Oui à la police !

En démocratie suisse, malgré des dysfonctionnements cachés, il n’y a pas meilleure préservation de la paix que nos polices.

Grandir nos polices et résoudre leurs problèmes implique de devoir résoudre trois facteurs de déstabilisation.

Les voici.

Mon 100ème blog

(Le féminin est compris dans le texte, 3 minutes de lecture)

3 facteurs de déstabilisation

J’identifie trois facteurs principaux qui freinent les réformes de nos polices suisses.

Représentativité étatique

La police (dans ce qu’elle regroupe comme entités géographiques et thématiques), et nulle autre organisation, est répondante, garante et première représentante officielle des Droits de l’Homme. Notre Constitution fédérale et nos constitutions cantonales se mêlent, mot pour mot, aux valeurs fondamentales et universelles décrites dans les Conventions internationales des Droits de l’Homme. C’est à elles que tout policier prête serment.

Les Droits de l’Homme sont donc l’ultime référence du policier.

Malgré cela, lors de mes analyses de pratique, nombreux sont les policiers à défier l’Etat qui les emploie. Cette dichotomie est répandue en police depuis deux décennies au moins. C’est précisément la raison pour laquelle, le Conseil fédéral, dès 2003, a instauré le cours Droits de l’Homme comme prioritaire et déterminant dans le cursus du Brevet fédéral de policier et des certifications post-grades. C’est encore notre autorité fédérale qui a plaidé l’engagement d’intervenants extérieurs aux polices pour l’enseignement de ces branches comportementales. L’organe exécutif fédéral ayant toute conscience d’un urgent besoin de réforme en la matière.

La trop faible considération des Droits de l’Homme en police est le facteur 1.

Mais, ce facteur de représentation étatique ne suffit pas à comprendre le déni de plusieurs commandants de polices face à aux problèmes qui les affectent de l’intérieur.

Paradigmes inversés

Quand j’évoque cette inversion des paradigmes, je pense à la formation initiale. Un seul pourcent (1%) de son agenda est dévolu à l’exploration et à la pratique concrète de nos valeurs fondamentales, celles qui façonnent notre Confédération depuis des siècles. Imaginez-vous un référentiel métier humain de service et de protection qui ne dispose que de 45 heures de cours éthique et Droits de l’Homme sur un total de 1’600 heures.

Avec ce seul pourcent même un sirop n’a pas de goût.

Personne n’en voudrait.

Je précise, ici, que depuis octobre 2019 la nouvelle formation de base du policier suisse a vu sa durée doubler de 12 à 24 mois. Malgré cela, c’est encore la moitié du temps dévolu aux futurs travailleurs sociaux ou au personnel soignant.

Conservons les 1’600 heures pour les techniques et tactiques d’intervention, plus un nombre important d’heures pour la police de proximité et autant pour la psychologie. Enfin, attribuons au moins 1’000 autres heures aux Droits de l’Homme et à l’éthique appliquée, incluant pratiques médiatrices, résolution de problèmes, cohabitation genres, minorités, migration, etc. Alors, nous verrions les profils de sélection de nos futurs policiers se métamorphoser.

Cette formation par trop minimaliste et trop peu comportementale eu égard aux autres professions équivalentes en termes de complexité, de polyvalence et d’étendue des savoirs, est le facteur 2.

La remise en question

Nos polices sont-elles racistes ?

Nos polices suisses ne sont pas racistes. Sur un plan institutionnel, les personnes morales que sont nos polices ne sont pas racistes. C’est le contraire. Par contre, bien des individus aux relents racistes s’y cachent et pire, s’y sentent à l’aise, probablement plus qu’ailleurs.

Pourquoi ?

Parce que nos polices, telles que construites et telles que gérées, ont peine à se remettre en question. Rien n’est fait, dans la gestion des ressources, pour promouvoir la transparence, l’aveu de faiblesse et l’innovation. A cela, nous devons considérer les pouvoirs exceptionnels et exclusifs dont elles sont affublées et vous avez tous les ingrédients de l’immobilisme. C’est dans cette forme de sclérose que se cachent les abus. Les sociologues parlent alors de sous-culture lancinante. Nombre d’études scientifiques détaillent les multiples facteurs de ce repli. J’en ai largement fait écho dans mes blogs (Université de Lausanne, exemples : thèses du Dr. David Pichonnaz 2017 ou de la Dr Magdalena Burba 2019). Une fois l’aspirant (dénomination évocatrice) policier élu et successivement qualifié ou non, promu ou non et gradé ou non par ses pairs, toute introspection viendra perturber et contrarier cette quête. Le retour sur soi, le doute et les erreurs seront perçus comme une défaite ou pire, une trahison. Imaginez-vous, dès lors, ce que représente, pour un jeune agent, la dénonciation d’une dérive interne ?

Toutes les institutions à caractère humain recèlent naturellement des dysfonctionnements. Dès lors, ce qui compte, ce sont les capacités entrepreneuriales à les réguler, les remédier et les résoudre. La reconnaissance de l’erreur et son traitement permettent de progresser.

C’est dans cette volonté de résolution, à l’appui des valeurs de l’Etat de Droit décrites plus haut, que tout se joue. Une entreprise de l’économie privée dispose de pouvoirs circonscrits par son environnement légal, régulés par les exigences de sa clientèle, la rentabilité et la concurrence. La police, quant à elle, se couvre du devoir de réserve même lorsque ce n’est pas nécessaire et n’a pas à se soucier de rentabilité ni de concurrence. Elle est garante de l’application des lois, point barre. Elle bénéficie alors du meilleur bouclier de protection qui soit dans un Etat de Droit, pour le meilleur comme pour le pire.

