La NASA confirme le caractère saisonnier du cycle du méthane dans l’atmosphère de Mars

La NASA a tenu ce 7 juin une conférence de presse pour faire le point de ses recherches martiennes à l’aide du laboratoire SAM (Sample At Mars) du rover Curiosity et en introduction à deux articles scientifiques qui doivent paraître dans la revue Science du 8 juin.

Disons tout de suite que rien de sensationnel n’a été annoncé mais qu’on progresse quand même, comme le disent les représentants de la NASA, en confirmant des pistes déjà ouvertes et en solidifiant ainsi les bases de nos futures missions. L’essentiel est que l’existence d’un cycle saisonnier du méthane (voir mon article sur ce blog le 17 avril) ainsi que la relative abondance des molécules organiques ont été confirmées.

Le cycle du méthane c’est l’augmentation très nette de la teneur en méthane de l’atmosphère, jusqu’à 0,6 / 0,7 ppbv  (parties par milliard en volume) quand la température moyenne remonte à la fin de l’été boréal, et sa diminution jusqu’à de très bas niveaux (0,2 ppbv) à la fin de l’automne*. La cause de cette présence et de ce cycle n’est toujours pas connue mais on exclut l’effet des intrusions météoritiques dans l’atmosphère ou les impacts de glace cométaire au sol de la planète, ou encore l’effet des radiations UV solaires, du fait que les pourcentages qu’ils représenteraient ne pourraient expliquer les volumes du phénomène et surtout sa saisonnalité. Par ailleurs l’effet de la baisse de pression atmosphérique due au grand froid de l’hiver austral qui solidifie une partie du gaz carbonique de l’atmosphère globale ne serait pas non plus suffisant. Les clathrates dans le sous-sol immédiat (sensible aux variations de température) restent une forte possibilité (la vie, on verra plus tard mais si elle existe sur Mars, elle est extrêmement discrète!). Le fait nouveau c’est que les cycles ont bien été confirmés après trois ans (martiens) d’observations de Curiosity (SAM, laser TLS). On attend maintenant les observations de l’orbiter TGO (de l’ESA) devenu opérationnel en avril. Il devrait pouvoir identifier les sources de méthane (par constatation de la concentration géographique du gaz dans l’atmosphère) ce qui permettrait ensuite d’étudier plus finement l’endroit et donc de rechercher avec moins de difficultés la cause des émissions.

*En dehors de ce cycle de “fond” on a enregistré quelques “pics” spectaculaires, pour Mars, par exemple 7 ppbv dans le cratère Gale peu après l’arrivée de Curiosity (mais ils surviennent également pendant la saison chaude). Ce n’est évidemment rien par rapport aux 1800 ppbv enregistrés en moyenne sur Terre.

En ce qui concerne les molécules organiques, rien de bien nouveau non plus mais on constate la présence de thiophène (molécule organique contenant du soufre, C4H4S) ainsi que de benzène ou de toluène, et de petites chaines carbonées telles que propane ou butène. Cela fait penser entre autres possibilités à des fragments de matières kérogènes (le soufre étant nécessaire à l’architecture de ces molécules complexes). Une matière kérogène ne résulte pas forcément de la vie mais c’est une forte possibilité, du fait qu’elle contient les éléments chimiques utilisés par la vie (C,H,O,N,S,P)*. Les quantités de ces molécules organiques (de l’ordre de 10 ppm) sont comparables à celles que l’on trouve dans les météorites martiennes identifiées sur Terre. On attend maintenant les examens à températures plus douces car jusqu’à présent on n’a pas utilisé neuf coupelles de liquide réactif embarquées dans SAM et tous les examens résultent de l’observation des molécules après chauffage à haute température (qui permettent de bien identifier les composants mais qui brisent les assemblages et causent certaines réactions parasites). L’attente est sans doute due à ce que le foret de Curiosity n’a pas fonctionné pendant 18 mois et qu’il n’est redevenu opérationnel que cette semaine (mais on pourrait dire également qu’on a voulu utiliser ces capsules à bon escient et après avoir bien observé les composants des différents échantillons prélevés par les autres moyens plus « rudes »). Egalement il est observé que les prélèvements ont été faits dans une couche très superficielle du sol (le foret de Curiosity ne pénètre pas au-delà d’une profondeur de 5 cm) très exposée aux radiations donc à la destruction de ces molécules organiques.

