Monsieur Lumière

 

© Arsène Doyon–Porret PODA/(crayon de couleurs, papier extra-blanc 75 g/m²; février 2021): Monsieur Lumière.

Les Mystères de Genève I

Avez-vous aperçu Monsieur Lumière?

Oui ou non?

Tout autour de minuit et même avant, dans la ville que meurtrit la démocratie sanitaire, en bas de la colline de Saint-Jean, sur le pont de la Coulouvrenière, proche de l’hôtel désuet des Tourelles, voire à la rue des Terreaux-du-Temple, on croise parfois Monsieur Lumière.

On est vraiment chanceux!

Monsieur Lumière!

Ce raffiné sexagénaire vêtu comme un clergyman que drape une cape à la Zorro. Un peu courbé. Coiffé d’un insolite sombrero malmené. En plein hiver! D’épais lorgnons atténuent la pâleur du visage clownesque, un tantinet soucieux.

Au dos, le havresac d’un autre âge pèse lourd.

Par-dessus l’éclat du pince-nez, Monsieur Lumière vous jette en passant un regard malicieux que le vôtre intrigue ou irrite.

Monsieur Lumière est pressé. Assez pressé.

Un besoin impérieux le guide.

Il chemine d’un pas alerte comme un seul homme. Vers l’horizon de la ville alarmée.

Car Monsieur Lumière est au travail.

Oui, au travail!

C’est un promeneur concentré. C’est un flâneur qui ne flâne pas. C’est un badaud qui ne lanterne pas!

S’il se ballade, ce n’est pas pour rien.

Monsieur Lumière lit.

Une cordelette suspend à sa nuque un lutrin portatif. Recouvert d’un velours profond.

Au bord du pupitre mobile, se dresse une fine lampe de lecture.

Elle sursaute au rythme des pas de Monsieur Lumière.

L’incandescence halogène irradie l’ouvrage béant que Monsieur Lumière a posé sur l’écritoire. Il le tient d’une main. Près de quelques feuilles de notes.

Son autre main tient un stylo.

Dans l’auréole blanche du fragile luminaire.

Monsieur Lumière est un passant-lecteur.

Ce séraphin nocturne au lampion porte la flamboyance du livre dans la ville des librairies endeuillées.

Sous la Lune, un livre absorbe l’attention de Monsieur Lumière.

«Que lisez-vous donc Monsieur Lumière?»

Poésie romantique, roman réaliste, facétie pornographique, monographie historique ou traité philosophique?

Arrêt… silence… regard perplexe… courtoisie.

Silence.

Monsieur Lumière reprend son chemin, absorbé en lecture.

Songeur peut-être.

Le voilà qui s’estompe dans les pénombres du pont embrumé.

Le nimbe du secrétariat mobile ourle les ténèbres.

Sacré Monsieur Lumière!

À bientôt au bout de la nuit?

LM 68

Le Grand asservissement

 

 

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Dans le sédiment du silence et les bruits de la fortune.

Aux enfants blottis dans le cœur de la vie ou le ventre de leurs mères.

À tous ceux apaisés devant la menace armée.

Complices du rire, des nuages et des oiseaux : accaparons l’aurore !

 

L’épuisant moment pandémique du COVID 19 restera comme le temps exemplaire d’instauration politique de l’État sanitaire et sécuritaire en régime démocratique et libéral.

Par sécurité : partout, l’impératif préventif scande l’espace public et devient le refrain social de la ville meurtrie.

La ville meurtrie avec l’héroïsme hospitalier.

Certains nomment cette période précautionneuse : « état de guerre ». Ils oublient que la guerre implique la volonté humaine belliciste, le déterminisme non naturel, la stratégie rationnelle, le concept offensif, le savoir-faire balistique.

Isolement domiciliaire (hâtivement nommé « confinement ») volontaire voire obligatoire, couvre-feu, état d‘urgence, laisser-passer, réduction de la libre-circulation des individus : avec le renforcement périmétral du contrôle social, la fin du mal pandémique justifie tous les moyens pour le contenir. Une politique souvent improvisée d’endiguement qui libère les empoignades et les résistances hétéroclites, sectorielles, libertaires, parfois « anti-complotistes ».

Le miasme affole

L’extension croissante du télétravail et des affligeantes « zoom-relations » accentuent la décomposition de la sociabilité la plus sommaire, celle de la démocratie.

En présentiel (vocable insensé) ou à distance ?

La clôture des lieux de vie coutumière renforce ce désarroi social.

Le « geste-barrière » disqualifie le « geste-de bienvenue ». Il dénigre l’hospitalité. Il normalise l’écartement au loin du corps, à nouveau incarnation du mal. L’ordre comportemental en pandémie légitime la défiance réciproque.

Nous vivons de reculade en reculade ! Stricto sensu.

La contagion rôde.