Fort de ses prérequis, aucune transformation managériale ne peut s’imposer en police, du moins sans la pression publique. Ainsi, nos polices sont confortablement à l’abri de toute obligation de se réformer pour survivre, contrairement au secteur privé.

L’incapacité managériale de se remettre en question est le facteur 3.

Suivons l’exemple du CHUV

Voyez, le CHUV, qui, le lundi 26 novembre 2018 lance sa campagne de prévention des abus sexuels au sein de son organisation, reconnaissant par la même occasion les problèmes qui l’affectent. Voici ce qu’en disait son directeur RH, Monsieur Racciatti : “Moi, je ne sais pas ce qui se passe dans les autres secteurs, je ne sais pas si le milieu médical est plus sexiste que d’autres. Ce que je peux vous dire c’est que dans l’institution du CHUV ça existe… et puis qu’on a décidé d’y remédier. Ce qui nous distingue peut-être des autres secteurs, c’est que nous on en parle et ouvertement.”

Vous avez déjà entendu un commandant de police reconnaître de telles difficultés ? En Suisse romande, je les compte sur les doigts d’une main.

Est-ce pour autant que les professions oeuvrant au sein du CHUV ont été décriées ou dénigrées depuis ?

Tout au contraire.

Encore deux mots sur l’indice de satisfaction…

… souvent évoqué dans l’esprit du : « circulez, y’a rien à voir… ».

Un tel indice ne vaut rien par beau temps, pas mieux que toutes ces statistiques sur les criminalités que critiquait de l’intérieur le regretté Olivier Guéniat, chef de la Police judiciaire cantonale neuchâteloise, intervenant universitaire et Docteur en criminologie.

L’indice de sympathie à l’égard des institutions suisses mesuré chaque année au sein de l’EPFZ et de son Académie militaire place au premier rang la police, devant les autres institutions. Ce ranking est établit auprès d’une population d’usagers qui n’a pas – ou très rarement – accès aux salles d’audition, ni ne siège à l’intérieur des véhicules de patrouilles, ni n’a accès aux conversations téléphoniques, ni n’est présente dans les recoins et rues aux heures nocturnes, etc. Un indice qui n’éclaire pas les zones d’ombre, encore moins celles d’organisations traditionnellement étanches.

Conclusion

Grandir la police et sa fonction démocratique en considérant ces trois facteurs :

Facteur 1. Repositionner les Droits de l’Homme comme critère de référence absolue lors des recrutements, avant toute autre considération et toute autre attribution.

Facteur 2. Renforcer et doubler les formations comportementales en maîtrise des techniques et tactiques. Non l’inverse.

Facteur 3. Instaurer d’urgence des espaces managériaux de remise en question et de proposition constructive, libres, confidentiels, protégés et indépendants.

 

Compléments :

Aux Etats-Unis, l’urgence de réformer la police. Valérie de Graffenried, Le Temps du 7 juin 2020

Je préconise une réforme de fond de nos polices suisses depuis 1993 avec l’appui croissant de policiers. Mais, je m’oppose tout aussi fermement à la suppression de celles-ci. C’est une question qui m’est posée depuis quelques jours… Notre tissu fédéral helvétique est bien distinct de celui des US. Après le meurtre de George Floyd, la police de Minneapolis fait exception à mon postulat. Dans tel cas, j’appelle aussi de mes vœux son démantèlement car le mal est par trop enraciné.

 

Proportionnalité et opportunité en police ?

Ces deux termes ont été évoqués par nos élus cantonaux vaudois et municipaux lausannois en marge du rassemblement d’un millier de personnes pour un match de football illégal le 21 mai passé au nord de Lausanne.

(3 minutes de lecture – le masculin est compris dans le texte – 99ème blog)

Analyse dans Le Temps

Reportage sur RTS

La ou les police-s (lausannoise, régionale et cantonale) ont renoncées à intervenir. Plaidant, en les circonstances, un rapport de proportionnalité inadéquat et un manque d’opportunité.

La police neuchâteloise jugea, elle aussi, qu’il ne valait mieux pas mettre en péril sont rapport de force face à environ 250 jeunes fêtards s’étant rassemblés dans la nuit du 9 au 10 mai passé à Auvernier.

C’est quoi ces notions de proportionnalité et d’opportunité en police ?

Comme déjà expliqué à plusieurs reprises dans ce blog, nous avons confié à nos polices deux pouvoirs exceptionnels leur permettant de servir et protéger nos personnes – à commencer par les plus faibles d’entre nous, voir préambule de notre Constitution – et nos biens.

Deux pouvoirs équilibrés par deux maîtrises, afin d’éviter les abus. Il s’agit du principe des contre-pouvoirs si cher à notre démocratie helvétique.

Le premier pouvoir est coercitif. Détail sur ce tableau. Ce pouvoir n’est autre que l’application de la loi. En contre-pouvoir ou en maîtrise, l’habilité de proportionnalité lui fait face. C’est cette proportionnalité qui protège l’individu interpellé (présumé innocent jusqu’à l’éventuel jugement), la policière elle-même et les personnes avoisinantes. Ceci dit, ce pouvoir est ambivalent car il peut confondre la police au militaire et parce qu’il est progressivement supplanté par la robotique et les technologies… qui pourraient remplacer, à terme, la policière par une machine… peu réjouissant.

