une épaisseur considérable de glace d’eau. Et si jamais il y a quelqu’un il faudra éviter à tout prix de lui refiler la Covid ou même le plus insignifiant des germes terrestres. Ce dernier point est d’ailleurs un des plus importants pour toute mission cherchant des traces de vie.

      Je dois bien avouer que, sous l’influence de la tétralogie d’Arthur Clarke, j’avais espéré que les Chinois tenteraient cet exploit en 2008 pour fêter leurs Jeux Olympiques mais je reconnais que j’ai toujours été un rêveur. Elon Musk en est un autre et lui, ira au bout de son rêve.

      1. Il n’y a en tout cas pas plus de probabilité de trouver des traces de vie sur les lunes de Jupiter (ou Saturne) que sur Mars qui, au moins, se trouve à la limite de la “zone viable” dans le Système solaire.
        Je répète que les conditions qui ont conduit à la naissance de la vie sur Terre sont nombreuses et résultent d’une coïncidence de circonstances tout-à-fait exceptionnelle, Bien sûr, l’Univers est grand et on ne peut exclure que ce “miracle” ne se soit pas également produit ailleurs, mais cela reste assez peu probable.

  2. J’avais cru comprendre que l’ESA et son partenaire Roscosmos avaient juste reporté de 26 mois la mission prévue !? J’espère qu’elle n’est pas abandonnée comme vous le laissez entendre !?
    Une fenêtre ouverte tous les 26 mois vers Mars , cela signifie donc après juillet 2020, on trouve septembre 2022, puis novembre 2024, et ensuite on rentre dans les années impaires jusqu’en 2035 quand la planète rouge sera de nouveau proche à 55 millions de km … mais la distance entre les deux planètes sera plus grande entre 2025 et 2031, donc pas très adéquate pour une mission habitée où chaque semaine supplémentaire dans l’espace complique la vie des astronautes et augmente la charge utile à emporter …
    On peut donc s’attendre à ce que la première mission habitée ne commence que vers 2033 qui reste un objectif très ambitieux compte tenu du fait qu’un atterrisseur pour des humains n’a rien de commun avec celui conçu pour de simples rovers … certains avancent l’idée que l’homme arrivera sur Mars pas avant 2048 !

    1. Je ne laisse pas entendre que la mission de l’ESA n’aura jamais lieu. C’est absurde d’interpréter ainsi ce que j’ai écrit!
      Quant au rallongement du voyage jusqu’à Mars dans les années à venir. Certes il y a bien un cycle de quinze ans mais de toute façon 1) la quasi totalité des ergols de propulsion utilisés, le sont lors du decollage et de l’atterrissage; 2) les premières missions devront emporter tous leurs consommables pour 30 mois. La masse à transporter sera donc la même.

      1. J’ajouterais que le fait que Mars passe plus ou moins près de la Terre n’a pas une grande importance. On ne voyage pas en ligne droite dans l’espace, et la longueur du parcours – plus de 400 millions de km – sur l’orbite de transfert elliptiques (1/2 ellipse) “tangentant” celles des planètes de départ et d’arrivée, donc le temps de trajet, ne change pas de manière significative.

        1. en prenant l’orbite de transfert de Hohmann, le temps de voyage est calculé d’après la loi de Képler , donc la différence entre la distance minimale et maximale entre les 2 planètes n’est pas négligeable et dépend du demi grand axe , soit 1.19 UA (minimum) ou 1.33 UA (maximum) ou en nombre de jours : 237 jours (minimum ) ou 279 jours (maximum ) .

          1. Monsieur Giot, vous pensez bien que ce n’est pas cette différence dans le temps de voyage qui va conduire à annuler les vols habités vers Mars! D’autant que si on veut aller un peu plus vite (et on le voudra pour réduire le temps d’exposition aux radiations solaires et surtout galactiques) on donnera une impulsion plus forte au départ de la Terre, donc une vitesse un peu plus grande. De toute façon, on veut aller sur Mars en six mois et on pourra le faire avec le Starship de SpaceX car il a une marge de puissance suffisante (et une capacité de ses réservoirs d’ergols suffisante) en utilisant toute la puissance de ses cinq moteurs en même temps pendant un peu plus longtemps.
            Ceci dit j’attire votre attention sur le fait que ce sujet des vols habités n’est que périphérique à mon article qui traite de l’envoi de trois missions robotiques dans le mois qui vient.