Elle s’éternise avec le cortège morbide de la vulnérabilité sanitaire.

La fraternité de l’embrassade dégoûte.

Le baiser tourmente.

Le souffle de l’autre répugne.

Le miasme affole.

Le postillon terrifie.

La sueur palmaire épouvante.

Astiquons, brossons, décapons, décrassons, javellisons, lessivons : qu’advienne l’Ère du suprême hygiénisme.

Le mal mine la ville navrée dans l’état sanitaire.

Que dire des faméliques masqués aux dispensaires de la dernière chance ?

Que dire des comblés démasqués dans les SUV anachroniques ?

Et les ribambelles enfantines à visages découverts  sur les préaux ?

Et les oiseaux argentins dans le ciel crépusculaire ?

On voit vos narines !

Avec son masque mal ajusté, l’ennemi public tousse, éternue, se mouche sans plier le coude. Pire, il néglige de purifier ses mains en entrant au supermarché. Sur le quai de gare, devenu agent sanitaire casqué et masqué, le pandore ferroviaire  sanctionne vertement, le majeur menaçant :

« Eh vous là-bas ! Votre masque est de travers ! On voit vos narines ! On sent votre souffle !! Circulez !!! » (Gare de Lausanne, jeudi matin 19 novembre, vers 10 heures).

Suspect habituel. Individu inconscient. Œil de la police.

Suspect du régime sanitaire ou avatar du « boute-peste », tant redouté durant les pandémies de l’Ancien régime ?

Chirurgical ou à la mode, de tissu, de papier ou en plexiglas, le masque facial, nommé parfois muselière sanitaire, condamne le visage à découvert.

Le visage dévoilé que refusent à la fois les  justiciers (Zorro), les supers héros (Batman) et les supers criminels (Fantômas). Ils agissent à visages  masqués. Ils suscitent l’effroi pour sidérer l’adversaire et jouir de l’impunité.

Nous nous masquons pour profiter de la vie. C’est ainsi !

Boostant le capitalisme sanitaire comme le fera le vaccin, le gel hydro-alcoolique instaure la société morbide de la suspicion universelle.

Vivement le dégel pandémique de tous les abandons.

L’ère insalubre remplace le temps démocratique du flux social et de l’insouciance gestuelle et charnelle.

Le temps béni du flux et du reflux quand le bain de foule redevient un petit bonheur social.

Social-zoom !

Actuellement, les moins optimistes s’alarment.

Les plus lucides mettent en garde.

Les grincheux grinchent.

Tous parient sur la montée inexorable de l’assujettissement généralisé qu’oblige la gestion politique de la pandémie.

Selon eux, la contamination biologique de l’ennemi invisible précède la pestilence politico-sociale du Grand asservissement.

On pourrait le qualifier comme le contrat social dévoyé par la peur et l’insécurité : « La peur est le plus puissant des moteurs. La peur transforme les hommes. Elle peut les détruire, ou bien les rendre invulnérables. La peur dope les esprits, ou les réduit en bouillie. Elle est instrument d’asservissement, elle n’a pas de limite. Qui contrôle la peur, contrôle l’homme, voire des foules entières » (Maxime Chattam).

Impératif de l’imaginaire « risque zéro »: l’excessive exigence sociale de sécurité gommera bientôt les libertés fondamentales.

Le Grand asservissement politico-biologique illustre la condition non citoyenne des dystopies sécuritaires du contrôle social radical de l’individu confiné dans le pire des mondes possibles.

Pour s’en convaincre :

(re)lisons le chef-d’œuvre trop oublié La Kallocaïne que l’ingénieuse et désespérée écrivaine suédoise Karin Boye (1900-1941) publie en 1940, un peu avant son suicide.

(Re)lisons 1984 (1949) de George Orwell avec Le meilleur des Mondes (1932) d’Aldous Huxley

(Re)lisons L’âge de cristal (1967) de William Francis Nolan et George Clayton Jonhson.

(Re)voyons THX 1138 (1971) de George Lucas, synthèse filmique du totalitarisme dystopique.

Pivot de l’imaginaire dystopique, le Grand asservissement émerge lentement aujourd’hui du mal invisible et de l’offensive pandémique.

Nous ressortirons peut-être indemnes du laboratoire sanitaire de la discipline sociale qui depuis mars 2020 contraint les esprits et éloigne les corps. Or, la démocratie du « social-zoom » ne pose-t-elle pas déjà insidieusement les fondements juridiques, moraux et pratiques de  la « démocratie illibérale » du Grand asservissement basé sur la distanciation sociale, la permanence et l’extension extraordinaire du contrôle des individus  ?

La gestion de la pandémie  est un modèle de gouvernance. Ses conséquences et son impact dépasseront certainement la fin de la pandémie.

Alors,  pour l’instant, vivons coude à coude !