Le deuxième est discrétionnaire avec la notion d’opportunité en cas de manifestation ou d’attroupement (dans le jargon policier, on parle de maintien de l’ordre). Ce pouvoir est de loin le plus intéressant car il donne une marge d’appréciation et de discernement à l’agente de police. C’est dans l’exercice de ce pouvoir que réside tout ce qui fait qu’une police est une police… civile et de paix.

Pourquoi la liberté d’appréciation policière sauvegarde notre paix civile ?

La police n’est pas une force d’application définitive. La police s’inscrit le long d’une chaîne de contribution sécuritaire et délivre ses résultats à l’organe judiciaire, bien distinct et séparé. La police ne saurait être ou devenir une force d’opposition ou une pseudo armée d’occupation comme c’est le cas dans certaines banlieues françaises. Dans tel fait, elle a déjà perdu ses prérogatives. Seule l’armée pourrait alors lui succéder*.

La police est avant tout une force de libération

La police est l’expression d’un subtil équilibre – que nous qualifierions, en Confédération suisse, de consensus – ; et d’une cohabitation entre l’individu et sa fonction de policière, puis entre cette dernière, ses capacités professionnelles et le tout-public. C’est dans ces articulations ou contractions que se cachent les exigences mais aussi les dilemmes éthiques des policières.

Ce n’est pas parce que je suis policière que je ne commets point d’erreur, ni que je ne transgresse pas la loi, parfois. Dès lors, il m’appartient, comme policière, de préserver un rapport privé sain à ma fonction étatique et publique. De la même façon, en ma qualité de policière, je veille au lien que j’entretiens avec les tiers et leurs contradictions. Leurs contradictions pouvant être aussi les miennes. Et cela est possible que si je dispose d’une marge de manoeuvre, sur le champ de mon exercice professionnel, qui me permette, par exemple, de renoncer à intervenir face au rassemblement d’un millier de jeunes. Ce, dans le but de ne point laisser dégénérer une situation déjà tendue.

Dans mon for intérieur, toute policière que je suis, je perds peut-être une bataille de conscience avec moi-même, mais je gagne la paix avec une population que je sers et protège toute entière.

 

*en temps de paix, l’armée peut effectivement venir en aide auxiliaire des polices mais pas se substituer à elles.

Post-Covid-19

Contre vents et marées

Comme d’autres analystes de terrain, je prépare mon déconfinement professionnel et mon retour physique dans les centres d’intervention. Exercice tendu. Nombre de mes bénéficiaires (inspecteurs sociaux, ambulanciers, policiers, etc.) sont extrêmement fatigués, au bord du gouffre, elles et ils tentent de récupérer les fatigues lancinantes de la crise. À cela, il faut ajouter les cumuls des programmes, usuels et compensatoires. L’implosion pointe son museau.

(2 minutes de lecture – image d’accueil : tableau d’Auguste Mayer – bataille de Trafalgar, 1805)

Les premières réponses à mes sondages de restauration professionnelle sont éloquentes. En résumé : comment se servir de cette transformation de vie pour renaître plus fort, mieux préparé ?

Il nous advient, à mes partenaires et moi-même, d’intégrer les phénomènes de rupture, de changement managérial et de refondation professionnelle à nos programmes d’accompagnement et de formation, dès la semaine prochaine.

De nos expériences, un maître-mot s’impose :

Contre-pouvoir

Le contre-pouvoir est la clé de voûte de toute organisation démocratique vivace.

Maintenant que le Covid-19 s’estompe temporairement, et avant que son clone ne surgisse, ou que le désordre supplante le virus en France et ailleurs et que nos libertés individuelles compensent nos absences temporaires, vérifions l’état de santé de nos contre-pouvoirs politiques et institutionnels.

Justement, le contre-pouvoir tient le premier rôle dans l’excellent plaidoyer tricolore de Vincent Lindon. L’acteur français soulève des propositions concrètes et alimente le débat public. Vidéo de Vincent Lindon ici.

Exemple local

Ce même contre-pouvoir a manqué à l’ordre des avocats vaudois. Un contre-pouvoir capable de recueillir en toute indépendance et en toute confidentialité les cas d’harcèlements sexuels. Et, il manquera encore et toujours si d’autres avocats sont nommés pour traiter le problème. Vous savez, les fameux cordonniers les plus mal chaussés… Car le contre-pouvoir nécessite d’être naturellement étranger et détaché (sans parité professionnelle) de son environnement institutionnel ; libre dans son discernement, ses convictions intimes et ses déclarations publiques.

Le contre-pouvoir est distinct de la personne de confiance

La personne de confiance instaurée par l’arrêt du Tribunal fédéral le 12 mai 2002, et qui, en substance, impose à chaque entreprise de nommer une personne de confiance lorsqu’un doute subsiste sur les risques de protection de la santé et de l’intégrité personnelle de ses employés. Cette personne de confiance est nommée à l’interne de l’entreprise ou dans un voisinage professionnel proche. Elle doit répondre à plusieurs critères préalables. Voir le blog Le Temps de Cécile Laffont (GRH) qui présente les contours de la personne de confiance.

Le contre-pouvoir, finalement, c’est quoi ?

Le contre-pouvoir puise ses racines en dehors des sphères d’influence de l’entreprise. En police, par exemple, une inspection générale des services (IGS) ne saurait être suffisamment objective, neutre et indépendante face à l’institution qui l’emploie si par mésaventure cet organe devait dénoncer des abus de pouvoir.

