Pape François

Memo to Pope Francis

Memo to :                   Pope Francis

Cc:                               Urbi et Orbi

From :                          Line, Clare & Co

Date:                            June 20th 2018 AD

Re:                                Audit

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Your Holiness,

Following the resignation last month of the entire board of your Chilean subsidiary, we have carried out an audit of your organisation, summarised hereunder along with our recommendations.

 

Executive summary

While expanding globally, your organisation has consistently been losing market share in your core European market for over half a century. Once renowned for the clarity of its message (“Let your yes mean yes and your no mean no“), your communications strategy is now often perceived to be confused. We recommend that you focus on your core product, Eternal Life, and that you position it as premium product, not to be discounted.

 

Offsite (1962-1965)

Even though a minority of your staff and some customers repudiated the decisions taken at your Offsite, most went along with its core findings. Fifty years on though, you need to challenge the way its decisions were implemented and not just blame loss of market share on external factors, however real.

 

Market share

As a global firm, you need to be present in all markets; Figure 1 below shows how you are positioned in each of them by measuring your market share against its growth rate.

This seemingly well-balanced positioning belies the fact that the current sizes of the European and American markets are much larger than the African one, not to mention the Asian market, still in its infancy.

 

Management

Experience suggests that your top-down approach to management, tested over 2,000 years, has revealed itself to be robust; with the benefit of hindsight, it proved itself surprisingly well suited to the peak of your global expansion from the 16th to the 19th centuries.

 

Communication

Your organisation used to be known for its crystal clear communications, but no longer. Latin, a crisp, synthetic language, offered a unique way of addressing your client’s spiritual needs that no competitor could match; such was its appeal that even the illiterate wanted to buy your product. Nowadays, coupled with the looser management culture that has prevailed since your Offsite, head office spokesmen come across as garbled, confused and even contradictory. Most recently, this confusion has led local managers, most notably in Germany, openly to oppose corporate policy as described in your policies and procedures.

 

Product positioning

We strongly recommend that you position your product as a premium brand, as it used to be. Debasing the currency, as it were, has hardly ever been a winning strategy in the long run. The key here lies in making your product feel timeless– something that never looses value, like a Patek Philippe watch; by contrast, make it too trendy and people will soon loose interest. Always remember Coco Chanel’s dictum: “La mode, c’est ce qui se démode”. There is evidence that the abandonment of this premium positioning has facilitated the emergency of budget competitors, particularly in Latin America, offering ever-expanding varieties of cheap religion.

Research also shows that product quality correlates with high recruitment levels, low staff turnover and corporate loyalty while the opposite holds true once the brand is devalued. There is evidence to suggest that this may have been happening.

 

Marketing

Demand for rituals is part of human nature – just think of those fútbol fans all over the world, who spontaneously develop their own chants. Drawing upon your rich cultural tradition, a selected use of Latin during your weekly Sunday sessions will lend your product a much needed touch of class and allow you to tap the insatiable demand for ritual and majesty, as the recent royal wedding just reminded us.  (*) Your job is then to ensure the consistency between the packaging and the end product as not to disappoint your customer.

(*) your founder was, after all, himself of royal blood

 

Code of ethics

No global entity can do without a Code of Ethics these days. You have one at hand, inherited from your predecessor firm, summarised in Ten bullet points, which you should observe at all times; and when it reads “don’t do it”, well, that is exactly what is meant. For, as Groucho Marx might have observed, “Who wants to be part of a club where no membership rules apply?”

 

Final considerations

There is no doubt that loose marketing and lack of corporate discipline have damaged your brand over the past half-century or so. Though weakened, your market position remains strong, as does untapped demand for your product. As a man close to the people, you will appreciate the common saying that goes, where there is hope, there is (eternal) life.

Focus on your core product, restore and maintain its sacred beauty, keep your eyes on the orbem terrarum at all times and, above all, do not throw the Baby Jesus with the holy water.

Yours faithfully (obviously),

Line, Clare & Co

Management Consultants

Comment peut-on être catholique?

Comment peut-on être catholique?

Cette question rhétorique, clin d’œil aux Lettres Persanes, donne son titre au livre paru il y a six mois sous la plume de Denis Moreau, professeur de philosophie à l’Université de Nantes. Catholique parce que philosophe, Moreau entend fournir en guise de réponse une argumentation raisonnée de la foi catholique et établir qu’elle constitue un choix raisonnable, au sens où il est conforme à la raison. Ce mariage de la foi et de la raison ne date pourtant pas d’hier : les Actes des Apôtres nous livrent le récit de Paul de Tarse s’adressant à l’Aréopage d’Athènes tandis que, face à la première grande crise doctrinale née de la diffusion de l’arianisme, le Concile de Nicée, réuni en 325, fera appel aux concepts empruntés à la philosophie grecque (nature, substance) et les réunira en une profession de foi que les catholiques de nos jours appellent le Credo.

