«Begpacking» ou mendier en voyageant sac au dos

DIGITALE ATTITUDE : Des touristes de plus en plus nombreux financent leurs voyages au bout du monde en mendiant, comptant sur la générosité d’une population démunie pour assouvir leur désir égoïste de découverte.

La semaine passée j’ai été accostée à la Gare Cornavin par un jeune homme d’une vingtaine d’année, blond, barbu portant un rucksack. Il m’a dit être finlandais, qu’il faisait un tour de Suisse et qu’il avait besoin d’argent pour s’héberger et se nourrir. «Je suis vegan», a-t-il précisé, puis a rajouté: «Pouvez-vous m’aider?». Prise par surprise, j’ai esquivé en disant que moi-même je cherchais un bancomat et que je n’avais rien sur moi. Mais j’ai été interpellée par son audace.

Je découvre alors qu’il est loin d’être le seul à pratiquer ce type de tourisme et que cela porte même un nom: le «begpacking», la contraction en anglais de begging (mendier) et backpack (sac au dos).

Il se pratique principalement dans les pays de l’Asie du Sud-Est, où de jeunes occidentaux en année sabbatique se posent par intermittence à un coin de rue, brandissant des pancartes en carton, où on peut lire: «Je voyage sans argent. S’il vous plaît, aidez-moi à poursuivre ma route». Parfois ils vendent des babioles sur une couverture ou grattent une guitare. Des instants capturés avec leurs caméra phones, qu’ils partagent sur les réseaux sociaux.

«Solliciter de parfaits inconnus afin de financer un voyage pour son plaisir est étrange», témoigne une passante choquée, dans le journal France 24 : «Ce n’est pas respectable de mendier. Les indigènes qui le font ici sont vraiment dans le besoin, c’est une question de survie et non une aventure.» D’ailleurs, ces mêmes étrangers oseraient-ils agir de la sorte dans leur propre pays?

On peut constater l’ampleur du phénomène sur la page Twitter, #begpacking, où sont publiés photos et témoignages indignés et où l’on apprend qu’aux frontières de la Thaïlande, des douaniers commencent à demander aux randonneurs de prouver qu’ils ont 20’000 Baht ($748) sur eux avant de les laisser passer.

Demander l’aumône sur les sites de crowdfunding

D’autres encore tendent la main sur la toile pour financer un désir d’évasion, des vacances en famille, voir même un enterrement de vie de garçon – en faisant campagne sur les sites de crowdfunding spécialisés comme FundMyTravel et Globedreamers – qui vont jusqu’à professionnaliser la démarche, en «donnant de la visibilité au projet pour trouver des sponsors». Un toupet qui dépasse l’entendement.

Le «syndrome de Diogène numérique»

DIGITALE ATTITUDE : Avec l’augmentation de la capacité de stockage de nos appareils et les possibilités de sauvegarde dans le cloud, nous conservons facilement des milliers de courriels, de photos et de documents, tant professionnel que privé. 

A titre d’exemple, l’internaute moyen reçoit en moyenne 39 e-mails par jour soit 14’235 par an et prend 2’184 photos chaque année.

Mais celui qui passe des heures chaque jour à organiser ses fichiers au lieu de vivre sa vie, pourrait être atteint du «syndrome de Diogène numérique», un trouble du comportement qui consiste à accumuler des biens numériques et passer son temps à les classer.

Le terme «Digital Hoarder» a été utilisé pour la première fois en 2015 dans un article scientifique pour décrire un homme de 47 ans aux Pays-Bas qui prenait plusieurs centaines de photos au quotidien et qui passait des heures à les indexer. Il n’a jamais utilisé ou même regardé les images qu’il sauvegardait, mais il était convaincu qu’elles pourraient servir un jour. «Le fait de traiter tous ses fichiers électroniques l’a empêché de faire d’autres choses, comme nettoyer sa maison, sortir ou même dormir et l’a mis dans un état de grande anxiété», selon le Dr Martine van Bennekom, psychiatre et auteur du rapport, dans le journal Live Science.

A l’heure actuelle, ce syndrome n’est pas un trouble du comportement inclus dans le DSM, le manuel de référence pour diagnostiquer les maladies mentales – l’homme hollandais étant le seul cas documenté. Mais il a interpellé assez de monde pour avoir une entrée dans Wikipédia et fait réfléchir les psychiatres, car numériser les avoirs papier était justement une des recommandations qu’ils donnaient à leurs patients Diogène classiques, pour les aider à désencombrer leur domicile.