Nommons les contre-pouvoirs qui nous sont utiles et qui garantissent la fabrication de notre démocratie malgré les restrictions de liberté temporaires, malgré les crises sanitaires, malgré les pénibilités économiques.

Tel est le défi de la restauration sociétale et du changement managérial post-Covid-19 qui nous attend.

Bonus : RTS du 7 mai 2020 “Enfants des années 30, Noam Chomsky et Edgar Morin redoutent un après-Covid totalitaire.”

Polices suisses, chiffres

La Suisse uniforme n’existe pas. Ce sont 26 États qui produisent la multiplicité confédérale. Ses polices civiles en sont le reflet.

(2 minutes de lecture – le masculin est compris dans le texte)

La diversité de nos 26 États – dont six demi-cantons, quatre Républiques, deux cantons laïcs – est apparente, elle se dessine partout… sur les plaques d’immatriculation, les bornes physiques, les écussons des façades de bâtiments officiels, dans les communes, les préfectures, les chefs-lieux. Cette diversité apparaît également dans les conventions, cohabitations, accords et concordats. Le tout forgé par le fameux consensus de notre démocratie semi-directe ; une lente fabrication mais redoutablement efficiente. Cette composition savante est orchestrée aux échelons des communes, régions ou préfectures, cantons et finalement à l’échelon fédéral. Une confédération sans capitale mais dotée d’une ville régente dite fédérale.

330 corporations de polices suisses ,

… de la plus petite (3 agents min.) à la plus grande * (3’500 agents), régulent le service et la protection du citoyen, résident et visiteur. À celles-ci, s’ajoute la police militaire et son pouvoir civil limité au contrôle de certaines règles de la circulation routière, y compris en temps de paix. Parmi ces 330 polices, on compte une police fédérale de coordination et de traitement des grandes criminalités, une autre police fédérale… des transports, les polices thématiques actives sur le marché du travail, de l’immigration, de la protection de la faune et de l’environnement etc., les polices territoriales (municipales, régionales et cantonales), leurs organismes auxiliaires composés d’agents de sécurité publique aux diverses prérogatives, les polices administratives, etc. Un référentiel métier commun, en vigueur depuis 2004, délivre un Brevet fédéral aux agents reconnus et formés dans un des 6 centres initiaux et une quarantaine de centres de perfectionnement. On dénombre près de 20’000 agents de police assermentés en exercice sur tout le territoire national ; la plus forte police en effectif est municipale (Zurich) *, la plus étendue sur le plan géographique est cantonale et bilingue (Berne).

Autant de polices que de sensibilités socioculturelles, une large variété de profils, de commandant-e-s, de personnalités, nombre de dispositions légales et règlements, que de besoins. Ce vaste tissu policier civil est très différent de celui de nos voisins français **, par exemple, mais présente de nombreuses similitudes avec celui qui articule les centaines de polices implantées dans les cinquante États-Unis d’Amérique.

Un maillage profitable…

Plus le temps s’écoule plus je discerne les avantages de cette pluralité policière helvétique dans le travail de prévention et de résolution des criminalités. Cette composition organique peut paraître, de prime abord, complexe et lourde à coordonner, mais, il apparaît dans les faits, tout au contraire, que ces polices se concurrencent sainement, en guise d’ingéniosité, se bousculent dans leurs approches sociologiques, s’équilibrent dans leurs échanges. Une commissaire tousse un peu fort ici, qu’une autre apaise les ardeurs corporatives là-bas.

… contre l’isolement corporatif.

Enfin et surtout, les populations bénéficiaires ont la possibilité d’interagir étroitement avec leurs organisations policières. Ce contrôle démocratique est indispensable et, in fine, réconfortant pour les uns comme les autres. Cette forme d’ingérence de proximité empêche le pire vice pouvant se produire en police : l’isolement institutionnel consanguin. C’est de cet isolement que naissent les agressivités improductives ainsi que les fatigues et désillusions qui touchent plusieurs policiers en exercice.

** Les deux polices françaises, que sont la Police Nationale dans les grandes villes et la Gendarmerie Nationale dans les régions rurales, sont régies sous formes pyramidales et centralisées. Les polices municipales viennent compléter ce panorama à l’échelle locale.

 

Le suréquipement affaiblit la police

On ne le répétera jamais assez, le policier civil est policier parce qu’il émane de l’État de Droit en sa représentativité. Représentation qu’il arbore sur son épaule sous forme d’écusson.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

(Photo Boston Dynamics)

L’ultime mission du policier est de soutenir la personne en situation de vulnérabilité afin de garder la paix publique.

Le soutien inconditionnel et mutuel du policier s’inscrit dans le préambule de notre Constitution au profit de laquelle il prête serment *.

… comme une police d’assurance…

Cette même notion est aussi lisible dans le contrat de nos assurances ou mutualités. Elle s’intitule “Police d’assurance”. Toutes celles et ceux qui sont en santé cotisent en faveur de celle ou celui qui trébuche. Nul étant à l’abri, la police, tout comme les multiples services préhospitaliers d’urgences et de défense civile et incendie méritent notre plébiscite.

En raison de ce soutien au plus faible d’entre nous, au fil des siècles, nous avons accepté de confier deux pouvoirs exclusifs et exceptionnels au policier d’État civil qu’il soit communal, régional, cantonal ou fédéral. En dehors de ces deux attributs, la police n’est pas police et ne profite en rien à l’évolution de nos vies.

