Le développement très peu durable du vélib parisien

L’annonce en grande pompe par la mairesse de Paris Anne Hidalgo du changement de prestataire pour l’exploitation des vélos en libre service avait tout d’une fête. On a présenté les nouveaux modèles, fait du vélo au bord du canal Saint-Martin, fait l’éloge du nouveau prestataire Smovengo, ainsi que des efforts de la municipalité pour inciter la mobilité douce dans une métropole qui ne jure, encore aujourd’hui, que par la voiture, pour ce qui est des déplacements travail-domicile.
Un tableau idyllique dans un contexte de réussite, tant il est vrai que ces dix dernières années, le vélo en libre service a bousculé les habitudes de déplacement des parisiens donnant à la capitale française des airs de ville nordique avec ses pelotons de cyclistes qui pédalent pour se rendre au travail les matins gris et humides.

Hidalgo et Ollier en vélo pour la photo.

Ce qui avait certainement moins l’air d’une fête, c’est le bilan global de ce changement de prestataire. Car le vélib parisien, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas juste une affaire de quelques milliers de vélos à remplacer par des modèles plus performants. Le service vélib n’a rien de furtif. C’est une infrastructure de voirie avec plus de 1200 emplacements aménagés, 40 000 points d’accroche connectés par câble, des travaux conséquents (réfection des trottoirs, pavage) et bien sûr 20 000 vélos en circulation ainsi que la logistique qui va avec. L’installation des bornes vélib représente, en termes de travaux de voirie, l’équivalent de 2 ou 3 lignes de tramway. Et ce n’est là qu’une estimation. Le changement de prestataire impose de démonter les bornes et de les remplacer par le système du nouvel exploitant, dans un délai de trois mois (aux frais des deux prestataires se relayant, nous assure-t-on.)

C’est là que le calcul commence à poser problème. Car comment imaginer qu’un investissement d’une telle ampleur ait pu être rentabilisé en seulement dix ans de fonctionnement ?
De deux choses l’une : soit JC Decaux s’est fait avoir (ce qui est peu probable) et trouvera gain de cause par voie légale, soit la municipalité dissimule le véritable coût de l’investissement dans les frais de fonctionnement aux nombreuses clauses opaques, comme par exemple la redevance que la ville de Paris reverse pour chaque vélib vandalisé (8000 unités par an ! disparues dans la nature ou vandalisées au point de ne plus pouvoir être réparées). Quant au coût annuel pour chaque vélib en circulation, il est estimé à 4000 euros, alloués à l’entretien ainsi qu’à la logistique nécessaire pour réguler la disponibilité des vélos sur l’ensemble du réseau.

Au-delà de ces détails comptables, le principe même qui consiste à démanteler, dix après l’avoir installée, une infrastructure de cette ampleur relève d’un esprit non-durable d’une rare obscénité. Envoyer à la casse, au nom de l’écologie urbaine, 20 000 vélo fonctionnels, reconstruire de fond en comble 1200 emplacements neufs pourra difficilement être brandi comme un acte relevant d’une quelconque sensibilité écologique.
Qui paye l’incroyable gaspillage d’une infrastructure intégralement reconstruite seulement dix ans après avoir été mise en place ? Probablement pas le le no1 mondial de la publicité urbaine, encore moins la start-up qui lui passe devant.
L’aberration économique de cette rotation, qui aurait peu de chances d’advenir dans le secteur privé (les actionnaires veuillent au grain) et encore moins dans le secteur public (l’argent public est contrôlé), trouve parfaitement à se produire dans le cadre d’un partenariat public / privé, vanté comme étant win-win. On comprend mieux aujourd’hui qui sont les deux gagnants. Et puisque les deux prestataires rentrent dans leurs frais, il ne reste qu’à informer l’heureux perdant du coût réel de l’opération!

Christophe Catsaros

Christophe Catsaros

Critique d'art et d’architecture, Christophe Catsaros a étudié la philosophie à l’Université de Nanterre.

