Couronne royale

Familles royales – mode d’emploi # 2

La Ligne Claire se réjouit que les recommandations qu’elle avait préconisées il y a quelques mois aient rapidement été mises en œuvre par la famille royale d’Angleterre, quand bien même de manière quelque peu précipitée. Les lecteurs de La Ligne Claire auront appris par voie de presse ces jours-ci que le Duc et la Duchesse de Sussex entendaient quitter la Firme, le surnom attribué à la famille royale. Leur communiqué de presse semble avoir pris de court tant la Reine, CEO en titre mais en réalité présidente du conseil, que le Prince Charles, successeur CEO désigné, mais en réalité CEO en exercice.

Le Duc et la Duchesse semblent non seulement vouloir procéder à un Management Buy Out et créer leur propre filiale stand-alone, détachée de la maison-mère, mais d’en établir le siège social dans le Nouveau Monde, à bonne distance de l’Ancien.

Le business plan, qui demeure vague, repose sur l’ambition, à moins qu’il ne s’agisse de la seule espérance, que la marque Sussex acquière une valeur de marché supérieure à celle de Windsor, il est vrai quelque peu défraîchie.

Pourtant les augures ne sont guère favorables, tels qu’ils ressortent de l’étude des case studies. Tant les tentatives de la Duchesse d’York (plus connue sous la marque Fergie) que de la Comtesse de Wessex (dont la marque n’a jamais gagné de traction) de procéder à un business mix de royalty et de commerce se sont soldées par de coûteux échecs.

A cet égard, le nouveau corporate logo dévoilé par le Duc et la Duchesse, Sussex Royal, demeure empreint du même caractère ambigu : Sussex certes mais Royal quand même. Déjà le Duc et la Duchesse ont enregistré leur nouvelle marque qui pourra désormais apparaître sur des calendriers, des livres et même des chapeaux, ce qui ne manque pas de réjouir La Ligne Claire qui jamais ne sort le chef découvert.

Cependant le risque de confusion demeure si bien qu’il est donc possible, et sans doute souhaitable, que le Duc et la Duchesse soient amenés à couper tout lien d’actionnariat avec la maison-mère et à rebrander leur entreprise en vue de souligner cette indépendance nouvelle, de la même manière que GE Money Bank est devenue Cembra lors de son IPO (entrée en bourse). A défaut, les mécanismes de transfer pricing entre la CEO et la nouvelle entité risquent de s’avérer délicats à mettre en œuvre et de soulever des questions de gouvernance d’entreprise dès lors que subsides financés par de l’argent public entrent en ligne de compte.

Il reste à voir donc si la marque Sussex obtiendra le succès escompté, une fois le spin-off mené à bien. Si les talents du Duc demeurent à découvrir, ceux de la Duchesse, actrice professionnelle, lui permettront, désormais libre de tout engagement envers la Firme, de jouer son propre rôle dans un futur épisode de The Crown.

 

The Crown, saison 3

The Crown, saison 3

Quoiqu’avec un peu de retard, il va de soi que La Ligne Claire a regardé The Crown. Plus encore que lors des deux saisons précédentes, elle a été éblouie par la qualité du tournage, la véracité que confèrent des décors somptueux, les réparties des dialogues et enfin le jeu des acteurs qui excellent, en particulier Tobias Menzies et Charles Dance dans les rôles respectifs du Duc d’Edimbourg et de Lord Mountbatten.

Cette nouvelle saison 3 adopte un ton plus intime que les précédentes ; l’accueil de la Princesse Alice, mère du Duc d’Edimbourg, contrainte de fuir les colonels en Grèce et de se réfugier au Palais de Buckingham, ou encore les évocations des premières amours des jeunes Prince Charles et Princesse Anne relèvent en définitive de la sphère familiale. On est loin des questions d’Etat, la succession à la couronne, le ministère de Winston Churchill ou la crise de Suez par exemple, objet d’un précédent épisode, et qui marque le déclin du Royaume-Uni par-delà les mers.

