AVS et armée: tenons bon!

La Société Suisse des Officiers a choisi le cœur de l’été pour en appeler à l’extension de l’obligation de servir à la totalité de la population. Voilà qui nous manquait, après le vote des Chambres, il y a quelques semaines, en faveur d’un alignement de l’âge de la retraite des femmes avec celui des hommes – pour l’instant 65 ans. L’égalité est en marche, paraît-il. Voyons.

Pour justifier l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes, on invoque l’argument de la sécurisation financière de l’AVS, question qui évidemment importe à tout le monde, même s’il y a désaccord  sur les solutions à adopter. Pour justifier une éventuelle conscription féminine, l’argument invoqué est celui du maintien des effectifs de l’armée, qui par contre indiffère une partie de la population. Mais quoi qu’il en soit, dans l’un et l’autre cas, on appelle en renfort l’égalité des sexes, qui est censée susciter un enthousiasme unanime. Comme ça  tombe bien, n’est-ce pas : la résolution de deux problèmes présentés comme majeurs pour l’avenir du pays passe par la suppression de privilèges désuets, vu que désormais il est acquis que citoyennes et  citoyens doivent avoir les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Le piège est infernal. Mises à part les mesures légales relatives à la maternité, où entre en jeu une différence biologique, la petite année de moins pour l’âge de la retraite et l’absence de l’obligation de servir sont les deux seules dispositions voyantes de l’arsenal juridique du pays qui sont, stricto sensu, en faveur des femmes. Or, elles s’inscrivent dans un contexte social dont l’inégalité de sexes en faveur des hommes est littéralement le matériau de base. C’est cette inégalité-là qu’il faut commencer par supprimer.

Les femmes  (en tant que catégorie bien sûr, pas en tant qu’individus) sont perdantes partout dans l’accès concret aux ressources collectives : argent, influence, reconnaissance, emplois gratifiants, liberté personnelle, temps de repos et de loisirs, etc. Alors, ces deux seules cartes légales qu’elles ont en mains, il faut les garder bec et ongles et ne les  lâcher sous aucun prétexte. Quoi qu’on puisse penser de la nécessité de résoudre les deux problèmes en question, il est exclu que cela se fasse au détriment de la moitié de la population qui verse déjà un tribut exorbitant à la bonne marche de la société.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

16 réponses à “AVS et armée: tenons bon!

  1. Merci Silvia! A quand l’égalité des salaires, la bonne répartition des tâches ménagères, l’encadrement des jeunes enfants…le tableau de la vie familiale grouille d’inégalités et dans la rue, le bureau , dessinons mentalement l’attitude prédominante!
    Odile

  2. Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres, écrivait George Orwell dans « La ferme aux animaux ».
    Le même Orwell aurait pu écrire aujourd’hui : « Nice try ». Bien essayé de la part de la Société suisse des officiers (et de tous les lobbyistes anti-nanas dans leur ombre) ! Bien essayé de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et des inégalités pour des avantages indus ! J’adore.
    Il faut dire que, dans une société qui se permet de dévoyer l’étoile jaune pour en faire le symbole des antivax et d’expliquer la sujétion des femmes par le fait que la grammaire française privilégie le masculin par rapport au féminin, dans cette société donc, plus rien ne m’étonne.
    En « havant » donc pour la grande égalité militaire ! Et si on y supprimait les grades pour faire le plein d’égalité ?

    1. Oh, on en trouverait pas mal, ce qui ne veut pas dire évidemment qu’il ne faille pas supprimer les discriminations qui touchent injustement les femmes (mais si on est pour une vraie égalité, elle doit aller dans les deux sens): l’obligation de servir précisément (pourquoi refuser que cette obligation s’applique aussi aux femmes, plutôt alors que lutter pour qu’elle soit supprimée pour tous, ce qui serait plus crédible et cohérent comme position?), le biais systématique en large défaveur des hommes dans les cas de divorce, etc. (je laisse le tour à d’autres pour compléter). Sans compter les avantages que la biologie accorde aux femmes, nettement plus longue espérance de vie par exemple qui, justement, leur fait bénéficier plus longtemps de la retraite que les hommes en moyenne.

      1. “l’obligation de servir précisément (pourquoi refuser que cette obligation s’applique aussi aux femmes, plutôt alors que lutter pour qu’elle soit supprimée pour tous, ce qui serait plus crédible et cohérent comme position?)”

        Est-il vraiment crédible et cohérent de lutter contre le choix démocratique d’avoir refusé en 2013 l’abrogation du service militaire obligatoire, avec 73,2% de non ?