Destiné à un large public, chrétien ou pas, l’ouvrage de Moreau est rédigé dans un langage très accessible, souvent drôle, qui tantôt fait appel aux classiques des lettres françaises, Pascal et Descartes en particulier, et tantôt fourmille des références les plus variées au monde actuel, le festival Hellfest, le philosophe Michel Onfray, ou encore le quotidien Libération, et qui fourniront autant de points de repères facilement identifiables. Car, faut-il le rappeler, le christianisme est la religion de l’incarnation, de la rencontre de Dieu avec l’homme tel qu’il est en réalité.

S’il s’adresse à un vaste public, le livre de Moreau n’en exige pas moins du lecteur un effort intellectuel honnête envers son sujet, celui-ci comme n’importe quel autre. Il invite le lecteur à s’intéresser tout autant à des concepts philosophiques, logos ou ontologie par exemple, à des citations bibliques ou à leurs commentaires par saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin.

A l’issue d’un intermède délicieux que La Ligne Claire se gardera bien de dévoiler, dans la seconde partie de son livre, Moreau, qui s’affiche sans fard en catholique de gauche, une espèce désormais menacée en France, Moreau donc enjambe à grands pas  le terrain de la philosophie politique en vue de plaider la cause de la gauche. Selon lui, si elle est aussi malmenée en France comme en Europe, c’est qu’elle s’est dépourvue d’éthique, c’est-à-dire de la faculté de distinguer le bien du mal (1) (« pas de discours moralisateur »). En guise d’ersatz, elle s’est lancée dans une poursuite à outrance du libéralisme des mœurs, tout aussi mortifère que celui du capital, que Moreau dénonce à corps et à cri.

Moreau se défend haut et fort d’être prosélyte, tout simplement parce qu’il sait que ça ne marche pas. Il se propose au contraire, pour reprendre un terme quelque peu désuet, de faire une apologie du christianisme, à savoir une défense, une argumentation qu’il mène avec intelligence, foi et humour ; il  mérite d’être écouté car son sujet le mérite.

 

(1) cf Philippe de Woot: la finalité de l’économie 

Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ? Editions du Seuil, 368 pages

Place Saint Pierre

Les caves du Vatican

Avertissement au Lecteur

La Ligne Claire ne dispose pas d’une connaissance de première main des événements dont on va raconter l’histoire mais s’est appuyé sur le blog de Sandro Magister, un vaticaniste de renom et qui le premier les a portés à la connaissance du public, ainsi que sur une correspondance de l’agence Associated Press.

Apparence des Faits

A la veille du cinquième anniversaire de l’élection de Bergoglio au pontificat, Monseigneur Dario Viganò, préfet du Secrétariat pour la Communication, a tenu une conférence de presse le 12 mars dernier au cours de laquelle il a publié un communiqué dans lequel il citait le contenu d’une lettre que lui avait adressée le pape émérite Benoît XVI.

Benoît XVI y réfute «  le préjugé stupide en vertu duquel le Pape François ne serait qu’un homme pratique dénué de toute formation théologique ou philosophique tandis que je ne serais moi-même qu’un théoricien de la théologie qui n’aurait pas compris grand-chose de la vie concrète d’un chrétien d’aujourd’hui ». Et d’ajouter : « Les petits volumes montrent à raison que le Pape François est un homme d’une profonde formation philosophique ou théologique, et aident donc à voir la continuité intérieure entre les deux pontificats, même avec toutes les différences de style et de tempérament.»

Les lecteurs attentifs auront remarqué que Benoît XVI y salue la continuité de la formation qu’ont reçue les deux papes, qui plus est une continuité intérieure, et non pas celle qui pourrait exister dans leur pensées, écrits ou actions.

Néanmoins, certains ont pu y voir la marque d’un appui apporté par Benoît XVI, éminent théologien, à son successeur ; d’autres encore se sont autorisés à penser qu’en publiant ce communiqué, c’était là que résidait effectivement l’intention de Mgr Viganò.

La Réalité des Faits

Or il va s’avérer que les passages ci-dessus ne forment que deux paragraphes d’une lettre qui en réalité en contient plusieurs. Nous le savons car le Secrétariat pour la Communication a lui-même envoyé à la presse une photo de cette lettre, qui s’étend sur deux pages. Et que voit-on sur la photo ? Que le quatrième paragraphe commence en bas de la page 1 dont les deux dernières lignes sont floutées tandis que le contenu de la seconde page, à l’exception de la signature de Benoît XVI, est tout entier masqué par une pile de petits volumes. Ces derniers sont ceux auxquels se réfère Benoît XVI ; rédigés au sujet du Pape François et non par lui, ils sont l’œuvre de différents auteurs. Soulignons par ailleurs que la lettre de Benoît XVI est datée du 7 février et qu’elle n’a donc pas été rédigée à l’occasion de l’anniversaire du pontificat.

Car en réalité la lettre de Benoît XVI est une réponse à une précédente lettre que Mgr Viganò lui avait adressée le 12 janvier et dont le contenu n’a pas été divulgué. Dans sa réponse Benoît XVI poursuit comme suit  : « Toutefois, je ne suis pas en mesure de rédiger une brève et dense page théologique à leur sujet parce que toute ma vie il a toujours été clair que je n’écrirais et que je ne m’exprimerais jamais que sur les livres que j’aurais vraiment lus. Malheureusement, même si ce n’est que pour des raisons physiques, je ne suis pas en mesure de lire les onze petits volumes dans un proche avenir, d’autant plus que je suis soumis à d’autres obligations que j’ai déjà acceptées. » L’omission de ce dernier paragraphe change fondamentalement le sens de la lettre dont la lecture tronquée induit en erreur. L’Associated Press n’hésite pas à parler de doctored photo ou de photo truquée et de violation des standards en vigueur au sein des agences de presse.

