La guerre sur le préau. C’est la “faute à Raspoutine”: mots d’enfants

«Et puis les adultes sont tellement cons/Qu’ils nous feront bien une guerre.» Jacques Brel, «J’arrive», Album: Ces Gens-là, 1966.

 

Arsène Doyon-Porret, Poda,  mars 2022, dessin, crayon et feutre: “La guerre à la porte de l’Europe

Depuis deux semaines, préméditée, la guerre d’hégémonie poutinienne frappe l’Ukraine en bafouant le droit international. Un conflit injuste dont la détermination crépusculaire est renforcée par le dilemme libéral du recours à la « guerre juste » :  https://www.heidi.news/ca-pourrait-vous-etonner/le-dilemme-liberal-d-une-guerre-juste-en-ukraine.

Suivie quasiment heure par heure par les médias, cette guerre proche nourrit toujours plus les commentaires du préau, entre foot, courses-poursuites et conciliabules secrets.

Vers 11h30, j’ose laisser traîner mes oreilles parmi les écolières et les écoliers qui galopent dans la lumière printanière qui leur ressemble. “lls font quoi pour protéger les enfants?”, s’inquiète un garçonnet. Dans la cohue et la stabulation libre, d’autres mots suivent, insolites, entreprenants: “C’est la faute à Raspoutine” (!). “Invitons les enfants ukrainiens réfugiés à venir apprendre le français dans notre école“. Bientôt, les paroles espiègles sont avalées par le brouhaha des polissons sous la façade sévère de l’école bienveillante, avec son préau arborisé à nouveau ensoleillé, clos de hautes grilles acérées, ces dérisoires frontières contre le mal.

Si ce conflit déboussole les régimes démocratiques, la parole des enfants mérite d’être ouïe. Entre émotion, sentiment d’injustice, information réelle et quolibet protecteur, au moment de mettre bas les masques de la pandémie, les mots enfantins disent beaucoup du désarroi collectif, de la peur d’Apocalypse now. Moins virulentes que les dessins des enfants dans la guerre, ces paroles de préau réverbèrent l’injuste offensive militaire qui depuis Moscou ensanglante l’horizon européen en meurtrissant d’autres enfants, piégés avec leurs familles dans la  barbarie et les atrocités d’une guerre totale qui continue de monter en puissance.

***

Adrian, 12 ans, Genève:

«Russie vs Ukraine. Moi je trouve que le crétin de Poutine ne réfléchit pas, car par rapport à la 2e guerre mondiale, Hitler a tué beaucoup de monde pour rien et on ne peut pas revenir en arrière, contrairement à Poutine qui, lui, peut tout arrêter, et que tout redevienne à la normale. Vive l’Ukraine.»

Agnès, 7 ans, Genève:

«Tout le monde sait que Poutine est fou, sauf Poutine. Le peuple ne s’est pas battu contre sa loi. En gros, il s’est présenté trop de fois, comme un dictateur. Il a plus de pouvoir que les autres présidents».

Arsène, 12 ans, Genève:

«Poutine, c’est un salop depuis toujours! C’est vrai quoi! Parce que franchement pour moi ce n’est pas possible qu’un ancien colonel du KGB devienne président. Et puis ce conflit, à quoi ça rime? Déclencher une guerre déjà faut être timbré, mais en plus si on commence à tabasser à bout portant tout ceux qui portent une pancarte pacifiste, où allons-nous, je vous le demande?»

Arthur, 11 ans, Genève:

«Je ne comprends pas cette guerre! Se battre pour gagner du territoire alors que l’humanité nous appartient c’est complètement ridicule .»

Colette, 14 ans, Genève:

«Pourquoi personne n’assassine Poutine? Il faut être courageux pour être assassin.»

Dorian, 12 ans, Genève:

«Cette guerre est inutile : Poutine a déjà le plus grand pays du monde avec ses 143 millions d’habitants. Et il veut encore plus, toujours plus ! La situation est déjà grave et il empire les choses en menaçant l’Ukraine avec ses missiles nucléaires. Mais s’il le fait, l’OTAN sera touchée et ça partira en 3e guerre mondiale, donc il ferait mieux de se calmer. Notre enfance n’est que virus mortel et guerre.»