        Est-ce vraiment intelligent de confondre le thème de la sécurité nationale avec celui de l’égalité des genres ? La remise en cause du système de milice doit se fonder sur des arguments qui traitent de la sécurité et non de l’égalité des genres.

        Là où c’est particulièrement comique, c’est que l’armée a besoin des femmes pour palier à son problème d’effectif causé par les hommes gauchistes qui ne veulent pas la faire.

        1. Vous n’avez pas compris que je répondais à une question de principe sur ce qui est une recherche de l’égalité à sens unique à mon avis (la crédibilité et la cohérence concernaient juste la position des personnes qui vont dans ce sens). Je ne me prononce absolument pas sur la nécessité ou pas d’avoir une armée de milice en Suisse (j’ai fait personnellement plus de deux ans de service militaire), qui est une autre question.

          1. Merci pour ces précisions, et mes excuses pour avoir mal compris votre commentaire.
            Et je vous rejoins entièrement sur votre réflexion.

  3. Les femmes moins condamnées à de la prison
    Par Le Figaro.fr avec AFP
    Publié le 07/03/2017 à 12:29, mis à jour le 07/03/2017 à 12:32
    Mesures alternatives, sursis, peines plus courtes: les femmes sont moins lourdement sanctionnées par la justice que les hommes, indique aujourd’hui l’Insee, et le fait qu’elles commettent des infractions moins graves et récidivent peu n’explique pas tout.
    Se basant sur les chiffres de l’année 2014, l’institut révèle que les femmes ont été deux fois moins souvent condamnées à des peines d’emprisonnement ferme (10% des peines prononcées contre 23% pour les hommes) et souvent à des peines moins longues, 8 fois sur 10 de moins d’un an.
    A caractéristiques égales, “les femmes présentent une probabilité nettement plus faible d’être condamnées aux peines les plus sévères”, selon l’institut, qui estime que le fait d’être une femme “réduit de 30% le risque de prison ferme par rapport au sursis et le risque de prison avec sursis par rapport aux peines alternatives”.
    Les femmes ne représentaient que 10% des personnes condamnées en 2014. Elles représentaient en outre 18% des personnes mises en cause et 4% de la population carcérale.

  4. Bon bah alors statu quo !

    On ne touche pas la loi qui favorise les femmes et on maintient la mentalité machiste et paternaliste que chaque individu contribue de manière consciente ou non.

    Est-ce que le féminisme de gauche se rend compte que les immigrés que la Suisse accueille sont généralement issus d’une culture traditionnelle, ce qui a plutôt tendance de faire reculer la cause de la femme en Suisse en terme d’indépendance et de sécurité?

    Êtes-vous fière des 3 suissesses qui ont occupé les 3 marches du podium en cyclisme aux JO dernièrement ? Et si je vous dis qu’elles ont toutes fait le service militaire ?

  5. On ne peut pas jouer sur les deux tableaux!

    Dire d’un côté “c’est formidable de courage et de féminisme, ces femmes qui prennent les armes pour défendre leur pays/nation/religion (Afghanes, Azziris, Israeliennes/Kurdes/mexicaines, qui vous voulez en fait) et qui le font avec plus de courage et de détermination que les hommes (dixit), et d’autre part “c’est antiféministe de nous faire enrôler – en temps de paix, sans risque majeur – dans une armée qui n’a jamais et ne sera jamais sujette à conflicts et à combats in real life.
    Je trouve ça un peu indécent.

    Quant au fait qu’elles “perdent” un an de leur vie à enfanter (voire plusieurs) je rappelle que, entre femmes et hommes, ce sont majoritairement elles qui sont demandeuses. Si il fallait compter sur les hommes pour avoir ce fameux “désir d’enfant”, il y a longtemps que l’humanité aurait disparu! Ce qui ne serait pas nécessairement une mauvaise chose, mais bon…

    Perso, et comme beaucoup d’autres hommes (de plus en plus en fait) je préfère largement rester célibataires, et avoir la charge de mon ménage individuel plutôt que de s’engager dans la voie sans issue du couple.
    J’aurais donc en la circonstance le droit déchapper aux contraintes nationales des services à l’état? Ca me parraitrait équitable si on part par là!

    PDO
    PS ce qui ne veut pas dire non plus que l’armée et le service national ait mon accord et mon agrément. Mais si on le supprime, c’est pour tout le monde.