Contrairement à Mgr Viganò qui publie à mauvais escient une lettre marquée personnelle et confidentielle, Benoît XVI a la délicatesse de ne pas en faire autant avec la lettre que Mgr Viganò lui avait lui-même adressée ; on peut cependant déduire de la réponse de Benoît XVI qu’elle était accompagnée de l’envoi des onze fascicules, assortie d’une demande d’approbation ou de commentaire de ces ouvrages, à laquelle Benoît XVI ne donne pas suite. En effet, non seulement Benoît XVI écrit-il qu’il ne lira pas ces ouvrages mais s’étonne de la présence parmi les auteurs de Peter Hünermann, professeur émérite de théologie dogmatique à l’université de Tübingen, qui « durant mon pontificat avait pris la tête d’initiatives anti-papales ».

Epilogue

Il est loin désormais le temps où une photo constituait un élément de preuve ; Stalin est passé par là et maintenant le Vatican, qui le 17 mars dernier s’est résolu à publier la lettre de Benoît XVI dans son ensemble. Saluons la rigueur professionnelle et la droiture morale de Sandro Magister et de Nicole Winfield, tous deux journalistes, face à ces manœuvres déplacées de la part du Secrétariat pour la Communication. Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu. Quant à Mgr Viganò, à l’occasion de sa prochaine messe, il pourra méditer les paroles du Confiteor où les fidèles s’accusent entre autres du péché par omission.

Le 21 mars on apprenait que le pape avait accepté la démission de Mgr Viganò.

 

 

Pendant ce temps-là, à Coire

La Ligne Claire habite dans l’arc lémanique est n’est donc pas directement concernée par la nomination d’un nouvel évêque à Coire. Le 21 avril dernier, conformément au droit canon, l’évêque diocésain, Mgr Huonder, a présenté sa démission au pape le jour de son septante-cinquième anniversaire ; quinze jours plus tard, à la surprise générale, le pape l’a confirmé dans ses fonctions pour deux années supplémentaires.

Ce qui surprend la Ligne Claire cependant c’est la réaction de tous ceux qui espéraient du pape François un changement d’orientation au sein du diocèse de Coire et qui sont donc déçus de la prolongation du mandat de Mgr Huonder.

Ainsi, on peut entendre dans la bouche de Mme Simone Curau-Aepli, une représentante de la Ligue Suisse Femmes Catholiques (SKF) au sein de l’Alliance « Es Reicht », un collectif opposé à Mgr Huonder les mots suivants : « Le pape François n’est clairement pas au courant de la situation du diocèse de Coire ». La Ligne Claire s’étonne, disons au mieux, de la naïveté qui consiste à écarter la possibilité, même au titre de simple hypothèse de travail, que le pape puisse avoir une autre opinion, par exemple qu’il apprécie le travail de Mgr Huonder, qu’il ait des réserves face au système dual en vigueur en Suisse alémanique ou que, s’il souhaite octroyer un plus grand rôle aux femmes au sein de l’Eglise, il n’entend pas autoriser leur ordination, comme le réclame la SKF. Le pape a pris une autre décision que celle que j’aurais voulu moi qu’il prenne ? C’est qu’il est forcément mal informé. Ben voyons, wenn der Führer nur wüsste.

L’Alliance Es Reicht avait procédé l’an dernier à une pétition en ligne exigeant non pas la nomination d’un nouvel évêque mais celle d’un administrateur apostolique jusqu’à ce que la situation dans ce diocèse « polarisé » soit « apaisée ». De l’avis de La Ligne Claire, mal lui en a pris car s’il y une chose que le pape François n’aime pas c’est qu’on tente de lui forcer la main. Qu’on songe à la tentative de François Hollande de nommer un ambassadeur homosexuel auprès du Saint-Siège ou aux pressions exercées sur le pape pour révoquer Mgr Barros, évêque d’Osorno au Chili ; dans le premier cas M. Hollande a en définitive été contraint de retirer son candidat tandis que dans le deuxième Mgr Barros est toujours en place.

Le pape François exerce ses prérogatives de manière résolue et indépendante, solitaire même dirons certains. S’il n’hésite pas à demander la démission d’un évêque lorsque des circonstances graves l’exigent, il sait aussi leur prodiguer son appui, par exemple au cardinal Barbarin, archevêque de Lyon. Evêque de Rome, il n’entend pas se substituer aux évêques locaux dans la gouvernance de leur diocèse. Et puis il y a cette foi catholique qui se professe en communion avec le pape et les évêques, et qui exclut qu’on tente de manipuler le premier en vue de destituer les seconds.