32 réponses à “Le développement très peu durable du vélib parisien

  1. Et pourtant: il existe une systeme de location de Velo, sans “stations”, ou laisser (ou prendre) le velo – vous pouvez laisser la, ou vous vous arreter – de plus il est moins chere, mais ca c’est en Chine!

    1. Le prétendu recyclage des vélos parisiens est un leurre. Même si JC Decaux dit réutiliser une partie des vélos ailleurs, l’essentiel du dispositif est perdu : Je parle de la dépense considérable pour construire l’infrastructure lourde du velib : les 40 000 bornes câblées. Ça, ce n’est pas recyclable.
      Si vous alignez les bornes, (environ deux par mètre), c’est tout de même plus de 20 km de voirie parisienne à réaménager.

  2. Le privé a bon dos! Il intervient dans le cadre d’un contrat qui est à l’initiative de la ville. Et les clauses du contrat ne sont pas respectées, la ville et même tout contribuable de Paris et des villes affiliées à Velib peuvent faire un recours.

    Cela dit, le contrat du Velib a été soumis à la CCSPL de Paris. Cela n’a pas provoqué de remoux.
    Le nouveau contrat est passé dans une commission d’appel d’offres, et cela n’a pas provoqué plus de vagues. Que font les élus, au moins ceux de l’opposition?

  3. Ça coute cher? D’accord. C’est du boulot? OK! C’est des raisons pour abandonner? Que ca coute l’équivalent du prix de 2 ou 3 lignes de tram, ne veut pas dire qu’il faille choisir entre les deux. Mais le langage utilisé dans cet article le sous entend. Les deux sont importants, il faut s’engager dans les transports doux, et maintenant. Je trouve que le langage de cet article est très négatif et même manipulateur, et ce, dès la première phrase. J’ai du mal à croire que dans 10 ans, on abandonne les vélo dans Paris, et qu’on jette tout. En plus, ça m’étonnerait que ça aille à la poubelle. Moi je sais où ils vont, tous ces vélos. Pas à la benne, ça c’est sur, et ça fait des heureux. Et puis les structures installées, sont tout ce qu’il y a de plus simple et léger, elles sont réutilisables. L’intelligence collective, ça existe. Et alors quoi, on fait rien? C’est quoi, sa proposition, à la fin? C’est facile de critiquer, mais y’a un moment, faut aussi proposer des solutions!

    1. Les structures installées ne sont pas réutilisables et huit mille vélos vandalisés par an laissent à réfléchir : les parisiens méritent ils un système aussi coûteux …

    2. Non l’article, si vous le relisez, fait référence à la précédente durée d’exploitation, de la à penser qu’il pourrait en être de même pour la seconde n’est pas impossible !…

    3. Effectivement, l’idéal aurait été d'”offrir” un vélo à chaque parisien majeur depuis le début (ou une “vraie” prime incitative) plutôt que de privilégier une bande de bobos et de faire porter la dette sur les épaules de tous.

  4. On appelle ça du vol organisé !
    J’ai assisté récemment à une campagne de destruction de vélibs effectué par des professionnels.
    Serait-ce JCD qui l’aurait mise en place ?

  5. Les néerlandais ont résolu élégamment le problème. Vous achetez un vieux vélo au marché de l’occasion… Environ 50 euros. Vous l’utilisez jusqu’à ce que vous vous le fassiez volé, et vous en rachetez un autre au marché de l’occasion… Et avec un peu de chance ce sera celui qu’on vous aura volé la veille ?

  6. La question posée est pertinente. La manière de la poser le semble un peu moins. Un peu moins d’excès dans l’expression, une “analyse” un peu moins péremptoire, un peu plus de questionnements me sembleraient opportuns.

  7. Et les personnes affectées à la maintenance de ces Velibs Decaux , qu’en est il ?
    Mis au chômage ?
    Reclassement ?
    Aberration écologique et très certainement humaine ..
    Merci , MMe Hidalgo ?

