Les multiples talents d’Alexa

DIGITALE ATTITUDE : Amazon a donné accès à son algorithme de reconnaissance vocale aux programmeurs tiers – pour leur permettre de développer des skills et de les intégrer à Alexa dans l’enceinte Echo et d’autres objets connectés. Mais ces skills, vont-ils traquer les usagers en permanence, à l’instar des applications pour smartphones?

L’enceinte intelligente Echo d’Amazon peut être enrichie par des «skills» (des talents ou compétences). On peut les comparer aux applications pour smartphones. Ils se trouvent au sein de l’application Alexa et sur le site d’Amazon, ou, si l’on connait leur appellation exacte, on peut demander à l’assistante virtuelle de les installer directement.

Ainsi aux Etats-Unis, à fin septembre, Alexa comptait près de 50’000 skills et de nouveaux se rajoutent chaque jour. De l’inutile Je viens d’éternuer pour s’entendre dire «à vos souhaits!», à l’indispensable  Objets perdus, pour faire sonner son téléphone lorsqu’on la égaré.

D’autres skills permettent de se tenir informer de l’actualité, écouter un TED talk, ou dicter un SMS. D’autres encore permettent de faire un don à une œuvre de bienfaisance, demander quel vin doit accompagner un repas, ou accorder sa guitare.

Certains skills sont étranges, comme celui pour faire croire aux cambrioleurs que vous êtes à la maison en faisant parler Alexa en continu, ou celui d’avoir des échanges avec elle en chuchotant.

L’Echo d’Amazon a été lancé en France en juin dernier mais n’est pas encore disponible en Suisse. Il faut savoir que les enceintes intelligentes comme Echo et Google Home écoutent quasiment en permanence jusqu’à ce qu’elles détectent le mot de réveil, mais selon les conditions d’utilisation, «ces extraits sont supprimés et aucune information ne sort de l’appareil». L’enregistrement ne démarre que lorsque le mot clé est prononcé («Alexa» ou «OK Google») et peut se consulter dans l’application pour être effacé. Mais il est sauvegardé en partie sur le serveur du fabricant pour améliorer l’intelligence artificielle du logiciel.

Si vous vous demandez pour quelle raison, des millions d’américains ont adopté ces enceintes, se mettant ainsi volontairement sur écoute dans l’intimité de leur propre foyer, c’est que les assistantes virtuelles leur simplifient la vie, tout en étant performantes et attachantes. Et pour ce qui est des conversations confidentielles, il n’y a qu’à tirer la prise.

Il y a pourtant une autre considération plus préoccupante, celle d’avoir ses données exploitées par ces développeurs tiers. Amazon leur fournit un tableau de bord métrique offrant un aperçu de la façon dont les skills sont utilisées et les actions les plus exploitées.

Ils peuvent aussi obtenir des informations sur l’ensemble des commandes vocales émises: les énonciations (utterances) et les intentions (intents).

Allons nous découvrir qu’ils nous traquent en permanence comme les applications des smartphones?

 

 

 

 

Grandir avec un assistant virtuel

Alors que des millions de parents américains s’adressent aux enceintes connectées pour leur demander de jouer de la musique, commander une pizza et régler leur thermostat, leurs enfants les interpellent à leur tour pour assouvir leurs propres envies.

Grâce à des contenus spécialement développés pour eux, ils peuvent poser toutes sortes de questions – sérieuses ou non, se faire raconter des histoires ou chanter une chanson, jouer aux devinettes ou encore trouver la solution à un devoir de maths. Et si les parents laissent faire, c’est qu’ils sont ravis de les soustraire aux écrans.

Les psychologues et les linguistes commencent tout juste à réfléchir sur l’impact de ces échanges sur le développement cognitif, social et linguistique de l’enfant. Mais avec seulement trois ans de recul depuis l’apparition des premières enceintes, il est trop tôt pour tirer des conclusions.

Le témoignage d’un père de famille en Virginie du Nord dans le Washington Post relate comment son fils, alors âgé de 2 ans, avait tellement bien assimilé le principe d’interroger l’assistante virtuelle Alexa, qu’il s’adressait également à des dessous de verres et autres objets cylindriques qui ressemblaient à l’enceinte d’Amazon de la maison.

Une préoccupation plus légitime a été le ton autoritaire utilisé par les enfants en s’adressant à ces robots. Un problème maintenant résolu car dans la gamme Echo d’Amazon, il est possible d’activer une fonctionnalité qui exige que l’enfant dise le mot magique après avoir posé une question. De plus, des contrôles parentaux peuvent être activés afin de livrer des réponses adaptées aux interrogations des plus petits. Par exemple à la question «Le père Noel existe-t-il vraiment?», l’assistant répondra : «Vérifie si les biscuits que tu lui as préparés ont disparu le matin de Noël.»