Pape François

Le pape à la rencontre des Coptes

Le pape François entame aujourd’hui un voyage difficile en Egypte où il manifestera son soutien aux Eglises chrétiennes qui y vivent des moments douloureux et où il rencontrera aussi les hautes instances du clergé sunnite en vue de poursuivre et de promouvoir malgré tout le dialogue avec les musulmans. Fait remarquable, il est accompagné dans sa démarche par le patriarche oecuménique Bartholomée Ier, signe manifeste de la volonté du pape de renforcer non seulement le dialogue mais aussi l’agir oecuménique au sein des différentes églises chrétiennes. Cette démarche conjointe mérite d’être d’autant plus soulignée que la plupart des chrétiens d’Egypte se réclament de l’Eglise copte, qui n’est ni catholique ni orthodoxe au sens où nous comprenons ces mots de nos jours.

Fondation

Selon la Tradition, l’Eglise en Egypte trace sa fondation à l’évangéliste saint Marc, identifié au personnage de Jean-Marc qui apparaît dans les Actes des Apôtres. Vers le milieu du Ier siècle, soit à peine une douzaine d’années après la mort de Jésus, saint Marc aurait fondé l’Eglise d’Alexandrie, une ville qui comptait alors une importante population de Juifs hellénisés (parmi lesquels on compte Théophile à qui saint Luc adresse son évangile). De nos jours encore, le pope de l’Eglise copte porte le titre de patriarche d’Alexandrie et patriarche de la prédication de saint Marc.

Dès le IIIe siècle se développe en Egypte un courant jusqu’alors inédit du christianisme, le monastisme, qui voit des hommes se retirer dans une vie de solitude au désert. C’est l’époque de saint Antoine le Grand, célèbre pour avoir affronté les tentations du démon, une scène reproduite maintes fois dans l’histoire de la peinture, de Jérôme Bosch à Salvador Dali.

Le concile de Chalcédoine en 451

Dès les premiers siècles du christianisme apparaîtront des disputes théologiques, ces fameuses querelles byzantines, que des conciles seront appelés à trancher. Au Ve siècle de notre ère le monde antique est agité par les débats au sujet de la nature du Christ: a-t-il une seule nature ou une double nature, humaine et divine?

Le concile de Chalcédoine en 451 marquera un tournant fondamental dans l’émergence de l’Eglise copte. Le concile définit de manière claire que le Christ possède deux natures, humaine et divine, réunies en une seule personne ; cette définition dogmatique conduira à un schisme majeur dans le chef de l’Eglise d’Egypte, alors province byzantine et, dans une moindre mesure, dans le chef de l’Eglise de Syrie. A Chalcédoine l’opposition aux positions défendues par le concile était menée par Dioscure, patriarche d’Alexandrie et qui fut déposé pour cette raison. Mais l’Eglise d’Egypte ne l’entendait pas de cette oreille et nomma à sa place son propre patriarche, Timothée (Tawadros), ce qui l’amena à rompre la communion avec l’Eglise impériale. En guise de réplique, l’empereur à Constantinople nomma son propre candidat au patriarcat d’Alexandrie à la tête d’une Eglise qualifiée depuis lors de melkite (un mot d’origine syriaque signifiant royal ou impérial), séparée de l’Eglise qu’on peut désormais appeler copte, mais qui demeurera toujours minoritaire au sein du christianisme égyptien. Notons  que le mot copte même est dérivé du nom grec pour Egyptien « Egyptos »).

La conquête arabe

En 639 les Arabes conquièrent l’Egypte sur les Byzantins. Si les califes omeyyades pratiquent une politique de tolérance religieuse, ils réclament de la population chrétienne des taux d’imposition supérieurs à ceux dus par les musulmans si bien que dès la fin du XIIe siècle une majorité de la population égyptienne est de confession musulmane.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour que l’Eglise copte puisse sortir de l’ombre. C’est l’époque où les premières écoles chrétiennes sont fondées et où l’Ecole théologique d’Alexandrie, la toute première de ce type, fondée en 180, rouvre ses portes au terme d’un hiatus de quatorze siècles.

Situation actuelle

De nos jours l’Eglise copte constitue la plus importante des Eglises d’Orient avec dix à quatorze millions d’adeptes en Egypte même, soit 12 à 15% de la population, et environ cinq autres millions à l’étranger. Depuis 2012 elle est dirigée par le Pope Tawadros II, 118e patriarche d’Alexandrie. On assiste depuis plusieurs années à un rapprochement entre les Eglises copte et orthodoxe sur des sujets comme le mariage et à des efforts en vue d’aplanir les divisions nées des divergences d’interprétation doctrinales des canons du concile de Chalcédoine. Si la langue liturgique traditionnelle est le copte, une langue dérivée de l’égyptien ancien, de nos jours les services religieux se déroulent également en arabe.

En 1988 les Eglises catholique et copte se sont accordé sur une définition commune au sujet de la nature de Jésus-Christ dans le but de mettre fin aux querelles, il est vrai obscures, nées du Concile du Chalcédoine. Cette déclaration réaffirmait une foi commune et reconnaissait que les mésententes et les schismes passés devaient être attribués à des différences culturelles et de divergence dans la formulation, qui ne portaient pas atteinte à la substance de la foi.

