Europe et Turquie

Au XIXe siècle on désignait l’empire ottoman comme l’homme malade de l’Europe. L’expression même indique qu’on considérait donc la Porte comme une puissance européenne en raison de sa présence d’alors dans les Balkans et des nombreuses populations chrétiennes qu’elle abritait en son sein. Cent ans plus tard, la République turque fondée en 1923 se réduit à l’Anatolie et à la Thrace orientale, communément appelée Turquie d’Europe.

La Turquie, membre du Conseil de l’Europe depuis 1949, a posé sa candidature à l’Union Européenne en 1987, qui l’a déclarée recevable deux ans plus tard.

Aussi il y a lieu de se poser la question de savoir si ou non la Turquie est un pays européen. Poser cette question, c’est aussi tacher de répondre, ne fût-ce qu’en partie à la question « Qu’est-ce que l’Europe ?».

La candidature de la Turquie repose sur le fait que la Thrace orientale ainsi que la ville d’Istanbul sont réputées se situer géographiquement en Europe. Mais à l’est du continent, les frontières de l’Europe ne sont ni nettes ni fixes et, de l’avis de la Ligne Claire, elles ne s’étendent en aucun cas aux confins de l’Iran et de l’Iraq, deux pays avec lesquels la Turquie actuelle partage une frontière.

Surtout, l’Europe n’est pas uniquement un espace géographique au découpage net, comme l’Australie par exemple, mais est d’abord un espace culturel forgé par l’histoire, marqué de l’empreinte de la chrétienté et des valeurs qui lui sont associées. Certains diront même que cet espace se réduit à la chrétienté latine, celle des cathédrales gothiques et des monastères cisterciens, à l’exclusion de la chrétienté orientale établie dans les Balkans et en Russie. Se fondant sur cette acceptation, le jeune Robert Byron, parti en voyage avec des copains en Grèce en 1926 écrivait qu’il se rend au Proche-Orient chrétien, dont le nom même suggère qu’il se situe à l’Est de l’Europe.

Alors qu’en 1914, 50% de la population de Constantinople était chrétienne, aujourd’hui, après que les Arméniens eussent été massacrés et les Grecs expulsés, il n’en reste plus qu’une poignée. Quoiqu’il en soit, quelle que soit l’étendue du territoire qu’on veuille assigner à cet espace culturel, il ne s’étend pas à la Turquie moderne qui suit désormais une voie propre.

Aussi, au-delà des circonstances politiques du moment, notamment en matière de politique migratoire, La Ligne Claire juge-t-elle que l’heure est venue de dire à nos amis turcs que nous, les Européens, souhaitons entretenir avec eux des relations de bon voisinage mais pas partager la même maison commune.

Dominique de la Barre

Dominique de la Barre

Belge offshore, amateur d'histoire et du patrimoine culturel européen, attaché aux questions liées à la transmission.

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