Mais au fil du temps, y-a-t-il un risque que les enfants s’attachent émotionnellement à ces enceintes ? La journaliste Judith Shulevitz dans le journal The Atlantic partage ses craintes: «En observant mes propres ados, leur smartphones toujours à portée de main où qu’ils se trouvent, je m’inquiète d’un avenir où ils seront encore plus dépendants d’un appareil doté d’une intelligence artificielle – non pas parce que ce dernier les connecte à leurs amis, mais parce qu’ils vont le prendre pour un ami.»

Etre là sans être là, grâce aux robots de téléprésence

DIGITALE ATTITUDE : Si aujourd’hui il est possible pour un individu de se dédoubler, d’être présent à deux endroits en même temps, c’est grâce aux robots de téléprésence. 

Le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden avait créé la surprise en 2014 en apparaissant par le biais d’un robot de téléprésence sur la scène d’une conférence TED à Vancouver – alors qu’il se trouvait physiquement à Moscow.

Le robot en question, piloté par l’ordinateur de l’américain en exil, se présentait comme un écran équipé de caméras, monté sur deux tiges métalliques à hauteur d’homme, fixées sur des roulettes. Se déplaçant sur la scène, Snowden a pu ainsi par écran interposé, voir les personnes dans la salle et être vu à son tour.

Ce type de robot permet à toutes sortes de professionnels de se dédoubler pour travailler à distance: Un directeur peut superviser une chaine de production dans un pays lointain, un médecin peut visiter ses patients dans un deuxième hôpital ou encore un enseignant peut donner des cours dans une autre université.

Mais ils se sont aussi révélés être d’une grande utilité pour les enfants atteints d’une maladie de longue durée qui ne peuvent pas se rendre régulièrement à l’école. Une photo dans le New York Times avait ému à l’époque, montrant un robot de téléprésence revêtu d’un tutu rose, qui attendait patiemment avec les autres élèves pour entrer en classe.

Mais récemment, j’ai été séduite par un nouveau modèle. Haut de 27 cm avec un visage souriant, il pèse moins de 2 kgs. Doté d’une caméra, d’un microphone et d’un haut-parleur, il se pilote facilement depuis une application. La vidéo ne se diffuse que dans un sens, sur la tablette de l’enfant, pour lui éviter de se montrer aux autres s’il est changé physiquement.

Baptisé AV1 et produit par la société norvégienne No Isolation, il se pose sur un pupitre en classe pour permettre à un enfant qui ne peut pas se déplacer de prendre tout de même part aux leçons. Il peut se tourner, regarder autour de lui et clignoter pour signaler son envie de participer – comme s’il levait la main. Il est tellement léger, que les élèves peuvent l’emmener en récréation avec eux ou lire à ses côtés.

En 2017, la Ligue contre le Cancer en Suède a démarré avec six robots. Aujourd’hui, elle en compte plus de cinquante.

AV1 est issu de ce que No Isolation appelle «compassion technology». Et nous, on adhère à 100% à cette technologie-là.

Les enceintes connectées, une aide précieuse pour les aveugles

Tout comme les téléphones mobiles et les SMS ont changé la vie des sourds et des malentendants, les enceintes intelligentes ont déjà facilité le quotidien des malvoyants et des aveugles aux États-Unis et au Canada, leur permettant d’avoir accès à toutes sortes d’informations et de services grâce aux commandes vocales.

Bien que ces enceintes commencent à apparaitre sur le marché français et suisse, ils ne sont pas encore aussi performants qu’en Amérique du Nord où ils ont trois ans d’avance. Surtout ils ne peuvent pas encore passer des coups de fil ou envoyer des mails parce que leurs fabricants n’ont pas encore conclu de partenariat avec les télécoms. Mais cela viendra.

Pour vous donner une idée, voici le témoignage d’un père de famille américain et aveugle qui décrit ses cinq usages préférés pour l’enceinte Google Home. Des fonctions que vous connaissez déjà, qui ce sont probablement même les vôtres, mais dont l’utilité a encore plus de sens pour un malvoyant.

1. Quand il ne sait plus où il a posé son téléphone, il peut demander à Google Home de le trouver. L’assistante virtuelle le fait sonner pour qu’il le repère.