Imaginaire du Grand asservissement :

Karine Boye, La Kallocaïne (1940, en suédois), Éditions Ombres (Petite Bibliothèque Ombres), 2015 (191 p.)

George Lucas, THX 1138, 1971:

https://duckduckgo.com/?t=ffnt&q=THX+1138&atb=v208-1&iax=videos&iai=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Dcjtj-w5dx9k&ia=videos

LDM62

Le chagrin des statues

« Statue : figure de plein relief taillée ou fondue, qui imite dans la représentation tous les êtres de la nature. Mais ordinairement une statue représente un dieu, un homme, une femme ; & l’on a coutume d’embellir de statues les palais ou les places publiques. », Encyclopédie Diderot et d’Alembert, de Jaucourt, « Statue », 1765.

 

Hergé, L’Oreille cassée, 1943, tous droits réservés, © Casterman.

 

Quotidiennement, nous croisons le regard minéral des statues, dressées et immobiles au cœur de la cité. Voient-elles notre désarroi actuel ? Dans l’actuel flot pandémique, elles échappent au port du masque. Qui pourrait ouïr le souffle lithique d’une effigie ?

La guerre des effigies

Or, avec les bustes d’individus illustres, les bas-reliefs historiques et les effigies allégoriques, les statues sont aujourd’hui malheureuses. Le désarroi les afflige. La dépression les guette. La mélancolie les ronge. Pour peu, elles verseraient des larmes de marbre ou des pleurs d’airain. Pourquoi donc ce gémissement statuaire ? Ne figurent-elles pas la continuité ou la rupture de l’histoire ?

En fait, encore de basse intensité, la guerre des statues vient de commencer !

Colossale, nue à la grecque pour louer la respiration de la vie, armée à la romaine, drapée, costumée, hydraulique, iconique, royale ou républicaine, bourgeoise, équestre, curule ou pédestre, debout ou assise, droite ou fléchie, sacrée ou laïque, belliciste, pacifique ou funèbre, parfois thaumaturgique ou guérisseuse : depuis l’Antiquité, la statue vit avec les humains. Elle veille sur le forum de la cité. À Rome, elle matérialisait l’apothéose ou exaltation de la notoriété des dieux. Un peu partout, elle sacralise les temples des immortels mais aussi les cimetières des mortels. Elle monumentalise les Panthéons civils et les Capitoles militaires.

Mémoire de l’histoire

Sculptée ou fondue, lithique, métallique ou ligneuse, la statue est la mémoire de l’histoire. Elle en évoque un « moment » singulier. Elle en matérialise les volets sombres, honorables et glorieux. Elle fige l’éternité étrangère aux mortels. Elle vénère l’héroïsme comme la grandeur spirituelle. À Rome, la statue de Zénon glorifiait le « mérite de ce philosophe ». En outre, celle de l’empereur, source de justice, offrait asile et protection à l’esclave molesté par le maître.

Financée par l’État ou un mécène, la statue mémorialise la grandeur des hommes et des femmes utiles à la cité : les Romaines ayant « rendu quelque service à la république, furent associées à la prérogative d’avoir des statues » jubile un auteur ancien. La statue occupe alors un point stratégique de la cité, par exemple face à une institution publique comme le Colisée, le parlement, le palais de justice ou l’université. La topographie urbaine élève à la dignité celle ou celui que la statue exalte.

Déboulonner

La statue ne doit pas être adorée. Mais toute  statue peut être déboulonnée. Elle n’échappe pas à la profanation et au vandalisme, notamment en temps de révolutions politiques ou religieuses. Déjà les Anciens renversaient, piétinaient et souillaient la statue exécrée. On en arrachait les inscriptions, on en martelait les épigraphes, on en burinait la face, on la pulvérisait. La statue n’est pas éternelle.

Les rusés Grecs dans Troie défaite abattent les statues divines de leurs ennemis. Durant les guerres de religion, la fureur iconoclaste des protestants visait les idoles papistes – piéta décapitée, Vierge outragée avec d’autres figures pieuses. Entre 1789 et 1799, quoique modéré, le vandalisme révolutionnaire mutile et abat les statues des saints et des rois. Il faut effacer l’Ancien régime, il faut remettre l’histoire au point zéro. En France occupée, maintes statues sont déboulonnées, mais pour récupérer le bronze fondu ! Dans l’histoire récente du crépuscule soviétique, de nombreuses statues du stalinismes sont tombées comme chutent aujourd’hui les statues de « personnages liés au colonialisme, à l’impérialisme, à la traite d’esclaves, aux confédérés américains ». Au nom de l’anti-esclavagisme, le vandalisme monumental a récemment visé les statues de Colbert, d’Edward Colston (Bristol), le buste de l’ex-roi des Belges Léopold II (Bruxelles), l’effigie de Churchill, vainqueur du nazisme (Londres) ; mais aussi deux figures de la vierge Marie, décapitées à Montaud et Sumène (Gard) pour d’obscures raisons.