Œuvre de fiction basée sur des faits et des personnages réels, The Crown aborde ici des événements qui relèvent de la vie privée des protagonistes et demeurent inconnus tant du public que des réalisateurs. La qualité de la production, à laquelle se mêlent ici et là des extraits des actualités de l’époque, contribue à donner au spectateur l’impression que ce que montre The Crown s’est véritablement déroulé. Or il n’en est rien ; par exemple, la reine n’a pas rendu visite à Winston Churchill sur son lit de mort et la Princesse Margaret, sœur de la reine, n’a joué aucun rôle dans l’octroi d’un crédit de la part des Etats-Unis en faveur du Royaume-Uni.

Wikipedia définit les fake news comme des informations fallacieuses fausses, incomplètes, déformées ou mensongères qui visent à manipuler ou tromper un auditoire. Bien entendu The Crown ne prétend pas livrer de l’information et il n’est donc pas question de news ici. Néanmoins, le soin accordé à la production de la série est tel qu’il lui confère un caractère de vraisemblance qui n’est pas toujours avéré et dans lequel se glisse un fake artistique. Un avertissement, du style « fiction inspirée par des faits réels » aurait été le bienvenu si bien qu’à défaut il revient au spectateur de rechercher lui-même les informations sur internet qui permettent de distinguer les événements réels de la licence artistique. Confrontée à ce mélange des genres, La Ligne Claire doit avouer éprouver un sentiment de malaise dès lors qu’une entreprise américaine capitalisée à 144 milliards de dollars réussit à forger la perception que le monde entier se fait de la famille royale d’Angleterre.

Couronne royale

Familles royales – mode d’emploi

Majesté,

 

Vous aurez appris avec effroi ces jours derniers l’annonce du retrait par le Prince Andrew de ses activités publiques. En vue d’éviter qu’un désastre si funeste n’afflige Votre auguste Maison, La Ligne Claire, consultante spécialisée en la matière, en tire les enseignements suivants, qu’elle soumet humblement à Votre appréciation.

Vox Populi

Quel que soit l’arrangement constitutionnel, la monarchie repose en définitive sur une relation consentie entre le Souverain et le peuple. Dès lors que ce consentement vient à manquer, le peuple l’emporte. Édouard VIII et le Duc d’York aujourd’hui en fournissent l’exemple. C’est sans doute regrettable mais, que voulez Vous, Votre royaume est de ce monde. Toutefois, La Ligne Claire s’engage à recommander au populus de ne faire qu’un usage modéré de la guillotine.

Cette rupture de consentement est illustrée par l’affaire Epstein. En raison d’une grave erreur de jugement, le Prince Andrew s’est vu contraint de présenter sa démission à la Reine, qui l’a acceptée. En d’autres termes, la Reine l’a viré.

Rendez à César

Les membres de Votre famille exercent des fonctions de représentation financées par l’argent public. Aussi ces dotations doivent-elles faire l’objet d’un contrôle public. L’exemple du Prince Laurent de Belgique, dont la dotation a fait l’objet d’une réduction en 2018 en raison de voyages entrepris contre l’avis du Ministre des Affaires Étrangères, résonne encore dans toutes les têtes couronnées.

Gestion d’entreprise

Votre cousin m’enseigne que la famille royale d’Angleterre se surnomme elle-même The Firm. En ces temps de lean management, il est judicieux de limiter le nombre de personnes habilitées à représenter la Couronne à pas plus de trois ou quatre personnes adultes et de les tenir responsables de leurs actes ; c’est là le rôle de Votre gouvernement.

Ressources humaines

Comme toute entreprise, Votre Firme sera appelée à gérer ses ressources humaines de façon dynamique. Vos frères cadets auront vocation à y faire carrière une vingtaine d’années jusqu’à ce que Vos enfants atteignent l’âge de la maturité et leur succèdent ; comme ces cadets devront se recaser en dehors de la Firme, il faudra veiller à ce qu’ils soient aptes à entamer une deuxième vie professionnelle le moment venu.

Vos parents plus éloignés ne seront pas en principe appelés à exercer des fonctions au sein de la Firme et devront concourir par eux-mêmes dans la vie, comme tout le monde. Un exemple intéressant est fourni par Votre cousin le Prince S. de L. ; autrefois employé dans le secteur privé, 49e dans l’ordre de succession de la Principauté, il est actuellement ambassadeur de son pays auprès du Saint-Siège, non pas en raison de son rang mais de ses compétences.

