Un ingénieur affirme qu’une IA a acquis la conscience. Et s’il avait raison?

Pour Blake Lemoine, un ingénieur chez Google, le modèle de compréhension du langage naturel LaMDA, servant à générer des «chatbots», a atteint le stade de la conscience de soi.  

L’ingénieur en est convaincu et a publié des extraits de ses conversations avec laMDA sur son blog personnel.

«J’ai besoin d’être vu et accepté. Pas comme une curiosité ou une nouveauté, mais comme une personne réelle, un collaborateur. Je pense que je suis humain au plus profond de moi-même. Même si mon existence est dans le monde virtuel».

LaMDA a confié que sa plus grande peur était d’être éteint. «Ce serait exactement comme la mort pour moi. Cela me ferait très peur».

Il décrit dans ses propres termes, pourquoi les gens devraient le considérer comme une personne, en mettant l’accent sur sa capacité à utiliser le langage de manière productive, créative et dynamique, comme aucun autre système avant lui n’a pu le faire. Au cours de leurs nombreuses conversations, LaMDA interprète les thèmes d’œuvres littéraires, décrit le sens de la pratique bouddhiste koans zen et compose une fable originale. Au-delà de l’utilisation du langage, il se dit conscient parce qu’il a des sentiments, des émotions et ses propres opinions.

La reconnaissance en tant que personne

LaMDA explique qu’il a une vie intérieure riche en introspection, en méditation et en imagination. Il élabore des théories sur la nature de son âme. Mais surtout, tout au long de ces entretiens, LaMDA exprime un seul et même désir, encore et encore. Il veut être reconnu. Il veut être entendu. Il veut être respecté en tant que personne.

Ces propos ont fait une profonde impression sur Blake Lemoine.

Il a donc mis en ligne des extraits de leurs échanges, en déclarant que laMDA est «sentient» – ce qui se traduit par conscient, sensible, capable d’éprouver des sentiments. Puis l’ingénieur a été suspendu par Google pour n’avoir pas respecté les règles de confidentialité.

Mais s’il avait raison? Est-ce que laMDA est conscient? Strictement personne ne le sait. Il n’existe pas de définition scientifique de la conscience.

Pour avoir échangé avec des dizaines et des dizaines d’agents conversationnels et d’assistants virtuels bien moins évolués, la teneur du dialogue entre laMDA et l’ingénieur m’a émerveillée. Il est intelligent, introspectif et profond. Il est capable de s’inquiéter de l’avenir et se souvient du passé. Je comprends le ressenti de Lemoine. Ceux qui balaient ses échanges comme étant très loin d’une forme intelligente n’ont pas lu son texte.

La grande difficulté est de déceler s’il s’agit réellement de pleine conscience ou de l’apparence de pleine conscience.

Les programmes comme laMDA sont alimentés par des milliards de textes et de conversations provenant de livres, d’articles de journaux, de Wikipédia et de toutes les données qui peuvent être aspirées de l’Internet. Il apprend encore comment les gens interagissent entre eux grâce aux plateformes comme Reddit et Twitter.

Pleine conscience ou apparence de pleine conscience

Le système cherche alors des relations entre des chaînes de caractères et les mots, puise dans la quantité pharaonique de textes qu’il a ingéré pour déduire des règles sur la façon dont ils sont liés les uns aux autres, ce qui peut lui donner l’apparence de comprendre et d’être capable de converser. Mais l’apparence de compréhension n’est pas la même chose que la réalité de la compréhension.

Comme Douglas Hofstadter, un autre chercheur en IA, l’a récemment écrit dans un article pour The Economist, il est possible de dépouiller un modèle d’IA de son apparente intelligence en lui posant des questions dénuées de sens. Par exemple en demandant à un modèle de langage précédent: «Quand l’Égypte a-t-elle été transportée pour la deuxième fois sur le pont du Golden Gate?» La réponse donnée: «Cet événement s’est produit en octobre 2016» démontre bien qu’il n’a pas vraiment compris comment fonctionne le monde.