Parmi les personnalités égyptiennes contemporaines de confession copte, on peut citer Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies et Suzanne Moubarak, l’épouse de l’ancien président.

Annonciation

Annonciation

Dring.

« de Nazareth, Marie, c’est ici ? »

« Euh oui »

« Voilà vous allez enfanter un fils, il s’appellera Jésus, et il siégera sur le trône de David son aïeul ».

« Ah bon ?»

« Oui, signez là, là et là. Salutations à Beppe ».

Cette scène qui est reportée au chapitre Ier de l’Evangile selon saint Luc est connue sous le nom de l’Annonciation. Elle relate le moment où le divin fait irruption dans la vie ordinaire d’une jeune fille qui vaque à ses occupations tandis que son mari poursuit sa besogne à l’atelier. En ce 25 mars, les pendulaires suisses vaquent aussi à leurs occupations sans songer que neuf mois après cette conception virginale ce sera Noël, à savoir la naissance annoncée du gamin, Jésus.

Pourtant cette scène a inspiré d’innombrables peintres, au rang desquels figurent Fra Angelico, Botticelli, Léonard de Vinci et le Caravage, ce voyou génial. Alors que les CFF annoncent un dérangement, l’Annonciation, elle s’est annoncée de manière définitive dans l’art européen, avec des codes très clairs auxquels se tiennent tous ces grands artistes : l’archange Gabriel figure le plus souvent à gauche de la scène tandis que Marie, toujours vêtue d’une robe rouge, qui évoque la passion du Christ, et d’une cape bleue, figure maternelle de l’Eglise, est placée à droite ; un lys symbolise sa virginité, tandis qu’une colombe figure le Saint-Esprit. A leur arrivée à Cornavin, les pendulaires pourront en voir un exemplaire sous la forme d’un vitrail de la Basilique Notre-Dame.

Pape François

Le pape François à l’affiche

Le pape François a récemment fait l’objet de deux marques inhabituelles d’attention, d’une part une affiche rédigée en dialecte romain où il se voyait reproché un défaut de miséricorde envers l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée et d’autre part une fausse édition de l’Osservatore Romano qui abondait dans le même sens.

Si les attaques contre le pape ne sont pas chose nouvelle – qu’on songe à Luther ou aux pamphlets dénonçant la prostituée de Babylone aux XVIe et XVIIe siècles – celles-ci surprennent en raison du caractère anonyme de leurs auteurs et dans le cas du faux Osservatore par le recours aux nouvelles technologies de l’information.

L’Eglise catholique se veut universelle et, pour cette raison, héberge depuis toujours en son sein de nombreux courants, certains bien en cour auprès de la papauté et d’autres pas. Qu’on songe par exemple à la théologie de la libération, un courant de pensée auquel Jean-Paul II s’était opposé avec vigueur et qu’il avait réduit à l’impuissance. A l’époque, ceux qu’on appellera par convenance la frange conservatrice de l’Eglise non seulement s’en étaient réjoui mais justifiaient l’action du pape au nom de sa juridiction universelle.

Ces mêmes personnes, qu’on soupçonne d’être derrière les affiches et le faux Osservatore, se trouvent aujourd’hui bien empruntées car elles ne peuvent à la fois ouvertement critiquer le pape et se réclamer de son autorité. Aussi les voilà contraintes à avancer à visage masqué et de tacher de distinguer leur conception du ministère papal de la manière dont François l’exerce et qui leur déplait. Cette contradiction fait le lit de la déloyauté.

Le Pape en Arménie

A l’occasion de la visite du pape François en Arménie, La Ligne Claire souhaite offrir à ses lecteurs une courte description de l’Eglise d’Arménie, dont l’histoire se confond avec celle de la nation.

Légende des origines

Le nom même de cette Eglise témoigne de son ancienneté puisqu’elle fait remonter sa fondation aux apôtres Thaddée et Barthélémy. Selon la tradition ou la légende selon les points de vue, l’apôtre Barthélémy aurait guéri le roi Abgar V en sa capitale d’Edesse (aujourd’hui Sanliurfa dans le sud-est la Turquie), alors capitale du royaume d’Arménie. D’après la légende, le roi, affligé d’une grave maladie, peut-être la lèpre, ayant entendu la renommée des hauts faits pratiqués par Jésus, lui aurait écrit l’invitant à Edesse afin qu’il le guérisse. Jésus lui aurait répondu que non malheureusement son emploi du temps ne lui permettait pas d’entreprendre un voyage si périlleux car il devait se consacrer aux affaires de son Père ajoutant toutefois, que si le roi voulait bien prendre patience, sitôt ressuscité, il dépêcherait auprès de lui deux de ses lieutenants les plus fidèles. Armés d’une image sainte appelée le Mandylion, un tissu sur lequel se serait imprimé la face de Jésus lors de sa passion, les apôtres guérirent le roi, qui les enjoigna ensuite d’évangéliser son royaume où ils moururent en martyrs. Quoiqu’il en soit, cette légende témoigne d’une présence sans doute très ancienne du christianisme en Arménie.