Dernièrement, Jean-Yves Marin, Directeur des Musées d’art et d’histoire de Genève (2009-2019), a ouvert l’assaut symbolique contre le buste de Carl Vogt sis devant le bâtiment historique de l’Université (Rue de Candolle). Selon lui, nous sommes incapables de saisir par nous-mêmes l’erreur historique qu’a été l’anthropologie raciale de cette époque. Comme pour le criminologue de Turin Cesare Lombroso, le darwinisme social et le matérialisme du naturaliste et médecin suisse le vouent aux oubliettes de l’histoire, alors que cette histoire à tant à nous dire sur la construction idéologique des savoirs. De même que par extension – pourrait-on ajouter – on devrait débroussailler les bibliothèques de la majorité des ouvrages que marque cette philosophie de l’histoire et des sciences naturelles à la fin du XIXe siècle ! Cela libérerait plusieurs kilomètres de rayonnages mais n’apporterait rien à l’entendement de l’histoire.

À bas la statue !

Dans la foulée, on pourrait déboulonner le Mur des réformateurs : les notions de Calvin sur les rapports entre les hommes et les femmes contredisent la sensibilité contemporaine. À bas la statue ! Celle en pied du philanthrope Pestalozzi à Yverdon peut-elle subsister à la vue de sa pédagogie paternaliste ? Certainement pas ! Pareillement, l’effigie équestre du général Dufour en place de Neuve blesse l’idéologie pacifiste : renversons-la ! Innombrables sont les figures mortuaires au cimetière des Rois qui évoquent une culture politique ou une idéologie datée : labourons le champ des morts ! Biffons les vestiges marmoréens qui offensent notre sensibilité ! Semons-y les géraniums du politiquement correct ! On trouvera toujours une bonne âme pour les arroser.

Logique expiatrice

Dans cette logique expiatrice, une société ultra-libérale détruira les statues des pionniers qui ont permis l’émancipation sociale. La statue de Beccaria à Milan horrifie depuis longtemps les partisans de la peine de mort ! Au rebut ! En mars 2001, les statues géantes des Bouddhas de la vallée de Bâmiyân au Pakistan étaient sauvagement dynamitées par les Talibans intégristes ! Immense perte culturelle ! Cataclysme du pluralisme religieux. Le renversement à Moscou en 2013 de l’obélisque des précurseurs du socialisme avec le nom de Thomas More est abattu : il enfreint le nationalisme autoritaire, le proto-tsarisme et le cléricalisme-réactionnaire du régime poutinien. En 2015, Daech n’a-t-il pas pris soin de détruire le patrimoine matériel (statue, temples) de Palmyre pour effacer le passé incompatible avec le projet islamiste ?

Contrôler le passé

La guerre des statues vise le contrôle idéologique du passé pour mieux cadrer l’avenir.

La démagogie présentiste de la bonne foi et du politiquement bienséant est absurde et dangereuse. Elle incrimine le passé en le déclarant fautif. Elle y plaque anachroniquement l’idéologie égalitaire, victimaire ou dominante du jour. Elle ouvre la guerre symbolique et vaine des statues : laquelle est louable de trôner sur le forum de la cité ? Laquelle doit-on mettre aux oubliettes de l’histoire ?

Faut-il trier les effigies dignes et indignes de la mémoire collective ? Doit-on prendre le flâneur urbain pour un imbécile en lui donnant le mode d’emploi officiel de la bonne vision de l’histoire en réfraction du présentisme ? Dans les institutions publiques d’éducation, faut-il escamoter les bustes qui démentent l’éthique contemporaine de l’égalité genrée ? Des commissions disciplinées y travaillent !

Le commissaire aux statues

Bref, le problème est élémentaire : le législateur apeuré est sommé de « revisiter le passé » pour en assainir les vestiges. La solution est simple : nommons un « Commissaire à la reconstruction mémorielle du passé ». Désignons les experts classificateurs des bonnes et des mauvaises statues. Pulvérisons le statutaire suspect. Engageons des bataillons de déboulonneurs patentés pour renverser les stèles et les bustes qui n’ont pas le vent en poupe ! Instaurons un « commissariat » aux statues comme il existait une officine soviétique de falsification du passé qui retouchait les photographies en gommant les indésérables. Passons au régime de l’autodafé statuaire à l’instar des régimes d’autodafé livresque dans les États totalitaires.

Comme dans le roman 1984 de George Orwell, instaurons vite le Ministère de la vérité pour évaluer la légitimité statuaire. Brisons le langage monumental qui soude aujourd’hui à hier. Altérons le passé qu’incarne la statue au lieu de laisser les historiens faire librement leur travail herméneutique de son explication. Soit engendrer l’esprit critique.