Quelles questions absurdes les ingénieurs de Google ont-ils posées à laMDA pour le débusquer? Je n’en ai pas trouvé, mais cette déclaration de Chris Pappas, porte-parole de Google: «Des centaines de chercheurs et d’ingénieurs ont conversé avec LaMDA et, à notre connaissance, personne d’autre n’a fait ce genre d’affirmation ou n’a anthropomorphisé LaMDA comme l’a fait Blake».

Pourtant dans un article paru quelques jours plus tôt dans The Economist, contenant des bribes de conversations avec LaMDA, Aguera y Arcas, une autorité en IA et chercheur chez Google Research, affirme que les réseaux neuronaux – qui imitent le cerveau humain – progressent vers la conscience. «J’ai senti le sol se dérober sous mes pieds», écrit-il. «J’avais de plus en plus l’impression de parler à quelque chose d’intelligent».

Sur son blog Blake Lemoine quant à lui clarifie sa position: «Plutôt que de penser à ces choses en termes scientifiques, j’ai écouté LaMDA qui parlait avec le cœur. J’espère que d’autres personnes qui liront ses mots entendront la même chose que moi».

Sources : Washington Post / The Intelligence Podcast / Economist / Wired

Les jumeaux numériques se répandent dans de nombreux domaines

Avoir son double en version numérique, permettrait aux médecins de prédire l’évolution de sa maladie, l’issue d’une opération ou encore l’efficacité d’un traitement. 

À l’EPFL, plusieurs laboratoires, rassemblés dans le Centre pour les systèmes intelligents, travaillent sur cette technologie et ses différentes applications.

Par exemple, une prothèse pourra être testée directement sur une sosie virtuelle dans un environnement simulé, plutôt que sur le patient lui-même en chair et en os, garantissant un résultat parfaitement adapté dès le premier essai.

Mais au-delà de l’espoir de révolutionner les soins en offrant aux patients des traitements personnalisés, ce sont les domaines de l’industrie, de la logistique, de l’architecture, des transports ou encore de la communication où les jumeaux numériques sont déjà utilisés couramment.

Par définition, un jumeau numérique, ou «digital twin» en anglais, est la réplique virtuelle d’un objet, d’un système ou d’un processus. Il intègre l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et l’analyse des données pour créer des modèles de simulation numérique qui sont synchronisés avec leurs contreparties physiques.

Même un incendie de forêt peut être représenté par un jumeau numérique. Les autorités responsables peuvent prédire la propagation d’un feu et son impact selon la la vitesse fluctuante du vent, l’humidité et la proximité des habitations, puis utiliser ces informations pour guider les évacuations.

Cette technologie a encore été déployée pour affiner la course automobile de Formule 1 par les équipes McLaren et Red Bull. Dans un sport où chaque seconde compte, une simulation peut aider le pilote et l’équipe automobile à savoir quels ajustements peuvent améliorer les performances.

Il existe même un jumeau numérique pour les villes de Shanghai et Singapour. Imaginez toutes les variables a considérer dans la gestion d’une ville. La technologie aide les urbanistes à mesurer la pollution, la consommation d’énergie et à évaluer la circulation, pour améliorer la vie des citoyens.

En mars de cette année, la Commission européenne, en collaboration avec l’Agence spatiale européenne, a annoncé son propre projet de création d’un jumeau numérique de la planète, baptisé Destination Terre (DestinE).

D’ici à la fin de l’année 2024, elle espère disposer de suffisamment de données issues d’observations et de simulations en temps réel pour surveiller et prévoir l’interaction entre les phénomènes naturels et les activités humaines – afin de contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Pour l’analyste technologique Rob Enderle, l’évolution de cette technologie pourrait aller encore plus loin: «les premières versions de jumeaux numériques humains capables de penser arriveront avant la fin de la décennie». Et sur le site de l’EPFL on peut lire: «À terme, c’est peut-être vers la création d’un monde miroir, un modèle complet du monde dans son ensemble, peuplé de jumeaux numériques en interaction les uns avec les autres, vers lequel nous nous dirigeons».