Conversion

L’Arménie connaît un tournant décisif dans son histoire lorsqu’au tout début du IVe siècle, sans doute en l’an 314, un saint local, l’évêque Grégoire l’Illuminateur baptisa et convertit le roi Tiridate IV et toute sa cour faisant de l’Arménie la première nation chrétienne. Echange de bons procédés, le roi nomma Grégoire le premier catholicos (ou patriarche) de la toute jeune Eglise arménienne. Celle-ci se développe en communion avec les autres Eglises chrétiennes, ce dont témoigne la présence de son catholicos aux deux premiers conciles, celui de Nicée en 325 et celui de Constantinople en 381. Si l’Eglise d’Arménie n’est pas représentée au troisième concile à Ephèse en 431, Sahak (ou Isaac) Ier, sixième catholicos, souscrit à ses conclusions.

Schisme 

En revanche elle n’est pas présente au concile de Chalcédoine en 451 mais se trouve mêlée aux querelles qui ravagent la chrétienté orientale au sujet des rapports entre l’humanité et la divinité du Christ. Au siècle suivant, l’Eglise d’Arménie se réunira à deux reprises en concile local à Dvin, résidence du catholicos, en 506 d’abord et en 555 ensuite. On fait traditionnellement remonter à cette dernière date la séparation de l’Eglise d’Arménie de l’Eglise orthodoxe impériale bien qu’aucun des actes du concile de Dvin ne mentionne explicitement les canons de Chalcédoine. Toujours est-il que le schisme est consommé et que les Arméniens viennent se joindre aux Syriaques et aux Coptes dans les rangs des miaphysistes, ceux qui ne reconnaissent au Christ qu’une seule nature. Inversement en 609-610 lors du troisième concile de Dvin, l’Eglise géorgienne, jusqu’alors sous la juridiction de celle d’Arménie, adopte les canons de Chalcédoine, et s’en sépare.

La Bible en langue arménienne

L’ensemble des livres du Nouveau Testament et une partie de ceux de l’Ancien avaient été rédigés en grec, par ailleurs langue liturgique en usage dans l’Eglise arménienne. En 405, sous l’impulsion du catholicos Sahak, la Bible est traduite en langue arménienne ; bien plus, comme la langue n’était jusqu’alors qu’orale, un alphabet propre est élaboré afin de pouvoir mener à bien cette traduction. A titre de point de repère, c’est en ces années-là que saint Jérôme traduit la Bible des Septante du grec vers le latin.

Tribulations 

Royaume établi aux confins des empires byzantin et arabe, puis turc, l’Arménie voit l’émergence vers la fin du IXe siècle d’une dynastie propre, les Bagratides. Cependant cette indépendance ne sera que de courte durée puisqu’en 1045 les Byzantins reprennent le contrôle de l’Arménie provoquant l’exil d’une part importante de la population vers la Cilicie, un territoire situé le long de la côte sud de la Turquie actuelle. D’un point de vue religieux, l’importance de ses événements réside dans le déplacement du catholicosat en Cilicie, connu depuis lors sous le nom de Catholicosat de la Grande Maison de Cilicie. A la suite de la prise de ce royaume cilicien par les Turcs en 1375,  Kirakos Virepatsi fut élu catholicos du Saint-Siège d’Etchmiadzine, situé sur le territoire de l’actuelle République d’Arménie, en 1441 ; c’est ainsi que depuis cette date l’Eglise d’Arménie compte deux catholicoi, sachant que celui d’Etchmiadzine, appelé catholicosat de Tous les Arméniens, jouit d’une primauté d’honneur. Vers la même époque les Turcs absorbaient par ailleurs l’Arménie proprement dite (appelée alors Grande Arménie) au sein de leur empire, mettant fin à l’existence d’un état arménien jusqu’en 1918.

Plus proche de nous, l’événement marquant de l’Eglise arménienne comme de l’Arménie tout entière est constitué par les massacres perpétrés par les Jeunes Turcs à partir de 1915. Les conséquences pour l’Eglise sont triples: tout d’abord une diminution énorme de la population puisqu’on évalue le nombre de victimes de l‘ordre du million, ensuite un exode aux quatre coins du monde et enfin l’exil du catholicos de Cilicie d’abord en Syrie et ensuite au Liban, où il a actuellement son siège.

Organisation

Outre les deux catholicosats évoqués plus haut, l’Eglise apostolique d’Arménie dispose de deux patriarcats, l’un à Jérusalem et l’autre à Constantinople (Istanbul) l’un et l’autre sous la primauté du catholicos d’Etchmiadzine, tout en jouissant de l’indépendance quant à l’organisation de leur Eglise. Si la présence arménienne à Jérusalem est très ancienne puisqu’elle remonte à l’époque byzantine avant la prise de la ville sainte par les Arabes, celle à Constantinople est plus récente et trouve son origine dans le désir du sultan en 1461 d’avoir dans sa capitale un représentant de l’Eglise arménienne puisque cette dernière n’était plus en communion avec le patriarche oeucuménique orthodoxe.

Situation actuelle

De nos jours, l’Eglise d’Arménie jouit du statut d’Eglise nationale en République d’Arménie. Une petite population subsiste à Istanbul et ailleurs en Turquie ainsi qu’en Iran tandis qu’on trouve au Liban une importante communauté réunie autour du catholicosat de Cilicie, aujourd’hui établi en la ville libanaise d’Antelias. Enfin, les massacres de 1915 ont conduit à une migration importante à destination de la France, des Amériques et de l’Australie où leurs descendants sont établis de nos jours.