En démocratie, la culture statuaire résulte du jeu parlementaire dans l’État de droit. Au lieu de déboulonner les statues « indignes », au lieu de trier les bustes présentables ou non, au lieu de séparer le bon grain de l’ivraie monumentale, multiplions l’érection des effigies de femmes et de hommes du passé, car les femmes et les hommes d’aujourd’hui partagent le même destin.

Multiplions aussi les statues du monde imaginaire à l’instar de la haute effigie en bronze sombre de la créature du docteur Frankenstein qui se dresse sur la plaine de Plainpalais (KLAT).

Il ne s’agit pas déboulonner la statue de Carl Vogt mais bien d’ériger à ses côtés, par exemple, l’effigie de Michée Chauderon, la dernière personne exécutée pour sorcellerie à Genève (1652). De quoi dialogueraient-elles au cœur de la nuit ?

S’en prendre aux statues qui blessent l’œil et offensent  les mémoires : entre acte hautement politique et pirouette démagogique, ce projet nihiliste recoupe une conception totalitaire de l’histoire. Celle de la table rase.

 

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Frankie a.k.a. The Creature of Doctor Frankenstein, 2013-2014; Sculpture dans l’espace public;  Bronze patiné; Dimensions: 230 x 140 x 120 cm (hors tout); poids: 300 kg
Localisation : Plaine de Plainpalais, près du skatepark, Genève [n° inv 2014-015] Collection du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (FMAC)

 

 

Matière à réflexion :

– Alain Jaubert, Le Commissariat aux archives : Les photos qui falsifient l’histoire, Barrault, 1992.

 

https://newsletters.heidi.news/le-point-du-jour/vampires-et-sorcieres-l-edition-speciale-de-michel-porret

 

LDM 61

L’ENNEMI INVISIBLE (4). Le salut viendra de l’isolement (?)

Ville diminuée. Rues désertées. Sociabilité détériorée.

Sur la grille verrouillée du préau scolaire silencieux, s’affiche la mise à ban domiciliaire des élèves.

 

 

 

 

 

 

 

La ville dégradée de confinement se maille en désordre d’interdits.

Nouveaux ordres, nouvelles craintes, nouvelle discipline?

 

 

 

 

 

 

La clôture supplée l’embrasure.

Le goulot d’étranglement sanitaire assèche la fluidité de la multitude. Le sas rassure.

Le grand nombre effare.

Le nombre moyen aussi!

Et le petit nombre? A partir de combien?

 

 

 

 

 

 

Compteur-enregistreur en mains, les vigiles, masques, au visage, décomptent les clients.

Il faut patienter derrière le marquage au sol.

«Une seule personne à la fois dans le magasin».

Parfois quatre

A deux mètres l’une de l’autre.

 

 

 

 

 

 

 

Fermé! Fermé! Fermé!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La «distance sociale» annihile la proximité instantanée, celle du brassage, celle du va-et-vient quotidien et démocratique — mais que signifie vraiment la distance sociale?

Aux portes entr’ouvertes des négoces et à la lisière fortifiée des grandes surfaces, s’apostent les mises en garde hygiénistes «pour la sécurité de tous».

Désinfection des caddies où s’entasse l’excès alimentaire.

Les caissières campent sur la ligne de front, parfois derrière l’écran de plexiglas.

Un par un dans la distance sociale.

«Au suivant…au suivant» chante Jacques Brel.

Avez-vous désinfecté vos mains en entrant. Et en ressortant?

Le salut viendra de l’isolement, car le rassemblement est morbide.

Le risque escorte la foule.

L’infection rôde dans la cohue.

Le mal grouille dans la masse.

Sus à la promiscuité!

La cité de la reculade corporelle et du péril altruiste se pratique maintenant dans les usages soupçonneux et les cheminements d’évitement.

Les grandes enjambées l’emportent sur le petit pas flâneur

La désinvolture baladeuse reflue devant la gêne.

Pérégriner à plus de 100 mètres de chez soi est verbalisable.

A tout prix, éviter le souffle de son prochain!

Courir les rues, fendre la foule, battre le pavé: nouveaux illégalismes. Walter Benjamin et Raymond Queneau aux oubliettes!

Bien sûr, les oiseaux matinaux chantent plus souvent, quoique plus subtilement, car le tapage urbain agonise.

Le ruban de signalisation policière (aussi nommé Rubalise ou Ruban Ferrari) borne les territoires condamnés — parc public, place de jeux, stade.

Silence et effroi.

Capitales de la douleur.

Les drones policiers épient les rues de Bruxelles. Chaque soir, comme l’antique tocsin, le guet de la cathédrale de Lausanne «donne l’alarme» auprès de la Clémence — trois coups, une pause, six coups, une pause, trois coups, une pause….