  6. Juste une remarque :
    Pendant longtemps, très longtemps les femmes ont eu des privilèges (non certes pas tous) sans en exiger aucun. On les leur accordait volontiers, elles étaient femmes et on en prenait soin.
    Un homme se découvrait pour la saluer, par exemple… il y en aurait d’autres. Mais cette salutation n’était pas un privilège en soi, elle était juste sympathique et…agréable.
    Mais comme le clivage homme-femme n’existe plus vraiment…on s’adapte ! Car désormais, il convient de parler d’entités économiques sans distinction de genre. Et par conséquent ces entités doivent pouvoir subvenir à leurs besoins et remplir leurs obligations sans que soit pris en compte son identité.
    C’est dommage! Se découvrir pour saluer était sympathique et élégant. Aujourd’hui, on fait fi de toute élégance. Cela doit être ce que l’on appelle : le progrès !?
    C

    1. Entités économiques, quel vilain mot! 🙂

      Eh bien, je vais vous faire une confidence: l’homme qui continuera à tenir la porte à une femme, a lui laisser le haut du trottoir, à pénétrer le premier dans un lieu clos (pour la préserver) et à sortir le dernier (par politesse), ce gars là, il emballe à 80%. (Bon yapaquça, mais c’est un facteur efficace). Même – et surtout – avec les jeunes femmes qui ne sont plus du tout habituées aux égards de leurs congénères.
      Il faut juste je faire avec désinvolture, comme chose naturelle.

      Bon, quelques-unes vont se récrier genre “c’est du sexisme bienveillant”.
      Pas de souci. Assumez et confirmez, genre: “Absolument”. “Indiscutablement”… ça les laisse pantoise, elles s’attendent à ce que vous niez le fait.
      Mais en attendant elles vous ont rendu un incommensurable service.

      Faites vous plaisir, jouissez du retaurant, et si vous souhaitez manger de l’ail ou quelque chose de vraiment épicé, ne vous privez pas.
      Parce que celle là, vous ne la rappellerez pas, ne lui enverrez pas de mail (à part pour rire un peu, un vélin avec quelques mots “merci pour cette délicieuse soirée”, ou si vous avez des sous à perdre, un bouquet de roses, le gag en vaut la peine) et vous rayerez son nom de votre agenda ou de votre smartphone. Dès votre retour chez vous.

      Et plus tard vous raconterez l’épisode à vos meilleurs potes (Ah! ces méchants Boys Band), ça vous fera rire, et ils partageront avec vous leurs propres moments d’éclate. C’est toujours fun!

      Que du positifs mes frères!

      PDO

  7. Je remercie toutes mes correspondantes et correspondants, même celles et ceux avec qui je ne suis pas d’accord, pour l’enrichissement qu’elles/ils apportent au débat. Tout en signalant que je ne passe pas les commentaires dont le seul but évident est la provocation. SRL

  8. Les Grecs et les Romains avaient, chacun, leur déesse de la guerre: Athena et Minerve. Des sacrées nanas, paraît-il. Si ça, ce ‘est pas du féminisme…

    Nos ancêtres n’avaient d’ailleurs pas attendu Freud pour leur expliquer que la guerre n’est que de la libido sublimée. Ils avaient ainsi élu avec sagesse deux top-modèles pour motiver les mâles récalcitrants au combat.

    Est-ce un hasard si les ministres de la Défense du genre féminin se multiplient? Ou serait-ce l’effet du remplacement croissant des combattants par des robots transgenre?

  9. Merci Silvia Ricci Lempen pour cette mise au point concernant les priorités à donner pour atteindre l’égalité.

    J’ajouterai que si égalité de conscription il devait y avoir, pour l’égalité, il s’agirait d’abolir tout simplement l’armée telle qu’elle a été conçue et de reconstruire en toute parité une nouvelle entité à inventer. Celle-ci aurait bien sûr a priori dans toutes les instances une égalité femmes-hommes.
    Là seulement les femmes et les hommes y auront une place égale dans une structure construite ensemble et qui fera sens.

    Ce n’est pas une provocation, juste un rappel d’à quel point ce sont nos structures, nos lois et nos représentations qui sont à interroger et refondre dans tant de domaines.

  10. je regrette mais les commentaires de ces Messieurs, ici, qui probablement sont jugés provocateurs, sont les seuls avec de l’humour. Ce que je reproche à mes jeunes congenères est d’avoir perdu l’envie de plaisanter et de rire avec les hommes : je suis d’une génération où la complicité avec les hommes était totale, dans les luttes, dans les amours, dans les discussion engagés et dans les plaisanteries parfois hardies… chose qui ne nous empêchait pas d’être solidaires avec les femmes moins privilégiées qui subissaient, à la maison comme au travail, les abus du petit chef et/ou du mari qui était victime à son tour de son patron. Je vous parles de ces femmes qui NE sont pas dans les cortèges, pour soutenir la cause de ces stars d’Hollywood ou autres revendications qui ne le concernent guère. Les femmes qui ont plus besoin d’aide, on les a jamais entendues , hier comme aujourd’hui. Comme c’est regrettable !

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