Les religions doivent rester libres face au «mariage pour tous»

Maintenant que le «mariage pour tous» fait partie de l’appareil législatif suisse, les Eglises pourraient-elles être contraintes d’accepter de marier religieusement des couples de même sexe, même si cela va à l’encontre de leur doctrine? J’avoue que je suis abasourdie de voir apparaître cette question dans les médias.

Dans notre pays, personne n’est obligé d’adhérer à une religion et d’accepter ses règles du jeu internes. Le mariage religieux est aussi facultatif que la robe blanche et la tourte à étages. Les lesbiennes et les gays qui désirent en bénéficier peuvent essayer de faire évoluer les institutions religieuses dans lesquelles ielles se reconnaissent , si celles-ci renâclent ; mais les règles du mariage civil peuvent tout au plus servir d’inspiration, pas d’argument légal. Comme le dit fort bien le jésuite Etienne Perrot dans Le Courrier (1.10.2021), il en va du principe de laïcité.

Eh oui, la laïcité implique que la religion reste une affaire rigoureusement privée. Obtenir la bénédiction religieuse d’une union n’est pas plus un droit que la demander n’est un devoir, et c’est très bien ainsi. Malgré les apparences de «démocratisation», en faire un droit serait un retour en arrière vers l’époque où la Constitution suisse a été placée – pour les siècles des siècles, semble-t-il – sous le patronage de «Dieu Tout-Puissant». La séparation de la sphère de la citoyenneté et de celle de la religion devrait être renforcée, pas brouillée.

Le mariage civil va probablement évoluer, à terme, vers une institution de type contractuel où l’Etat cessera enfin de se mêler de savoir qui couche avec qui, et même si quelqu’un couche avec quelqu’un – un engagement fort contracté entre des individus souhaitant devenir des partenaires de vie solidaires, quel que soit leur sexe et indépendamment de leur éventuel désir de se reproduire. Certaines personnes continueront à avoir besoin de quelque chose de plus – par exemple de placer leur union à l’enseigne d’une transcendance, de se sentir bénies et accompagnées par Dieu. Espérons que toutes ces personnes pourront être accueillies par leurs autorités religieuses respectives – mais ce n’est pas à la loi d’y pourvoir.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

2 réponses à “Les religions doivent rester libres face au «mariage pour tous»

  1. Entièrement d’accord avec vous, Madame Ricci Lempen. Au 21ème siècle il serait (grand) temps d’arrêter de mêler Etat et Eglise! A commencer par le prologue de notre Constitution; est-ce à dire selon celui-ci que toute personne qui ne croit pas en Dieu ne peut être Suisse?!

  2. Oui, car “même si quelqu’un couche avec quelqu’un…” on ne devrait pas lui sonner les cloches. (Je vois que l’épicènerie tend à se dissiper?) L’époque très obscurantiste que nous traversons, comme d’autres inquisitions que l’Histoire dénombre, réinstaure le religieux. Hier, dans l’émission Forum de la rsr1, les intervenants ont entamé leur réplique par “moi qui suis catholique”, “moi qui suis protestante”, etc. Or le débat portait sur la réduction moyenne des cotisations Lamal. Toutes opinions confondues, et en un temps record, le mariage, le virus et l’argent rivalisent – surtout dans l’espace politico-médiatique – pour noyer ce qu’il y a de plus sacré dans l’être humain: sa liberté, sa santé et sa dignité. À moins qu’une Église se lève pour dénoncer la disparité de traitement entre Scarlett qui vaut cent mille et nous, pauvres hères, jaugés à cinquante? Enfin, le mieux serait sans doute de se taire tant on observe que des malins renchérissent dans l’infâme.

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