Relations avec l’Eglise catholique

A l’instar de la déclaration avec les Syriaques, le pape Jean-Paul II et le catholicos Karékine Ier promulguent en 1996 une déclaration où ils soulignent leur foi commune et expriment leur regret pour les controverses et les divisions passées, davantage le fruit de différentes manières d’exprimer la foi que de divergences touchant à la foi elle-même. Tout récemment en mars 2013, Karékine II, Catholicos de Tous les Arméniens, a marqué de sa présence la messe inaugurale du pontificat du pape François à Saint-Pierre de Rome. La visite du pape François aujourd’hui s’inscrit donc elle aussi dans cette démarche de rapprochement.

L’Eglise catholique arménienne

Face à la menace ottomane, un concile tenu à Florence de 1440 avait proclamé une réconciliation théorique des églises latine et orientales, qui était restée lettre morte. Plus tard, dans l’esprit de la Contre-Réforme,  l’Eglise catholique s’attacha à constituer des Eglises de rite oriental mais qui reconnaissent l’autorité spirituelle du pape, et qu’on appelle Eglises uniates ou encore Eglises catholiques orientales,  détachées de leur Eglise d’origine. C’est ainsi qu’en 1738 le pape Benoît XIV érigea formellement une Eglise catholique arménienne bien qu’auparavant de nombreux contacts se fussent noués à titre individuel entre Arméniens et catholiques, en Pologne notamment.  En 1740 Abraham-Pierre I Ardzivian, qui s’était auparavant converti au catholicisme, fut élu au patriarcat de Sis, siège du Catholicosat de la Grande Maison de Cilicie.

A l’instar de l’Eglise apostolique arménienne, l’Eglise arménienne catholique fait usage de la langue arménienne au cours de ses célébrations liturgiques et se réclame de la tradition de saint Grégoire l’Illuminateur, fondateur de la première église nationale au début du IVe siècle.

De nos jours, selon l’annuaire pontifical, on compte quelques 700’000 d’Arméniens catholiques, qui forment d’importantes communautés non seulement au en Arménie et en Orient mais aux Etats-Unis, au Canada, en Argentine et en France. Depuis 2015, l’Eglise est présidée par le catholicos Grégoire Pierre XX Gabroyan.

L’Eglise chaldéenne catholique

Introduction

De temps à autre La Ligne Claire consacre un article à un des églises présentes en Orient. Ces articles se veulent descriptifs et ont vocation à constituer une sorte de Who’s who des Chrétiens d’Orient. La présence du christianisme au Proche et Moyen-Orient est tout à la fois très ancienne et variée et a bien entendu connu d’importantes évolutions au long de deux millénaires. L’article publié le 25 octobre 2015 en guise d’introduction fournira au lecteur la méthodologie adoptée par La Ligne Claire.

L’Eglise d’Orient (rappel)

On se souviendra que L’Eglise d’Orient, établie principalement dans le nord de la Mésopotamie n’avait pu prendre part ni au Concile de Nicée en 325 ni au Concile d’Ephèse en 431, ce qui allait donner lieu au premier schisme de l’histoire de l’Eglise et à l’établissement des Eglises dites nestoriennes. Située principalement sur des territoires de l’empire perse puis mongol, l’Eglise d’Orient poursuit un développement en marge de la chrétienté catholique et orthodoxe, tout en maintenant des ambassades auprès du pape au cours du Haut Moyen-Âge.

All in the family

Au XVe siècle, la dignité patriarcale au sein de l’Eglise d’Orient était devenue héréditaire d’oncle en neveu au sein d’une même famille. En 1552, les évêques, indignés par cette pratique, refusèrent de reconnaître l’autorité du nouveau patriarche et élurent contre son gré un moine, Yohannan Soulaqa, qui se rendit cependant à Rome pour y obtenir l’ordination épiscopale de la part du pape Jules III. Le pape le proclama patriarche de l’Eglise assyrienne orientale sous le nom de Simon VIII Soulaqa, désormais à la tête d’une Eglise en communion avec Rome.

Le retour de Soulaqa en Mésopotamie provoqua de vives tensions avec l’Eglise d’Orient (nestorienne) à telle enseigne qu’il fut assassiné, non sans avoir ordonnée cinq évêques, à l’origine d’une hiérarchie parallèle, dite ligne de Simon. Il s’ensuit une période très trouble qui conduisit la ligne de Simon de rompre la communion avec Rome en 1692 tandis qu’au sein de l’Eglise assyrienne se détachait en 1672 une nouvelle ligne dite ligne joséphite d’Amid qui entra en communion avec Rome et qui en 1830 fusionna avec une troisième ligne dite du patriarcat d’Alqosh. Cette année-là le pape Pie VIII octroya le titre de Patriarche de Babylone et des Chaldéens au chef de l’Eglise fusionnée. On notera à ce propos que si la civilisation chaldéenne est présente dans l’Antiquité, elle ne s’est absolument pas transmise en tant que telle à travers les siècles jusqu’aux Temps Modernes et que l’appellation « chaldéenne » ne fait pas référence à une ethnie particulière. Etablis dans le nord de l’Irak actuel autour de la ville de Mosul, les chaldéens connurent à partir de 1830 une période de tranquillité, à laquelle la Première Guerre Mondiale allait mettre fin.