Les pouvoirs exclusifs et exceptionnels du policier

1. Le pouvoir de coercition maîtrisé par la proportionnalité.

Ce premier pouvoir, le plus connu, est progressivement supplanté par les moyens technologiques et robotiques. L’évolution de ce premier pouvoir dépend de plus en plus de firmes high-tech (fournisseurs ou sous-traitants) et de leurs ingénieurs spécialisés.

Dans ce premier cas, le policier est soumis aux savoirs d’entreprises technologiques.

2. Le pouvoir discrétionnaire maîtrisé par la non discrimination négative.

Ce deuxième pouvoir, moins connu mais plus important, ne peut qu’être traité par le discernement humain du policier. Il dépend des compétences sociales de l’agent.

Dans ce deuxième cas, le policier préserve ses savoirs intrinsèques.

Voir blog qui explique ces deux pouvoirs en détail.

Que penser des chiens-robots que testent actuellement la Police de l’État du Massachusetts ?

(Voir article de Anouch Seydtaghia pour Le Temps du 1er décembre 2019)

Incontestablement, les polices d’État de Droit méritent de bénéficier des meilleurs équipements technologiques au monde. Le problème apparaît lorsque l’un de ces équipements réduit la capacité de discernement du policier assermenté. Si tel est le cas, nous (résidents et citoyens bénéficiaires) perdons le contrôle démocratique de nos polices déléguées.

Quand est-ce que les pouvoirs du policier risquent de lui échapper ?

Quand les équipements se substituent aux capacités du policier à exercer ses deux pouvoirs.

(Photo d’un policier portant une caméra sur son thorax)

Exemples

L’équipement d’extension

Une arme, telle que le pistolet à impulsion électrique (taser) ou le fusil d’assaut restent en possession manuelle et directe du policier. Elles n’échappent donc pas au discernement ni à la maîtrise intelligente du policier. Il s’agit d’équipements d’extension du pouvoir de coercition policier.

L’équipement de substitution

Contrairement au chien-robot ou à certains drones ou encore aux caméras sur corps (bodycams) qui se distancient voire échappent du-au contrôle direct de l’humain policier, ces outils technologiques risquent de se substituer aux maîtrises de l’agent de police. Cette perte éventuelle de maîtrise s’apparente à un équipement de substitution. C’est dans cette substitution que réside un certain nombre de dangers pour notre démocratie.

Les policiers, les premiers, doivent veiller au grain car leur métier pourrait bien être soldé par de grandes firmes technologiques.

* La devise du policier est claire, limpide, universelle : servir & protéger.

(93ème blog Le Temps – L’observatoire des polices au 2 décembre 2019 – Frédéric Maillard)

Et les victimes, Madame Métraux ?

Madame Métraux, votre prestidigitation sur le plateau de l’émission Forum de la Radio RTS la 1ère du 2 juillet passé (2019) me choque. Le plus grave : votre discours ne porte aucune attention aux victimes des dysfonctionnements de l’Académie de Police de Savatan (APS).

En guise de réaction tardive à l’étude (effectuée en 2017) de Madame Dominique Felder, sociologue, vos efforts de dissimulation sur le plateau de Forum sont ambivalents.

Vous tournez autour du fût.

Il en ressort trois incohérences, une passivité et un abandon, celui des victimes.

Incohérences

1.- Vous saviez et connaissiez l’usurpation militaire de ladite académie, dites-vous, mais avez néanmoins commandé cette étude ?

2.- Vous ne vouliez pas retenir au secret cette même étude mais la RTS a dû engager une procédure jusqu’à la décision du Tribunal afin de l’obtenir ?

3.- Vous attribuez l’excellence de la formation – telle que qualifiée par les personnes interrogées dans cette étude – à l’APS alors que le programme (contenus et exigences) du Brevet fédéral ne dépend pas de l’APS mais de l’Institut Suisse de Police (ISP) ? Et c’est pareil pour les six centres régionaux de formation de police de Suisse. Je ne connais aucun concessionnaire automobile qui s’attribue la fabrication des véhicules qu’il représente.

À vrai dire, Madame Métraux, le seul aspect épargné par les critiques négatives de l’étude en question n’est pas de la responsabilité de l’APS. C’est fort de pinard.

Lors de cette interview surnaturelle, vous vantiez la qualité d’un vin faisant mine d’ignorer la contamination des fûts. La fameuse inversion du contenant en contenu. Vous devriez interroger le précédent directeur de l’ISP, ancien commandant de police, pour connaître la nature de cette contamination.

Passivité

Le 14 décembre 2015, à l’invitation d’une Députée représentante de la Commission de gestion du Grand Conseil valaisan, j’accompagnais Madame Noelia (Aradas) Miguel, psychologue dépositaire confidentielle d’un rapport de dix-huit témoignages et quarante pages, pour rencontrer le Président du Conseil de direction de l’APS de l’époque, Monsieur Oskar Freysinger, Conseiller d’État. Nous étions assistés de deux Députés cantonaux témoins, femme et homme, issus de deux partis distincts. Tout comme le secrétaire général du Département concerné, avocat et docteur en droit, également présent, les élus se sont insurgés face aux révélations, qualifiant leurs teneurs d’inhumaines et d’insoutenables. Quelques jours plus tard, par voie directe et l’entremise d’un huissier, Monsieur Freysinger vous a fait parvenir ledit rapport afin que vous vous déterminiez, sachant que le directeur de l’APS dépend de votre administration. Vous avez reconnu dans l’émission RTS mise au point du 10 juin 2018 avoir pris connaissance du rapport en question… soit trente mois plus tard, devant la caméra et sous l’insistance d’un journaliste ?