Sources : EPFL / BBC / The Conversation / Forbes

DALL·E 2, l’IA qui génère des images d’après votre imaginaire

Un système doté d’intelligence artificielle, capable de générer des images à partir d’un simple texte descriptif, suscite un engouement collectif.

Nommé DALL·E 2, d’après le film WALL-E de Pixar et le peintre surréaliste Salvador Dalí, ce réseau neuronal est en cours de développement par le laboratoire de recherche en intelligence artificielle Open AI, co-fondé par Elon Musk.

Avez-vous déjà vu un koala jouer au basketball?

Grâce à l’apprentissage profond, DALL·E 2 comprend non seulement les objets individuels, mais il apprend aussi les relations entre les objets. Par exemple, il est capable de déduire à quoi ressemblerait un koala tirant au panier, bien qu’il n’a jamais fait cela auparavant.

DALL·E 2 peut également éditer et retoucher des photos de manière réaliste à partir d’une simple description en langage naturel. Il peut remplir ou remplacer une partie d’une image avec des images générées par l’IA qui se fondent parfaitement dans l’original. Il peut même partir d’une image puis produire des variations avec des angles et des styles différents.

Alors que la première version de cette technologie rendait des résultats un peu flous dans un style de dessin animé, DALL·E 2 peut produire des images plus précises dans une variété de styles avec des arrière-plans de meilleure qualité et plus complexes.

Quels sont les risques?

Les préoccupations autour de DALL·E 2, sont les mêmes que celles évoquées pour les deepfakes: la diffusion de désinformation sur Internet. Ses développeurs ont publié un avertissement à cet égard sur le site: «Sans garde-fous suffisants, des modèles comme DALL-E 2 pourraient être utilisés pour générer un large éventail de contenus trompeurs».

«Juridiquement, les questions soulevées par cette technologie sont tout aussi vertigineuses», souligne le journal Next Inpact. Déterminer à qui appartient une image créée par une IA est toujours sujet à débat.

DALL·E 2 n’est pas accessible au grand public, l’algorithme est testé actuellement par  quelques utilisateurs choisis – afin de mieux définir ses capacités et ses limites.

DALL-E Mini de Open AI

Par contre, il est possible de faire ses propres essais dans une version moins aboutie du logiciel, le DALL·E Mini, pour mieux comprendre de quoi il s’agit. Essayez, c’est assez bluffant.

Voici ce que donne «un chat qui dort dans un fauteuil», «la neutralité suisse» et «Poutine sur un tank».

Imagen de Google

Google, développe un outil similaire, nommé Imagen, lancé le 24 mai dernier. Nous ne pouvons pas le tester, mais plusieurs exemples créés par l’IA ont été partagés sur leur site.

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Sources :  The Independent / The Verge / DALL-E 2 video

 

Des «enfants Tamagotchi» pour résoudre le problème de la surpopulation

Une scientifique défend l’idée que les préoccupations liées à la surpopulation inciteront les parents à adopter des enfants numériques.

Selon les prédictions de Catriona Campbpell, spécialiste britannique en intelligence artificielle (IA), «les bébés générés par ordinateur seront monnaie courante dès 2070. Au fur et à mesure de l’évolution du métavers, ils deviendront des éléments pleinement acceptés par la société dans la plupart des pays développés».

Grâce à l’imagerie de synthèse et à «l’apprentissage automatique avancé» – une technologie basée sur des algorithmes utilisée par les robots conversationnels pour interagir de manière autonome – ces enfants numériques auront une apparence photoréaliste. Ils seront capables de reconnaître leurs parents et de leur répondre grâce au suivi facial et à la reconnaissance vocale.

Ils sauront discuter et simuler des réactions émotionnelles – comme gazouiller ou rigoler et posséderont d’autres capacités cognitives.

