Respecter les obèses, c’est leur dire la vérité

Aujourd’hui, 11 octobre, c’est la journée mondiale de la lutte contre l’obésité, et la date me semble tout indiquée pour faire état d’une réflexion politiquement incorrecte qui me taraude depuis longtemps : pourquoi les discours de prévention, qu’il s’agisse de l’obésité ou des méfaits du tabac, font-ils systématiquement l’impasse sur les facteurs génétiques qui nous rendent inégaux – à égalité de mode de vie – face au risque de prendre du poids dans des proportions pathologiques, ou de mourir prématurément d’un cancer du poumon ? Nous prend-on pour des imbéciles, qui seraient davantage sensibles aux recommandations de mener une vie saine si on leur cache l’existence  des injustices biologiques et leur lourde influence sur leur état de santé et sur leur longévité?

«Fumer tue», est-il écrit sur ce paquet de cigarettes. Formulation simpliste, censée faire peur jusqu’à renoncer à la consommation. Mais en réalité, fumer (combien ? 5 cigarettes par jour, 12, 25, 60 ?) ne tue pas par une relation de cause à effet vérifiable et mesurable, fumer ne fait qu’accroître  le risque de mourir plus tôt (de combien ? 1 an, 5 ans, 15 ans, 20 ans ?) que nous ne mourrions si nous ne fumions pas. C’est un risque (pas une certitude absolue), et un risque impossible à calculer, parce qu’il dépend de l’interaction des effets nocifs (incontestables) du tabac avec toutes sortes d’autres facteurs – notamment, justement, génétiques. Le message de la prévention n’est pas renforcé, mais affaibli par cette tentative de masquer ce que tout le monde peut constater en regardant autour de soi.

Mais revenons à l’obésité, puisque c’est son jour. Manger une pomme au lieu d’une tranche de pizza et aller régulièrement courir au lieu de s’avachir devant un écran, ça aide à ne pas trop grossir, ou même à perdre un peu de poids, c’est évident. Il faut, bien sûr, prendre toutes les mesures de santé publique nécessaires pour combattre les modes de vie malsains induits par notre contexte social contemporain. Mais faire croire aux obèses que tout dépend de leur comportement, c’est un mensonge, c’est comme si on me disait, à moi qui ne suis pas obèse mais qui mesure 1m.55, qu’en me suspendant tous les jours à la tringle de mon rideau de douche je vais arriver à 1m.75. Un mensonge culpabilisant et psychiquement destructeur. A-t-on peur de décourager les candidat.e.s à l’amaigrissement en leur disant la vérité, à savoir qu’une bonne partie d’entre eux sont tendanciellement gros de naissance et ne peuvent que limiter les dégâts ? Il me semble, au contraire, que ce serait leur témoigner le respect dont tout individu a besoin pour lutter contre les déterminismes dont il/elle est victime.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

2 réponses à “Respecter les obèses, c’est leur dire la vérité

  1. Madame Lempen a raison: culpabiliser ne sert pas àngrand chose
    Mais Madame Lempen a aussi tort: l’explosion de l’obésité n’a pas une cause génétique, et il est important pour la santé publique qu’elle soit jugulée.

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