Gilles, 9 ans, Genève:

«Déjà, pourquoi on fait la guerre? Combien y-a-t’il de morts? Si c’était à Genève, est-ce qu’on se battrait ou bien on fuirait?»

Jacopo, 11 ans, Genève :

«Je pense que la guerre c’est mal et inutile et que la Russie fait mal à faire la guerre à l’Ukraine juste parce que dans certains de leurs territoires il y a plus de Russes. Je pense beaucoup au peuple et aux enfants ukrainiens qui souffrent et j’espère que ce conflit terminera bientôt et que l’Ukraine résiste.»

Julien, 9 ans, Genève:

«A quoi ça sert de conquérir un pays quand on en a déjà un si grand?  Pourquoi Poutine si il est chef de la Russie, il devrait faire plaisir aux Russes pour se faire élire? Maltraiter un pays, et un autre, ne va pas l’aider. Je ne comprends pas pourquoi les soldats russes arrivent pas à se révolter. Ils sont beaucoup, non?»

Lennie, 12 ans, Genève :

«Je pense qu’il est temps que les dirigeants de tous pays apprennent l’empathie. Les civils sont attaqués et l’OTAN ne se positionne pas car l’Ukraine n’en fait pas partie. Cette guerre fait beaucoup de victimes: les Ukrainiens bombardés sans raison et les Russes opprimés par leur président. Cela me met très en colère.»

Léon, 6 ans, Genève:

«J’aime pas la guerre, il y a des champignons nucléaires. Et des coups de feu et des tanks et des personnes qui meurent. Il y a aussi des bâtiments qui explosent. Il y a des mines qui explosent. Il y a des avions qui lancent des bombes, il y a des trains renversés. C’est triste la guerre.»

Martin, 12 ans, Genève:

«Je trouve que cette guerre est vraiment inutile car, oui, avant, l’Ukraine faisait partie de la Russie mais aujourd’hui, l’Ukraine a le droit d’être libre dans son territoire. Tous les citoyens et les soldats qui tombent pendant cette guerre ne devraient pas subir toutes ces souffrances à cause d’un dictateur qui ne pense qu’à ses rêves de grandeur.»

Paul, 10 ans, Montréal:

«Je trouve que la guerre c’est dangereux et souvent c’est inutile. Ça tue des millions d’innocents et ça fait des ravages dans la nature. Beaucoup de gens doivent quitter leur pays, migrer, quitter leur famille. Moi ça me fait penser aux dictateurs fous, dangereux et au pouvoir».

Petros, 11 ans, Genève :

«Alors que tout le monde regarde la guerre, nous, nous jouons…»

 

Ligne de mire reste ouverte pour accueillir et publier d’autres paroles d’enfants en écho au drame ukrainien.

À vos plumes, enfants des préaux!

Tu la veux ta bonne fessée?

Le lendemain, comme Poil de Carotte rencontre Mathilde, elle lui dit:

—Ta maman est venue tout rapporter à ma maman et j’ai reçu une bonne fessée. Et toi?

Jules Renard, Poil de Carotte, 1894.

Mange pas tes ongles vilain
Va te laver les mains
Ne traverse pas la rue
Sinon panpan cucul.
(…)
Tu me fatigues, je n’en peux plus
Dis bonjour, dis bonsoir
Ne cours pas dans le couloir
Sinon panpan cucul
Jacques Dutronc, Fais pas ci, fais pas ça, 1968
La fustigation infamante des mères célibataires: modèle de la pédagogie de l’effroi pour la domestication de la correction paternelle ou conjugale. Gravure sur acier de D. Chodowiecki, fin XVIIIe s. (Coll. M.P.).

Corriger et humilier

Substantif féminin, la fessée désigne des coups répétés sur les fesses d’une personne en lieu et place de punition. On dit «administrer, donner, ficher une bonne fessée». Dans la plupart du temps,  on vise un enfant, fille ou garçon, qui fait des «bêtises» ou qui désobéit. La fessée est donc une brutalité exercée sur autrui dans le but douteux de dresser, de corriger, de punir voire d’éduquer et de rabaisser. Moins impulsive et plus longue que la gifle ou le soufflet, plus préméditée par l’adulte, la fessée reste la forme banale mais cependant cruelle du châtiment des polissonnes et des polissons. Durant des siècles, le «droit de correction» corporelle est ainsi un privilège de l’autorité parentale envers les «enfants récalcitrants».