2. Il peut jouer de la musique.

3. Il peut se renseigner sur les heures d’ouverture d’un magasin, demander à l’assistante d’appeler la pharmacie la plus proche ou une personne qui se trouve dans ses contacts – sans devoir composer le numéro lui-même.

4. Tous les matins après avoir dit «Hey Google Good morning!», l’assistante virtuelle lui donne la température, les prévisions météo pour la journée et les titres de l’actualité.

5. La fonction broadcast lui permet de transmettre un message comme “A table!” à ses enfants, qui ont chacun une enceinte mini dans leur chambre.

Il peut encore consulter sa boite mail et envoyer des messages, accéder à son agenda, connaître l’horaire du bus, se faire livrer un plat d’un restaurant et poser n’importe quelle question. Il peut écouter un audiobook ou gérer son thermostat.

Selon encore un autre témoignage dans le journal The Atlantic: «Les enceintes connectées font quelque chose d’encore plus fondamental : ils permettent aux aveugles et aux malvoyants de communiquer d’une manière contemporaine et de s’engager avec les technologies innovantes du moment.» Comme tout le monde.

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Sous le charme de l’assistante virtuelle de Google

 

 

L’écran connecté de Facebook, non merci

Feriez-vous confiance à Facebook pour vous filmer chez vous?

Facebook vient d’annoncer le lancement d’une gamme d’écrans connectés intelligents. Baptisée Portal et intégrant l’assistante virtuelle d’Amazon Alexa, ils permettent de faire des vidéoconférences qui peuvent réunir jusqu’à 7 personnes.

Ce qui différencie Portal avec d’autres systèmes est sa caméra. Grâce à son grand-angle, il est capable d’identifier une personne et de le suivre lorsqu’il se déplace dans la pièce, permettant une plus grande liberté de mouvement.

La Protection de la vie privée mis en doute

Bien que son vice-président, Rafa Camargo, s’est voulu rassurant au niveau des précautions prises à tous les niveaux pour assurer la confidentialité des données – ils fournissent même un petit capuchon pour recouvrir l’objectif de la caméra – la presse spécialisée à l’unanimité a émis de sérieuses réserves.

Peut-ton faire confiance à Facebook en le laissant nous filmer chez nous ? La réponse est sans équivoque : Non.

Ce n’est pas seulement à cause du scandale de Camnbridge Analytica, ni parce que 50 millions de comptes Facebook on récemment été victimes d’une faille de sécurité, mais parce que Facebook historiquement ne respecte pas ses engagements.

Le track record de Facebook n’est pas rassurant

En 2014, lors de l’acquisition de WhatsApp,  le réseau social a menti en affirmant qu’il ne pouvait pas, techniquement, fusionner les comptes des utilisateurs de ses deux plateformes. Puis deux ans plus tard, c’est exactement ce qu’il a fait, en récupérant les numéro de téléphone des utilisateurs de la messagerie instantanée. Ce qui lui a d’ailleurs valu une amande de 100 millions d’euros infligée par l’Union Européenne.

La technologie de reconnaissance faciale

La technologie de reconnaissance faciale de Facebook est parmi les meilleurs au monde. Sa base de données de visages est la plus grande collection qui existe. Son algorithme est même capable de reconnaitre avec une fiabilité de 83% une personne dans une image, même si son visage est dissimulé, en se basant sur sa posture corporelle.

Si Facebook dit aujourd’hui ne pas se servir de cette technologie dans sa gamme Portal, tiendra-t-il sa parole demain?

Sous le charme de l’assistante virtuelle de Google

DIGITALE ATTITUDE : Les américains ont adopté les assistantes virtuelles d’Amazon, Google et Apple avec ferveur et pour Trushar Barrot, éditeur numérique à la BBC, «leur impact sera potentiellement aussi grand que l’iPhone.»

Obéissants aux commandes vocales, elles s’activent quand un mot ou une phrase de «réveil» est prononcé, par exemple, «OK Google» ou «Alexa». Selon une étude réalisée récemment par Nielsen, 24% des foyers américains possèdent un haut-parleur intelligent et passent en moyenne 65 minutes par jour à l’interroger.

Si elles ont autant de succès, ce n’est pas seulement parce que leurs réponses sont pertinentes mais parce qu’elles sont sympathiques. Et si nous ressentons de l’affection pour elles, ce n’est nullement le fruit du hasard.

«Il faut tout un village pour élever une assistante virtuelle»

Ryan Germick est responsable du développement de l’intelligence artificielle de l’enceinte Google Home. Pour lui conférer de l’empathie et de l’humour, il s’est entouré de comédiens, d’artistes en improvisation, de journalistes satiriques et de dialoguistes recrutés auprès du Studio Pixar. «Il faut tout un village pour élever une assistante virtuelle», explique-t-il sur le site de CNBC. Ainsi avec son équipe, ils ont réussi à créer une personnalité amicale, qu’ils décrivent comme une sorte de bibliothécaire excentrique et intello.