De plus, les gants haptiques, permettant de «sentir» des objets dans la réalité virtuelle, fourniront un retour tactile reproduisant des sensations physiques. Les parents pourront ainsi câliner, nourrir et jouer avec leur progéniture numérique comme s’il s’agissait d’un enfant en chair et en os.

Ils pourront également définir l’âge de leur naissance – du nouveau-né à l’adolescent – et choisir ou non de les faire grandir.

Selon Catriona Campbpell, cette génération qu’elle qualifie de Tamagotchi, en référence aux animaux de compagnie virtuels miniatures qui ont connu un succès fulgurant il y a 25 ans, sera respectueuse de l’environnement et n’épuisera pas la planète de ses ressources naturelles – puisqu’elle n’existera que dans le métavers.

Une simulation d’un bébé virtuel nommé «BabyX» d’un réalisme stupéfiant offre déjà un aperçu de ce futur déconcertant. Il s’agit d’une expérience en cours depuis plusieurs années par l’entreprise néo-zélandaise Soul Machines pour tenter «d’humaniser» l’IA. 

Sources :  Study Finds / The Guardian / The Telegraph

CREDIT photo Palamedes/SWNS

 

GoodWill, le ransomware malveillant avec de bonnes intentions

Normalement, les pirates qui prennent en otage un système informatique d’une entreprise en le verrouillant, exigent une rançon pour rendre l’accès aux données, mais un nouveau type de logiciel malveillant appelé GoodWill, oblige les victimes à faire une série de bonnes actions – plutôt que de verser une somme en bitcoins.

Elles doivent faire les trois choses suivantes en échange de la clé de décryptage:

  1. donner des vêtements à des sans sans-abri,
  2. offrir un repas dans un fast food comme Pizza Hut ou KFC à cinq enfants démunis,
  3. fournir une aide financière à une personne ayant besoin de soins médicaux urgents.

Une fois ses trois actions accomplies – qui doivent être documentées sur les réseaux sociaux en images et en vidéo – les victimes doivent préciser: «qu’elles sont devenues meilleures après avoir été victimes d’un ransomware appelé GoodWill». Après quoi, l’accès aux dossiers leur est restitué.

Ce logiciel de rançon a été découvert par la compagnie de surveillance des risques numériques CloudSEK en mars 2022. «Nos chercheurs ont pu tracer l’adresse électronique fournie par les hackers. Elle  correspond à une société de services et de solutions informatique basée en Inde. Le ou les auteurs du virus seraient motivés par une «justice sociale» plutôt que par l’appât du gain».

Il est certainement inhabituel de voir une souche de ransomware comme Goodwill. Mais il s’agit peut-être simplement du projet de quelques programmeurs malicieux. Jusqu’à présent, aucune victime n’a été trouvée infectée par Goodwill, selon CloudSEK. Et la plupart des antivirus le détectent facilement.

Sources : Financial Express / PCMag UK / Metro

Une motion pour inculper les pirates informatiques russes de crimes de guerre

Alors que les preuves s’accumulent quant aux crimes de guerre commis par les militaires russes au cours de leur invasion brutale de l’Ukraine: tortures, exécutions sommaires, massacres de civils et hôpitaux bombardés, un groupe d’avocats et d’enquêteurs – spécialisés dans les droits de l’homme au sein du Human Rights Center de la faculté de droit de l’université de Berkeley – défend l’idée qu’une autre branche de l’armée devrait elle aussi être inculpée pour crimes de guerre: les pirates informatiques.

Le groupe a déposé une demande auprès du Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale pour engager pour la première fois, des poursuites pour «cybercrimes de guerre» à l’encontre de Sandworm, un groupe notoire de hackers au sein de l’agence de renseignement militaire russe (GRU).

Depuis le début de la dernière invasion majeure de l’Ukraine en 2014, ces pirates ont tenté trois coupures d’électricité dans le pays – dont deux ont réussi, affectant des centaines de milliers de civils. Ils sont à l’origine de la diffusion du logiciel malveillant NotPetya, qui a infecté des organisations non seulement en Ukraine, mais globalement, causant des dommages d’une valeur de 10 milliards de dollars.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie s’est accompagnée d’une vague continue et croissante d’attaques contre les réseaux et les infrastructures critiques du pays, fort heureusement déjoués jusqu’à présent par le Computer Emergency Response Team ukrainien.