Code de déontologie

Si le public accueillera avec bienveillance une personnalité originale – après tout nous vivons à l’heure de la diversité et de l’inclusion – il ne tolérera plus en ces temps d’austérité de subventionner des playboys ou des escapades aux Caraïbes, moins encore des comportements susceptibles d’entraîner des poursuites civiles ou pénales.  De nos jours les réseaux sociaux se chargeront de révéler toute incartade si bien que les temps d’un petit flirt incognito dans une boîte de nuit sont désormais révolus.

Et puis surtout, il s’agit d’adopter au plus vite un code de déontologie qui régisse en particulier les cadeaux reçus ou offerts. Afficher au poignet une montre à cinquante mille euros offerte par un dictateur d’un pays exotique fait non seulement nouveau riche (horresco referens) mais amène légitimement le public par l’entremise de vos amis de la presse people à se demander si cette largesse a été octroyée en échange d’une contrepartie tenue secrète.

La femme de César

Vous vous souviendriez de Pompeia, la femme de Jules César, répudiée par ce dernier au seul motif qu’un soupçon d’infidélité planait sur elle. Peu importe qu’elle soit coupable ou non, la femme de César se doit d’être irréprochable faute de quoi elle sera condamnée à prouver son innocence. Il en va de même pour les membres de Votre Maison. Votre couronne est à ce prix.

 

Fort de son attachement à l’institution monarchique, La Ligne Claire tient ses tarifs à Votre disposition sur demande et demeure de Votre Majesté le dévoué serviteur.

La Reine Elisabeth II

Elizabeth II, à nouveau

Anniversaire

Il y a six mois, la reine Elisabeth était devenue le monarque dont le règne en Angleterre aura été le plus long, un événement que le monde entier avait alors salué. Aujourd’hui, la voilà qui fête son nonantième anniversaire, un âge jamais atteint par aucun de ces prédécesseurs en l’espace de près de mille ans. Comment en est-on arrivé là, serait-on tenté de demander? Que la reine atteigne ce grand âge ne tient pas à elle bien sûr ; en revanche qu’elle règne toujours tient à la conception que la reine Elisabeth a de sa propre fonction.

Aux Pays-Bas, trois souveraines de suite, Wilhelmine, Juliana et Béatrice ont achevé leur règne par une abdication, qui s’inscrit désormais dans la tradition de l’institution monarchique dans ce pays. Plus récemment le roi des Belges Albert II et le roi d’Espagne Juan-Carlos ont eux aussi abdiqué. Du reste, lors de l’allocution prononcée à la télévision au cours de laquelle il annonçait sa décision d’abdiquer, Albert II citait précisément le fait qu’il avait atteint un âge, quatre-vingts ans, qu’aucun roi des Belges n’avait atteint avant lui. Tous ces souverains ont en commun d’être des souverains constitutionnels dont les pouvoirs sont donc ceux que prévoit la Constitution de leur pays respectif. Le premier roi des Belges, Léopold Ier, ne manquait pas du reste de se plaindre en privé d’être à la tête d’une république couronnée.

Une monarchie sacrée

Avec la reine d’Angleterre, il en va autrement. Elisabeth n’a pas prêté serment sur une constitution, elle a été couronnée et sacrée par l’archevêque de Cantorbéry au cours d’une cérémonie qui tire ses origines du sacre des rois de France. Celui-ci à son tour trouvait son inspiration dans la Bible et notamment dans le passage du Premier Livre de Samuel où le prophète consacre David roi par l’onction de l’huile, un rite repris lors des sacres de Reims. C’est donc en vertu de cette onction qu’Elisabeth est reine, ainsi qu’il est frappé sur les pièces émises par la Monnaie royale, E II DG REG FD, Elisabeth II Dei Gratia Regina Fidei Defensor, reine par la grâce de Dieu, Défenseur de la Foi.

Sous l’Ancien Régime en France, on disait que la couronne est indisponible, un principe selon lequel le souverain ne pouvait ni renoncer à la couronne, ni abdiquer, ni désigner son successeur, ni modifier l’ordre de succession. C’est pourquoi La Ligne Claire est prêt à prendre le pari que la conception sacrée qu’Elisabeth a de sa charge lui interdit d’abdiquer et que le jour où ses forces lui viendront à manquer, elle nommera son fils Charles Régent, jusqu’au jour où Dieu lui fera la grâce de la rappeler à lui.