Tous un peu Diogène?

Nous amassons tous de vaste quantité de données, mais comme elles n’occupent pas d’espace temporel, nous ne les percevons pas comme encombrants. Les raisons invoquées pour ne pas les effacer – surtout les courriels, sont la paresse pure, le fait de penser qu’ils pourraient s’avérer utiles un jour ou qu’ils détiennent des renseignements importants. Des raisons parfaitement valables mais qui font que nous gardons des milliers de documents, que nous ne reliront probablement jamais.

Michael Douglas, Jane Fonda et Candy Bergen dans des sitcoms qui balayent le jeunisme

Au delà des genres romantiques, policiers, sitcom, zombies, sciences fictions, thriller… se profilent des nouvelles séries qui s’adressent à un public, disons… plus mûr. Si je m’aventure à aborder la thématique télévision et revenir sur ces titres – déjà si bien traités par mes collègues Arnaud Dufour ou Emilie Jendly dans ce même journal – c’est parce les trois séries dont je vais vous parler s’adressent à un public plus âgé dont je fais partie et eux, pas encore.

The Kominsky Method est depuis novembre sur Netflix avec un Michael Douglas comme vous ne l’avez jamais vu. Directeur d’une école d’acteurs, son personnage n’est pas comme souvent, arrogant ou ambitieux, mais sympathique et très attachant. Son meilleur ami est un agent de stars qui vient de perdre sa femme et dont la fille de 45 ans est une droguée récidiviste. Les aléas de santé dus à leur âge – problème de prostate pour Michael Douglas, la vie qui a perdu tout sens pour un Alan Arkin endeuillé, sont traités avec beaucoup d’humour et de réalisme. Les dialogues sont vieux-jeux, je crois entendre mon père (scénariste oscarisé en 1944) et sa génération. J’ai adoré.

The Kominsky Method a été primée aux Golden Globes dimanche dernier: Meilleure série télé et meilleur premier rôle pour Michael Douglas.

Murphy Brown, une comédie qui a connu un immense succès entre 1988 et 1999 est de retour depuis septembre 2018 avec le même casting –  dont Candice Bergen dans le rôle de Murphy Brown. Elle retrouve son poste de journaliste d’un magazine d’informations sur une chaîne câblée, à l’heure des réseaux sociaux, des fake news, et … Donald Trump. Chaque épisode dure 24 minutes et sont un pur délice.  Diffusée par CBS, il faut trouver la série sur un site de partage vidéo.

Grace et Frankie avec Jane Fonda et Lily Tomlin lancée en 2015 est dans sa quatrième saison sur Netflix. Deux femmes composent ensemble avec la fin abrupte de leurs mariages de 40 ans, lorsque leurs maris gais respectifs (Martin Sheen et Sam Waterston) font leur coming out et annoncent vouloir vivre ensemble. Les personnages sont excentriques et savoureux et les dialogues très drôles.

Ces trois séries font du bien et balayent le culte du jeunisme. Après tout, si Michael Douglas et Jane Fonda, icônes de la réussite, de l’activisme et de la séduction osent se montrer ainsi – et ce n’est pas si mal – alors nous aussi on peut assumer de ne plus avoir 20 ans.

Les articles les plus lus … sur ce blog

Je rejoins l’initiative lancée par deux de mes confrères préférés, Xavier Comtesse et le Dr Jean Gabriel Jeannnot, pour partager avec vous, le classement des 5 articles les plus lus sur ce blog en 2018:

12’813  La «dysmorphie de Snapchat» inquiète

9’232   What’sApp désormais interdit aux moins de 16 ans

5’786   Si vous ne voulez pas être identifié dans une foule par Facebook, désactivez la reconnaissance faciale

5’760   Apple n’offrira plus de service d’impression d’album photos dès le 1er octobre

5’068   Boire ou conduire, il ne faudra peut-être plus choisir  

Merci à tous ceux qui ont pris le temps de consulter Tendances Web et tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

En Chine, des «uniformes intelligents» pour les élèves

DIGITALE ATTITUDE : Les établissements scolaires chinois ont mis en place de nouvelles technologies pour surveiller les enfants.

Dans une dizaine d’écoles dans la province du Guizhou au sud de la Chine, plus de 800 écoliers portent des «uniformes intelligents», rapporte le Global Times. Deux puces équipées de GPS, cousues dans leurs vestes, permettent de pister leurs allées et venues et alertent les enseignants et leurs parents s’ils «sèchent» un cours ou ont une arrivée tardive.