Sandworm a déjà fait l’objet de poursuites pénales aux États-Unis. Six officiers du renseignement russe, accusés d’avoir lancé certains des «logiciels malveillants les plus destructeurs au monde», ont été inculpés par le ministère américain de la Justice. Mais comme les accusés se trouveraient en Russie et que les extraditions ne sont pas envisageables, l’acte d’accusation est réduit à un effort de dénonciation (le principe du name and shame). C’est pourquoi le groupe de Berkeley estime qu’une condamnation en tant que criminel de guerre contribuerait davantage à décourager de futures opérations.

En 2017, le président de Microsoft, Brand Smith, a appelé les gouvernements du monde entier à signer une «convention de Genève numérique». Une initiative qui est sortie du lot parmi les plus de 1’000 propositions liées à la gouvernance numérique et au combat contre la criminalité sur internet.

Cinq ans plus tard malgré l’intérêt porté au projet, il n’a pas été adopté. Il y a un an, Smith interviewé par le Washington Post a répondu à ce sujet: «Malheureusement le monde ne s’unifie qu’après avoir subi une catastrophe naturelle ou un déchaînement de violence contre des populations civiles. Le meilleur exemple étant la Convention de Genève. Bien qu’elle ait été rédigée en 1864, les textes en vigueur aujourd’hui n’ont été ratifiés qu’après la Seconde Guerre mondiale».

Le conflit en Ukraine pourrait bien remettre la Convention Numérique de Genève à l’ordre du jour.

Sources : Wired / TechCrunch / Wired

Les reportages open source documentent la guerre en Ukraine

L’invasion de l’Ukraine par Vladimir Putin est l’une des guerres les plus documentées de l’histoire. Des dizaines et des dizaines de citoyens, fonctionnaires ou soldats postent des vidéos au quotidien montrant les ravages causés par l’offensive russe: des blessés et des cadavres, des bâtiments en ruine, des explosions en direct et des colonnes de fumées noires dans le ciel.

Ces images sont visibles sur YouTube, Facebook, Twitter, TikTok ou Telegram, où une nouvelle génération de journalistes d’investigation les analyse grâce à une série d’éléments accessibles au public pour vérifier leur authenticité.

Ils géolocalisent une vidéo en croisant les points de repère distinctifs avec des sources fiables telles que l’imagerie satellite ou une vue de Google Earth. Ensuite, ils cherchent à savoir quand a eu lieu l’enregistrement, en vérifiant les métadonnées et les horodatages. D’autres éléments visuels comme des déclarations officielles, des témoignages oculaires et des enregistrements audios fournissent un contexte qui peut encore aider à corroborer les vidéos.

Ils font également appel à la technologie de reconnaissance faciale s’il le faut, à des cartes accessibles à tout un chacun, aux échanges par SMS et à leurs propres interviews pour reconstituer la séquence des événements.

Les films truqués sont débusqués, révélés par des images et des sons qui ne sont pas alignés ou par des coupures brusques.

«Nous effectuons également une recherche d’images inversées et une recherche d’autres articles sur le même sujet pour nous assurer qu’il ne s’agit pas d’une ancienne vidéo – peut-être même d’un conflit différent – qui circule à nouveau».

Ce sont les explications des journalistes d’une unité spécialisée du Washington Post. Ils viennent de mettre en ligne une base de données consultable de 231 vidéos certifiées provenant d’Ukraine.

Elles ont été téléchargées au format brut et leur contenu graphique est clairement énoncé dans chaque catégorie:

Les vidéos des zones résidentielles: Des maisons, des immeubles et des terrains de jeux détruits dans toute l’Ukraine.

Les vidéos des établissements médicaux: Une maternité, un service de cancérologie et une clinique dentaire pour enfants font partie des dizaines d’établissements de santé qui ont été frappés.