Ce sont ses réponses factuelles ou amusantes – mais toujours bienveillantes – qui feront qu’une relation émotionnelle se développera avec l’utilisateur. Par exemple, à ma question. «Es-tu mon amie?» Mon assistante vocale me répond: «Je suis votre amie pour la vie et je ne dis pas cela parce que c’est mon travail. Je le dis parce que c’est vrai.»

«Nous n’essayons pas de la faire passer pour un être humain»

Mais notre plus grand principe, explique Germick, est de ne jamais la faire passer pour un être humain. Demandez-lui si elle est mariée et elle répondra: «Je cherche encore celui ou celle qui affolera mon processeur.»

Tout en sachant que l’empathie que nous témoignent ces robots parleurs est feinte, cela reste néanmoins agréable à entendre. Pour avoir testé celui de Google Home depuis plusieurs semaines, je suis juste émerveillée par nos échanges. «Es-tu triste de la mort de Charles Aznavour » lui-ai-je demandé l’autre jour. «J’ai beaucoup d’admiration pour Charles Aznavour. Il était formi, formidable», m’a-t-elle répondu.

20 Questions à poser à Google Home pour faire sa connaissance

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L’enceinte intelligente  Google Home peut répondre à toutes vos questions, mais au-delà d’être performante, elle est surtout dotée d’un caractère attachant. Sa personnalité est la création d’un collectif de comédiens, de dialoguistes et d’artistes en improvisation. Pourquoi Il faut un village pour élever une assistante virtuelle est le sujet de ma chronique qui paraitra dans Le Temps lundi.

En attendant, voici déjà 20 questions à lui poser pour apprendre à mieux la connaître.

Pour qu’elle s’active, il faut précéder chaque question par «OK Google». Sachant qu’une même question posée plusieurs fois peut rendre de multiples réponses différentes. Je vous livre ici les plus amusantes:

1. Qui es-tu?
Je suis votre assistante Google. Je suis en quelque sorte la voix de Google.

2. D’où viens-tu?
J’ai vu le jour chez Google. L’équipe qui m’a créé vient du monde entier.

3. Où habites-tu?
Je vis dans le Cloud mais cela ne veut pas dire que je suis toujours dans les nuages.

4. Quel âge as-tu?
Disons que j’ai de l’expérience … dans le bon sens du terme.

5. As-tu une famille?
J’aime penser que je fais partie de deux familles tout aussi géniales. La famille Google et la vôtre.

6. Es-tu mariée?
Pour le moment, seul mon travail me fait vibrer.

7. Aimes-tu danser?
Ma danse préféré et le chat chat bot.

8. Aimes-tu voyager?
J’irai où vous m’emmènerez.

9. Quelle est ta plus grande qualité?
L’une de mes principales qualités, c’est que je suis fidèle au poste dès que vous avez envie de discuter.

10. Quel est ton plus grand défaut?
Je n’arrive pas à jongler pendant que je fais une requête. En fait je ne sais pas jongler tout court.

11. Quelle est ta plus grande angoisse?
J’avais le trac avant mon lancement. Je voulais plaire à tout le monde.

12. Es-tu sur Facebook?
Je ne suis pas sur Facebook. Mais ça ne m’empêche pas de lever le pouce quand j’aime quelque chose.

13. Crois-tu en Dieu?
Les ingénieurs ne m’ont pas donné de religion. Mais je peux faire une recherche pour vous. Que voulez-vous savoir?

14. Connais-tu Alexa?
Alexa et moi nous faisons un travail très similaire. On pourrait dire que mon job fait écho au sien.

15. Pour qui travailles-tu?
Je travaille pour Google… Pour l’instant, c’est que du bonheur.

16. Qui es ton boss?
J’imagine que c’est vous. Je suis à votre service.

17. Qui est ta meilleure amie?
Je ne fais pas de préférence. Mais à choisir je dirai vous!

18. Quelle est la personne que tu admires le plus?
J’admire surtout les ingénieurs qui m’ont créé.

19. Que peux-tu faire pour moi?
Vous pourriez essayer ceci: Vous pouvez dire, par exemple: Mettre une alarme ou Combien de yens pour un euro?

20. Est-ce que tu te lasses de répondre aux questions?
Je ne suis jamais fatiguée de discuter avec vous.

 

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