*il est aussi possible (pour rejoindre mon article précédent) que cette matière kérogène ne traduise pas le fonctionnement de la vie mais celui d’une “pré-vie”, d’une étape du processus prébiotique allant vers la vie. La vie n’est en effet pas apparue en dehors d’un environnement qui l’a préparée et qui a permis aux premières cellules vivantes de “s’approvisionner en matières premières”.

On est donc satisfait d’avoir constaté une grande abondance de molécules organiques et la présence d’éléments chimiques indispensables à la vie mais on attend maintenant les missions ExoMars (à noter le fairplay de la NASA) et Mars 2020. On peut donc dire que la NASA nous a fait un discours d’étape, satisfaisant et encourageant en attendant mieux. La recherche de la vie reste clairement au premier plan de ses préoccupations mais la plus grande prudence reste de mise, ce qui est bien normal.

Image à la Une: le cycle du méthane sur Mars constaté par le rover Curiosity (laboratoire embarqué Sample At Mars) après trois années (martiennes) d’observations. Crédit NASA/JPL-CalTech.

Image ci-dessous, Le rover Curiosity de la NASA a découvert dans des sédiments très anciens, des molécules organiques qui pourraient appartenir à des fragments de matière kérogène (que l’on associe naturellement à un processus biotique). Crédit : NASA/GSFC

lien vers le communiqué de presse de la NASA:

https://www.nasa.gov/press-release/nasa-finds-ancient-organic-material-mysterious-methane-on-mars

NB: Le Professeur Michel Cabane (LATMOS, IPSL, Uni. Pierre et Marie Curie), responsable scientifique du chromatographe en phase gazeuse, partie du laboratoire SAM, qui a fait les observations du méthane et de ces molécules organiques, sera l’un des intervenants au congrès EMC18 organisé pour les 26 au 28 Octobre prochains à la Chaux-de-Fonds. Inscrivez vous!

Pierre Brisson

Pierre Brisson

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l'Association Planète Mars (France), économiste de formation (Uni.of Virginia), ancien banquier d'entreprises de profession, planétologue depuis toujours.

3 réponses à “La NASA confirme le caractère saisonnier du cycle du méthane dans l’atmosphère de Mars

  1. “La recherche de la vie reste clairement au premier plan de ses (NASA) préoccupations”. C’est bien le problème; cette focalisation excessive sur un objectif qui a une grande probabilité de ne rien donner risque à terme de coûter cher à l’Agence américaine. Le grand public finira par se lasser, ou conclure que définitivement il n’y a “rien” à trouver sur Mars, et demandera que l’on coupe les budgets de la NASA consacrés à l’exploration de cette planète. Il ne faut pas, bien sûr, abandonner cette recherche mais il faut mettre l’accent sur d’autres raisons d’explorer Mars qui ont une chance de retour plus sérieuse et à propos desquelles on pourra montrer aux contribuables américains que des résultats tangibles sont effectivement obtenus.

    1. Je ne pense pas que l’on puisse esquiver la recherche de la vie sur Mars. D’ailleurs on s’achemine petit à petit vers quelque chose de très intéressant. On n’est en effet pas loin d’avoir confirmation de la présence de kérogène. “Lorsque” cette confirmation sera faite (je ne dis pas “si”), il faudra évidemment s’interroger sur l’origine de cette matière et elle exprimera de toute façon un stade extrêmemment avancé de l’évolution organique et ce stade ne pourra avoir été atteint que par l’action d’un processus “biotique” (je ne dis pas forcément “biologique”). Elle est trop complexe et trop spécifique pour ne pas résulter de l’action de bactéries ou plutôt de proto-bactéries (ou l’équivalent martien de ces toujours hypothétiques proto-bactéries). Cela rejoindrait d’ailleurs l’observation de kérogène dans la météorite de Tissint. C’est mon point de vue mais il reste évidemment à prouver.

      1. Je n’ai jamais dit qu’il fallait “esquiver la recherche de la vie sur Mars”. Au contraire, j’ai bien précisé qu’il ne fallait pas abandonner cette recherche (relisez mon commentaire). Ce que je critique, parce que cela m’inquiète pour l’avenir de l’exploration martienne, c’est le fait de mettre cette recherche au premier plan, c’est-à.dire de trop focaliser sur elle les motivations pour aller sur Mars. Et le grand public aura besoin de réponses “simples”: “vie” ou “pas vie”. La découverte d’éventuels processus pré-biotiques peut certes passionner des spécialistes, mais n’intéressera guère, ou en tout cas pas longtemps, les profanes,

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