Rituel, posture, souffrance: l’anthropologie de la fessée est celle de l’humiliation morale et physique de l’enfant. À mains nues, avec des verges, un ceinturon ou avec le martinet légendaire. Cul dénudé ou en slip, le bambin, plié sur le genou paternel ou étendu sur un lit, subit, intériorise et pleure la brutalité corporelle comme une norme punitive. Il faut relire les 49 chapitres du chef d’œuvre minimaliste Poil de Carotte de Jules Renard. Ce petit livre autobiographique donne sens à la culture de la brutalité parentale dans la famille Lepic. Dans ce cas, elle est maternelle contre l’enfant non désiré et souffre-douleur.

Violence éducative

 La fessée se ramène à ce que les spécialistes de la maltraitance des enfants nomment les «violences éducatives ordinaires» (VEO). Or, quarante ans après la Suède, patrie autoproclamée des droits de l’homme, la France devient le 56e État à prohiber les châtiments corporels avec la LOI n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires. Dans l’Hexagone, 85% des parents sont adeptes de la violence éducative qui peut frôler la maltraitance voire aboutir au pire. Malgré le dernier débat parlementaire de décembre 2020, la Suisse reste la lanterne rouge du mouvement abolitionniste de la fessée qui est légalisé dans soixante États.  Au pays d’Heidi, un enfant âgé de moins de trois ans sur cinq subit des châtiments corporels (Association Terre des hommes), bien souvent dans une situation de dégradation familiale.

Une somme : 248 articles

Or, dans la longue durée des civilisations, l’anthropologie et l’histoire sociale, judiciaire et culturelle de la fessée, mais aussi des châtiments corporels, pénitentiels ou correctifs, sont complexes. Cet objet couvre un vaste champ factuel et imaginaire. Celui des pratiques, des normes et des représentations mentales qui nourrissent les arts plastiques, la fiction écrite ou le cinéma. Y reviennent  les 248 articles du Dictionnaire du fouet et de la fessée dirigé et publié en février 2022 par Isabelle Poutrin et Elisabeth Lusset. Une somme à ne pas manquer.

Florilège d’un copieux  menu intellectuel: «Abus et excès» de la violence ordinaire dont familiale; brutalité et «adultère»dans le christianisme ou le droit coranique; châtiments corporels de la discipline militaire ou envers les galériens de l’Ancien régime; autoflagellation des ascèses chrétiens; autorités maternelle et paternelle à l’épreuve de la violence éducative; bastonnades en Chine et ailleurs; bagnes coloniaux; discipline des cachots monastiques et carcéraux; «clubs de fessée» et autres érotisations du châtiment corporel depuis les libertins des Lumières jusqu’à prostitution et flagellation contemporaines; «correction maritale», féminicide ou «mariticide»; écoles médiévales, d’Ancien régime et contemporaines; enfance et enfants; esclaves et esclavages depuis l’Antiquité romaine; femmes tondues; fustigations judiciaires à Rome, en pays d’Islam et sous l’Ancien régime ou knout en Russie tsariste; éducation musclée, châtiments scolaire mais aussi  en hospices et maisons de retraite; sanction douloureuse de la masturbation et de la «nudité»; médecine légale des brutalités domestiques; pédagogie de la Renaissance au XXe siècle; mais aussi les gifles dans les séries télévisées, la guerre des sexes au cinéma, Harry Potter, Orange mécanique de Stanley Kubrick voire…«Hergé et la fessée». (Etc.)

Hergé, Tintin au pays de l’or noir, Casterman 1950, 58, 3-c (© Moulinsart).

Pédagogie de l’effroi

Tout au long de l’Ancien régime, la fustigation publique des voleurs ou des prostituées était une «pédagogie de l’effroi» visant le «peuple». Une leçon sociale et morale souvent imitée et qui légitimait les brutalités correctives dans la domus familiale. Or, les violences domestiques et familiales n’ont pas disparu comme le montre l’actualité de la maltraitance, accablante envers les adultes dévoyés. Durant longtemps, alors que le pouvoir du père reflétait celui du roi, elles complétaient dans leur différence sociale le monopole de la violence de l’État moderne. Militaire, pénale, pénitentiaire voire «pédagogique»: la violence institutionnelle, infligée à des degrés et selon des finalités non uniformes, visait la discipline sociale. Celle que Michel Foucault pointe en 1975 dans Surveiller et punir en ses dimensions punitives, carcérales, hospitalières, asilaires et scolaires ou encore manufacturières.