Un peu partout, après le crépuscule, les applaudissements crépitent.

À New York, l’Empire State Building s’illumine de nuit comme une sirène policière. Sur la place dépeuplée de Saint-Pierre à Rome, sous la pluie lancinante, le pape face à lui-même implore Dieu («Ne nous laisse pas dans la tempête!»).

Le silence fige d’effroi Bergame où se suivent les cohortes de cercueils.

Ailleurs, face à la splendeur lacustre, campé sur son balcon, un ami entonne  L’Hymne à la joie avec son robuste cor des alpes, un autre embouche sa cornemuse.

Résistance sonore. Hymnes à la joie de vivre. Nostalgie de la vie simple.

Les mots du désarroi urbain:

Affiches, affichettes, avis, billets, placards, posters, proclamations : la ville coronavienne suinte de discours pour prescrire les limites.

Pour  annoncer les ruptures de stock: «Rupture de masques, désinfectants et thermomètres». Triste pharmacie… comme d’habitude!

 

 

 

 

 

 

Pour signaler la rupture des massages!

Les corps devenus ennemis?

Pour prévenir que plus rien n’est comme avant.

Bienvenue…nous ne sommes plus là!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Es-tu seul? Jusqu’à quand?

 

 

 

 

 

 

(Tribut à Hopper)

 

Impuissante volonté… A très bientôt! (?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prescriptions et vigilance: le prix de la défaite…le dispositif du réarmement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Main basse du virus et peur haute sur la cité.

La ville coronavienne: méfiance en puissance du désarroi.

Fraternité en berne?

Éviter le souffle de son prochain!

Le salut viendra-t-il de l’isolement?

Jacques Brel, Regarde bien petit:

https://www.youtube.com/watch?v=usGlaznMem0

 

Les dévore-bitume

https://bdoubliees.com/journalpilote/sfig1/mangebitume/mangebitume1.jpgInvention industrielle spectaculaire, maillon fort de l’économie capitaliste, la voiture a forgé les usages sociaux et les représentations collectives de liberté et d’émancipation contemporaines. Dans la culture cinématographique, évidemment lié aux grands espaces, le road movie en est l’illustration  la plus notoire. Or,  l’automobilocratie commença insidieusement au début des années 1970 … !

Nuit et jour, les dévore-bitume blessent la cité qu’ils abasourdissent. Dans une ville de poche comme Genève, où tout est joignable à moins de trente minutes de marche, la voiture y instaure l’enfer mécanique. Celui du struggle for life de la pseudo-mobilité automobile qui attise les conflits symboliques liés à l’apparence de la puissance motrice.

Enfoncer le champignon

L’automobile instaure le comportement de la verticalité mécanique qui menace et méprise l’horizontalité piétonne. En cela, elle fait écho à la culture équestre des sociétés d’ordre non démocratiques de l’Ancien Régime qui opposaient la prépotence cavalière à la soumission piétonnière: “tu marches, je te domine “!

Enfoncer le champignon, c’est mieux que marcher ou pédaler en ville. La culture de la vitesse contribue à la brutalisation de la police de la circulation qui pourtant se raréfie en se municipalisant hormis le contrôle du parking, manne financière liée à la saturation voiturière. Plus d’une fois, à observer le chaos automobile qui congestionne la cité aux heures de pointe, le surpuissant véhicule immaculé 4/4 – parfaitement inutile hors de la Sierre Madre mexicaine ou de la Sierra Nevada d’Andalousie – exacerbe l’instinct prédateur du conductrice/conducteur. Solitairement, il s’épingle au volant de la puissance motrice en prenant les trottoirs pour la dune saharienne et les parkings pour une piste amazonienne !

Que faire des fous au volant qui, quotidiennement, persistent à brûler les feux devenus rouges en se croyant sur la boucle des 500 Miles d’Indianapolis voire sur la ligne droite des Hunaudières aux 24 heures du Mans ? Avec quels arguments raisonner les Michel Vaillant de pacotille qu’exulte la puissance d’un moteur emballé ? De quelle manière neutraliser le terrorisme voiturier du chauffard urbain ? Comment accepter encore ces cohortes de véhicules en ville dont le seul passager est le conducteur ? Comment endiguer l’autocratie voiturière des dévore-bitume qui persistent à asphyxier la ville en s’y déplaçant pour un rien ? Où mettre la frontière morale et matérielle entre l’individualisme voiturier et l’intérêt commun des citadins suffoqués ?

Polluer

La pédiatre et pneumologue Jocelyne Just n’y va pas par quatre chemins, en ville : « La voiture, c’est l’ennemi », tout particulièrement pour les enfants dont les organes en croissance ressentent fortement la nocivité du trafic. Dans la majorité des villes européennes, les admissions pour troubles respiratoires dans les services d’urgence pédiatrique culminent avec les pics de pollution liés au trafic voiturier.