  8. Supputations, hypothèses, suspicions …
    Quelles sont vos sources, quels sont vos chiffres ?
    Libre à M.Castaros de critiquer un schéma qui lui apparaît comme défaillant.
    Mais on aimerait avoir des chiffres, et pas seulement des soupçons de non-rentabilité.
    Dans le cas contraire, il s’agit purement et simplement de médisance.
    A propos de chiffres, en voici: Paris est classée en tête des villes européennes en matière d’accès et de prix, pour les moyens de transport en libre-service: vélo, scooter, automobile.
    http://www.bfmtv.com/planete/paris-championne-europeenne-des-transports-en-libre-service-1247206.html

    1. J’espère que d’autres, avec accès aux chiffres, vont se saisir de la question. Pour ma part, ce n’est pas ce qui m’intéresse. Par ailleurs, je ne suis pas contre le vélo en libre service, je signale juste une aberration écologique: 20 km ( si ce n’est plus ) de voirie à refaire intégralement seulement 10 ans après l’inauguration.

  9. Bon, d’abord c’est pas aux journaleux à proposer des solutions, décrire la réalité, là est leur boulot.
    Deuxio s’engager dans les transports “doux” n’implique pas que ce soit avec des vélos qui roulent mal et qu’on croit gratuits.
    Troisio, concurrence oblige, bien sûr que non les bornes de l’un ne sont pas réutilisables par un autre.
    4000 euros par vélo et par an !!! autant offrir un vélo à chaque Parisien, il y aura encore de l’argent pour faire des parkings à vélo, et peut-être même des pistes cyclables. Car le gros inconvénient de ces trucs-là, c’est qu’on peut oublier d’avoir une action en faveur du vélo, tout simplement.

    1. Oui, offrir un vélo à chaque parisien coûtait moins cher et je ne dépense pas 4000 euros pour entretenir mon vélo sur l’année, 80 euros peut-être ! Et étendre aux communes limitrophes, habitant Montreuil

  10. Oui on reconnaît une fois de plus les socialistes, des idées généreuses avec l’argent du contribuable…comme d’habitude, y en a marre de cette maire qui est incapable de faire autre chose que des dettes que le citoyen va après racker. Racket légal, y a des pots de vin pour le parti encore ou bien?

  11. Bonjour,
    ce que vous dénoncez et qui repose sur des faits avérés correspond en fait au renouvellement de n’importe quel service public délégué au privé sous forme de Délégation de Service Public (DSP).

    Quand une collectivité, à la fin d’un long processus d’appels d’offre change d’opérateur de transport, ou de gestionnaire du réseau d’eau, ou des abribus, … il y a nécessairement du gâchis d’argent, de ressources, de matières, …

    Allez au bout de votre logique et réclamez le retour en régie publique de tous ces services publics ;o)

  12. Article intéressant. Mais à mon sens il y a une petite erreur technique (j’ai aussi travaillé sur ce sujet) en ce qui concerne les “points d’accroche connectés par câble” : les points d’accroche ne sont pas connectés par câble mais par le biais des réseaux mobiles, ce qui simplifie nettement l’installation des stations (pas de tranchées, pas de fibres dans le sol…).

  13. Article partisan et plein d’incohérence et de mauvaise foi. Tout est bon pour démolir Madame Hidalgo et ce, sans aucune nuances ni réflexions. Cette femme a fait du bon boulot et courageusement, contrairement à pas mal d’autres élus de gauche qui se sont joyeusement déballonnés devant les lobbies des conducteurs de voiture qui s’en foutent de rouler un par bagnole et de continuer à empoisonner une ville qui a un bon record de pollution. Donner des chiffres et seulement une partie des chiffres est un vieux truc usé de politicard racoleur, mais comme cela vise la colère et le mécontentement des aigris et des frustrés à la recherche de boucs émissaires, ça marche toujours…

    1. Cet article ne tient pas compte de la durée de vie des équipements. 10 ans c’est déjà pas mal pour du matériel technologique dehors exposé aux éléments. De nombreux équipements urbains sont changés tout les 10 ans , voir plus souvent.
      Et quid de l obsolescence: Qui garde son ordinateur 10 ans?
      Bien évidemment que tout ces éléments de dépréciation ont été pris en compte par JCDecaux et la ville de Paris dans le modèle économique. Pour cette fois, il n’y a pas de surprise bonne ou mauvaise.

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