Vacances en KaKanie (II): en musiques

La Ligne Claire se doit d’avouer à ses lecteurs qu’elle passe volontiers ses vacances dans un château plutôt qu’au Camping des Flots bleus.

On est ici dans les anciens pays de la Double-Monarchie, où les clochers à bulbe et les châteaux à la façade peinte en jaune et aux volets verts s’érigent en sentinelles d’un espace culturel, qu’on soit en Autriche, en Hongrie ou dans les pays slaves. De tous temps, le maintient d’un château s’est révélé couteux, aussi héberge-t-il une foule d’activités économiques: ici le magasin de tapis orientaux de M. Rohani, un Iranien établi en Autriche depuis des lustres, là une guinguette et un magasin de souvenirs bien sûr et enfin des salons et même une chapelle qu’on peut louer pour des mariages.

Ce jour-là dans la Schloßkapelle se déroulait justement un mariage. Une foule variée se pressait dans la petite chapelle dont l’entrée donne sur la cour du château, où de nombreux invités s’étaient assis sous les arcades gracieuses à l’abri des ardeurs du soleil de Styrie. Une voix montait qui sautillait d’arcade en arcade ; c’était le Hallelujah de Léonard Cohen (bien que la chanson traite d’un adultère) sans que La Ligne Claire puisse distinguer si on le  chantait en croate ou en slovène.

En contrebas du château, dans les anciennes écuries, sont hébergés les réfugiés, la plupart syriens, iraniens ou sikhs, qui ont trouvé accueil en Autriche l’an dernier au terme d’un voyage long et parfois périlleux. Là, dans l’ancien Schloßsstall, ils trouvent le gîte et le couvert tandis qu’ils attendent que les autorités statuent sur leur sort. Beaucoup, surtout les Iraniens, seront renvoyés chez eux au motif qu’il n’y a pas de guerre en Iran. Pendant ce temps-là, les enfants vont à l’école de la ville voisine de Feldbach, où ils apprennent l’allemand ; c’est toujours ça de pris.

Retour au château dans la cour duquel on avait érigé une estrade en vue d’un petit festival de musique et de danse folkloriques. Le soir venu, un gars en Lederhose ouvre le bal avec son accordéon, accompagné à la harpe par une jolie fille en Dirndl; on prend les choses au sérieux ici – l’un et l’autre sont étudiants à l’Académie de Musique de Graz, le chef-lieu du Land. Suivent alors les chœurs bulgares, grecs et tchèques ainsi que les danseurs de Roumanie. Ces derniers sont en réalités des Magyares de Transylvanie qui interprètent aussi des danses souabes, du nom de ces Allemands établis dans les Balkans au Moyen Age. La Ligne Claire y perd quelque peu son latin à vouloir tenter de discerner les variations dans les costumes folkloriques des Balkans, robe à bustier aux motifs traditionnels pour les femmes, culottes, bottes de cuir souple, chemise ample de lin blanc et gilet pour les hommes. Un gaillard à la moustache de hussard mène cette bande puis cède la place au pope de la paroisse grecque de Graz, qui dirige son chœur à lui. Lorsque les danseurs entament le sirtaki du film Zorba le Grec, les choristes grecs et tchèques, qui pourtant ne partagent pas de langue en commun, se mettent eux aussi à danser. La nuit est tombée et le festival touche à sa fin. Herr Nussbaumer, le vice-bourgmestre, remercie le capitaine des pompiers qui a assuré la sécurité, tous ceux sans lesquels le festival n’aurait pu avoir lieu, puis en songeant aux musiciens venus en bus de leur lointain pays respectif : « Kultur, das ist was Europa braucht ». Il n’y a pas grand chose à ajouter à cette sage sentence.

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre est un Belge établi à l’étranger. Ses centres d’intérêt tournent autour de l’histoire, de la culture, de la généalogie et des langues.

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