Defensor Fidei

Et puis, Défenseur de la Foi, qu’est-ce que cela veut dire? Il faut remonter à Henri VIII Tudor, celui-là avec les six femmes; homme très cultivé, prince de la Renaissance, il souffrait néanmoins de ce qu’on pourrait appeler un complexe de parvenu car il n’était jamais que le deuxième roi issu de la Maison des Tudors, ayant succédé à son père Henri VII. Or en ces temps-là le roi de France était qualifié de roi très-chrétien, celui d’Espagne de roi catholique et même le lointain roi de Hongrie de roi apostolique. Une qualification de ce type ne ferait pas de tort pour rehausser le prestige de sa dynastie, un peu trop jeune pour être tout-à-fait solide. Or c’est le pape qui octroie ces accolades, comment faire? Justement en 1517, Luther avait proclamé les thèses qui, au terme d’un délai de quatre ans témoin de la mansuétude pontificale, avaient conduit à son excommunication par le pape Léon X en 1521. Aussitôt Henri prend la plume et rédige un pamphlet où il dénonce avec vigueur l’hérésie luthérienne naissante. Reconnaissant, le pape lui accorde le titre de Défenseur de la Foi qu’Henri et ses successeurs, jusqu’à Elisabeth II de nos jours, portent depuis lors en qualité de Gouverneur Suprême de l’Eglise d’Angleterre.

 

La Reine Elisabeth II

Elisabeth II, long may she reign

Aujourd’hui la reine Elisabeth est devenue le monarque dont le règne en Angleterre aura été le plus long, un événement que le monde entier salue. Comment en est-on arrivé là, serait-on tenté de demander? Evidemment, il s’agit d’abord de vivre jusqu’à un âge avancé mais il y a aussi la conception que la reine Elisabeth a de sa propre fonction.

Aux Pays-Bas, trois souveraines de suite, Wilhelmine, Juliana et Béatrice ont achevé leur règne par une abdication, qui s’inscrit désormais dans la tradition de l’institution monarchique dans ce pays. Plus récemment le roi des Belges Albert II et le roi d’Espagne Juan-Carlos ont eux aussi abdiqué. Du reste, lors de l’allocution prononcée à la télévision au cours de laquelle il annonçait sa décision d’abdiquer, Albert II citait le fait qu’il avait atteint un âge, quatre-vingts ans, qu’aucun roi des Belges n’avait atteint avant lui. Tous ces souverains ont en commun d’être des souverains constitutionnels dont les pouvoirs sont donc ceux que prévoit la Constitution de leur pays respectif. Le premier roi des Belges, Léopold Ier, ne manquait pas du reste de se plaindre en privé d’être à la tête d’une république couronnée.

Une monarchie sacrée

Avec la reine d’Angleterre, il en va autrement. Elisabeth n’a pas prêté serment sur une constitution, elle a été couronnée et sacrée par l’archevêque de Cantorbéry au cours d’une cérémonie qui tire ses origines du sacre des rois de France. Celui-ci à son tour trouvait son inspiration dans la Bible et notamment dans le passage du Premier Livre de Samuel où le prophète consacre David roi par l’onction de l’huile, un rite repris lors des sacres de Reims et dont on trouve encore des échos au sein de l’Eglise catholique. C’est donc en vertu de cette onction qu’Elisabeth est reine, ainsi qu’il est frappé sur les pièces émises par la Monnaie royale, E II DG REG FD, Elisabeth II Dei Gratia Regina Fidei Defensor, reine par la grâce de Dieu, Défenseur de la Foi.

C’est pourquoi La Ligne Claire est prête à prendre le pari que la conception sacrée qu’Elisabeth a de sa charge lui interdit d’abdiquer et que le jour où ses forces lui viendront à manquer, elle nommera son fils Charles Régent, jusqu’au jour où Dieu lui fera la grâce de la rappeler à lui.

On en profitera pour rappeler qu’Elisabeth porte le titre de Défenseur de la Foi en qualité de Gouverneur Suprême de l’Eglise d’Angleterre mais aussi que ce titre avait été accordé par le pape Léon X au roi Henri VIII en récompense de la rédaction par le roi d’un pamphlet où il dénonçait avec vigueur l’hérésie luthérienne alors naissante.