En effet, qui oserait encore en douter ? En milieu urbain, outre sa dangerosité létale lors d’accidents ou de « rodéos », la voiture est la première source de pollution. Cela est notoire depuis les études pionnières des années 1980. Elle y provoque 50% à 60% de la pollution atmosphérique mesurée. Aucun paramètre sanitaire ne vient aujourd’hui infirmer le diagnostic de la nocivité automobile, tout particulièrement durant les intempéries hivernales ou les canicules appelées bientôt à se multiplier. Face à cette évidence, la surdité politique devient malfaisante, notamment lorsque les phénomènes caniculaires devraient obliger à reconsidérer en toute urgence la légitimité du trafic automobile au cœur urbain.

Déconsidérés par le lobby automobile, maints rapports médicaux démontrent l’augmentation des pathologies chroniques – asthme, allergies, maladies auto-immunes, voire diabète par modification du « microbiome » intestinal – et la proximité du logis avec une voie automobile. Vivre près d’une artère à grand trafic, c’est prendre un énorme risque pathologique qui s’ajoute au stresse nerveux que provoque le roulis tintamarresque du Léviathan mécanique qui nous aliène.

Impasse

Endiguer la nocivité automobile en milieu urbain pour épargner notamment la santé des enfants ne sera jamais réglé par la seule police de la circulation avec son cortège de harcèlement, d’interdictions et de réglementations. Plus d’un dévore-bitume planifie d’ailleurs l’amende de police dans le budget automobile. Sortir rapidement de l’impasse insécuritaire et sanitaire dans laquelle la voiture individuelle plonge la cité oblige à une nouvelle culture urbaine. Une éducation inédite aux usages sociaux non mécanisés de la ville.

Entre capharnaüm mécanique et poussières insidieuses, les grandes voies pénétrantes en ville sont-elles encore tolérables ? Comment bannir de la ville les automobiles inadéquates à l’espace urbain en raison de leur puissance motrice ? Comment instaurer une pratique du déplacement urbain qui disqualifie tout déplacement automobile socialement inutile car inférieur à 10 kilomètres ? Que faire pour souffler en ville avec nos enfants sans l’excès de CO2 que quotidiennement distillent les mange bitume ? Comment remettre la voiture à sa place légitime d’auxiliaire de la mobilité ?

Arme de destruction massive

La tolérance politique envers le trafic voiturier frise le laxisme public au nom de la « liberté » individuelle du déplacement. Le confort respiratoire et la quiétude sonore doivent l’emporter sur l’enfer mécanique de la prédation automobile. Appuyée sur les enquêtes de santé publique, une levée de boucliers est-elle possible ? Pourrait-on bientôt rappeler à l’État régulateur du trafic que la sur-tolérance automobile en milieu urbain équivaudra à la non-assistance à personnes en danger : soit l’habitant de la ville (enfant ou adulte) qui suffoque de manière croissante devant l’offensive toujours recommencée des dévore-bitume.

Instaurons vite le sanctuaire urbain du confort respiratoire et sonore sans voiture individuelle. Une ville non mécanisée par l’intérêt limité du dévore-bitume permettrait de bannir cette arme de destruction massive qui augmente la vulnérabilité métropolitaine de l’environnement social.

Pour retrouver une ville à la dimension du pas humain, pour la sociabilité de proximité, pour une Venise globale, raisonnons les dévore-bitume !

Utopie négative, illustration de cette page, une remarquable bande dessinée toujours hélas d’actualité :

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Scénario Jacques Lob, dessins José Bielsa, Les Mange-bitume, Paris, Dargaud, mars 1974 (épuisé).

LDM 46

Un judicieux “échangisme” urbain.

« Il est clair que l’idée de vente et d’achat n’est pas comprise dans le troc simple et circulaire », Frédéric Bastiat, Œuvres complètes, Harmonies économiques, Paris, 1864 (p. 110).

 

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Quoiqu’en dise la police, l’échangisme urbain est très à la mode. La pratique augmente de jour en jour. En pleine lumière sociale. Quotidiennement, l’échangisme urbain agrège de nouveaux usagers : femmes, hommes et mêmes enfants. Ravis de cette forme nouvelle de sociabilité publique qui émaille honorablement la vie des quartiers, ils en sont devenus les apôtres silencieux. Les partisans entêtés de l’échangisme. En tout bien et tout honneur. Dans le bonheur sensible de l’échange.

Échassier citadin

Insatiables, parfois furtifs,  les piétons et les passants échangistes en redemandent. Encore et encore. Nuit et jour. Qu’il pleuve voire qu’il vente. En plein soleil ou sous la lune croissante mais aussi décroissante, par vents et marées, on les voit silencieux ou bavards tout autour de la boîte d’échange disposée aux carrefours de la cité, entre les automobiles tonitruantes qui persistent à congestionner les rues en raréfiant l’air respirable.