Résistant, le vêtement peut supporter 500 cycles de lavage à des températures de 150 degrés, selon son fabricant Guizhou Guanyu Technology Company. Et afin d’empêcher les élèves de déjouer le système en échangeant leurs blousons, des scanners de reconnaissance faciale installés aux portes de l’établissement font correspondre le visage de chacun d’entre eux avec leurs microprocesseurs. Les puces permettent aussi aux parents de contrôler les achats effectués par leur enfant via une application mobile, selon le site officiel de l’entreprise.

Ce n’est pas la première fois qu’une école chinoise utilise la reconnaissance faciale pour surveiller des collégiens. Dans un lycée de la ville de Hangzhou sur la côte Est, un «système intelligent de gestion du comportement» a été installé pour détecter s’ils étaient attentifs en classe, en scannant leurs visages toutes les 30 secondes. Et dans la cafétéria d’une institution de la même province, des caméras identifient chaque élève qui fait la queue et enregistrent le contenu de son plateau repas pour envoyer le détail nutritionnel à ses parents.

L’oeil de Pékin est omniprésent

La Chine a mis en place le plus grand réseau de caméras de surveillance au monde et en 2020, le gouvernement sera capable de scanner l’ensemble des 1,37 milliard de Chinois en «une seconde», rapporte Les Échos. Également, les autorités sont capables de surveiller leur accès à Internet et un projet de «crédit social» en cours d’élaboration, a pour ambition d’attribuer des points de bonne ou de mauvaise conduite à chaque citoyen en fonction de son comportement.

Mais le projet par l’Université de Technologie Électronique de Guilin, d’effectuer une fouille générale des appareils électroniques de tous les étudiants et enseignants a déclenché une réaction si violente qu’elle a suscité de rares critiques dans les journaux. La tolérance de la population envers la surveillance de l’État aurait-elle enfin atteint une limite?

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La reconnaissance faciale se répand en Chine

Souriez, vous êtes fiché

Les entretiens d’embauche avec des robots

DIGITALE ATTITUDE : Dans le contexte actuel de la recherche d’emploi, de nombreuses étapes pour postuler sont automatisées. Mais voilà que la partie ultime du processus, l’entretien d’embauche en personne, est numérisé à son tour. Grâce à une nouvelle génération d’outils intelligents qui ont pour objectif de rendre la procédure de recrutement plus efficace et plus rapide.

Aux Etats-Unis, ils sont utilisés par des grandes et moyennes entreprises dans des secteurs aussi variés que les assurances ou la santé, par des détaillants, des chaînes de restaurants et des hôtels – afin de départager les meilleurs postulants.

Les entretiens d’embauche téléphonique par robot

Jeremy Maffei a passé sa toute première entrevue téléphonique en octobre, après s’être intéressé à un poste de Marketeur Numérique dans une petite agence en Floride. Pendant l’interview qui a duré 10 minutes, il a répondu à toute une série de questions comme : «Décrivez un moment où vous avez dépassé les bornes», ou «Comment avez-vous fait pour annoncer une mauvaise nouvelle à un client», sans recevoir le moindre feedback en retour car à l’autre bout du fil, non pas un être humain, mais un robot. «L’expérience a été très impersonnelle», a-t-il confié au Wall Street Journal. Et impossible de l’interroger à son tour pour en savoir plus sur l’entreprise.

Pour les employeurs cette formule a l’avantage d’offrir aux candidats la possibilité d’entamer la séance à n’importe quel moment de la journée, tandis que les réponses peuvent être révisées par un responsable RH à sa convenance.

Les entretiens d’embauche vidéo par robot

Il y a aussi les entretiens d’embauche par vidéo avec des robots comme Vera, développé par la start-up Russe, Strafory. A l’écran elle a une apparence humaine et féminine. Le mouvement de ses lèvres est synchronisé à sa voix et elle tourne la tête légèrement pour simuler son intérêt. Plus sophistiquée que le simple robot répondeur téléphonique, elle est dotée d’intelligence artificielle et peut répondre à certaines questions, ou faire semblant de rebondir sur une réponse en disant «Brilliant!», avant de passer au point suivant. Et tout au long de ces échanges, des algorithmes analysent les micro expressions sur le visage du candidat pour déceler des émotions comme le stress, la sincérité ou… l’agacement d’être évalué par un robot?

Maintenant ce sont les employés qui «ghostent» les entreprises

Le «ghosting», ou la rupture sans explication, a quitté le domaine des amoureux pour le monde de l’entreprise.