Abandon des victimes

Les médias ont également publié de nouveaux témoignages authentifiés et circonstanciés. De plus et à ma connaissance, au moins une plainte pénale si ce n’est deux (contrairement à ce que vous affirmez, Madame Métraux, dans l’émission mise au point du 10 juin 2018), des questions et interpellations écrites (au moins trois) de députés de tous partis (de droite et de gauche) et de deux cantons, d’autres dossiers, des rapports médicaux, au moins un constat d’assurance ont été déposés – depuis 2012 et de façon ininterrompue – auprès des instances officielles et des Corps de polices concernés. Durant tout ce temps vous n’avez pas daigniez recevoir Madame Miguel, ni aucun des nombreux témoins mentionnés, aucune des deux dizaines de victimes recensées à ce jour (il s’agit certainement que de la pointe de l’iceberg) ni vous vous êtes inquiétée de la véracité des contenus, de la réelle implication de vos employés policiers, qui, pour certains, œuvrent sans relâche depuis dix ans à l’investigation, à l’analyse et à la consignation des faits relatés – telles sont d’ailleurs leurs obligations assermentées -, ne supportant plus le contre-exemple qui annihile leur vocation d’agent public. Une quarantaine d’entre eux se sont insurgés, ont questionné leurs hiérarchies par écrit, ont dénoncé la mascarade des questionnaires de satisfaction auxquels les aspirants soumis ne peuvent que répondre favorablement, plusieurs ont démissionné (combien ?). Des ressortissantes, femmes surtout, fraîchement brevetées avec d’excellentes qualifications ont quitté subitement leur profession de policière à peine arrivées en poste tant les souffrances et les traumas endurés à l’APS étaient devenus insupportables à leurs cauchemars. Je n’évoque pas, ici, les congés maladie de longue durée, ni leurs coûts. Vous devriez également vous inquiétez de l’état de santé du personnel de l’APS et précisément de ceux en charge de l’encadrement de la formation de base.

Une telle radiographie vous serait utile avant de prescrire des tranquillisants placebo ou de commander des questionnaires bidons et contestés de tous.

Vous attendiez votre nomination à la présidence du Codir de l’APS, précisez-vous encore dans l’interview radio… est-ce à dire qu’une ministre cantonale est impuissante jusque-là ? Inquiétant.

Finalement, vous annoncez avoir créé un colloque ministériel (politique) en plus des autres organes existants.

Je constate que vous disposez d’importants moyens pour rajouter de nouvelles couches qui, connaissant les caves de vinification de Savatan, vont renforcer l’opacité au lieu de résoudre les maux systémiques. Aucun changement, aucune guérison ne s’effectuent, Madame Métraux, vous devriez le savoir, sans la reconnaissance avouée des causes et des responsabilités.

Sommes toutes, vous avez de la chance, Madame Métraux, de présider une APS avec autant d’utopie car les victimes, elles, sont toujours enfermées dans leur passé. Des policiers et policières – ou ex-policières – qui devraient, à l’heure où je vous écris, recueillir les plaintes d’autres victimes dans le meilleur service possible à nos populations.

Le monde à l’envers.

Le monde à l’envers

Finalement, vous savez, je me contrefous des colosses au pied d’argile et des autruches politiques. Depuis la nuit des temps et l’histoire des humains, leurs sorts autant que leurs chutes sont inéluctables. Mais, sachez une chose, Madame Métraux, que je n’accepterai jamais de la part de toute police d’état de droit et de toute autorité politique démocratique un tel déni de la parole des victimes.

Recommandation de lecture : Rébecca. Le pouvoir du silence. 2019. Georg éditeur

Personne n’a bougé ?

… alors que tout le monde était au courant.

Temps Présent a enquêté et publié hier soir (6 juin 2019 sur RTS Un) un reportage sur ce rocambolesque scandale en cours d’élucidation.

Voir aussi mon blog du 30 avril passé (2019)

Avertissement

J’aime profondément la police mais les déclarations d’amour ne se font pas en public. Toutes les semaines, j’ai l’occasion de proclamer, yeux dans les yeux, ce que je pense des concernés et de leur travail.

Oui, je me concentre sur ce qui ne va pas en police comme tout policier se concentre sur les infractions ; tout en ayant parfaitement conscience que la grande majorité des résidents et usagers se comporte très bien. Il en est de même pour la grande majorité des agents qui sont exemplaires.

Alors pourquoi un tel scandale de la part d’agents de police ?

Un Corps faible est commandé, un Corps fort obéit.

Parce qu’aujourd’hui pour gagner une campagne électorale vous devez investir le champ sécuritaire et l’image fantasmée d’une certaine police.

Depuis 16 ans que j’arpente ces milieux et réceptionne des centaines de témoignages, je constate qu’il est plus facile pour un ministre cantonal ambitieux – avec (peu ou prou) la complicité de son chef exécutif – de commander un Corps de police prétendûment malade plutôt qu’un Corps sain ou en voie de guérison… qui vous résiste.

Comment ?

Les institutions sont faites pour la critique.

Critiquer l’institution c’est épargner l’individu.

Un Corps institutionnel public, d’uniformisation et assermenté (c’est-à-dire couvert par le secret de fonction) entretient sa santé

1. en offrant des espaces de paroles, libres et protégés, à ses membres – surtout s’agissant de professionnels confrontés à la face sombre de notre société –

2. en facilitant les voies de service, plus de transversalité, de souplesse et moins de hiérarchie.