La brutalité individuelle ne tombe pas du ciel. Elle n’est pas innée. Elle se construit socialement. La culture de la violence privée s’articule avec la culture politique. Soit celle que l’État légitime ou met en œuvre. Même en Utopie, où elle est censée disparaitre des relations familiales et sociales, la brutalité humaine répercute celle de la loi idéale. Les régimes politiques non libéraux ou autoritaires et les normes morales du patriarcat ont durablement légitimé les excès dans les cadres familiaux et conjugaux.

Ainsi, la fessée reste l’emblème domestique de la violence institutionnelle qui a culminé longtemps dans le châtiment capital. Progressivement, le régime démocratique a rendu anachronique cette souffrance légale de la mort pénale, comme l’illustrent depuis le XIXe siècle les étapes européennes de l’abolition, précoce dans les États de la sociale démocratie, tardive dans les régimes monarchico-jacobins comme la France.

Dignité

L’histoire de la modération punitive et de l’empathie altruiste se radicalise en 1764 quand Cesare Beccaria publie à Livourne (Toscane) son incisif et célèbre Des délits et des peines. Dans ce pamphlet philosophique qui devient le best-seller des Lumières, il y fustige la peine de mort et les châtiments suppliciaires d’État qui dégradent l’individu mais ne le corrigent jamais. Il y place l’éducation avant la punition, le lien social avant la théologie morale de l’expiation doloriste. Il prône la fin de la souffrance corporelle en tant que sanction politique et modèle de la discipline domestique.

La grandeur du libéralisme politique et l’État de droit issus des Lumières ne peuvent que résider dans la fidélité démocratique à la modernité politique de Beccaria qui condamne définitivement la pédagogie de l’effroi. Les reconfigurations des seuils du sensible autour du respect de la personne ont petit à petit discrédité les châtiments corporels, objets de scandales publics ou privés, thèmes de mépris moral.

La famille sans fessée et comme la cité de la dignité humaine sans châtiments corporels.

De A jusqu’à presque Z, ce beau dictionnaire érudit le démontre pleinement. En le refermant, on reste songeur.

Pourquoi ne pas envisager un second tome intitulé : Dictionnaire du câlin et des caresses. Choyer et embrasser? Tout un programme bienvenu dans le marasme ambiant des corps malmenés et contrits.

Isabelle Poutrin et Élisabeth Lusset (direction), Dictionnaire du fouet et de la fessée. Corriger et punir, Paris, février 2022, puf, 773 pages.

 

La brutalité du vigile, le chagrin de l’enfant. Scène inquiétante de la vie quotidienne.

Arsène Doyon–Porret, dessin mine de plomb, crayon et feutres de couleurs, octobre 2021; © Poda.

Le 11 octobre 2021, la Tribune de Genève titrait sur les «dérapages» et les «incivilités» de «très jeunes mineurs» âgés de moins de 15 ans. Inquiétudes.

Inquiétudes morales aussi devant le spectacle navrant de la brutalité du vigile et du chagrin de l’enfant.

Crépuscule genevois

Témoignage d’enfant.

Début octobre, crépuscule genevois autour 17h30. Bus 7 vers le Lignon, à la périphérie ouest de Genève. Véhicule sans affluence de passagers. La routine vespérale. Arrêt. Un garçonnet d’une douzaine d’années, chargé d’un sac de sport, saute à bord. Essoufflements et sueur. Il a couru pour ne pas manquer le bus. Celui-ci repart en direction du stade de foot où il se rend.

Nouvelle station

Jaillis de l’ombre, deux vigiles sous uniforme paramilitaire de la compagnie de transport public genevois  sautent  à bord. Prêts à tout. Renfrognés. Mâchoires serrées. Spartiates. Comme sur une scène de guerre.

Contrôle routinier des quelques passagers couleur de cendre dont certains négocient la clémence du glaive. Au fond du bus, l’enfant s’agite. Son visage devient pénombre. Le duo sécuritaire s’approche à grands pas et encercle le petit passager. Ennemi public? Monologue indicible et mouvements confus dans le clair-obscur crépusculaire.