Les boîtes sont destinées à favoriser les échanges entre habitants d’un même quartier ou collègues d’une entreprise. Plus d’une centaine sont dispersées à Genève.

Semblable à un échassier citadin, la boîte d’échange est un inédit élément du mobilier urbain contre lequel  un chiot sournois et hostile au processus de civilisation peut trop souvent lever la patte.

Troc ou débarras ?

Cube en fer blanc de 50 cm sur 50 cm ouvert sur une face et soudé sur un tréteau métallique haut de 120 cm : parfois enchaînée à un poteau de fer, la boîte d’échange est recyclée des anciennes boîtes à journaux. Elle ne cache pas ses secrets. Elle les livre. Sa simplicité toute biblique garanti son succès social croissant. Rarement vandalisée, toujours débordante et généreuse, encombrant le trottoir environnant, la boîte d’échange devient hélas parfois le déversoir de fâcheux inélégants. Celles et ceux qui confondent le troc aimable et le débarras clandestin des détritus promis au dépotoir de la voirie, cet auxiliaire discret de la police.

D’une certaine manière, la boîte d’échange nourrit l’économie du don. Pourquoi pas du don et du contre don ? On y amène une chose on en reprend une autre ! La boîte d’échange instaure la gratuité du troc hédonique. La somme de l’échange est nulle.

Caverne d’Ali Baba

On trouve tout dans la boîte d’échange. C’est la véritable Samaritaine de l’échangiste urbain.

Livres brochés et reliés, albums de bande dessinée et magazines parfois pornographiques, dvd et cd, batterie et ustensiles de cuisine, cafetière italienne, outils, chaussures et habits souvent enfantins, lunettes de soleil borgne et ombrelles démantelées, mais aussi jouets de plastic ou de bois colorés, transistors, cages à canaris, récipients de toutes tailles, valises, câbles électriques, rehausseurs de bébé et rétroviseurs d’automobiles, enceintes stéréos, magnétophones japonais, sèche-cheveux chinois, boîtes de conserves intactes, médicaments à peine entamés, lampes de poche fissurées, pèse-personne désuet, sex-toys, crayons et stylos, papeterie, roues et selles de vélos, aspirateurs pas trop essoufflés, grille-pain et fours micro-onde à l’obsolescence programmée, munition de chasse : la caverne d’Ali Baba du trottoir est comme l’auberge espagnole. On y découvre ce qu’on y amène. Même un ventilateur désemparé. On y cherche l’oiseau rare souvent trop vite envolé. L’heureux échangistes est quelquefois  un peu honteux de l’aubaine !

La boîte d’échange : l’inépuisable inventaire à la Prévert. L’officine du recel honnête.

Sans bourse délier

La boîte d’échange assure une nouvelle circulation aux choses hors des logiques publicitaires ou consuméristes. Un peu comme le vide-grenier socialise à la belle saison le ludisme monétarisé de la récupération domestique qui enchante grands et petits.

Dans l’harmonie de l’échangisme des petits biens, se prolonge ainsi la vie matérielle des choses devenues inutiles. Celles qui nous entourent. Les objets superflus qui encombrent l’espace domestique. Ceux qui sont démodés, défraîchis ou défectueux. Ceux qui aussi se collectionnent.

Avez-vous déjà vu l’édition originale du Lotus bleu de Hergé, d’un roman de Gaston Leroux, de Blaise Cendrars ou de William Faulkner dans une boîte d’échange ? Mais oui ! Même l’édition princeps du roman Des choses de Georges Perec : c’est tout dire ! Dorénavant, amis et complices échangistes, soyez attentifs ! Le meilleur est à venir au coin de la rue.

Échappés aux caves poussiéreuses, aux greniers à araignées, aux poubelles nauséabondes ou au recyclage industriel, les petits biens dans les boîtes  d’échange satisfont des besoins immédiats. Autorisent des jouissances inattendues. Parfois coupables! La boîte autorise la consommation sans bourse délier. Elle garantit l’horizontalité de la microéconomie modeste. Celle qui pour l’instant n’a pas encore assez pignon sur rue.

Les boîtes d’échange concrétisent l’anthropologie douce du récupérable. Ces échassiers citadins révèlent la manière judicieuse dont le lien social peut se tisser tout autour du superflu. Avec le reste et le déchet comme monnaie d’échange non cotée en bourse. Les boîtes d’échange sont les maillons forts de la soft économie dans le lien social de proximité.

Vient de paraître:

https://www.georg.ch/sur-la-ligne-de-mire

https://www.georg.ch/pub/media/catalog/product/cache/image/700x660/e9c3970ab036de70892d86c6d221abfe/l/i/ligne_couv_1.png

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