L’ENNEMI INVISIBLE (4). Le salut viendra de l’isolement (?)

Ville diminuée. Rues désertées. Sociabilité détériorée.

Sur la grille verrouillée du préau scolaire silencieux, s’affiche la mise à ban domiciliaire des élèves.

 

 

 

 

 

 

 

La ville dégradée de confinement se maille en désordre d’interdits.

Nouveaux ordres, nouvelles craintes, nouvelle discipline?

 

 

 

 

 

 

La clôture supplée l’embrasure.

Le goulot d’étranglement sanitaire assèche la fluidité de la multitude. Le sas rassure.

Le grand nombre effare.

Le nombre moyen aussi!

Et le petit nombre? A partir de combien?

 

 

 

 

 

 

Compteur-enregistreur en mains, les vigiles, masques, au visage, décomptent les clients.

Il faut patienter derrière le marquage au sol.

«Une seule personne à la fois dans le magasin».

Parfois quatre

A deux mètres l’une de l’autre.

 

 

 

 

 

 

 

Fermé! Fermé! Fermé!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La «distance sociale» annihile la proximité instantanée, celle du brassage, celle du va-et-vient quotidien et démocratique — mais que signifie vraiment la distance sociale?

Aux portes entr’ouvertes des négoces et à la lisière fortifiée des grandes surfaces, s’apostent les mises en garde hygiénistes «pour la sécurité de tous».

Désinfection des caddies où s’entasse l’excès alimentaire.

Les caissières campent sur la ligne de front, parfois derrière l’écran de plexiglas.

Un par un dans la distance sociale.

«Au suivant…au suivant» chante Jacques Brel.

Avez-vous désinfecté vos mains en entrant. Et en ressortant?

Le salut viendra de l’isolement, car le rassemblement est morbide.

Le risque escorte la foule.

L’infection rôde dans la cohue.

Le mal grouille dans la masse.

Sus à la promiscuité!

La cité de la reculade corporelle et du péril altruiste se pratique maintenant dans les usages soupçonneux et les cheminements d’évitement.

Les grandes enjambées l’emportent sur le petit pas flâneur

La désinvolture baladeuse reflue devant la gêne.

Pérégriner à plus de 100 mètres de chez soi est verbalisable.

A tout prix, éviter le souffle de son prochain!

Courir les rues, fendre la foule, battre le pavé: nouveaux illégalismes. Walter Benjamin et Raymond Queneau aux oubliettes!

Bien sûr, les oiseaux matinaux chantent plus souvent, quoique plus subtilement, car le tapage urbain agonise.

Le ruban de signalisation policière (aussi nommé Rubalise ou Ruban Ferrari) borne les territoires condamnés — parc public, place de jeux, stade.

Silence et effroi.

Capitales de la douleur.

Les drones policiers épient les rues de Bruxelles. Chaque soir, comme l’antique tocsin, le guet de la cathédrale de Lausanne «donne l’alarme» auprès de la Clémence — trois coups, une pause, six coups, une pause, trois coups, une pause….

Un peu partout, après le crépuscule, les applaudissements crépitent.

À New York, l’Empire State Building s’illumine de nuit comme une sirène policière. Sur la place dépeuplée de Saint-Pierre à Rome, sous la pluie lancinante, le pape face à lui-même implore Dieu («Ne nous laisse pas dans la tempête!»).

Le silence fige d’effroi Bergame où se suivent les cohortes de cercueils.

Ailleurs, face à la splendeur lacustre, campé sur son balcon, un ami entonne  L’Hymne à la joie avec son robuste cor des alpes, un autre embouche sa cornemuse.

Résistance sonore. Hymnes à la joie de vivre. Nostalgie de la vie simple.

Les mots du désarroi urbain:

Affiches, affichettes, avis, billets, placards, posters, proclamations : la ville coronavienne suinte de discours pour prescrire les limites.

Pour  annoncer les ruptures de stock: «Rupture de masques, désinfectants et thermomètres». Triste pharmacie… comme d’habitude!

 

 

 

 

 

 

Pour signaler la rupture des massages!

Les corps devenus ennemis?

Pour prévenir que plus rien n’est comme avant.

Bienvenue…nous ne sommes plus là!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Es-tu seul? Jusqu’à quand?

 

 

 

 

 

 

(Tribut à Hopper)

 

Impuissante volonté… A très bientôt! (?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prescriptions et vigilance: le prix de la défaite…le dispositif du réarmement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Main basse du virus et peur haute sur la cité.

La ville coronavienne: méfiance en puissance du désarroi.

Fraternité en berne?

Éviter le souffle de son prochain!

Le salut viendra-t-il de l’isolement?