Selon la Banque Fédérale de Réserve de Chicago qui suit les tendances de l’emploi, du jour au lendemain, de plus en plus de salarié(e)s abandonnent leur poste sans préavis – ils partent un soir et ne reviennent jamais –  et coupent tout contact.

Le cabinet de recrutement Robert Half a remarqué une augmentation de 10 à 20% de ces «travailleurs fantômes» en 2018. Et selon le journal HR Review, sur 31,2 millions d’employés britanniques, plus de 2,8 millions ont agit de la sorte.

Les analystes attribuent ce phénomène aux conditions favorables du marché, les offres d’emploi ayant dépassé le nombre de postulants. Depuis huit mois, aux Etats-Unis, le taux de chômage est à son plus bas niveau depuis 49 ans, à 3.7% et au Royaume Uni, il est à 4%.

A tel point que le cabinet de conseils en ressources humaines, Randstad Sourceright, affirme «faire deux offres pour chaque emploi parce que l’un des deux candidats ne se présentera pas», rapporte le Washington Post.

Un comportement certes déplorable, caractérisé par un manque d’égards, un manquement à ses responsabilités, une lâche fuite, mais peut-être les entreprises ont-ils leur part de responsabilité? Combien de candidat(e)s sont restés sans nouvelles après l’envoi d’un CV ou ont été salués après un interview avec un: «Merci d’être venu, on vous contactera!» – qui ne se produit jamais.

A lire aussi : Ces entreprises qui pratiquent le «ghosting»

Louer sa garde-robe au lieu de l’acheter

DIGITALE ATTITUDE :  La devise «Achetez moins» et un système de logistique perfectionné, a fait le succès d’un site de mode américain.

Rent The Runway (RTR), lancé en 2009, est l’une des plus grandes réussites du e-commerce américain avec 9 millions de membres et un revenu annuel de plus de 100 millions de dollars. Baptisé le «Netflix de la Haute Couture» par le New York Times, ce marchand en ligne a d’abord proposé la location de robes et d’accessoires de créateurs – Versace, Hervé Léger, Etro ou encore REDValentino – pour des grands événements. Depuis, la start-up s’est étendue pour proposer des habits de tous les jours, en ouvrant sa plateforme à d’autres marques moins haut de gamme, comme Levi’s pour ses jeans et Nike pour les survêtements.

Aujourd’hui les clients de RTR peuvent trouver de quoi s’habiller pour toutes les occasions, que ce soit pour aller au travail, à un gala ou pratiquer leurs loisirs – en choisissant parmi des milliers de styles différents.

L’introduction de «Rent the Runway Unlimited» il y a deux ans, a encore modifié la donne. Pour $159 par mois, les femmes peuvent louer aussi souvent qu’elles le désirent, quatre pièces à la fois et les garder huit jours. Livraison, retours et nettoyage à sec compris.

« L’abonné moyen s’habille chez Rent the Runway 120 jours par an, pour le travail, les week-ends et les sorties occasionnelles.»

Cette offre «illimitée» a visiblement fait mouche. Avec une croissance de plus de 100% par an, elle représentera plus de la moitié du chiffre d’affaires annuel du e-loueur en 2018, selon un article dans Business Insider.

Après les modèles disruptives d’AirBnB, Uber et Spotify, Rent the Runway propose donc à son tour un nouveau modèle économique et un nouveau mode de consommation qui convient aux milleniums. Si cette génération née entre 1980 et 2000 est adepte de l’économie du partage et pour qui l’accès aux biens est plus important que leur possession, c’est qu’ils ont conscience que leurs perspectives financières sont très différentes de celles de leurs parents. La crise financière conjuguée à des dettes d’études élevées, des emplois difficiles à décrocher et peu rémunérés font que leur niveau de vie est bien moins élevé que celui de leurs aînés. Alors dans ce contexte, les symboles de succès habituels – voiture neuve, bien immobilier, objets de luxe – sont juste inaccessibles. Rent The Runway a tapé dans le mille, permettant à ses clients de profiter de la mode sans se ruiner pour autant.

Le succès de Rent The Runway a fait des émules. Depuis mars dernier, on peut louer son dressing de rêve depuis un site suisse baptisée la Garde-Robe, ou prendre rendez-vous dans leur showroom situé aux Eaux-Vives.

A lire aussi: Le luxe durable, réalité ou imposture?