          2. C’est juste, mais pour des missions habitées on adoptera de toute façon une trajectoire un peu plus “tendue” qui ramènera la durée du voyage à 6 mois environ. Evidemment cela “coûte” un peu plus en énergie, et plus encore si le demi-grand-axe de l’ellipse est plus grand, mais la différence reste marginale comme je l’ai mentionné. Ce n’est en tout cas pas ce facteur qui empêchera un voyage même dans les conditions moins optimales.

  3. Cette exploration spatiale (planètes, étoiles et galaxies) à partir du sol et maintenant à partir de l’espace reste passionnante. Merci à Pierre Brisson de consacrer une partie de son temps pour nous tenir régulièrement au courant, grâce à son blog, de cette actualité spécifique aux retombées sociétales multiples et utiles.

  4. A Pierre Brisson,
    Monsieur, c’est par un pur hasard que j’ai découvert votre blog et m’y suis abonné sans délai. Mars, entre autres, reste un lointain mirage et ma vie restera trop courte pour qu’un jour je voie un homme y mettre un pied. Tant pis. Mes enfants et petits-enfants auront cette chance. Mais je vais venir au fait de mon commentaire. Il concerne tout simplement votre réponse à Hubert Giot, qualifiant « d’absurde » (contraire au bon sens, à la logique, voire à la raison, proche d’aberrant ou d’incohérent) sa remarque, une supposition relevant simplement d’un doute. Cela reste pour moi trop « violent » et je me garderai bien, à l’avenir, de commenter sous peine d’être traduit au rang des incultes.
    Cordialement

    1. Monsieur Giot est un de mes lecteurs de la première heure mais il prend un malin plaisir à prendre tout ce que j’écris négativement et à renouveler systématiquement les mêmes crtitiques…il y a des moments où je perds patience. En l’occurence il est effectivement absurde de penser que l’Europe a renoncé à toute exploration robotique de Mars et il est évident pour tous les lecteurs sauf apparement Monsieur Giot, que le forfait déclaré par l’ESA ne l’est que pour ce lancement ci et pas pour ceux qui pourront être effectués dans les prochaines fenêtres. Un sportif qui renonce à un combat en déclarant forfait ne renonce pas pour autant à tous les combats à venir.

  5. Oui, il faudra impérativement disposer sur Mars d’un procédé, tels que MOXIE mentionné, pour produire du dioxygène, O2 (indispensable à la survie des futurs martionautes), à partir du dioxyde de carbone, CO2, tiré de son atmosphère. Mais quelle est précisément l’abondance de cette ressource sur Mars ?
    .
    Justement, l’atmosphère martienne est constituée à 95.32% (en volume) de CO2 ; il faut regarder combien cela fait en masse. En comparaison, sur Terre, la teneur en CO2 de l’atmosphère a actuellement dépassé les 415 ppm (en volume). Il faut convertir ces “ppm en volume” en “ppm en masse”, sachant que la masse molaire du CO2 est de 44 g/mol et la masse molaire moyenne de l’air de 28.97 g/mol, le rapport étant donc de 1.517, ce qui donne une teneur en CO2 de 630 ppm en masse, un chiffre que l’on oublie trop souvent ! La masse totale de l’atmosphère terrestre étant de 5.1 10^18 kg, ou 5.1 millions de Gt (gigatonnes), il y a donc 3.2 10^15 kg, ou 3’200 Gt (gigatonnes) de CO2 dans l’atmosphère terrestre (ce chiffre était de 2’200 Gt vers 1800, avant l’ère industrielle, soit 280 ppm en volume, ou 427 ppm en masse). Mais rappelons que sur Terre le stock principal de CO2 se trouve dans l’eau des océans où il y a quelque 121’350 Gt de CO2 dissous (ce chiffre était de 120’780 Gt avant l’ère industrielle). L’accroissement total du CO2 dans l’atmosphère et dans les océans correspond au cumul des émissions de CO2 réalisées depuis le début de l’ère industrielle, soit aujourd’hui quelque 1’650 Gt !
    .
    La masse totale de l’atmosphère ténue de Mars est, elle, de seulement 25 10^15 kg, soit 25’000 Gt (204 fois plus faible que celle de la Terre) et la masse molaire moyenne de cette atmosphère est de 43.34 g/mol ; avec les 44 g/mol du CO2 le rapport est ici presque un, seulement 1.015, et donc la teneur en masse est de 96.77%, soit 24.2 10^15 kg, ou 24’200 Gt CO2. En masse, il y a donc dans l’atmosphère de Mars 7.56 fois plus de CO2 disponible que dans l’atmosphère terrestre.
    .
    Les réserves de CO2 atmosphérique sur Mars sont ainsi assez “confortables” pour permettre la fabrication “industrielle” (en masse) de l’indispensable dioxygène, O2. Mais le processus prévu (MOXIE) obéit à l’équation chimique : 2 CO2 —> 2 CO + O2 qui permettrait de produire 15’400 Gt de CO et 8’800 Gt de O2. Le premier gaz (le monoxyde de carbone mortel !) sera à soigneusement séparer et pourra être utilisé pour fabriquer du carburant.