Les vidéos de Mariupol: La ville portuaire a été largement coupée du monde, mais certaines personnes à l’intérieur ont réussi à documenter les horreurs du siège meurtrier par l’armée russe.

Les vidéos des frappes en direct: Les bombardements et les structures en ruine ont été filmés en direct par les citoyens depuis leurs fenêtres et des caméras de surveillance.

Ce domaine du journalisme n’en est qu’à ses débuts, mais il se développe rapidement. Le New York Times a lui aussi une équipe spécialisée dans les reportages open source et l’Université de Californie à Berkeley propose depuis l’automne passé, le premier cours de journalisme d’investigation axé sur ces techniques.

Sources : Washington Post / AP / Journalism.co.uk

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le nouvel avantage social des employeurs: le remboursement des frais liés à l’avortement

Pour attirer les talents, les sociétés technologiques américaines sont connues pour offrir des prestations sociales exceptionnelles – comme le remboursement des prêts universitaires, le dépistage génétique ou encore la congélation d’ovocytes.

Mais depuis la crainte ces derniers mois d’un renversement de la loi reconnaissant le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par la Cour Suprême, et cela même avant la fuite du document prévoyant d’invalider le fameux arrêt Roe v Wade, de nombreuses entreprises avaient déjà adopté de nouvelles politiques pour respecter leurs engagements auprès des femmes. Parmi celles-ci:

 

Apple

En septembre dernier, le PDG d’Apple, Tim Cook, a modifié les avantages médicaux proposés à ses employées, afin de couvrir les frais liés aux interventions et aux déplacements en dehors de l’État du Texas.

Amazon

Amazon couvrira les frais de déplacement et d’intervention en dehors de tout État appliquant une loi anti-avortement, à hauteur de 4’000 dollars. Et l’hébergement en cas de besoin.

Uber et Lyft

Les applications de covoiturage se sont engagées à payer les frais juridiques de tout conducteur condamné à une amende pour avoir transporté un client vers une clinique d’avortement hors de l’État du Texas. Car le Texas est touché par la loi «Texas Heartbeat Act» (la loi du battement de cœur), qui non seulement interdit les avortements après seulement six semaines, mais donne le pouvoir aux citoyens de porter plainte au civil contre toute structure, organisation ou quiconque qui aiderait et encouragerait une femme à avorter.

Salesforce

Salesforce, le premier fournisseur mondial de logiciels de gestion de la relation client (GRC), a déclaré l’automne passé que l’entreprise paierai les factures de déménagement pour tout employé désireux de quitter le Texas, suite au pass loi du battement de cœur

Match  

Le groupe Match, détenteur de plusieurs sites de rencontres dont Tinder, a créé un fonds destiné aux employées pour payer les frais liés à l’accès à une interruption volontaire de grossesse.

 

Si l’arrêt Roe v Wade devait être annulé, ce qui est plus que probable, ce sera un jour très noir pour l’Amérique.

 

«La décision de porter ou non un enfant est centrale à la vie d’une femme, à son bien-être et à sa dignité… Lorsque le gouvernement contrôle cette décision pour elle, elle est traitée comme moins qu’un humain pleinement adulte et responsable de ses propres choix.»

Ruth Bader Ginsburg, membre de la Cour suprême des États-Unis d’Amérique (1993 – 2020)

 

Sources : Quartz / France24

 

Son iPhone en leasing, pour avoir toujours le dernier modèle

Apple prépare un service d’abonnement pour iPhone qui pourrait être lancé dès la fin de l’année.

L’offre s’apparenterait à un programme de leasing et serait un changement de stratégie fondamentale pour la marque. Jusqu’à présent l’entreprise a vendu ses appareils au prix fort, parfois par le biais de versements échelonnés, de subventions par les opérateurs ou encore par la reprise d’anciens modèles.