3. En accueillant les innovations, les propositions et les contestations jusqu’à leurs validations.

Enfin, ne soyons pas ridicules, il est urgent et nécessaire de composer une inspection des services indépendante et neutre comme il se doit dans l’exercice démocratique de notre tradition helvétique de séparation des pouvoirs.

Scandale à la police cantonale genevoise. Mise en abîme

« Une vaste affaire de corruption éclabousse la police genevoise » titrait RTS info le 8 avril passé, relayant en cela les « agissements probables » … « d’une vingtaine d’agents ». Affaire révélée plus avant par le GHI du samedi 6 avril 2019.

D’ordinaire, je ne commente pas les procédures en cours. Sauf que là, le passé me rattrape. Et ces questions, que j’essuie maintenant chaque jour, y compris de la part de nombreux policiers.

Pensez-vous que ce sont des personnes que vous avez formées ?

– Je le crains, ayant dispensé trois cours de base et continus* neuf ans durant sans interruption au sein de la Police cantonale genevoise jusqu’en août 2013. Considérant les années de pratique des uns et des autres, probablement que plusieurs** d’entre eux ont suivi mes enseignements.

Comment expliquez-vous cela ?

– L’ancien policier français Éric Yung le résume très bien dans son livre « La tentation de l’ombre » ***. Chaque profession couve son ombre. Ce qui est particulier avec la police, c’est qu’elle est nôtre. Nous la côtoyons au quotidien, la rémunérons, la dotons de pouvoirs exceptionnels et la plébiscitons.

Cette affaire supposée impliquant des policiers genevois cantonaux et municipaux vous étonne-t-elle ?

– Non.

Par le passé, ces types de corruptions, accompagnés d’actes violents, étaient encore plus fréquents.

L’instauration du Brevet fédéral en 2004 avec son module obligatoire (sur quatre module au total, ndlr) « Éthique et Droits de l’Homme » a facilité l’énonciation des problèmes et a permis de déconstruire les mécanismes sournois et informels qui régissaient les rapports de virilité et de compétition dans plusieurs corps armés de sanction et d’ordre. Les sociologues ont largement étudié ces aliénations qu’ils nomment : sous-culture policière. Plus récemment, le travail de thèse de David Pichonnaz, publié en mai 2017 et intitulé « Devenirs policiers », rapporte aussi les dilemmes complexes auxquels sont confrontés les futurs agents de police.

Pouvait-on l’éviter ?

– Non. Mais, l’amortir, oui.

C’est comme imaginer que la prévention routière nous épargnerait des accidents. Certainement pas, par contre l’information et la prévention réduisent le nombre, l’étendue et leur gravité. Plus que de limiter les effets collatéraux, je préconise depuis 2007, à toutes les corporations avec lesquelles je travaille, l’étude et la reconnaissance des erreurs à l’interne afin d’en traiter les failles et d’éviter les dégénérescences.

Critiquer l’organisation épargne l’individu

Rien ne sert de former en continu si l’organisation, par sa hiérarchie, ne propose pas des espaces de vidage. C’est la condition pour détecter les erreurs, avant qu’elles ne deviennent des fautes plus graves avec leurs engrenages corruptifs et leurs infractions pénales.

Et, c’est précisément ce que j’ai proposé le 30 août 2013 au Conseiller d’État de la République et canton de Genève en charge de la sécurité, Monsieur Pierre Maudet. Préalablement nous nous étions rencontrés le 11 juillet 2013 dans son bureau. Il m’avait alors évoqué la maladie dont était rongée sa police. Je l’avais corrigé, lui rappelant que « notre » police était composée de personnes d’exception mais que les flux organiques de l’institution étaient, en effet, bouchés. Je lui ai alors proposé d’établir une radiographie précise de l’état de santé du Corps cantonal de police.

Le ministre en question m’a répondu deux mois plus tard, le 7 novembre 2013. Il m’a remercié « pour cette offre qui détaille bien le processus proposé » mais m’a précisé ne pas disposer de budget pour une telle démarche. Pour moi et mes partenaires policiers experts intervenants genevois c’était inconcevable de ne pas vouloir investir une somme estimée à CHF 65’000.- – pour un Check-up indispensable, connaissant par ailleurs les autres dépenses courantes.

Je l’ai relancé, toujours par écrit, le 11 novembre 2013, lui rappelant l’importance de pointer les défaillances que nous avions repérées durant neuf années d’exercice. J’ai précisé que ce diagnostic respecterait l’absolue confidentialité des personnes et devait se faire avant l’introduction de la nouvelle Loi sur la police (projet présenté à la presse le 12 juin 2013) sans quoi je craignais de fortes oppositions des membres du Corps de police lui-même… Je l’ai encore relancé par écrit le 12 septembre 2014.

Aucune réaction.

En automne 2016, l’ensemble du Corps était revêtu de nouveaux uniformes et de nouvelles gradations. Par contre, je ne connais pas les coûts de cette opération cosmétique.

Et la suite, vous la connaissez.

Je pourrais conclure ainsi : tant que la prescription de médicaments palliatifs fait l’économie d’un vrai Check-up médical et d’un examen préventif, les maux et leurs causes persisteront.

* comme responsable du cours initial et concepteur des examens tests et éliminatoires en Droits humains ; responsable des analyses de pratique des policiers après six ans de service ; formateur du cours comportemental, résolution des problèmes et déontologie professionnelle en faveur des policiers après douze années d’exercice. Les formations continues dont j’avais la responsabilité introduisaient et légitimaient le Diplôme supérieur fédéral de policier. Mon postulat et mes dispenses ont été auditées, accréditées et validées (mention excellente) par l’Institut Suisse de Police.