    1. On peut conseiller à tous les intéressés le livre de Robert Zubrin “The Case for Mars” (en français: “Cap sur Mars”), dans lequel l’utilisation in situ des ressources martiennes (atmosphère et sous-sol) pour produire oxygène, eau, carburant et autres “commodités” est clairement expliquée et détaillée.

  6. Mon commentaire d’hier sur la nécessaire fabrication de dioxygène sur Mars s’est achevé abruptement. Je voulais encore préciser ceci.
    Rappelons que sur Terre le CO2 est « réduit » efficacement par la photosynthèse selon la réaction redox où l’eau est « oxydée » en O2 :
    2n CO2 + 2n H2O + photons → 2 Cn(H2O)n + 2n O2.
    Cette équation de forme générale qui permet la production de tous les hydrates de carbone (sucres, par exemple) grâce à une réaction photochimique dans les plantes montre que chaque molécule de CO2 permet de produire une molécule de O2. Ce procédé est donc deux fois plus efficace que la réaction du procédé MOXIE. Autre conclusion : plus la concentration de CO2 dans l’air augmente, plus la végétation prospère et plus de O2 et d’hydrates de carbone sont produits, ce qui est bien connu sur Terre où des cultures par forçage sous une atmosphère enrichie en CO2 sont réalisées avec succès (la meilleure méthode pour « fixer » le CO2 !). Cela signifie que sur Mars, il faudra rapidement disposer de serres où une végétation luxuriante sera appelée à produire le dioxygène indispensable aux martionautes et cela sans formation d’autre gaz toxique, mais en bénéficiant aussi d’une source d’hydrates de carbone.

    1. Merci Monsieur de Reyff de ce complément. Il est en effet très important et je profite de l’occasion pour mentionner que cette production d’oxygène et d’hydrates de carbone est un des objets du programme MELiSSA (Micro Ecological Life Support System Alternative) qui s’efforce, dans le cadre de l’ESA, de mettre au point une boucle de recyclage biologique aussi fermée que possible à petite échelle (donc transportable et pouvant être mise en fonctionnement sur Mars). Dans ce programme, les microalgues spirulines, fortes productrices d’oxygène à partir du CO2) et toutes sortes de plantes supérieures peuvent “être mises à contribution”…et consommées par l’homme.

  7. Il est toujours frustrant de voir que l’on joue avec un coup de retard: en utilisant la Falcon Heavy au lieu de l’Atlas V, on pourrait envoyer 3x plus d’instruments (3x plus de poids) sur Mars. Ou alors ajouter un système de retro-fusées qui permettrait de freiner l’engin spatial avant son arrivée dans l’atmosphère et rendrait la descente moins hasardeuse.

    L’ESA devrait réfléchir à 2 fois avant de chercher à copier les Américains sur la voie de l’EDL complexe alors qu’il existe désormais un moyen de faire plus simple.

    1. L’ESA devrait en effet plutôt essayer de rattraper son retard sur SpaceX, en commençant par la récupération puis la réutilisabilité des lanceurs.
      Je suis aussi d’accord avec vous pour dire qu’il serait moins hasardeux de descendre sur Mars par rétropropulsion plutôt que par la séquence impliquant des parachutes. De toute façon avec la progression des masses, l’utilité du recours aux parachutes deviendra bientôt presque nulle. Le problème de la rétropropulsion c’est qu’elle consomme beaucoup d’ergols ce qui limite la charge utile. C’est pour cela que SpaceX a prévu de remplir son Starship « à ras bord » de ses réservoirs en orbite basse terrestre. Le Falcon Heavy ne pourrait sans doute pas descendre sur Mars plus que ne le peut un vaisseau propulsé par un Atlas V. Ce qu’il faut absolument c’est un refuelling en LEO et cela n’est économique que si les lanceurs sont récupérables.

  8. Cette conquête spatiale est complexe, mais très stimulante pour nos activités scientifiques et techniques. Derrière il y a aussi un intérêt économique et/ou commercial qui va probablement dans le futur être confronté aux règles juridiques du Traité sur l’espace de 1967 (qui s’en souvient ?). Ne me souviens pas avoir lu un texte relatif à ces potentielles contraintes juridiques (droit international).

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