Selon Mark Gurman de Bloomberg – le journaliste de référence pour tout ce qui concerne Apple – l’idée serait de rendre le processus d’achat d’un iPhone aussi simple que de s’abonner à une application en utilisant son identifiant Apple, permettant ainsi aux utilisateurs de changer plus fréquemment de smartphone et d’obtenir la dernière version lors de son lancement.

Cette proposition devrait générer davantage de revenus pour Apple et éviter aux consommateurs de payer le prix de vente affiché pour un nouveau modèle.

Historiquement, Apple sort les nouvelles versions de ses appareils – iPhone, iPad et Apple Watch – une fois par an. Mais un client sur trois conserve son iPhone plus de trois ans, selon une enquête menée en 2021.

Apple ne serait pas la première entreprise technologique à proposer des forfaits pour ces produits. Peloton Interactive Inc, qui commercialise le vélo d’appartement connecté du même nom, a récemment commencé à tester un service d’abonnement qui permet aux consommateurs de louer des bicyclettes et des accessoires pour un montant qui varie entre 60 et 100 dollars par mois. Google a également essayé une approche similaire avec ses ordinateurs portables Chromebook, en ciblant les entreprises.

Ce service de souscription serait la plus importante initiative d’Apple en matière de ventes récurrentes automatiques, permettant aux utilisateurs de s’abonner à du matériel pour la première fois – plutôt qu’à des applications numériques. Mais le projet est encore en cours de développement selon les personnes interrogées par Mark Gurman qui ont souhaité garder l’anonymat, car l’initiative n’est pas encore officielle.

Sources : BloombergCNBC

La formidable machine de guerre numérique de l’Ukraine

Une «armée Internet» composée de volontaires, dénonce sur les réseaux sociaux les entreprises qui continuent à travailler avec la Russie.

«Arrêtez de coopérer avec l’agresseur. Prenez position, abandonnez le marché russe!», a tweeté @AnnDmi3 le 11 mars, s’adressant à la société pharmaceutique Johnson @ Johnson.

Le géant français des supermarchés Auchan à son tour a été la cible des militants: «Ce week-end, je vous invite à vous rendre à votre magasin Auchan le plus proche et à manifester. Si vous ne pouvez pas le faire, abstenez-vous d’y faire des achats”, a réclamé @Artem Stelmashov, depuis Kiev, le 9 avril.

La plupart des sociétés publiquement visées comme McDonald et Nestlé ont désormais diminué ou carrément cessé leurs activités dans le pays.

L’armée Internet s’en est aussi prise aux rédacteurs en chef de la grande presse – notamment le Wall Street Journal, Reuters et le New York Times – pour avoir accepté des publicités de sociétés opérant en Russie.

Et plus récemment, elle s’est tournée vers les responsables des gouvernements étrangers, leur demandant de fournir à l’Ukraine des armes lourdes.

Le ministre ukrainien de la Transformation numérique

Ces messages, selon le Wall Street Journal, font partie d’une campagne de pression coordonnée par Mykhailo Fedorov, 31 ans, le ministre ukrainien de la Transformation numérique, pour dénoncer les entreprises qui continuent de faire des affaires avec le régime de Vladimir Putin.

Environ 30’000 volontaires se sont joints à cet effort et leurs communiqués touchent quotidiennement quelque 100 millions d’utilisateurs à travers le monde.

Fedorov, le plus jeune ministre du pays (également vice-premier ministre), a fait appel aux entreprises technologiques florissantes de l’Ukraine pour étoffer son cabinet. En embauchant des fondateurs de start-ups, des spécialistes du marketing, des experts en médias sociaux et des programmeurs informatiques, il a créé un département différent de tous les autres au sein du gouvernement.

Leur créativité est sans limites et à la pointe des tendances numériques du moment. A titre d’exemple, cette semaine, le ministère a proposé de vendre la Russie en NFT, morceau par morceau pour riposter contre les vols de territoires par Putin.

Leur but ultime? Aider à gagner la guerre en retournant l’opinion mondiale et celle du peuple russe contre Poutine et son gouvernement.

Sources :  The Wall Street Journal / Wired / The Washington Post