Des algorithmes pour évaluer des baby sitters

DIGITALE ATTITUDE : L’usage de l’Intelligence Artificielle (IA) a véritablement révolutionné le processus de recrutement des employés, permettant aux entreprises de dénicher rapidement les meilleurs talents par l’analyse de milliers de profils puisés sur les plateformes professionnelles comme Linkedin et Jobcase. Mais voilà qu’une start-up, Predictim, propose d’évaluer de la même manière des baby sitters, en examinant leur empreinte numérique sur les réseaux sociaux.

Avec l’accord de la jeune personne, Predictim propose d’accéder à ses comptes Facebook, Twitter et Instagram, puis grâce à des algorithmes de traitement automatique du langage naturel et de reconnaissance d’images, déduira ses traits de caractère – comme la politesse, le degré de positivité, l’agressivité et la capacité de s’entendre avec les autres.

Toujours grâce une «intelligence artificielle avancée», chaque rapport adressé aux parents comprendra aussi une évaluation des personnalités à risque – drogué, harceleur ou violent – Illustrée par une jauge de type indicateur de vitesse. L’échelle de valeurs va du 1 «non risqué» au 5 «très risqué». En guise d’exemple, la note 5 est attribuée à une jeune femme blonde appelée Risky Rebecca – bien que son prénom aurait déjà pu leur mettre la puce à l’oreille.

Etonnement la presse semble avoir accordé du crédit aux méthodes de Predictim en relayant leur communiqué presse, mais pour ma part je pense que ce service n’a été créé à nulle autre fin que celle d’illustrer l’usage absurde qui peut être fait de l’intelligence artificielle. Car accorder de l’importance aux propos et photos publiés en ligne par des enfants pour leur en tenir rigueur des années plus tard quand ils cherchent à gagner un peu d’argent de poche est ridicule. De plus, ce sont en général des mineurs et je ne vois nulle part sur le site, un formulaire demandant un consentement parental pour accéder ainsi à leur vie privée.

Twitter et Facebook ont réagi en bloquant Predictim de leurs plateformes, citant une violation de leurs conditions d’utilisation: Il est interdit de siphonner les données des usagers.

Il est à craindre que le buzz autour du big data et l’intelligence artificielle fera surgir de nombreux autres projets de la sorte.

 

Dans la Silicon Valley, des écoles sans écrans

DIGITALE ATTITUDE : Dans la Silicon Valley, les parents travaillant dans les sociétés technologiques mettent leurs enfants dans des écoles à l’ancienne, où il n’y a pas d’écrans.

Alors qu’à Genève, le département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (le DIP), a dévoilé le 13 novembre dernier sa vision de l’école en 2050, essentiellement «former au numérique et par le numérique à toutes les étapes de la scolarité», dans la Silicon Valley, un courant inverse est en marche: l’enseignement dépourvu d’écrans.

Selon un article du New York Times, les parents qui travaillent pour les géants du Web – en connaissance de cause – sont de plus en plus préoccupés par les effets de leurs produits sur le développement de l’enfant. Ces parents veulent que la scolarité de leurs progénitures soit axé sur des tâches créatives et pratiques, utilisant les outils pédagogiques d’autrefois: tableau noir, papiers, crayons et jouets en bois. Même le tricot est au cursus de ces écoles privées. Ils affirment que les écrans entravent la pensée créative, l’activité physique, la capacité d’échanges et le pouvoir de concentration.

On aurait dû voir venir en entendant les propos des plus grands dirigeants. En 2011 déjà, Steve Jobs à qui un journaliste avait demandé si ses enfants aimaient le nouveau iPad, avait répondu: «Ils ne l’ont pas utilisé. Nous limitons la technologie à la maison.». Les trois enfants de Bill Gates n’ont eu un téléphone portable qu’à l’âge de 14 ans et Tim Cook interdit les réseaux sociaux à son neveu.

«Le fossé numérique était autrefois basé sur les inégalités dans l’usage et l’accès aux technologies de l’information, mais maintenant que ces inégalités se sont estompées, la nouvelle fracture se situera au niveau des limitations imposées à cet accès», résume Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine Wired.

Mais alors ces enfants californiens, éduqués à l’ancienne, auront-ils les connaissances nécessaires dans un monde numérique? La réponse donnée par Alan Eagle, ingénieur et père de 3 enfants interpelle: «Chez Google et ailleurs, nous rendons la technologie aussi facile à utiliser que possible. C’est aussi simple que d’apprendre à se brosser les dents. Pourquoi se presser pour donner ces compétences aux enfants? Ils s’adapteront sans problème quand ils seront plus grands.»

Photos d’élèves au Waldorf School of the Peninsula, Los Altos, Californie.