** jusqu’en juillet 2013 j’étais intervenu en faveur de 26 classes de polices cantonale et municipale genevoises. Ce qui correspondait à environ 750 aspirant-e-s. Plus environ 1’250 agent-e-s confirmés de la Police cantonale genevoise en formation continue comportementale.

*** le cherche midi éditeur. 1999

Délit de faciès : l’enlisement policier

Une demi génération au moins, c’est le retard qu’accuse la Police de Lausanne et d’autres dans l’exercice opportun de l’interpellation et dans l’application du moyen discrétionnaire lors des contrôles de personnes. C’est un déficit dommageable sachant que ces polices, principalement urbaines, doivent se positionner puis intégrer partiellement ou totalement les nouvelles sciences et modus operandi génétiques, prédictifs et autres méthodes d’anticipation et de robotisation. Il y a lieu de parier qu’elles resteront à la traîne encore une ou deux décennies.

Les conséquences sont connues : agents de terrain frustrés et désabusés, statistiques remodelées à la veille des élections, hiérarchies qui se couvrent et se recouvrent d’insignifiance.

L’excellent reportage de Shyaka Kagame et Gabriel Tejedor diffusé par Temps Présent RTS le 27 septembre passé (2018) révèle avec finesse et intelligence la problématique du délit de faciès et l’incapacité policière à la résoudre.

Discriminations persistantes au sein de plusieurs polices

Nombreux sont les intervenant-e-s externes qui ont constaté puis dénoncé publiquement une détérioration des pratiques d’interpellation et une augmentation des discriminations raciales depuis 2015, après s’être réjouis d’une accalmie liée à l’introduction du Brevet fédéral de policier dès 2004. Voir mon opinion publiée par Le Temps le 17 avril 2018.

La clairvoyance du policier courageux

Dans ce reportage, nous découvrons un – jeune ex – policier qui témoigne à visage découvert. Son diagnostic ne souffre d’aucune subjectivité. Il est le reflet des dizaines de policières et policiers que je croise chaque semaine et qui, pour diverses raisons, n’osent ou ne peuvent pas s’exprimer. Ils le feront, me rassurent-ils, une fois libérés du métier trompe-l’oeil.

Ce seul témoignage suffit par sa qualité argumentative.

Néanmoins, on peut regretter que ses anciens pairs aient oublié que la parole libérée reste l’arme la plus efficace du policier.

Articles de lois contre la discrimination raciale et professionnelle

Journalisme bafoué = “policisme” raté

Que c’est dur pour un policier formaté et encaserné dans sa tête de saisir l’orientation et la destination journalistiques, de piger que la mission du journaliste poursuit le même but démocratique que la sienne.

(2 minutes de lecture – le féminin est compris dans le texte)

Oh que c’est dur pour cette frange de policiers, ou de gendarmes en la circonstance, d’œuvrer à la circulation des liens de société et non à leur restriction. Car ceux-ci entretiennent toujours la même confusion professionnelle. Telle une distorsion qui puise ses racines dans une formation déformée, des instructions de défiance, de confrontation et de guerre ouverte.

L’inversion du sens professionnel

C’est cette confusion qui induit, par exemple, certains policiers à traquer de façon compulsive les contrevenants de la route. Sans même comprendre que la sécurité routière consiste avant tout à libérer les flux de mobilité en faveur du plus grand nombre et non à s’acharner sur la minorité d’automobilistes fautifs. Tous les automobilistes sont fautifs un jour ou l’autre (je ne parle pas des chauffards). Les gendarmes n’y échappent pas non plus. Ne pas discerner le sens, le rôle et la finalité d’une contravention dans ce qu’elle permet de résoudre le problème, de libérer la rue, de réduire les entraves du trafic et surtout de prévenir les accidents trouble la vision et la mission première du policier.

On ne peut pas orienter son action sur le défaut, l’erreur ou la faute. De telles méprises intervertissent le référencement professionnel des policiers. Cette inversion de sens professionnel est d’ailleurs l’une des causes de démotivation et de frustration pour plusieurs d’entre eux. Ces derniers s’imaginent parfois devoir sauver le monde : “Seuls contre tous !” ou “Sommes le dernier rempart !”. Des expressions que j’entends encore dans des formations continues.

Agir pour ou contre ?

Malheureusement, ils sont trop nombreux les policiers qui agissent contre au lieu d’agir pour.

De dé-formation en déformation, des règles de la route à celles de l’audition, l’inclinaison de la basse besogne en piège plus d’un. Et finalement, ils convoquent et interrogent la journaliste du quotidien Le Temps de la pire manière qui soit. Ces faits ce sont produits le dimanche 12 novembre passé (2017) à Briançon dans le département des Hautes-Alpes en France. Que l’on ne vienne pas me dire qu’il s’agisse d’une exception. Chaque semaine de tels comportements me sont rapportés par d’autres policiers, désemparés. Je reconnais là l’esprit conquérant et discriminant qui pousse les mauvais flics à outrepasser leur cadre professionnel. En l’espèce, il y aurait eu grave atteinte à la sphère privée, fausse évocation des motifs de convocation et d’audition et, enfin, intimidation.

De tels manquements professionnels sont nuisibles à notre démocratie et par conséquent au développement de nos polices.

Lire l’édito de Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du quotidien Le Temps

Lire l’Avis d’expert du 13 octobre 2015 : Policier et journaliste: même combat ?