Jacques Brel, Regarde bien petit:

https://www.youtube.com/watch?v=usGlaznMem0

 

Notre ami le ver de terre

 

 

Coupe d'un lombric

 

Considérons un instant le plus simple ver de terre. Le seul fait de ramper constitue déjà pour lui une supériorité.”, Camille Flammarion, Le Monde avant la création de l’Homme, 1886, p. 173.

Le ver de terre est souvent associé aux peurs millénaires de la mort. Celle qui inlassablement laboure la vie comme le lombric laboure la terre.

Or, le lombric incarne le travail de la vie dans la biodiversité du sous-sol.

La mésofaune et la microfaune du sol en modifient la structure. En plus d’y incorporer les matières organiques, elles en assurent l’agrégation biotique. Le naturaliste Darwin l’a montré dès 1881. Wolny et d’autres aussi : le ver de terre est prépondérant pour assurer la structure vivante du sol.

Sans jargonner : pivot de la biodiversité, le ver de terre est essentiel à la vie humaine.

Le titan des sous-sols

Dans les régions tempérées mais aussi tropicales, les vers peuvent mélanger et déplacer entre 500 et 1200 tonnes de terre par hectare à l’année. Ce travail colossal s’impute à celui des polysaccharides secrétées dans l’intestin des vers où transitent la terre. De toute éternité, ils dégradent la matière organique fraîche du sol. Ils la transportent. Ils la mélangent et l’incorporent avec des particules minérales dans leurs déjections (turricules).

La bonne agrégation du sol, soit sa vitalité biologique et plastique, dépend du travail que réalisent les vers de terre, ces titans des ténèbres de la terre.

Inlassablement, ils multiplient les galeries et les tunnels d’aération, de fertilisation et de vitalisation des sous-sols.

Inlassablement, ils grouillent dans la terre pour la maintenir en vie.

L’obscur travailleur du sous-sol est le partenaire ancestral de l’agriculteur. Dans les ténèbres souterraines, son abondance signale la fertilité et la bonne santé des sols terreux. Plus la terre est fertile, plus sa productivité est élevée, plus la nourriture est saine et riche. Plus l’avenir de l’humanité est assuré.

Le lombric est menacé

Selon l’agronome Christophe Gatineau, il y a environ 50 ans « quand nous avons décidé de ne plus nourrir les vers de terre et toute la diversité biologique, nous avons brisé le cycle » vital. Nous avons programmé l’arrêt de mort des sous-sols puisque les vers de terre constituent près des 80% de la nourriture des plantes.

Sans le travail millénaire du ver de terre, le sous-sol se désagrège en se stérilisant, la surface se fragmente, parfois les maisons s’effondrent comme dans un film-catastrophe.

Résultat : aujourd’hui un quart des sols européens sont usés en raison de la disparition de l’increvable laboureur qu’est le lombric. Des régions traditionnellement rurales sont frappées par la mort du lombric.

Les scientifiques nomment cela l’érosion du sol. Nettoyé de sa faune qui l’équilibre – dont le lombric – le sol se durcit. Il déstabilise les bâtiments à sa surface mais surtout finit par migrer en direction des mers et des océans via les rivières et les ruisseaux. Sans le lombric, le sol n’est plus qu’un désertique champ de cailloux impropre à la vie humaine.

Sans vers de terre, la terre est un cimetière.

À l’horizon : la désertification.

Le lombric a des droits

L’apport du lombric est vital au sol dans le sens où il le régénère sans relâche, l’oxygène, le fertilise. En cessant de nourrir les vers de terre, l’agrosystème s’est effondré, affamé ou empoisonné.

Comme l’ours, le loup et l’abeille qui bénéficient aujourd’hui d’un statut juridique d’espèce menacée, le lombric doit aussi obtenir le même droit à l’existence pour assurer la reconquête de la biodiversité. Un impératif vital – de paix civile, de démocratie alimentaire.

« Le ver de terre est le moteur de la transition écologique et solidaire, car sans lui, sans eux, pas de sols nourriciers, pas de nourriture, pas de transition » – avertit encore Christophe Gatineau. Avant de nous retrouver  au bord de la guerre civile alimentaire dans un champ stérile de pierres et de graviers, réhabilitons le ver de terre dans l’économe agricole de la diversité biologique.

À quand un plan européen pour la sauvegarde du ver de terre dans l’économie agricole ?

Le lombric est l’avenir de l’Homme !

Lecture urgente : Christophe Gatineau, Éloge du ver de terre, Paris, Flammarion, 212 pages.

Le ver de terre, crucial fertilisant : 

https://www.youtube.com/watch?v=ynzNiHHCV1g

LM 41