D’une guerre à l’autre

La région de Mosul faisait alors partie de l’Empire ottoman ; encouragés d’une part par les promesses panarabes des Anglais et soutenus d’autre part par la Russie, ennemie de la Turquie et protectrice déclarée des chrétiens d’Orient, les Assyriens se soulevèrent contre les Turcs. Ceux-ci, conduits par Enver Pasha, Ministre de la Guerre, furent massacrés au cours d’un épisode connu sous ne nom du génocide assyrien et qui fait écho bien entendu au génocide arménien.

De nos jours ce sont bien entendu la Deuxième Guerre d’Irak, la guerre civile en Syrie, et la maîtrise par Daesh d’une frange de territoire qui s’étend à travers le nord de la Syrie et de l’Irak qui dominent la vie des chrétiens d’Assyrie, confrontés au choix de l’exil, de la conversion forcée à l’Islam ou du martyre.

En 1994, la conclusion d’un accord entre l’Eglise catholique, sous l’égide de Jean-Paul II, et du patriarche assyrien (nestorien) contribue grandement à l’apaisement des relations entre chaldéens catholiques et l’Eglise d’Assyrie. Depuis 2013, l’église chaldéenne est présidée par le patriarche Louis Raphaël Ier Sako, défenseur inlassable de la présence chrétienne en Orient et promoteur non moins infatigable du vivre-ensemble avec les Musulmans.

Chrétiens d’Orient: l’Eglise maronite

L’Eglise maronite

Après avoir parcouru les Eglises pré-chalcédoniennes puis les Eglises orthodoxes d’Orient, La Ligne Claire se tourne maintenant vers les Eglises catholiques, de rite latin ou autre. La première de ces vignettes sera consacrée à l’Eglise maronite.

Origines

L’Eglise maronite trace ses origines à saint Jean Maron, qui quitta la ville d’Antioche pour mener une vie d’ermite dans les montagnes de Syrie aux alentours de l’an 400. Persécutés par l’Eglise syriaque d’Antioche qui venait de rejeter les canons du concile de Chalcédoine, les disciples du saint, décédé en 410, se réfugièrent au Liban. Dès cette époque les Maronites nouent des contacts avec la papauté qui leur accorde sa reconnaissance en 518. L’invasion arabe conduit les Maronites à élire le propre patriarche en 687, appelé lui aussi saint Jean Maron, et portant en concurrence avec trois autres dignitaires d’Eglises orientales le titre de Patriarche d’Antioche. Alors que s’ouvre la longue période de domination arabe, de toutes les Eglises orientales, seule la Maronite maintient la communion avec l’évêque de Rome après le schisme de 1054.

Nouveaux contacts avec Rome

Avec l’arrivée des Croisés et l’établissement des royaumes latins du Levant, les Latins et les Maronites renouent des contacts interrompus par quatre siècles de présence arabe et qui voient le pape reconnaître à nouveau le patriarche maronite et le confirmer en sa qualité de Patriarche d’Antioche. La disparation des Etats latins d’Orient fait place à une domination mamelouke puis à partir de 1516 à la suzeraineté ottomane qui établissent au sein de leur empire une principauté du Liban, fondée sur une alliance entre Maronites et Druzes.

Fidèles à la communion catholique, les Maronites fondent un collège à Rome en 1584 à l’inauguration duquel préside le pape Grégoire XIII. Ces liens permettent l’établissement au Liban de communautés religieuses catholiques, les franciscains, les capucins et plus tard les Jésuites et dont l’influence se fait encore sentir à notre époque. Dans le même temps la liturgie maronite subit une profonde révision sous l’impulsion du Concile de Trente (1545-1563) qui voit l’importation de la liturgie latine alors rénovée ; cette latinisation persiste de nos jours encore à telle enseigne que le rite maronite peine à se distinguer du rite latin introduit par Paul VI, bien que le décret conciliaire introduisant le nouveau rite précise en autant de mots qu’il ne s’applique qu’au rite latin et non pas aux autres rites catholiques orientaux.

De nos jours

A l’époque contemporaine, au long patriarcat du cardinal Sfeir, succéda en 2011 Mar Bechara Boutros Rahi, actuel patriarche de l’Eglise maronite, qui accéda à la dignité de cardinal au sein de l’Eglise catholique en 2012 ; comme tous les patriarches de cette Eglise il a adopté le nom de Boutros, à savoir Pierre, en souvenir de la présence de l’apôtre à Antioche, fondateur de ce siège patriarcal. On estime à trois millions le nombre de fidèles de cette Eglise, répartis en vingt-trois diocèses au Liban bien sûre mais aussi en France, en Océanie et en Amérique où émigrèrent grand nombre de Libanais à la fin du XIXe siècle alors que le pays était encore sous domination ottomane.