Le scénario du pire

«Ah ah mon gaillard, on n’a pas son ticket!»

Agacé mais heureux, Monsieur Vigile I verbalise le petit passager sans titre de transport. Il se défend  car il n’a «pas eu le temps de prendre le billet en montant au dernier moment dans le bus pour ne pas manquer l’entrainement du foot».

Assurant les arrières de son collègue, Monsieur Vigile II blâme le passager clandestin: «incivilités!»

Deux grands s’acharnent sur un petit!

Maintenant, le gosse fond inexorablement en larmes. Soubresauts d’abattement.

Chagrin d’enfant apeuré. Tête baissée. Chuchotements.

Triomphant, le nez jupitérien vers les étoiles, Monsieur Vigile I lui tend pompeusement la notification du PV qui l’amende et qui sera envoyé à ses parents.

Mission accomplie! On respire!

Pourtant l’atmosphère du bus est étouffante!

Messieurs Vigile I et Vigile II vocifèrent encore à bas régime. Soudain, ils laissent là l’enfant démoli avec à la main son amende. Ils se ruent hors de bus à l’arrêt, comme un mini commando intrépide, avec la bonne conscience du devoir accompli.

L’enfant de onze ans hoquète dans son coin. Gros bouillons de chagrin et de honte. Reniflements.

Tous les enfants, le «même sourire, les mêmes larmes».

Assises bien droites, le cœur à l’unisson, une mère et sa fille ado bien mises se gaussent du gamin humilié. Elles pouffent d’arrogance.

Témoin de la scène, journal de Spirou à la main, un copain de foot se trouve heureusement à bord du bus avec sa maman. Ils s’approchent fraternellement du désespéré. Ils le réconfortent délicatement en lui donnant un mouchoir pour essuyer ses larmes. Ils descendent ensemble du bus pour gagner le stade illuminé.

«100 francs, c’est beaucoup, mes parents ne sont pas riches» dit-il. Je «vais être grondé, mais je n’ai pas eu le temps de prendre mon ticket et je ne voulais pas arriver en retard à l’entraînement».

Sur la pelouse, toujours en larmes, ému et rabaissé, il est réconforté par ses copains en football qui rigolent un peu jaune : «T’en fais pas, ce sont des c***

Fraternité et liesse!

Autre scénario

Messieurs Vigiles I et Vigile II, rêvons à un autre scénario! Un scénario humain adapté à l’enfance du garçon sans titre de transport. Un scénario plutôt préventif que répressif.

Un scénario qui n’humilie pas un gosse honnête et sincère pour en faire un ennemi acharné du système.

Un contrôle à visage humain, quoi!

Autre scénario:

«Tu n’as pas ton ticket bonhomme! Flûte! Ce n’est pas bien. Tu sais que les bus ne sont pas gratuits à Genève. Bon, je comprends, le temps t’a manqué pour l’acheter et tu es monté en quatrième vitesse pour ne pas rater l’entrainement de foot! Je te crois. Je te crois. Important le foot! Voilà ce que nous allons faire: je passe l’éponge. N’aie pas peur! Aujourd’hui, tu n’auras pas d’amende. Je ne ferai pas le PV, mais que cela te serve d’avertissement. La prochaine fois, tu t’arranges pour acheter à temps ton titre de transport avant d’embarquer dans le bus. OK! Allez, salut! Et bon entraînement!»

Enfant radieux!

Messieurs Vigile I et Vigile II, est-ce si malaisé d’être ainsi un héros bienveillant et non punitif en apaisant un gosse apeuré de 11 ans qui n’a pas eu le temps d’acheter son titre de transport? Quel crime!

Évidemment, me direz-vous, la prévention optimale d’un tel délit consisterait à généraliser la gratuité des transports publics jusqu’à l’âge de 16 ans. Comme dans certaines villes européennes.

Messieurs Vigile I et Vigile II, vous conviendrez en effet que prévenir est toujours plus utile que punir. C’est moins onéreux et plus efficace.

C’est ainsi que vos pantomimes autoritaires ne feront plus sangloter les enfants.

En voiture, en voiture, «siouplait»!

 

LDM 79